Une Transeuropéenne

de Circéo à Nettuno

CIRCEO - SAN FELICE
Nous quittons Baïa en contournant « Capo Miseno » et en laissant à babord, les îles de Procida et d'Ischia. Il va nous falloir faire attention, l'espace maritime comporte un vaste zone à caractère militaire qu'il nous faut éviter après une escale à Circéo-San Felice, une marina sans grand intérêt, nous faisons route vers Nettuno en longeant une langue de sable qui retient les anciens marais pontins, une plaine littorale marécageuse qui fut tout au long de son histoire, ravagée par les maladies dont la malaria. Si napoléon avait fait des plans d'assèchement c'est sous Mussilini que cette région fut irriguée puis asséchée.


NETTUNO
Nous quittons la Campanie pour le Lazio ou Lazium, versus méridionnal par une petite ville de 50 000 habitants, située à 60 km de Rome entre le Marais Pontin et la plaine romaine légèrement vallonée, Nettuno,
Quoi de plus naturel qu'au cours de son long périple Romar 1 s'arrête à Nettuno, glorification urbaine de Neptune. Ce dieu qui a pris les caractéristiques et attributs de Poséidon pour passer des eaux vives aux eaux salées et devenir ainsi le Dieu des Mers.
Nettuno est une très ancienne station balnéaire dotée d'une des plus grandes marinas avec près de 1000 anneaux que rien ne dprédisposait à devenir aussi la capitale européenne du Base-ball. Ne me posez pas la question du pourquoi ?

Si 11 000 soldats alliés (américains et anglais) ont laissé leur vie sur les plages de Nettuno lors des débarquements de 1943 et 44, ce ne sont pas eux qui ont marqué la ville en profondeur mais c'est une statue en chêne de la Sainte Vierge du XIIIème siècle. Fuyant les persécutions iconoclastes de Henri VIII au XVème, le bateau qui transportait la Madone s'échoua sur le littoral. Sauvée des eaux elle devint la Sainte patronne Protectrice de la Ville sous le titre de Notre Dame des Grâces et fût gardée dans l'Eglise qui abrite aussi le sanctuaire de la Sainte Martyre Maria Garetti. Nettuno organise chaque année au mois de Mai une procession en son honneur.

L'arrivée par la mer montre que Nettuno garde précieusement derrière sa muraille les traces de son histoire. Elle a enfoui les méfaits des invasions sarrasines et angevines de Charles d'Anjou qui laissera ici de bien piètres souvenirs ou en valorisant divers monuments comme la Tour d'Astura qui est, pour l'historien allemand Gregorovius, la tour du Romantisme et le siège de la poésie allemande en Italie faisant ainsi de la vieille ville fortifiée un vrai kaleidoscope des traditions historiques et artistiques. La prospérité de la ville est liée non pas à la pauvreté maladive de son terroir et à ses célèbres champignons mais à la proximité de Rome et à la richesse des nombreux dignitaires de la papauté qui y ont fait construire palais et villas.

Le centre-ville est pavoisé à l'excès comme les latins savent faire.
Pourtant amarré au fond du port, nous sentons à la nuit tombée la nervosité montée, les musiques s'amalgamées, les bassins du port résonnent, les rues s'illuminent, les cloches donnent le coup d'envoi d'un cérémonial. Ignorant tout des fêtes locales, nous sommes attentifs à n'en rater aucune tant elles sont chargées d'un multipot bigarré d'adorations profanes, religieuses, mafieuses... le château est détouré d'un trait de lumière, les boulevards et les rues sont abondamment sonorisées, pour couvrir le bruissement des familles qui cheminent toutes vers le cœur de la cité, nous suivons et empruntons les ruelles encombrées de nombreuses tables des tavernes où les gens ripaillent, nous avançons vers l'origine des convoitises et nous nous enfoncons dans le cœur médiéval pour parvenir aux abords de San Giovani. Du clocher de l'église principale de Nettuno part un large éventail des guirlandes d'ampoules bleutées un zest blafardes. Sur le perron un rang de prélats mitrés fait face aux fidèles qui attendent. Tous entonnent des cantiques et portent haut une bougie à la main. La foule est dense, oppressante, les gens agglutinés se cherchent, s'appellent, s'interpellent, les enfants, aveugles, noyés dans cette marée humaine, pleurent, la température monte, la piété aussi, nous comprenons que nous sommes au cœur d'une dévotion mariale quand, succédant aux chants religieux, des hauts parleurs commencent à crachoter par dizaines des Ave maria, c'est bon la traduction est aisée : « Ave Maria, piena di grazia ; Il Signore è con te. Tu sei benedetta fra le donne e Gesù, il frutto del tuo ventre è benedetto. Santa Maria, Madre di Dio prega per noi peccatori, adesso e nell'ora della nostra morte. Amen. ». Un solo féminin nasillard entame chaque ave que la foule poursuit en cœur en levant la tête vers les cieux. Là-haut dans le ciel, passe un avion, il se posera à Fiumicino avant la fin du chapelet. Cette fin qui pour les fidèles est l'occasion de se signer et se re-signer 3 fois, c'est bon l'avion a atterri.


Une invraisemblable cohorte processionnaire se met doucement en place, des carabinieri en tenue officielle s'activent de toutes parts pour ouvrir un passage secret dans cette foule compacte.


Le défilé s'ébranle, une rutilante fanfare faite de tambours et de cuivres s'élance en écrasant les prières, le rythme est donné, le train soutenu, il va falloir suivre... le cortège des autorités civiles et militaires a manifestement raté le départ et se trouve rapidement distancé. Qu'importe l'horaire pourvu que le protocole soit respecté, un froid, raide mais élégant quadragénaire qui a tout d'un préfet, entouré d'une cour de civils, de galonnés militaires et policiers conduit à bon train la délégation des autorités, derrière à plusieurs mètres, les élus locaux ceints de leur écharpe tricolore manifestement en campagne saluent la foule, leur démarche est plus trainante, moins rigoureuse, moins protocolaire, comme pour les encadrer ils sont suivis d'une noria d'uniformes, képis, bérets, casquettes, chapeau à plume des alpini, tous les corps d'armée sont ici représentés, derrière les rangs sont maintenant dissipés et s'éclaircissent.

