Une Transeuropéenne

Santa Maria di Leuca

Que dire de la marina de Porto Turistico...
La marina n'a qu'un leitmotiv : l'argent. Un but un seul, faire chèrement payer ceux qui s'y arrêtent, il faut préciser que l'accueil n'a rien de chaleureux et que la protection des bateaux y est plus que succinte.
Aucune inquiétude à avoir, nous sommes sous la bonne protection de Santa Maria et de son représentant Benoît XVI. Une plaque apposée sur le sol de la marina signale que les mules papales dudit Benoît ont foulé cette sainte terre en 2008. Pour comprendre les raisons de sa venue il faut monter à l'imposant phare qui domine la pointe. Pour cela, gravissez le monumental escalier qui encadre une cascade géante voulues par Mussolini, cela symbolisait l'entrée en Italie. Au fil du temps, la source s'est tarie, le torrent asséché et ce n'est plus qu'un filet d'eau qui se faufile discrètement entre les pierres. L'empreinte du dictateur est toujours là car si le mot « Rex », est sculpté dans l'escalier Est, le mot « Duce » a été gommé mais reste là en filigrane sur l'escalier Ouest... la sainte pierre a la mémoire dure... suez, souffrez, prenez de la peine, là-haut vous parviendrez à l'objet de la visite papale, la Basilique, belle et pompeuse elle surplombe une haute falaise.

 

 

 

Entrons dans la ville, hormis quelques villas ubuesques, c'est une station balnéaire sans charme particulier si ce n'est la promenade sur pilotis au-dessus des rochers qui dessert les terrasses des nombreux bars... aux tarifs champs-élyséens... Vous cherchez du Wifi, filez votre chemin, ici c'est impossible, bien qu'une dizaine de bars se revendiquent cybercafés, il n'y a rien à faire, la réponse est nette et sans appel, c'est no, passez, il n'y a rien à voir, surtout ne vous avisez pas de savoir pourquoi, à demi-mot, on comprendra que la police surveille de près l'usage du net, la mafia aussi... cela sent bon le conflit... le profit...

Vu les tarifs prohibitifs du port et le peu d'intérêt de Santa Maria, nous ne nous attarderons pas en ce saint et haut lieu. Il nous faut franchir les 80 miles du golfe de Tarente, soit 11 heures de navigation, la météo n'est pas des meilleures, mais une fenêtre nous est ouverte pour quelques heures, pas d'hésitation, on y va.
Départ à 4 heures, la nuit est très claire et la mer s'est enfin posée, c'est parfait. Autour de nous, se déploie une féérie lumineuse, à tribord les lumières des usines et des réverbères de Tarente jalonnent la côte des Pouilles, et à babord au large les fanaux des navires qui contournent la botte. Alors que le jour se lève, les contours du golfe se dévoilent progressivement avec, surplombant le trait de la côte calabraise, une multitude d'éoliennes qui turbinent, elles habillent les collines lunaires des contreforts nord des Apenins, de Sila et d'Aspromonte. Dans la matinée nous croisons quelques navires de plaisance qui font route inverse.
Bien que nous ayons été prévenus que la fenêtre se fermait à 15:00, elle se claque 2 heures plus tôt que prévu, le sale temps est en avance et c'est avec une houle plutôt musclée de 5 BF que nous passons les 4 plate-formes gazières implantées à 5 miles des côtes... au loin se dessine l'immense jetée bétonnée du port de Crotonne, dans cette muraille nous percevons l'entrée cachée du port de pêche et de plaisance. Il était temps.
Nous voici dans l'entrée du port de Crotone, la ville n'a rien d'engageant, est ce la torpeur estivale ? S'en dégage une certaine laideur mêlée d'une âcre odeur de déprime. Qu'importe, les textes des marins décrivent une ville sinistre, un port sale et un accueil peu encourageant. C'est peu dire, là encore nous étions prévenus...


