Une Transeuropéenne

Europe - Turquie : un Pont entre passion et raison

Le sujet est sensible pour nombre de pays européens, certains sont pour, comme l'Espagne, d'autres réticents comme l'Allemagne et d'autres franchement hostiles comme la France, selon les propos de son Président. Tout est affaire de position, d'opposition. Mais sur quoi reposent ces opinions contrastés pour ne pas dire tranchées ? Plus que de l'entrée de la Turquie et du tracé de frontières, ne serait ce pas plutôt le dessein de l'Europe qui est au centre de la question ? Quelle vision de l'Europe avons-nous ?

Une question récurrente est bien celle de sa dimension, de la définition de ses frontières. De tous temps, le tracé des frontières est sujet au mieux à caution voire à polémiques, au pire, à des guerres. Les nombreux avis sur les limites de l'Europe m'ont toujours interpellé car souvent elles sont posées arbitrairement en s'appuyant sur des données partielles ou partiales. On se réfère soit à la géographie, soit à l'histoire, soit à l'économie... et rarement on ne s'appuie sur une analyse globale. Alors dépassionnons le débat et tentons la plus longue transversale possible ; elle n'a pas l'ambition d'être exhaustive, mais elle élargit singulièrement l'analyse et jette, faute de pavé, un passerelle à la compréhension...

 

Sur quelles bases définir des frontières ?

Oui car frontières il y a, après les avoir créées, nous n'arrivons plus à les transcender, à les sublimer et nous avons, pauvres mortels, besoin de lignes séparatives, des limites que les capitaux, eux neconnaissent pas.

Géographiques

Si nous prenons des critères géographiques :

L'Europe n'est qu'un sous-continent, elle n'est que la péninsule occidentale du continent indo-européen appelé l'Eurasie. Malgré cela, essayons tout de même de délimiter l'Europe, nous avons au Nord : la Baltique, à l'Ouest : l'Atlantique, au Sud : la Méditerranée, à l'Est : le Bosphore ainsi que les 2 massifs : Caucasien et Ouralien.

Que voyons-nous ?

Deux pays sont sur hors zone, nous pourrions dire hors jeu : Malte, en Afrique et Chypre en Asie. Deux pays qui sont rentrés dans l'Europe sans l'ombre d'un doute ou d'une moindre question. Pourtant, l'un comme l'autre ne sont exempts de reproches en matière de droit européen : paradis fiscaux,  pavillon de complaisance (1) et territorialité pour Chypre...mais cela est un autre débat...

Deux pays, la Russie et la Turquie s'étendent au-delà de notre espace communautaire et ont pied en Asie : Pour la Turquie, seul 5% de son territoire est en Europe dont Istanbul, la capitale économique, 10 % de la population.

Mais cela lui enlève-t-elle leur droit d'appartenir à notre communauté ?

Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Espagne, le Danemark et la France possèdent des territoires hors de l'Europe, et même aux antipodes, leur nation s'étale sur plusieurs continents... Cela ne semble pas leur poser de problèmes.

La tectonique des plaques ne peut visiblement pas répondre à la problématique posée.

Historiques

Appuyons nous alors sur l'histoire

On entend dire que l'Europe s'est forgée une identité historique. Si on remonte les siècles, à quel moment devons-nous arrêter l'horloge du temps ? Au cours des quatre derniers millénaires, ce ne sont que migrations, invasions, razzias d'esclaves et si on se cantonne au dernier millénaire, quelle référence prendre : l'Europe de Charlemagne, celle du Saint Empire romain germanique ou bien celle de Napoléon ?

Regardez bien le compteur temps car un empire a toujours été présent sur cette période en Europe, l'empire ottoman... La Turquie aurait-elle une histoire commune avec l'Europe ?... N'oublions pas l'alliance entre François Ier et Soliman le Magnifique pour contrer Charles Quint ?

Là encore, on voit que seule la solution historique ne peut être véritablement retenue.