A l'avant les carabinieri s'activent, les ruelles commercantes se vident en quelques secondes, les présentoirs sont prestement ramassés, dans les estaminets les clients attablés désertent l'espace public, s'exfiltrent et se réfugient avec plats, vaisselle, tables et chaises à l'intérieur avant que les portes ne soient promptement fermées, l'hypocrite procession ne saurait souffrir d'une telle débauche.
Alors que les cloches sonnent à tue tête, voici en costume traditionnel la Confrérie de l'Esprit-Saint, elle est composée d'une vingtaine de femmes coiffées d'un gaze carré très empesé, qui descend comme un toit sur leurs épaules couvertes d'une étole richement brodée, tel un tableau vivant de la Renaissance. Suit la Confraternité ND Dellagrace, la Confrèrie des Pénitents, plus de cent laïcs vêtus d'une chasuble blanche et d'une mosette émeraude et médaillon autour du cou avancent de par et d'autre de la rue et dégagent la voie pour la procession liturgique. Celle-ci est ouverte par le sacro-saint cruciféraire entouré d'une nuée d'enfants de chœurs, ils marchent d'un bon pas... derrière une communauté bien étrange, composé d'une douzaine d'hommes habillés d'une grande cape blanche et coiffés d'un couvrechef à l'accent mussolinien, s'ensuit une cohorte de prélats dépareillés, l'endroit et l'envers de la vie ecclésiastique, le Vatican et Eboli, le cholestérol et le choléra réunis. Au centre les gros, gras, courts, ronds et mitrés prêtres des villes aux têtes rougies d'apoplexie, ils bénissent mollement leurs sempiternels pêcheurs ; dans les caniveaux les frêles, faibles, voûtés et mités curés des champs, qui lèvent aux cieux leur front jaune, leurs joues livides et leurs yeux caves pour y chercher plus une porte de sortie que l'inspiration divine, derrière les cloitrés, pâles d'abstinence, affaiblis par l'austérité consentie, puis viennent les moines, capucins, chartreux, dominicains, camaldules, carmes chaussés et peut-être déchaussés. Cet ensemble hétéroclite, avance sans rien dire, perdu dans de fantomatiques pensées, comme un troupeau de moutons vers l'abattoir, sans voir où le flot l'emporte, marche sans entendre, indifférent aux pieuses incantations des femmes, il avance, s'arrête, reparte, une démarche par à coups, hésitante, comme pour résister à leur destinée, en fait, c'est pour attendre la vierge qui, au loin, émerge tel un vaisseau fantôme dans une mer en ferveur, elle apparaît toute resplendissante, tout illuminée, elle approche lentement, religieusement. Quelques mètres devant elle deux gardes de style empire portant bicorne et plumeau rouge tiennent un sabre au clair pour élargir la voie sacrée. Santa Maria est placée sous la protection de la deuxième division de pénitents et est encadrée de six céroféraires dotés de très hautes et étranges lanternes indiquant probablement le chenal à suivre. Elle vogue juchée sur son brancard que portent à l'épaule quatre fois trois facchini. Comme l'imposant convoi est lourd, il est précédé et suivi par 4 porte-trétaux pour que l'attelage marquent une halte tous les cent mètres et change d'équipage.


Santa Maria est assise sur un trône richement sculpté d'anges et de chérubins, à son passage, hissés sur les épaules de leurs pères les enfants comme tous les fidèles applaudissent et se signent abondemment, des femmes psalmonient son nom dans une foi quasi hystérique « Viva Viva Maria », « Viva Viva Maria »... mais la statue est toute de bois, la tête, le tronc, les membres et le cœur sont en bois ; impassible, elle passe mais ne répond pas. Elle s'éloigne portant dans son dos une grande auréole des rayons dorés de la lumière divine laissant les chrétiens à leur adoration perpétuelle. Suivent le cortège d'une division de pénitents au repos, ils piaffent d'impatience sur deux rangs.

Derrière, une respiration processionnelle permet aux fidèles de décompresser et de reconquerir un peu de l'espace public mais c'est en vain car arrivent dans un ordre protocolaire que nous ignorons une nouvelle bannière, celle d'un ordre charitable féminin, dames en grande toilette foulard de marque sur l'épaule, les bourgeoises de Neptune se sont sacrifiées pour Marie, elles défilent, protégées par une lourde obédience masculine, costume noire et cravate noire sur chemise blanche, lunette de soleil sur le nez, un ordre mafieux ? Il en est ainsi de la parade mariale, se succèdent ensuite derrière leur bannières ou leur étandard les bataillons des congrégations, d'ordres divers, d'associations caritatives, des paroisses, des écoles chrétiennes par tranche d'âge, les petits enfants sont aussi de la partie, dûment encadrés des bonnes sœurs sans âge, les enfants tout de blanc vêtus portent des ailes pour les garçons et des couronnes pour les filles, tous tiennent une corde pour ne pas se disperser en dehors du troupeau. Les instituts et établissements de santé ne sont pas oubliés, les immaculées bonnes-sœurs poussent le fauteuil des vieux et des handicapés, elles les emmènent prendre l'air vers le « Lourde » local. Le cortège semble s'épuiser, se tarir, maintenant la foule mange la rue pour assister à l'arrivée.


Le corps de cette diabolique procession à la tête dotée du trident catholique n'a toujours pas de queue, celle-ci semble retenue dans le lacis des ruelles de la cité médiévale mais qu'importe l'inaliénable Santa Maria est sauvée des démons païens et a gagné la Via Giacomo Mattéoli. l'artère méridionale de 700 m qui longe la cité puis le port avant de s'épuiser sur les plages. Son décorum est impressionnant, époustouflant, enivrant. Une succession d'arches aux arabesques de type chapeau chinois copieusement électrifiées enjambent l'avenue et conduisent le regard à l'inénarrable église de «Santa Maria Goretti « et de la « Madonna delle Grazie » réunies. Impossible de la manquer tant ses illuminations sont géantes, à côté la parisienne foire du trône fait pâle figure. Le cortège s'étire et au loin on devine la fanfare proche de la ligne d'arrivée mais le cortège ne cesse de s'arrêter à d'invisibles stations mariales, là Santa Maria tourne sur elle même pour saluer les spectateurs, les prières se font plus denses mais elles sont rapidement et amplement recouvertes du brouhaha des marchands ambulants, en l'absence de vent, les fumées et odeurs des barbecues recouvrent et étouffent la procession, çà et là, de bidons de 200 litres explosent des bombes de confettis qui, telles des cendres, retombent sur la foule, çà et là de terrasses ou de balcons, des fusées d'artifice fusent, explosent ou crépitent de milliers d'étoiles qui viennent bénir l'armée des ombres.

Tout est surdimensionné, délirant, insoutenable, tous les sens sont saturés, enivrés, épuisés... nous assisterons au bouquet final dans la calme relatif trouvé sur le pont du bateau amarré au fond du port.

L'Italie a le secret de ces mélanges explosifs où le profane se mélange au religieux quitte à sombrer dans l'excès pour évacuer les douleurs de l'année passée ou exorciser les craintes du lendemain. L'italien semble toujours hésiter entre le paradis et l'enfer.