Publié à 17:59, le 9/09/2011, Santa Maria di Leuca
Mots clefs : tarenteromar 1Crotonelouis-marie bosseaubateautranseuropeaSanta Maria di Leuca

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Crotone

Il est vrai que le mot accueil est plutôt incongru en ce lieu lugubre.
Le « capitaine » qui a en charge « d'accueillir » les bateaux pourrait aisément postuler dans un film de Sergio Leone. Tout dans son physique, sa tenue, sa démarche semble sortir d'un mauvais western spaghetti, une piteuse doublure italienne d'Eli Wallach, la malice et le sourire en moins. Dans un état de négligence avancée, coiffé d'un immuable chapeau dépaillé jadis beige qu'il lève de temps à autre pour gratter une calvitie encroutée, notre homme, d'une soixantaine d'années a la peau tannée par le soleil, rarement rasé il a tout d'un vieux baroudeur rouillé resté amarré depuis des siècles au quai. Les verres gras de ses lunettes lui donnent un regard vague, une intelligence évaporée, perdue depuis des lustres, la bouche largement ouverte laisse entrevoir quelques semaines de travail pour un prothésiste confirmé. Tout en lui suinte la nonchalance d'une bestialité primitive, même dans son incompréhensible parler, il trainent péniblement les mots dans des phrases machouillées chancelantes entrecoupées de silences ou d'onomatopés. Ses restes de sandales qui lui collent au pied comme à un vieux chewin-gum laissent saillir de gros orteils jamais équarris, son pantalon de toile retroussé et débruni est devenu un essui-tout retenu par un lambeau de cuir, sa chemise d'une vieille cuvée écossaise n'a pas suivi la protubérance abdominale et le tissus s'arc-boute pour expulser les derniers boutons. Vous trouverez l'homme sous l'auvent en bois du Yacht Kroton Club exposé plein Sud, dans sa position favorite, acagnardé, somnolant dans une chaise longue, une chaise élimée qui garde, pendant ses rares absences, la mémoire de sa forme. Oui notre agent est là, dans sa position professionnelle, de 6 heures à 22 heures, affaissé, il attend, il attend... il attend le plaisancier en perdition dans ce nulle part, machouillant sans relâche une herbe invisible. Lorsqu'un claquement de voile où le bruit d'un moteur le sort de sa léthargie, il ouvre un œil torve, de l'index il relève le bord de son chapeau pour observer, jauger l'approche et évaluer le gain potentiel. Le bateau plus prés, alors il est pris d'un convulsif ébranlement, il se lève accablé, développe sans force de grands signes et va traînassant ses sandales dans une démarche de culard se poster là où le bateau se doit d'accoster. Muni d'un long crochet en fer, sans se courber il attrape la pendille, cette longue ligne de corde attachée un bout au quai et l'autre à un corps mort et auquel vous devez vous amarrer. Il faut que tout aille bien, en cas de mauvaise approche toujours possible par grand vent, voici notre homme maugréer, vocifèrer mille mots d'argot calabrais que même les Italiens ne comprennent pas... des mots qu'il accompagne d'amples gestes, comme pour chasser les oiseaux, des signes évocateurs demandant à l'incapable de repartir d'où il vient.
Une fois la bateau amarré, notre « acarien » va chercher dans sa mimétique Fiat, une photocopie quasi illisible d'un formulaire d'inscription brulée par le soleil, à charge au skypeur de remplir sur le champ la dite feuille, cela ne saurait attendre car notre homme sait que l'instant a son importance. A sa lecture le verdict tombe, tout semble mathématique, scientifique, ordonnancé, barêmé, cela fera tant d'euros, payables immédiatement. Contester relève tout simplement du bon sens tant le tarif annoncé est prohibitif pour s'amarrer dans cette bassine minable et non entretenue. S'ensuit inévitablement une négociation qui pour ma part a failli mal tourner. Notre cyclothymique lémurien ne semble vivre que pour cela, l'argent, lorsqu'il en parle, il est pris de convulsions, gesticule, mouline et gueule pour s'imposer... mal m'en a pris en prononçant la phrase de trop, celle, automatique, incontrolée, qui gicle du for intérieur « I don't paye the mafia », il explose, dégaine en 1/1000éme de seconde et me lance la prise électrique de la borne qui lui servait de béquille. L'ayant reçu à la tête, je feins tel un footballeur latin la blessure mortelle et m'écroule sur le pont arrière, ce geste, cet électrochoc a le mérite de faire chuter la tension mais aussi le tarif de 50%... Ouf ... je peux rester à quai à un tarif presque raisonnable. Ma tête va tout de suite mieux.
Voyant combien notre agent prenait cette charge avec « détachement », je l'ai observé dans sa tournée quotidienne d'encaissements. Comme je m'en doutais, j'ai pu constater des écarts significatifs dans les droits de port, cela passait allègrement de 40 à 90 euros par jour pour un bateau de même longueur, 36 pieds... Demander un reçu relève d'un sérieux manque de confiance voire de la provocation... la réponse est immuable « ok ok domani, domani, domani » toujours demain...
Ce port financé par la CEE, faut-il le préciser, est décidément une énigme. Bien que le nombre de yachts soit limité à une trentaine tout au plus, s'y déroule à longueur de journée un étrange ballet, un incessant défilé de grosses cylindrées pilotées par de lugubres fantômes aux larges lunettes de soleil : Porsche Cayenne, dernier Land Rover, 4x4 Audit, Mercedes SL 500, Jaguar, etc, une démo digne du salon de l'auto de Francfort ou de Monte-Carlo... c'est apparemment le « là où il faut être vu » ? Un autre manège semble également immuable, tous les jours à 19h une imposante berline noire s'arrête, la vitre conducteur s'abaisse et des liasses de billets passent des profondes poches du vieux pantalon camboui à des mains plus propres. Interrogez... vous n'aurez pour réponse qu'un regard égaré tant la question semble incongrue ou de trop ???
Mais bon nous sommes à Crotone, une ville où règne la Mafia, la liste des énigmes que recèle la cité est sans fin.