 

 

Culturelles

Continuons notre analyse et prenons le caractère culturel pour ne pas dire cultuel. Nous avons renié depuis longtemps nos origines grecques puis romaines et leur avons préféré il y a près de 2000 ans le monothéisme et les fonds baptismaux judéo-chrétiens. Oui, c'est vrai, on peut dire que l'Europe est judéo-chrétienne, mais la  restera-t-elle « at vita éternam » ? aucun exemple de telle civilisation dans l'histoire humaine. Pour l'argumentaire,faisons simple, référons-nous au traité de Westphalie « cujus regio, ejusreligio ». Mais oui, le problème n'est-il pas là ? Nous  formons un club chrétien et le Turc est lui, musulman. Ce serait une incompatibilité ? l'huile et le vinaigre ne se mélange pas

Cette soudaine révulsion de la Turquie ne reposerait-elle pas, en fait, sur une définition religieuse de l'Europe ? Dans ce cas, le sort de la Turquie est scellé, mais avouez que diable, le problème demeure. Que devons-nous faire de la France, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, qui comptent au total 13 millions de musulmans ?

Regardez dans la salle d'attente de l'Union Européenne, s'y trouvent l'Albanie, la Bosnie, le Kosovo (un état si cher à Bernard Kouchner), des régions qui comptent respectivement 40, 50 et 90 % de musulmans, Ok, refusons leur l'entrée... à tous...

Un autre point et non des moindres, la Turquie est, par sa constitution (4),laïque, si la laïcité fait l'objet d'attaque par le gouvernement, elle tient bon car elle imprégnait déjà l'empire ottoman, le Vizir dirigeait l'Etat et le Calife était chef religieux. Ce principe de laïcité n'est pas partagé par tous en Europe, regardez la Grèce voisine où l'Eglise dispose d'un article 3 dans la Constitution qui la fait jouir de certains privilèges dont celui d'avoir une république autonome théocratique, celle du mont Athos, un Etat pour qui les textes européens ne s'appliquent pas (mais qui perçoit cependant des subventions communautaires ???). Et que dire des nombreux autres pays dont la Constitution fait foi d'une religion ? Et puis, avouons-le, est ce que la laïcité est, chez nous, exempt de reproches ? Avouons le, l'argument culturel ou cultuel ne tient pas tout seul.

Maintenant examinons d'autres paramètres qui, s'ils ne peuvent former de frontières à eux seuls, doivent être intégrés dans une réflexion globale. Ces éléments sont d'ordre stratégique, économique, démographique, diplomatique et politique.

 

Stratégiques

Pour qui veut se pencher un instant sur une carte constate que la Turquie tient, par sa position géographique, une place hautement stratégique.

Que ce soit d'ordre militaire ou économique, la Turquie détient avec les détroits du Bosphore et des Dardanelles les clés d'une porte qu'elle peut ouvrir ou fermer aux flottes maritimes.

Dans le cadre des tensions du Moyen-Orient, ses frontières avec la Syrie, l'Irak, l'Iran, font d'elle, un indéniable et salutaire espace-tampon avec l'Occident.

Autre argument et non des moindres est la place de la Turquie qui se trouve au cœur du réseau énergétique européen. Elle détient là encore un jeu de clés essentiel avec :

Ses corridors maritimes où transitent annuellementplus de 150 millions de barils de brut.

Ses réseaux d'oléoducs et gazoducs, BTC Ceyhan, BlueStream et Nabucco qui drainent le gaz et le pétrole de Russie, de la mer Caspienne et du Moyen-Orient,

Ses hubs énergétiques qui alimentent l'Europe du Sud.

 

 

Autre point stratégique, la Turquie détient un atout de taille dans le jeu moyen-oriental, c'est atout, c'est l'EAU ou l'Or blanc ! L'eau manque déjà au Moyen-Orient et elle manquera de plus en plus... Or, cette ressource est vitale pour l'Irak et la Syrie. Cette eau peut être source de différends transfrontaliers et peut peser directement ou indirectement sur la politique de ses voisins.

Pour être bref : Le smart power (2) turc est simple, clair et efficace : la gestion de l'eau (soft power) et la pression militaire (hard power) c'est à dire : le château d'eau et le château fort.

 

Oui le château-fort car la Turquie est dotée d'une armée très bien équipée et bien entraînée. Forte de plus de 750 000 hommes l'armée turque est la 2ème de l'Organisation Atlantique, elle participe depuis longtemps aux nombreuses opérations multinationales, que ce soit sous mandat de l'Otan, de l'Onu ou de l'Union européenne (UE), ses champs d'opération se trouvent en Bosnie, au Kosovo, dans l'Océan Indien et en Afghanistan avec 1800 hommes.

Enfin, son positionnement géopolitique est propice à l'installation de bases arrières, les Américains y ont installé 2 importantes bases militaires. 

 

Diplomatiques

Une « voix » puissante.