Publié à 17:52, le 8/05/2012, Nettuno
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Sur le Mezzogiorno

Nous nous éloignons du mezzogiorno, mes sentiments sur cette région sont partagés, mes impressions de voyage diffuses et contradictoires, probablement à la couleur de cette terre, brulée de soleil, qui s'éteint dans l'azur des mers ionnienne et adriatique. Paradoxalement malgré les grandes disparités, les insolubles contradictions, la région est indéniablement attachante et je ne peux dire pourquoi ?
Un écrivain italien ne disait-il pas : « Ici, sur le quai de la gare, les gens pleurent, ceux qui partent parce qu'ils partent, ceux qui restent parce qu'ils restent », ce que Pierre Desproges résumait ainsi : « Il y a deux sortes d'italiens, les italiens du Nord qui vivent au Nord et les Italiens du Sud qui meurent au Sud ». Voilà un résumé un peu sévère du Sud...

Comme la lie qui se dépose au fond, le Sud de l'Italie semble le réceptacle tous les déviances du continent européen, faisant du Mezzogiorno, un bouillon de culture à la fois, sulfureuse, soufreteuse et peureuse.
Cette bouillie issue d'une culture mafieuse se déverse sur une terre gorgée de soleil, un soleil qui déborde du ciel et écrase tout, déforme tout, une terre brulée au 3éme degré, une terre vrillée par la misère, rongée par la souffrance, une terre parfois prise de convulsions et de tremblements.
Faute de source, les Fiumaores, ces pierriers ou torrents de cailloux tentent de contenir les rares pluies capable de nourrir cette terre exsangue, mais comme ici, tout est excessif, sans retenue, quand elle se déversent, elles dévallent et avalent les paysage au point de les défigurer en de vastes corridors de tristesse, de ruines et de désolation.

Est-il possible de définir le Mezzogiorno tant il est multiple ? Œuvre de Dieu ou Œuvre du Diable, la région interpelle comme si nous devions choisir entre Enfer ou Paradis ?
Accepter de voir ou même entrapercevoir cette région, c'est commencer à la comprendre, c'est commencer à l'aimer tant elle nous ressemble, elle synthétise toutes nos contradictions. Le Bien et le Mal, la richesse et la pauvreté, une culture ancestrale aux règles tribales et une loi d'une extrême modernité, une économie sans foi ni loi, l'omerta et la revendication ouverte, une odeur d'égoût mêlée de parfums sauvages, des monuments resplendissants et des bâtiments faméliques, léprosés, des montagnes sublimes, des côtes bétonnées Tout ici vit en cotoyant son contraire.

Les écrits Melania Mazzucco, de Leonida Repaci, d'Elsa Morante ou de Carlo Levi, ne disent pas autre chose : « Pris dans cette impossible contradiction, comment aimer une région dont les vins ont le goût du sang des migrants, comment aimer une région dont les agrumes sentent les mains des enfants, comment accepter qu'une région vive ainsi, de bricoles, de petits trafics, de petits arrangements souvent entre ennemis, de combines foireuses et de tricheries compulsives ».
« On apprend progressivement à aimer ce Sud Italien, dépouillé de tout, brûlé de misère, jusqu'à éreinter la soif, Peuplé de lâches, de complices et de bourreaux, mais aussi de héros comme on n'en trouve dans aucune autre région du monde. Des magistrats y ont donné leur vie, ainsi que des policiers, des carabiniers, mais aussi de simples citoyens, travailleurs, intellectuels. Autant de gens qui ont choisi de rester du côté de l'honnêteté. L'espoir d'un futur meilleur, c'est eux ».

Prenons du recul, de la hauteur et quittons cette côte clairsemée d'oliviers séculaires, de charmantes criques, de superbes plages et des plus horribles complexes hôtelliers à jamais inachevés pour passer l'immuable route côtière et la voie ferrée qui ceinturent l'Italie, montons progressivement dans la montagne toute proche. Sur chaque piton se dresse un fort, une tour, un village, agonisant pendu aux montagnes avec la mer pour horizon, ils ont vu passer les Sarrazins, les Byzantins, les Normands, les Souabes, les Aragonais, les Angevins, les Français, les Bourbons d'Espagne, ils ont vu passer les pillards, la misère, la vermine, la malaria, la peste, le choléra, le paludisme, ils ont tout vu, d'où probablement ce désabusement ancré dans la mémoire collective qui a fait de cette terre le terrain de jeu de l'éternité.
Dépassons ces premiers massifs arides et empruntons les routes sinueuses de l'Aspromonte pour monter à 2000 m, le couvert végétal s'y fait dense, comme le soleil ne filtre jamais, la fraîcheur s'est installée, il n'y a plus âme qui vive pour peu qu'il y en ait dans ce pays. Là haut les villages sont inhabités, abandonnées aux vents et à l'histoire passée, les hommes épuisés ont déposés les armes, la nature et l'histoire ne les ont pas épargnés, ils ont fui, ont émigrés au Nord, à Turin ou Milan, en Allemagne ou aux Amériques via le Castella, Reggio, Crotone, Camerota, Naples et débarquant à Ellis Island


Publié à 17:50, le 4/05/2012, Agropoli
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de Maratéa à Naples

MARATEA - AVRIL 2011

Bien plus tôt que les hirondelles, nous voilà de retour à Maratéa, Joël et Marie-Thérèse nous accompagnent, l'hiver ne semble pas avoir eu de prises sur Romar mais il nous faut le préparer pour l'ultime remontée, petites réparations, menues préparations, contrôle général, vidange, avitaillement...
Alors que nous dégustons notre premier apéro sur le pont arrière, un coup de feu retentit, un seul coup nous fait penser à une chasse aux sangliers dans le maquis, mais rapidement nous devons nous rendre à l'évidence, c'est la guerre, de vrais tirs d'artillerie. En fait, probablement pour fêter notre arrivée, les autorités ont décidé de tirer un feu d'artifice à midi. Durant 30' le Christ Rédempteur est au centre d'une pétaradante allégresse... les fusées lui explosaient aux oreilles et il fut rapidement constellé de petits nuages blancs... c'st du plus bel effet sur ce fond azur. Beaucoup de bruits pour rien car ce n'était qu'une répétiton diurne, une erreur de tir. En fait, à la nuit tombée nous avons droit à un superbe feu d'artifice. Le petit port, blotti au pied de la montagne concentre tous les coups, en vrai caisse de résonnance il répercute à l'infini l'écho des exposions.

L'avitaillement assuré il va nous falloir reprendre la mer et s'amariner sur quelques étapes.
Le lendemain matin, nous quittons avec un petit pincement ce si joli havre de paix et du même coup la Basilicate, une région méconnue qui sait s'offrir à qui sait prendre le temps.

