Une Transeuropéenne

de Gioia Tauro à Maratéa

Gioia Tauro
Alors que nous nous éloignons du célébre détroit de Messine et de ces monstres marins, déjà se dressent 22 énigmatiques squelettes d'acier, à l'approche ils semblent s'animer dans une étrange danse macabre. Alignés sur une darse de 3 km, ce sont les portiques à conteneurs qui desservent une vaste zone de frêt doublée d'un terminal roulier. Ce port inconnu des terriens et perdu au milieu de nulle part est « Gioia Tauro », la seule présence d'un Yacht Club nous y a poussée.
2 porte-conteneurs MAERSK de 5000 EVP (conteneurs équivalent 20 pieds) sont à quai. Les boites décolorées sont extraites une à une des entrailles de ces gigantesques ventres métalliques dans d'insoutenables grincements, d'impressionnants pleurs, de lancinantes complaintes ou des mugissements industriels selon les efforts des pinces d'acier, elles montent, se balancent, virevoltent pivotent puis descendent jusqu'au quai. Là, des enjambeurs portuaires les enfourchent, ces cavaliers d'acier comme des insectes frénétiques « bippants » et « bourdonnants » les emportent vers des piles qu'ils font et défont, les engins courent en tous sens, ils vont, viennent, repartent, reviennent, roulent, ralentissent, s'arrêtent, hésitent, butinent, crochent, décrochent, empilent, dépilent, enlèvent, reposent, ils transportent inlassablement une boite entre leurs jambes, vous savez, ces boîtes aux couleurs des grands noms du commerce maritime mondial Maersk, P&O, Hanjin, CMA-CGM, Evergreen, MSC, Cargo, China Shipping, Cosco, etc... ces briques de lego, véritables clusters du commerce international transportent à travers le monde toutes sortes de produits, du plus utile au plus futile pour de démoniaques enjeux internationaux.

De jour comme de nuit, le terminal s'active, chaque déplacement est savemment orchestré, dirigé, chronométré, numérisé, millimétré par une force occulte. Cela ressemble à un immense taquin dans les mains d'un expert, ce jeu de pousse-pousse dont il faut déplacer à tour de rôle les pavés, les boites doivent trouver leur place dans cet immense puzzle,.

Ce port est dès l'origine un exemple de la gabegie technocratique, initalement construit pour un futur complexe sidérurgique qui ne sortira jamais de terre, crise de l'acier oblige, l'Etat transforme alors le projet en terminal gazier couplé à une future usine de gazéification, le projet s'évapore avant même d'être lancé, vient alors l'idée d'en faire ce qu'il est, c'est à dire le 1er Terminal porte-conteneurs italien.
Ce n'est qu'à postériori, à la lecture de la presse que nous en apprenons sur ce port... il a été financé par des Fonds Structurels Européens, par et pour la mafia... les 'ndrine, une subdivision de 'Ndrangheta, la redoutable mafia calabraise... c'est elle qui contrôle et sécurise ce hub mafieux, c'est de là qu'arrivent et partent les marchandises véreuses. C'est la plateforme quasi officielle de tous les trafics... Peu avant notre arrivée, des containers de tanks en pièces détachées ont été saisis par les douanes, ils étaient en partance pour le Kosovo... l'arbre qui cache la forêt dans ce no man's land économique.

Et c'est là à l'entrée du vaste bassin de retournement qu'est lovée la petite marina, elle est bien protégée de la mer et des intrus, ici tout est sécurisé, code, barbelés, cameras, etc, contrairement à ce que l'on craignait l'accueil y est fort courtois et le service au top...

La ville borde la large plaine mi industrielle et mi arboricole de Rosarno, la capitale est célèbre pour avoir été le théâtre il y a 2 ans d'un début de pogrom anti africain, la population a chassé les 1500 membres de la communauté noire à coup de pierre et de matraques, ils ont chassé ceux-là même qu'ils exploitaient et qui cueillaient les agrumes de la vallée, conflit entre N'dranguetta et Camorra, affrontement sur des bases tarifaires entre producteurs et cueilleurs de fruits, exapération de la population locale qui voyait l'accroissement d'une population immigrée, un peu de tout cela à la fois. Il a suffit d'un incident pour mettre le feu aux poudres et que n'éclatent de violentes manifestations.
La visite de Gioia Tauro nous révèle qq chose de surréaliste, si la ville est éloignée du port et transpire de pauvreté. Cette pauvreté contraste avec l'immense et luxueux centre commercial qu'elle recèle à sa périphérie, le 1er depuis que nous sommes en Italie. L'entrée est constituée d'un mur surdimensionné doté d'une majestueuse cascade, derrière ce mur d'eau s'étale un vaste hall de présentation des plus prestigieuses marques automobiles, les boutiques immenses, très haut de gamme nous laissent pantois, mais où sommes-nous donc ? les prix sont exorbitants, pas étonnant qu'il n'y ait personne. N'est ce pas un consortium à laver l'argent sale ?