La Turquie est membre fondateur de l'ONU en 1945, de l'OCDE en 1960 (elle en fête le 50ème anniversaire), de l'OSCE (5) en 1973, du G20 en 1999 et du Conseil de l'Europe depuis 1949, de l'OTAN depuis 1952, seul pays musulman a en être membre. La Turquie est aussi le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël et ce, dès  1949 , il est également le seul à entretenir des relations mais sans ménager ses critiques.

Située à la confluence des grandes aires régionales que sont l'Europe, les Balkans, le Caucase, le Centre-Asie et le Moyen-Orient, la Turquie occupe une position singulière : une position qui l‘autorise à mener une offensive diplomatique de premier ordre et à s'inviter aux tables des négociations sur plusieurs terrains sous tension dont Russie-Géorgie, Palestine-Israël, Israël-Syrie, Iran, Afghanistan, etc... Cette percée n'est pas du goût de l'Europe dont la diplomatie est toujours en chantier interne et n'arrive pas à parler d'une seule et même voix.

Mais si la Turquie s'implique dans les conflits internationaux, elle n'est cependant pas exempte de reproches sur ces différends frontaliers : la question de Chypre, ses relations avec la Grèce, la reconnaissance du génocide arménien et le problème kurde restent d'actualité et forment des pierres d'achoppement quant à son adhésion.

 

 

Sur Chypre

Cette question est inscrite en toutes lettres dans le protocole d'adhésion. La Turquie bouge, non seulement elle n'en fait plus un casus belli mais elle vient d'ouvrir les check points du mur de séparation et donc libérer le passage. Elle doit aussi ouvrir prochainement ses ports aux grecs et faire des propositions sur ce dossier.

 

Sur la Grèce

Ses relations tendues avec la Grèce portent essentiellement sur la territorialité. Si on consulte les cartes et l'histoire, la tension est compréhensible. Là encore, il faut remarquer qu'une normalisation est en cours. Les Premiers Ministres turc et grec, Mrs Erdogan et Papandréou, se sont rencontrés au mois d'août dernier et ont passé un certain nombre d'accords de coopération frontalière, ils se sont notamment engagés à baisser significativement leur budget militaire. Malheureusement sous la pression de la cynique diplomatie française et allemande, principaux pays pourvoyeurs d'armes, Mr Papandréou a annoncé en Octobre 2010 qu'il renonçait à cette baisse.

Laissons leur le temps de tisser des rapports issus du passé et d'un découpage que nous leur avons imposé. Aujourd'hui en mer Egée, ils se partagent la manne du tourisme, mais sauront-ils trouver un compromis pour partager celle du pétrole qui est au fond ???

 

 

Sur l'Arménie

L'Arménie, un processus de normalisation a été mis en place en 2009 et dans l'opinion publique turque. La reconnaissance se fait très lentement, là aussi, laissons leur le temps. Avons-nous fait toujours la nôtre à l'encontre de l'histoire ?

Sur les Kurdes

Le problème kurde est certainement le plus compliqué du fait du chevalement du territoire kurde. La reconnaissance de la langue kurde est un pas que les députés kurdes ont apprécié et forcé le PKK à une trêve, mais pour combien de temps ?

 

Économiques

La Turquie a de tous temps été une plaque tournante, un lieu d'échanges commerciaux entre l'Orient et l'Occident, même pour les matières illicites. Avec l'union douanière, les entreprises peuvent expédier vers la CEE leurs produits exonérés de droits de douane, les grands groupes industriels européens y ont vu leurs intérêts et y implantent leurs usines, la main d'œuvre est productive et peu dispendieuse ainsi la Turquie est un pays émergent appelée dans les milieux industrielles la « petite Chine »... Mais avant d'exporter, il faut combler un marché émergent de premier ordre car les besoins des turcs sont immenses, biens de consommation, services, infrastructures...

L'économie turque relève de deux sphères, privée et publique : Privée avec des industries en pleine expansion et une imposante agriculture, publique avec les transports, les communications et plusieurs grandes banques.

Elle fait partie des ténors mondiaux dans le verre plat, les écrans TV, le ciment, l'électro-ménager, l'automobile, le textile,etc...

15éme économie mondiale, avec cette année une croissance de 10,2 %, l'économie turque est une des plus dynamiques de la planète, 2ème après la Chine et la première en Europe.

Après avoir ramené sa dette de 120 à 47%, la Turquie respecte les critères de Maastricht en matière de déficit budgétaire et de dette publique...  ce qui n'est le cas d'aucun des vingt-sept membres de l'Union européenne, un comble.