Au revoir la Leucanie, bonjour la Campanie, et oui nous entrons dans une nouvelle région dont la capitale est Salerne. Nous traversons allégrement les 18 miles du Golfe de Policastro pour Camerota, un port est très aisé d'accès et très agréable, ancien port de pêche, il reste une dizaine de chalutiers, le port s'est mu en un chantier de réparation navale et un port de plaisance de 400 anneaux avec en sus un quai gratuit pour les bateaux de passage.
La ville est adossée en escalier à une colline, c'était le point de départ pour l‘amérique latine au moment des grandes émigrations du XIX les « carachesi », le Venezuela était privilégié comme en témoigne la statue de Simón Bolívar au milieu du village.
Décidemment pas un jour sans événement, aujourd'hui, un triporteur poussif surmonté d'un grand haut-parleur crachote des phrases en italien mâchouillé, s'ensuit une musique tout aussi de cirque, quelque chose est annoncé mais quoi, de l'autre côté du port nous percevons bien de l'animation, dans l'après-midi les choses s'accélèrent, un portique gonflable est installé, des tentes et des tables dressées, un tapis déroulé sur la chaussée bordée de barrières, cela sent une arrivée. En fin d'AM, un animateur au langage de bonimenteur commentateur sportif commence son direct, nous suivrons les 10 kms de Palinuro-Camerota. La tension monte, le public arrive puis s'agglutine de par et d'autre de l'arrivée, l'espace devant la grande scène prend de la consistance, des effluves émanent des camionnettes fumantes, les vendeurs à la sauvette s'activent, nous prenons de la hauteur pour avoir une vue dégagée sur l'arrivée... au bout de l'avenue, une série de motos apparaît, photographes, cameramen, officiels, sont tous retournés, c'est un black qui arrive, la foulée est géante, il court comme si le départ venait d'avoir lieu, époustouflant, bien que tout seul, il accélère pour sprinter et fini les bras écartés pour rompre le ruban d'arrivée sous les applaudissements du public, il s'arrête pour reprendre son souffle et disparaît dans la foule, s'ensuit la noria de ses coreligionnaires. A la remise des prix nous nous apercevrons que toute l'équipe de blacks au profil Kenyan qui ne comprend goutte aux discours est coachée par un italien qui semble avoir trouvé là un filon. Un minibus les emportera rapidement vers une nouvelle ligne de départ.

 

 

ACCARIOLI

Nous remontons doucement et de nombreux villages jalonnent notre navigation côtière le premier est Palinuro, qui tire son nom du fidèle maître d'équipage d'Enée, dont les errances sont retracées dans la célèbre Enéide du grand poète latin Virgile, suivent Pisciotta, Ascea, Casal Velino, Pioppi, la côte est enchanteresse avec d'inaccessibles plages et autant de grottes Grotta Azzurra, Grotta d'Argento, mais aucun port ne peut accueillir le tirant d'eau de Romar1. Voici Accarioli, qui alignent ses maisons sur le trait d'une côte rocheuse.
Les cartes et l'écran spécifient de hauts fonds, la prudence s'impose, l'entrée du port très bien signalée mérite toute notre attention car un massif rocheux subaquatique est à éviter à 600 m au SE de la jetée. Il faut par sécurité frôler le musoir du môle, lécher les pieds d'une Sainte Vierge gardienne du brise lame et virer bâbord toute. Voilà bien un port où il ne fait pas bon s'arrêter... A l'intérieur du 1er bassin, bien que protégés les pontons de tribord sont à éviter car de nombreux bouts trainent entre deux eaux, cela me vaudra de plonger pour enlever des restes d'aussières pris dans l'hélice.
Le port est quasiment vide et dispose de nombreuses places, mais le gestionnaire nous ordonne de nous mettre à quai près de la massive tour carré dite des Normands (1233), près d'un vieux gréement qui n'aspire que d'aller se reposer au fond, le quai est sale, quant aux sanitaires ce terme est incongru tant ils sont infâmes et répulsifs, la houle domine dans le port. On atteint le summum avec les droits de port : 50 euro.
Comme dans la nuit le temps s'est détérioré, c'est une mer déchainée qui vient frapper la jetée, nous allons patienter, nous rendons visite à la Madone qui, elle aussi, trouve le temps long, elle s'est éprise de rouille et de fantaisie, dans son dos sa robe de métal cache une niche, siège de toutes les offrandes, reliques diverses et avariées, bougies... Apparemment on lui demande beaucoup...

 

AGROPOLI

Nous levons les amarres de la marina d'Accarioli sous un soleil bien songeur. Alors que nous entrons dans le golfe de Salerne et que nous laissons à babord Isola Licosa, l'îlot de la sirène Leucosie, l'enchanteresse qui tenta d'arrêter Ulysse dans son Odyssée, le temps s‘assombrit brutalement pour nous rappeler la légende des lieux. Nous n'aborderons pas cette langue de terre de 200 m et ses quelques vestiges romains dont un bassin d'élevage de murènes. Nous passons San Marco et Castellabate pour aller à Agropoli, un nom qui sonne la modernité. Dévalant tout autour de son promontoire rocheux Agropoli plonge en fait ses racines dans le néolithique... dénommée "Ercula" à l'époque romaine, les Byzantins fortifièrent le promontoire et devint Akropolis - "ville d'en haut". Là aussi le pays fut tour à tour Sarasin, normand, aragonais puis turc avant de devenir enfin italien.
La ville est dominée par son centre historique qui a conservé son enceinte dotée de sa porte principale, ses ruelles vous emmènent au château fort, dont les murs et les tours visibles datent du XVe siècle. Dans la cité ancienne on trouve beaucoup de petits bars et de restaurants qui servent les traditionnels plats à base d'anchois, mais aussi à base de mozzarella, la vraie de bufflonne qui sont deux spécialités du pays.
Les cloches sonnent à toute volée, le très long escalier semble pris de frémissement et d'une animation toute particulière, curieux, nous y allons, ce sont des mariés qui ont entrepris, c'est une tradition, de gravir l'impressionnant escalier qui mène à la mini Basilique. Non seulement la constitution en galets et sa pente rendent l'exercice difficile pour qui est sapé de la tête au pied comme une mariée. Ici commence leur chemin de croix.
Cette région n'est pas seulement imprégnée de mythes et de légendes mais elle porte en elle des riches empreintes de notre histoire. Ainsi nous nous rendons à quelques kilomètres, à Paestum ou Poseidonia, un site exceptionnel classé depuis 1988 par l'UNESCO au patrimoine mondial. Ceint sur 4750 m de long, d'une muraille de 5 à 7 m d'épaisseur et de 15 m de haut, gardé par 24 tours carrés et rondes , Paestum fut fondée par des grecs vers 600 avant JC, elle s'appelait Poseidonia, nom issu de Poséidon, dieu de la mer, à laquelle la ville était dédiée. Devenue romaine en 273, la colonie pris le nom de Paestum. Dominés par les vestiges de 3 grands temples de style dorique, la Basilique, le temple de Héra (540 av JC) et celui de Neptune (500 av JC) le site archéologique est d'une rare beauté il force le respect et l'admiration, et dire que les fouilles n'ont porté que sur 1/5 des 120 ha du site.
Une journée sera consacrée à la visite d'Herculanum, le célèbre site « opposé » de Pompéi. Sur le flanc ouest du « Vésuvio » les panneaux et les parkings sont légions pour retenir les visiteurs. Hercule a marqué de son empreinte le sud de l'Italie et l'origine d'Herculanum est liée à la figure mythique de ce demi-dieu. Si l'ancienne station balnéaire très prisé à l'époque romaine a été moins touchée par l'éruption de 79 ap JC que Pompéi située sur le flanc Sud-Est du Vésuve, malgré les siècles, le site est marqué des souffrances passées, les pans de murs écroulés, les rues aux grandes dalles, les hauts trottoirs, les statues, tout retient les cendres prégnantes, oppressantes de l'histoire.