Le lendemain, lors de notre sortie du port nous croiserons un de ces mastodontes des mers, le « Grace » un « vehicles Carrier » un navire roulier qui peut transporter 4 à 5000 voitures, ce type de bateaux vous renvoie indéniablement à nos cours de physique, comment ce parallépipède géant peut-il flotter ?


TROPÉA

Nous laissons Gioia Tauro aux prises avec ses démons et passons le Capo Vaticano pour aborder l'un des plus beaux sites de la côte calabraise, la « Costa Bella » aussi appelée « Costa degli Dei » : la Côte des Dieux. Et là Romar1 n'a plus qu'à se laisser glisser posément sur cette eau azuréenne.

La surprise en abordant Tropea par la mer, c'est le tout premier plan : ce rocher isolé et entouré d'une une eau cristalline qui lèche et emmouille le sable blanc d'une pellicule liquide, là-haut sur le caillou trône un palais tourné vers la ville, c'est le sanctuaire bénédictin de Santa Maria. Il fut fondé sous l'époque normande, la vue est tout simplement magnifique car en arrière plan, à quelques centaines de mètres juché au sommet de la falaise se tient en équilibre Tropéa, une superbe petite cité d'origine antique que certains attribuent à Hercule de retour d'Espagne, Pline l'ancien et Strabon le géographe grec du 1er siècle avant JC mentionnent déjà Tropéa, mais comme un port de pêche. La ville est devenue une station balnéaire très prisée, le « Saint-Trop' » calabrais. Le vieux Tropea est constitué d'un ensemble harmonieux d'une cinquantaine de palais nobiliaires et d'églises dont une cathédrale normande du XIIe siècle et un monastère franciscain, le tout desservi par un enchevêtrement de rues étroites et de ruelles. C'est au pied de cette cité médiévale que se trouve la Marina.
Le soir, du belvédère, le spectacle est sublime, les derniers rayons rasants sur la mer dessinent l'ombre des îles éoliennes dont fumant le Stromboli...

Les jours suivant nous longeons les deniers miles de la côte calabraise, les plages se font de plus en plus nombreuses et dotées de nombreux épis pour les protéger de l'érosion mais aussi sécuriser les baigneurs, ferons halte tout d'abord à Vibo Valencia, perdu au fond de la baie, puis à Cétraro, 2 marinas ordinaires.

MARATEA - 2010

A peine avons nous gagné la pleine mer et dépassé la citadelle « capo dla Zilletta » que devant nous, à 20 miles plein Nord, un étrange monument nous appelle. Non non, nous ne sommes pas à Rio mais à Maratéa, c'est une statue géante qui se dessine à fur et à mesure que nous approchons. C'est le Christ Rédempteur aux bras grand ouverts (19 m d'amplitude). Posé à 620 m sur le mont Bagio, la statue de 22 m de haut ne passe pas inaperçue. Notre cap a été rarement aussi clair, plus besoin de carte, ni de GPS, l'objectif est géodésique car notre port est au pied de ce mont de piété. Ce colosse de béton a été construit par un architecte au bord de la faillitte, cette œuvre devait probablement expier quelques péchès et lui permettre d'acheter une parcelle constructible au paradis.
Le littoral est constitué sur 15 miles d'une succession de plages au sable noir, de criques solitaires, de grottes infréquentables et inacessibles, d'antres semi engloutis, de falaises escarpées, de roches abruptes taillée au couteau.
Là aux confins de la Campanie et de la Basilicate dans une anse magnifique, particulièrement rocheuse lavée par des eaux translucides, se niche un petit port, un port de poche, mais quel mouchoir, le lieu est sublime, un authentique et romantique village de pêcheurs qui fait la part belle aux fleurs et aux sculptures. Un port suspendu dans le temps, un vrai bonheur.

Maratéa est constitué d'une multitude de villages et hameaux disséminés sur de verdoyantes collines, là haut à l'abri des envahisseurs mais gardant un œil plongeant sur le bleu cristallin du golfe de Policastro domine le vieux bourg médiéval.
La ville construite en espalier est placées sous la protection d'une quantité inimaginable de saints : 44 églises pour 5200 habitants... c'est dire ; les plus emblématiques sont :
- la basilique de St Blaise construite sur un ancien temple païen dédié à Minerve, elle contiendrait des reliques de la Vierge,
- l'église de Santa Maria Grand,
- l'église de l'Annonciation,
- Notre Dame de peines,
- Ste Vierge des neiges dite aussi celle des Oliviers,
- Ste Vierge du chapelet...
- celle du carmina... on constate combien ici aussi le culte mariale est vivace...

Le hameau du bas constitue le port, c'est la Marina de Maratéa, un régal qui dispose de sa biennale de sculptures, toute l'année des œuvres ornent les rues, les façades, les plages et les falaises, là, une coque, là une fresque murale, là un plongeur en arrêt dans le vide...

Le lieu est magnifique, reposant, idéal pour qu'hiberne ici Romar1.


Publié à 17:40, le 16/09/2011,
Mots clefs : romar 1bateaulouis-marie bosseaugioia tauromaratéetropea

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