Démographiques

Avec une population de 76 millions d'habitants au 3/4urbaine, une population très jeune avec 30% de - 15 ans et un âge médian de 27,7 ans, la Turquie fait peur à la Vieille Europe. Avec un taux de fécondité de 2,5 enfants par femme, cette population avoisinera les 90 à 100 millions en 2050. 

La modernisation de la Turquie fait que les émigrés rentrent ; le pays s'engage vers un solde migratoire négatif, c'est à dire une émigration inversée. La seule ombre est que la Norvège (population vieillissante avec un chômage inférieur à 3%) vient de lui faire appel pour inciter  400 000 turcs à venir y travailler...

 

Politiques

Pour cela, il faut regarder comment fonctionne l'Europe et comment s'articulent ses instances.

La répartition est faite sur une base démographique.

Au Parlement Européen, la répartition des sièges est proportionnelle à la démographie. Ainsi donc sur les actuels 785 sièges, l'Allemagne (82 millions d'hbts) dispose de 99 députés, la France (64 millions d'hbts) 78 comme la Grande-Bretagne (61 millions d'hbts). Avec 76 millions d'habitants, la Turquie arriverait en seconde position avec donc plus de sièges que la France. Une entrée perçue non pas comme un apport ou un partage mais surtout comme une réduction des pouvoirs. Que deviendrait l'axe fondateur franco-allemand ? La France, fille aînée de l'Eglise, ne peut raisonnablement admettre pareil affront... venant d'un pays d'Orient , un pays musulman.

Oui, le problème est politique et c'est pour cela qu'il est inavouable. Les divers arguments frontaliers évoqués ne sont jamais que des subterfuges, des leurres pour dévier l'opinion vers des voies sans issues... des voies bien bordées d'arguments souvent simplistes pour ne pas dire populistes.

Si ces différents points ne résistent pas à l'analyse et balaie la thèse de l'incompatibilité, il faut convenir que la Turquie a quelques points noirs à régler :

 

Politiques

Deux questions politiques :

                        -jusqu'où peut aller le rapport de force entre la laïcité et l'islam ?

                        -le positionnement politique de la Turquie avec ses voisins du Moyen-Orient ?

 Sociétal

Un gros problème est celui des Droits de l'Homme, pour exemple, la Cour Européenne des Droits de l'Homme a, en 2009, rendu 1627 arrêts, 356 concernait la Turquie.La liberté d'expression est certainement un des points noirs du pays, car il est inadmissible que des journalistes, des écrivains soient emprisonnés pour délit d'opinion.

Si les femmes ont obtenu le droit de vote en 1930, iln'en reste pas moins que dans certaines régions, elles sont des objets de subalternité où brimades, violences domestiques, mariages forcés, polygamie voire crime d'honneur servent de rapports humains (plus de 1000 femmes ont été tuées en 2009). Les conditions sociales et culturelles s'améliorant, ces pratiques tendent à diminuer. Espérons qu'à partir de fin 2010, la Présidence turque du Conseil de l'Europe, dont le rôle majeur porte sur l'élargissement des droits de l'homme puisse l'aider à progresser en la matière.

 

 

Mais qu'est-ce qui pousse la Turquie à vouloir rentrer dans l'Europe ?

La question est intéressante et se vaut d'être posée car la réponse n'est pas si évidente qu'il n'y paraît. Hormis d'intégrer un grand bloc homogène, la Turquie n'a-t-elle pas plus à perdre qu'à gagner ? L'adhésion à l'Europe nécessite des compromis tortueux et impose des normes bureaucratiques qui impactent les moindres aspects de la vie quotidienne. Il n'est pas sûr que tous les turcs s'y retrouvent. En entrant dans l'Europe la Turquie prend le risque de perdre un peu de sa culture.

Des enjeux économiques

Les perspectives de l'adhésion ont été le fer de lance de la modernisation de la Turquie, l'économie turque est certainement la grande gagnante de ce formidable effet levier, avec les accords économiques qui la mettent sur le même pied que les principaux pays de la communauté, elle est en pleine expansion et est le pays qui progresse le plus en Europe...

Des enjeux financiers

La Turquie dispose d'une excellente note dans les agences de notation, pourquoi prendre des risques avec des pays de la zone euro, une zone que personne ne maîtrise et qui présente un certain nombre d'handicaps économiques.