 

SALERNO

Notre périple nous fait traverser la baie de Salerne pour rejoindre la ville éponyme, appelée aussi, en raison de sa proximité, le petit Naple, une ville de 150 000 hbts, nichée au fond du golfe de Paestum elle est le point d'ancrage continental de la côte amalfitaine. Sur les 20 miles qui séparent Agropoli de Salerne le paysage de ce fond de baie est uniforme, sans structure, sans rupture, une longue bande de 50 m de large de sable fin protège un sempiternel ruban de pinèdes.

A Salerno, les marinas sont nombreuses, elles disposent toutes de pontons privatifs et chacun des gestionnaires tente à coups de grands gestes, de nous louer un anneau. Sur un coup de dé ou de tête nous choisirons « Elidiport » géré par Franco Mazza. Cela sera sans sanitaire ni wifi, aucun regret à avoir car aucun n'en dispose...
Notre 1er jour est consacré à la découverte de la capitale amalfitaine qui fut au XIéme siècle l'ancienne capitale de l'Italie du Sud. La ville a jalousement gardé les empreintes de son histoire, celles des invasions successives, ce qui rend son architecture centrale assez inédite, disons qu'elle est de style normand arabo-byzantin, un Bizance italien.
Décidemment l'Italie nous réserve bien des surprises, déambulant dans le vieux quartier nous ne pouvons ignorer les cloches de la basilique qui résonnent de toutes parts dans ce dédale labyrinthique, c'est San Matteo qui tonitrue, attirés par cette vibrante envolée de cloches, à peine les derniers timbres des bronzes envolées, les voix d'une chorale nous aspire et nous invite à franchir la lourde porte de l'édifice. Les grandes et magistrales orgues accompagnent, à moins que ce ne soit l'invese les choeurs qui entonnent merveilleusement « Brillo nel ciel » « the first nowel » version italienne, nous pensons à des vêpres, neni, c'est une messe très solennelle, une ordination. Alors que notre tenue, en short et sandales, semble incongrue et en ce lieu et en cette circonstance, nous nous glissons derrière un des piliers de la nef. C'est de là que nous assiterons à l'entrée solennelle des prélats. Sur 2 rangs le cortège prélatique s'ébranle. 5 prêtres en soutane noire et surplis blanc ouvrent protocolairement la procession, le premier encense l'allée de larges dalles comme pour la purifier, la libérer des esprits maléfiques, son acolyte portant la navette d'encens semble complètement perdu, emfumé, dans ses limbes intérieures, 2 céroféraires (2 porte-flamberges) portent la lumière divine en haut de leur chandelier, ils encadrent le cruciféraire et son emblématique croix en argent, suivent 12 trentenaires en soutane immaculée, ils sont un zest nerveux, leurs mains jointes s'agitent, se tordent, suit une lithanie de prêtres, soutane noire et surplis blanc, suivis de 8 ecclésiastes soutanés et dotés du traditionnel col romain ainsi qu'une étole vermillon portée sur l'épaule gauche, probable symbole du fardeau évangélique, au centre un prélat revêtue d'une dalmatique rouge porte à bras tendus, au-dessus de sa tête ce qui semble les saintes écritures ou des reliques de la vierge présents en ce saint lieu, il est protégé par une vingtaine de prélats aube et chasuble grenat estampillée du chrisme, cet entrelas des deux premières lettres du nom grec du Christ, le Khi et le Rho.
Pour clore la procession, portant mitre et crosse, habillé d'une dalmatique rouge orangée l'archevêque de Salerne avance lentement, encadré par ses secrétaires particuliers, c'est pas dieu possible, tout Rome est ici condensé. Voyant le cérémonial s'avancer, la chorale redouble de puissance dans une grandiose apothéose...
Ayant la ville à visiter nous les laissons à leur repentance et à leur embrassade terrestre.

 

 

 

Le lendemain, nous profitons d'une journée qui s'annonce gorgée de soleil pour naviguer le long de la côte almafitaine et découvrir les criques où sont blottis de sublimes petits villages accrochés au relief, Positano, Praiano, Maiori, Erchi, Cetara... s'ensuit un langoureux mouillage déjeuner devant Amalfi. La presqu'île amalfitaine chantée, peinte et décrite depuis des millénaires par tant d'artistes a préservé malgré l'afflux touristique une beauté sauvage d'où émergent de doux enchantements, des émotions purificatrices, véritable jardin d'Eden ou fragment d'infini, tout respire ici la beauté, la tranquilité, la quiétude, l'union des éléments, l'air, l'eau et la terre s'assemblent dans un égrégore, les eaux cristallines se perdent dans des anses secrètes aux reflets verts-bleus, ou sur des plages de cailloux blancs, la mer est la base du décor, tout part d'elle pour monter vers les cieux et tout revient à elle, les collines faites de végétaux dans toutes les nuances de verts, ce belvédère érodé par le vent qui retient ifs et pins parasols, cette terrasse ceint de muret qui abrite des arbres fruitiers, ces jardins suspendus qui regeorgent de fleurs, de fruits et d'agrumes. Sous ce soleil de printemps tout n'est qu'enchantements doublés de pures émotions.