Comme il faut relativiser, tout ceci n'est rien au regard de ce à quoi Romar 1 venait d'échapper. Annoncé à 4-5 Beaufort, le coup de vent s'est mué en une tempête de 10/11 BF. Au petit matin, on assiste au décompte de cette nuit cauchemardesque, les vedettes des Guard-Cost accompagnent au port des bateaux déroutés, un voilier anglais avec un couple de vieux bourlingueurs qui se sont faits « la peur de leur vie », ils ont lancé à 4h00 un « Mayday », un voilier français doit évacuer un équipier qui, dans le grain, s'est cassé plusieurs côtes... le catamaran Poitou-Charentes et son équipage usé sont venus se protéger et se refaire une santé pendant quelques heures.

La mauvaise météo nous laisse du temps pour découvrir la ville. Si à première vue, comme le rappellent les guides nautiques qu'il ne faut pas prendre à la lettre, Crotone paraît glauque tant l'atmosphère du port empèse sur la ville, il convient de prendre de la hauteur et d'aller au-dessus des fantômatiques bas quartiers portuaires car là-haut se découvre l'histoire d'une autre civilisation, plus propre, plus moderne, plus accueillante avec des quartiers dotés de superbes architectures, imprégnés d'histoire et riches d'une superbe citadelle qui domine le golfe.
Crotone a connu son âge d'or à l'antiquité aux VI et V siècle av JC, c'était une des plus grande ville de l'antiquité, elle était réputée pour son grand nombre de sanctuaires, la cité des dieux, si sa réputation reposait sur la beauté de ses femmes, présente en 1789 dans l'œuvre de François-André Vincent Zeuxis et les filles de Crotone, elle reposait aussi sur son école de Médecine et plus particulièrement sur l'école de Pythagore que le Maitre présocratique, ex-champion olympique de Pugilat (Boxe) ouvre ici après ses multiples voyages.

 

Comme la mer est encore mauvaise, prenons le temps et fouillons un peu l'histoire les rites de cette école Pythagoricienne. Après admission les postulants avaient 3 degrés successifs à franchir, les néophytes réduits pendant 3 ans au silence, les acousmaticiens (auditeurs) et les mathématiciens. Les enseignements varient selon les grades, ils ont trait à l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique, la poésie, les sciences naturelles, la philosophie et la politique. Pour les adeptes, les règles de vie sont strictes, continence sexuelle, règles diététiques draconiennes. Si les exercices intellectuels et spirituels sont la base, l'examen de conscience est quotidien tout comme l'entretien physique et le sport font partie intégrante de la discipline pythagoricienne. Est ce à ce titre que la fille de Pythagore Myïa épousa « Milon de Crotone », qui fut six fois champion olympique de lutte ? La légende dit bien que doté d'une force herculéenne, sa fin fut tragique, seul dans une forêt il entreprit de fendre un arbre pour mesurer sa puissance mais sa main resta prisonnière du tronc et il fut ainsi la proie des bêtes sauvages. Cette légende a été gravée dans la pierre en 1682 par l'artiste Pierre Puget sur commande de Colbert pour Louis XIV. L'artiste figea la scène dans un marbre de Carrare, le « Milon de Crotone » est exposé au Louvre et symbolise la vanité des efforts humains et le fait de s'engager dans une action téméraire.


Publié à 17:26, le 8/09/2011,
Mots clefs : louis marie bosseaucrotonetarenteromar 1italiebateaumafia

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