Aujourd'hui, nous partons pour la baie de Naples, sans savoir où nous poser. Après ces quelques heures de navigation douce et agréable, nous avons croisé et abordons l'île mythique de Capri, de nombreux yatchs sont ancrés à l'entrée...
Au regard des tarifs pratiquées nous préférons couper la vaste baie de Naples. Un vent du Nord et une houle cadencée donne du rythme à notre traversée, tout au fond perdue dans les brumes de chaleur Naples, l'ancienne capitale italienne. Oui Naples a été capitale avant que l'unité (1860-1870) n'emporte le pouvoir à Rome pour le placer sous la coupe vaticane (décret de 1898). Naples a grandi là, enserrée dans ses montagnes, elle s'étend prisonnière de son histoire et maintenant de ses préjugés. Là encore nous ne pouvons oublier notre Anjou car bien avant déjà l'église avait pris le pouvoir sur l'Italie, au XII éme Charles d'Anjou, comte de Provence perd la sicile après les sanglantes vêpres et fait de Naples la capitale au lieu de Palerme, il obtient ce royaume grâce au pape Clément IV après acceptation du Plenum ,Vassallagium Romanae Ecclesiae (la vassalité à l'église), c'est la fin de la famille impériale allemande et des Gibelins d'Italie, « des laïcs », tenats d'un empire indépendant du Vatican. L'Europe des Anjou est là encore gravée, le château, Torre del Greco portent haut les couleurs d'une histoire commune.

Les diverses marinas de Naples étant saturées nous privilégions d'aller au port Pozzuoli, mal nous en a pris car si les yatchs sont luxueux, l'accueil y est calamiteux et les fonds vaseux, tout ici respire l'ostentation. A la prétentieuse marina et aux sulfureuses fumerolles de Pouzzoles (1) nous préférons l'odeur du port de pêche de Baïa à qq miles en face. Celui-ci a le mérite d'être géré par la coopérative de pêcheurs et non pas par la mafia comme bon nombre de marinas. Y pénétrer demande un brin de vigilance et de dextérité car la baie est une zone de culture marquée par des milliers de bidons bleus alignés qui laissent juste une chenal pour aller au port.

(1) Les Solfatare de Pouzzoles est un cratère boueux de Pozzuoli dans lequel « la Fangaia », le bourbier crache en permanence de sulfureuses fumerolles.


Publié à 17:46, le 1/05/2012,
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de Gioia Tauro à Maratéa

Gioia Tauro
Alors que nous nous éloignons du célébre détroit de Messine et de ces monstres marins, déjà se dressent 22 énigmatiques squelettes d'acier, à l'approche ils semblent s'animer dans une étrange danse macabre. Alignés sur une darse de 3 km, ce sont les portiques à conteneurs qui desservent une vaste zone de frêt doublée d'un terminal roulier. Ce port inconnu des terriens et perdu au milieu de nulle part est « Gioia Tauro », la seule présence d'un Yacht Club nous y a poussée.
2 porte-conteneurs MAERSK de 5000 EVP (conteneurs équivalent 20 pieds) sont à quai. Les boites décolorées sont extraites une à une des entrailles de ces gigantesques ventres métalliques dans d'insoutenables grincements, d'impressionnants pleurs, de lancinantes complaintes ou des mugissements industriels selon les efforts des pinces d'acier, elles montent, se balancent, virevoltent pivotent puis descendent jusqu'au quai. Là, des enjambeurs portuaires les enfourchent, ces cavaliers d'acier comme des insectes frénétiques « bippants » et « bourdonnants » les emportent vers des piles qu'ils font et défont, les engins courent en tous sens, ils vont, viennent, repartent, reviennent, roulent, ralentissent, s'arrêtent, hésitent, butinent, crochent, décrochent, empilent, dépilent, enlèvent, reposent, ils transportent inlassablement une boite entre leurs jambes, vous savez, ces boîtes aux couleurs des grands noms du commerce maritime mondial Maersk, P&O, Hanjin, CMA-CGM, Evergreen, MSC, Cargo, China Shipping, Cosco, etc... ces briques de lego, véritables clusters du commerce international transportent à travers le monde toutes sortes de produits, du plus utile au plus futile pour de démoniaques enjeux internationaux.

De jour comme de nuit, le terminal s'active, chaque déplacement est savemment orchestré, dirigé, chronométré, numérisé, millimétré par une force occulte. Cela ressemble à un immense taquin dans les mains d'un expert, ce jeu de pousse-pousse dont il faut déplacer à tour de rôle les pavés, les boites doivent trouver leur place dans cet immense puzzle,.

Ce port est dès l'origine un exemple de la gabegie technocratique, initalement construit pour un futur complexe sidérurgique qui ne sortira jamais de terre, crise de l'acier oblige, l'Etat transforme alors le projet en terminal gazier couplé à une future usine de gazéification, le projet s'évapore avant même d'être lancé, vient alors l'idée d'en faire ce qu'il est, c'est à dire le 1er Terminal porte-conteneurs italien.
Ce n'est qu'à postériori, à la lecture de la presse que nous en apprenons sur ce port... il a été financé par des Fonds Structurels Européens, par et pour la mafia... les 'ndrine, une subdivision de 'Ndrangheta, la redoutable mafia calabraise... c'est elle qui contrôle et sécurise ce hub mafieux, c'est de là qu'arrivent et partent les marchandises véreuses. C'est la plateforme quasi officielle de tous les trafics... Peu avant notre arrivée, des containers de tanks en pièces détachées ont été saisis par les douanes, ils étaient en partance pour le Kosovo... l'arbre qui cache la forêt dans ce no man's land économique.

Et c'est là à l'entrée du vaste bassin de retournement qu'est lovée la petite marina, elle est bien protégée de la mer et des intrus, ici tout est sécurisé, code, barbelés, cameras, etc, contrairement à ce que l'on craignait l'accueil y est fort courtois et le service au top...

La ville borde la large plaine mi industrielle et mi arboricole de Rosarno, la capitale est célèbre pour avoir été le théâtre il y a 2 ans d'un début de pogrom anti africain, la population a chassé les 1500 membres de la communauté noire à coup de pierre et de matraques, ils ont chassé ceux-là même qu'ils exploitaient et qui cueillaient les agrumes de la vallée, conflit entre N'dranguetta et Camorra, affrontement sur des bases tarifaires entre producteurs et cueilleurs de fruits, exapération de la population locale qui voyait l'accroissement d'une population immigrée, un peu de tout cela à la fois. Il a suffit d'un incident pour mettre le feu aux poudres et que n'éclatent de violentes manifestations.
La visite de Gioia Tauro nous révèle qq chose de surréaliste, si la ville est éloignée du port et transpire de pauvreté. Cette pauvreté contraste avec l'immense et luxueux centre commercial qu'elle recèle à sa périphérie, le 1er depuis que nous sommes en Italie. L'entrée est constituée d'un mur surdimensionné doté d'une majestueuse cascade, derrière ce mur d'eau s'étale un vaste hall de présentation des plus prestigieuses marques automobiles, les boutiques immenses, très haut de gamme nous laissent pantois, mais où sommes-nous donc ? les prix sont exorbitants, pas étonnant qu'il n'y ait personne. N'est ce pas un consortium à laver l'argent sale ?

Le lendemain, lors de notre sortie du port nous croiserons un de ces mastodontes des mers, le « Grace » un « vehicles Carrier » un navire roulier qui peut transporter 4 à 5000 voitures, ce type de bateaux vous renvoie indéniablement à nos cours de physique, comment ce parallépipède géant peut-il flotter ?


TROPÉA

Nous laissons Gioia Tauro aux prises avec ses démons et passons le Capo Vaticano pour aborder l'un des plus beaux sites de la côte calabraise, la « Costa Bella » aussi appelée « Costa degli Dei » : la Côte des Dieux. Et là Romar1 n'a plus qu'à se laisser glisser posément sur cette eau azuréenne.

La surprise en abordant Tropea par la mer, c'est le tout premier plan : ce rocher isolé et entouré d'une une eau cristalline qui lèche et emmouille le sable blanc d'une pellicule liquide, là-haut sur le caillou trône un palais tourné vers la ville, c'est le sanctuaire bénédictin de Santa Maria. Il fut fondé sous l'époque normande, la vue est tout simplement magnifique car en arrière plan, à quelques centaines de mètres juché au sommet de la falaise se tient en équilibre Tropéa, une superbe petite cité d'origine antique que certains attribuent à Hercule de retour d'Espagne, Pline l'ancien et Strabon le géographe grec du 1er siècle avant JC mentionnent déjà Tropéa, mais comme un port de pêche. La ville est devenue une station balnéaire très prisée, le « Saint-Trop' » calabrais. Le vieux Tropea est constitué d'un ensemble harmonieux d'une cinquantaine de palais nobiliaires et d'églises dont une cathédrale normande du XIIe siècle et un monastère franciscain, le tout desservi par un enchevêtrement de rues étroites et de ruelles. C'est au pied de cette cité médiévale que se trouve la Marina.
Le soir, du belvédère, le spectacle est sublime, les derniers rayons rasants sur la mer dessinent l'ombre des îles éoliennes dont fumant le Stromboli...

Les jours suivant nous longeons les deniers miles de la côte calabraise, les plages se font de plus en plus nombreuses et dotées de nombreux épis pour les protéger de l'érosion mais aussi sécuriser les baigneurs, ferons halte tout d'abord à Vibo Valencia, perdu au fond de la baie, puis à Cétraro, 2 marinas ordinaires.

MARATEA - 2010

A peine avons nous gagné la pleine mer et dépassé la citadelle « capo dla Zilletta » que devant nous, à 20 miles plein Nord, un étrange monument nous appelle. Non non, nous ne sommes pas à Rio mais à Maratéa, c'est une statue géante qui se dessine à fur et à mesure que nous approchons. C'est le Christ Rédempteur aux bras grand ouverts (19 m d'amplitude). Posé à 620 m sur le mont Bagio, la statue de 22 m de haut ne passe pas inaperçue. Notre cap a été rarement aussi clair, plus besoin de carte, ni de GPS, l'objectif est géodésique car notre port est au pied de ce mont de piété. Ce colosse de béton a été construit par un architecte au bord de la faillitte, cette œuvre devait probablement expier quelques péchès et lui permettre d'acheter une parcelle constructible au paradis.
Le littoral est constitué sur 15 miles d'une succession de plages au sable noir, de criques solitaires, de grottes infréquentables et inacessibles, d'antres semi engloutis, de falaises escarpées, de roches abruptes taillée au couteau.
Là aux confins de la Campanie et de la Basilicate dans une anse magnifique, particulièrement rocheuse lavée par des eaux translucides, se niche un petit port, un port de poche, mais quel mouchoir, le lieu est sublime, un authentique et romantique village de pêcheurs qui fait la part belle aux fleurs et aux sculptures. Un port suspendu dans le temps, un vrai bonheur.

Maratéa est constitué d'une multitude de villages et hameaux disséminés sur de verdoyantes collines, là haut à l'abri des envahisseurs mais gardant un œil plongeant sur le bleu cristallin du golfe de Policastro domine le vieux bourg médiéval.
La ville construite en espalier est placées sous la protection d'une quantité inimaginable de saints : 44 églises pour 5200 habitants... c'est dire ; les plus emblématiques sont :
- la basilique de St Blaise construite sur un ancien temple païen dédié à Minerve, elle contiendrait des reliques de la Vierge,
- l'église de Santa Maria Grand,
- l'église de l'Annonciation,
- Notre Dame de peines,
- Ste Vierge des neiges dite aussi celle des Oliviers,
- Ste Vierge du chapelet...
- celle du carmina... on constate combien ici aussi le culte mariale est vivace...

Le hameau du bas constitue le port, c'est la Marina de Maratéa, un régal qui dispose de sa biennale de sculptures, toute l'année des œuvres ornent les rues, les façades, les plages et les falaises, là, une coque, là une fresque murale, là un plongeur en arrêt dans le vide...

Le lieu est magnifique, reposant, idéal pour qu'hiberne ici Romar1.


Publié à 17:40, le 16/09/2011,
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Santa Maria di Leuca

Que dire de la marina de Porto Turistico...
La marina n'a qu'un leitmotiv : l'argent. Un but un seul, faire chèrement payer ceux qui s'y arrêtent, il faut préciser que l'accueil n'a rien de chaleureux et que la protection des bateaux y est plus que succinte.
Aucune inquiétude à avoir, nous sommes sous la bonne protection de Santa Maria et de son représentant Benoît XVI. Une plaque apposée sur le sol de la marina signale que les mules papales dudit Benoît ont foulé cette sainte terre en 2008. Pour comprendre les raisons de sa venue il faut monter à l'imposant phare qui domine la pointe. Pour cela, gravissez le monumental escalier qui encadre une cascade géante voulues par Mussolini, cela symbolisait l'entrée en Italie. Au fil du temps, la source s'est tarie, le torrent asséché et ce n'est plus qu'un filet d'eau qui se faufile discrètement entre les pierres. L'empreinte du dictateur est toujours là car si le mot « Rex », est sculpté dans l'escalier Est, le mot « Duce » a été gommé mais reste là en filigrane sur l'escalier Ouest... la sainte pierre a la mémoire dure... suez, souffrez, prenez de la peine, là-haut vous parviendrez à l'objet de la visite papale, la Basilique, belle et pompeuse elle surplombe une haute falaise.

 

 

 

Entrons dans la ville, hormis quelques villas ubuesques, c'est une station balnéaire sans charme particulier si ce n'est la promenade sur pilotis au-dessus des rochers qui dessert les terrasses des nombreux bars... aux tarifs champs-élyséens... Vous cherchez du Wifi, filez votre chemin, ici c'est impossible, bien qu'une dizaine de bars se revendiquent cybercafés, il n'y a rien à faire, la réponse est nette et sans appel, c'est no, passez, il n'y a rien à voir, surtout ne vous avisez pas de savoir pourquoi, à demi-mot, on comprendra que la police surveille de près l'usage du net, la mafia aussi... cela sent bon le conflit... le profit...

Vu les tarifs prohibitifs du port et le peu d'intérêt de Santa Maria, nous ne nous attarderons pas en ce saint et haut lieu. Il nous faut franchir les 80 miles du golfe de Tarente, soit 11 heures de navigation, la météo n'est pas des meilleures, mais une fenêtre nous est ouverte pour quelques heures, pas d'hésitation, on y va.
Départ à 4 heures, la nuit est très claire et la mer s'est enfin posée, c'est parfait. Autour de nous, se déploie une féérie lumineuse, à tribord les lumières des usines et des réverbères de Tarente jalonnent la côte des Pouilles, et à babord au large les fanaux des navires qui contournent la botte. Alors que le jour se lève, les contours du golfe se dévoilent progressivement avec, surplombant le trait de la côte calabraise, une multitude d'éoliennes qui turbinent, elles habillent les collines lunaires des contreforts nord des Apenins, de Sila et d'Aspromonte. Dans la matinée nous croisons quelques navires de plaisance qui font route inverse.
Bien que nous ayons été prévenus que la fenêtre se fermait à 15:00, elle se claque 2 heures plus tôt que prévu, le sale temps est en avance et c'est avec une houle plutôt musclée de 5 BF que nous passons les 4 plate-formes gazières implantées à 5 miles des côtes... au loin se dessine l'immense jetée bétonnée du port de Crotonne, dans cette muraille nous percevons l'entrée cachée du port de pêche et de plaisance. Il était temps.
Nous voici dans l'entrée du port de Crotone, la ville n'a rien d'engageant, est ce la torpeur estivale ? S'en dégage une certaine laideur mêlée d'une âcre odeur de déprime. Qu'importe, les textes des marins décrivent une ville sinistre, un port sale et un accueil peu encourageant. C'est peu dire, là encore nous étions prévenus...


Publié à 17:59, le 9/09/2011, Santa Maria di Leuca
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La traversée Grèce Italie

En cette fin août Romar1 laisse une Grèce en proie aux flammes, le feu dévaste à bâbord les sommets corfiotes de Sidari et sur tribord les montagnes gréco-albanaises de Sagiada. Décidément quand ce ne sont pas les relations diplomatiques entre les deux pays qui s'enflamment, ce sont les montagnes qui s'embrasent...
Après une courte et discrète halte à l'île d'Othonie pour éviter que Calypso, qui a déjà retenu dans une grotte Ulysse, ne nous prenne en otage, nous partons nuitamment pour l'Italie. Les prévisons sont contradictoires ce qui rend la météo difficile à appréhender. La navigation nocturne s'avère étonnament tranquille mais à l'approche du jour, en quelques minutes, un épais brouillard émerge des flots et nous enveloppe, notre vision se réduit à 20 m. Sans radar nous sommes à l'étouffé, dans une ouate scélérate qui atténue même les sons, nous naviguons à l'aveugle, l'attention est maximale, tous les sens sont en éveil, la tension à son comble car nous sommes au cœur d'un corridor maritime très fréquenté. Après 4 heures de concentration et de mélasse, la gangue aqueuse s'estompe paresseusement... il était temps car tout juste sortis de cette brume axphysiante nous devons manœuvrer pour éviter un cargo... les gouttelettes changent de front et c'est une sueur à postériori... Un peu plus tard nous croisons deux puissants semi rigides, ils bondissent séparément vers nous, l'un à 10h, l'autre à 14h mais à un mile devant ils s'arrêtent simultanément et nous font face. Flics ou Bandits, Pirates ? Traffic ?... s'ensuit un long round d'observation, ici au milieu de ce nulle part, de cette route nauséabonde qui dessert les Balkans, une zone réputée pour les trafics en tout genre, cela ne rassure pas, toutes les suppositions sont permises...que cherchent-ils ? A l'aide des jumelles, nous remarquons que des hommes immobiles, nous observent aussi,? qui est chat ? qui est souris ? nous feignons tout simplement de les voir et passons au milieu, une fois croisées les 2 embarcations repartent vers leur destinée inconnue.
En fin d'après-midi, les côtes italiennes se dessinent au loin, abruptes, torturées, accidentées, déchiquetées et entaillées d'une multitude de fissures laissant apparaître des crevasses et des grottes inhospitalières. La mer se creuse sous le vent de la Baltique, le fameux « Maestro » déclenche une forte houle croisée, le soleil fuit, la pluie s'abat brutalement, les températures s'effondrent de 32 à 16°. Au fil de notre approche, la mer se fait toujours plus mauvaise, plus cassante, dans ce tohu bohu maritime, un mousqueton rompt et l'annexe suspendue à l'arrière ne tient plus qu'à une seule manille elle oscille, se balance, bat la poupe, tape et retape le balcon arrière, le barbecue heurté se dessoude et plonge au fond, adieu les grillades... à l'intérieur du carré l'ordre se fait désordre, qu'importe « ordo ab chao... ».

Paradoxalement, ce temps de chien ne refroidit en rien l'ardeur des italiens, de nombreux bateaux entrent et sortent du port dans d'impressionnantes gerbes d'eau et de franches rigolades. Ils sont fous ces Ritals...
Nous voici enfin posés en Italie, mais nous sommes toujours dans le chaudron magmatique dans lequel s'amalgament mythologie et histoire, antiquité et modernité, l'Odyssée d'Homère, la route de St Paul, les Chemins des Croisades, des périodes de prospérité, de disettes, de famines, de conquêtes, d'invasions et d'éternelles luttes d'influences.

Pour nous situer géographiquement, disons que nous arrivons à la base de la talonnette, à l'extrême sud du Mezzogiorno, « le midi » italien. Comme en France où le Sud commence Porte d'Italie, le Mezzogiorno commence au Sud de Rome et comprend les Abruzzes, la Campanie, la Calabre, le Molise les Pouilles, la Sicile et la Sardaigne. Mais l'ossature de la région la plus septentrionale est constituée des régions des Pouilles, de la Basilicate et de la Calabre, ces régions reposent sur la chaîne des Apennins dont les sommets avoisinent les 2000 m. Plus qu'une épine dorsale, c'est une région pris parfois de soubresauts, une zone très sensible aux tremblements de terre... mais ici il n'y a pas que la terre qui tremble, la population aussi parfois... mais pour d'autres raisons.

Jusqu'à l'unification par Garibaldi en 1861, ces pays constituaient un royaume qui fut à tour à tour normand, angevin, napolitain, espagnol. Et des tours nous allons en voir, chaque cap, chaque baie, chaque relief possède la sienne, elles forment en fait les clous qui tient la semelle.


Publié à 16:51, le 27/07/2011, Othonoí
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