Des enjeux sociaux

Le pays ne dispose pas loin sans faut d'un système de protection sociale équivalent aux pays occidentaux, mais elle cherche à les mettre en place alors que nos gouvernants cherchent chez nous à les réduire voire à les détruire.

Une grande partie de la population vit de petits boulots, des petits jobs qui n'auront plus leur place dans une société européanisée où tout est régi par des normes, des règles qui ne sont pas forcément réalistes ou en adéquation avec les pays. Juste un exemple prenons le cas du tri sélectif, en Turquie, celui-ci n'existe pas à l ‘échelon des ménages, à l'arrivée tout est trié, car entre les deux bouts, un nombre inimaginable de petites mains vont faire la sélection dans la rue... autant de petits boulots qui disparaîtront... Oui, bien sûr, Véolia est là, règlera là encore le problème... par un colonialisme capitalistique, en prenant au passage une grande part du gâteau et supprimant des milliers de petites mains...« Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous »...

Des enjeux de politique intérieure

L'AKP, actuellement majoritaire est un parti d'origine islamiste, fondamentaliste et anti-occidental. Abandonnant ses oripeaux traditionnels, l'AKP s'est drapé dans les habits de la démocratie pro-européenne pour accéder au pouvoir. Ses succès électoraux ont dopé cette mue opportuniste et a transformé en profondeur l'AKP, Par mimétisme, peut-être ?  Plus que de chambouler la constitution sur laquelle veillaient jalousement l'armée et la justice,l'AKP a puisé dans sa légitimité pour réécrire les lois et affaiblir les gardiens de la laïcité, héritiers d'Ataturk.

Si le toilettage législatif s'opère au prétexte de l'adhésion, au nom de la liberté religieuse il annonce aussi le retour à une théocratie, à peine voilée. 

Conclusions :

Les frontières sont issues des traités politiques liés aux guerres et aux amnisties, cela forme l'histoire et la géographie. Les frontières sont des lignes isobares politiques qui changent et évoluent. L'Union Européenne a voulu transcender les frontières dans un souci de paix. Cette unité européenne avait au temps passés déjà existée mais n'était due qu'à des conquêtes et des guerres (Charlemagne, Napoléon).

Derrière cette question d'adhésion se cache en fait une question plus profonde, quelle Union voulons-nous ?

Une Europe économique et monétaire avec des valeurs démocratiques communes ?

Une Europe politique avec des ambitions stratégiques mondiales ?

Certes, l'Europe est loin d'être parfaite tant son élaboration recèle d'erreurs de construction et de calendrier, cependant elle est là et elle a permis de pacifier les peuples dans cette partie du globe. Ou bien on s'en tient là et on se referme - c'est dans l'air du temps, à tous les échelons - ou bien on s'ouvre lentement aux autres, sans frein mais sans précipitations. Il convient de remarquer que la Turquie croit certainement plus en l'Europe que nombre de pays européens.

Notre empressement à l'élargir pour combler le trou béant du mur n'a pas été opéré avec toutes les garanties nécessaires, aussi la nouvelle Europe est devenue frileuse et se rétracte dans quelques nauséeux nationalismes. Maintenant que ses pays fondateurs sont devenus vieux, elle se montre encore plus méfiante, méfiante de ce qui est loin, méfiante de ce quilui paraît différent, d'où cette peur de voir l'étranger s'installer dans ses fauteuils attitrés et lui soustraire une parcelle de pouvoir. Pourtant, il est incontestable que la Turquie deviendra un jour Européenne, elle est déjà depuis l'après-guerre dans tous les organismes internationaux et européens.

Oui c'est vrai, son arrimage n'est pas simple car elle a de nombreux problèmes à régler (ceci dit, nous lui imposons des chapitres réglementaires que nous n'avions pas exigés des derniers pays entrants). Cette entrée est jalonnée de 33 épreuves imposées par les critères de Copenhague. Le pays s'emploie à mettre de l'ordre dans des pans entiers de ses institutions, ce qui impose des référendums, de nouvelles lois, de nouveaux concepts. Sa jeunesse et son dynamisme lui permettent cette souplesse qui nous manque, les résultats sont là, son économie s'envole, les salaires ont doublé en moins de dix ans. Cette évolution n'est pas sans peser sur son inflation et sur sa culture multimillénaire. Si, au bout de ces efforts, elle essuyait un refus, cela serait une très grande frustration pour le peuple turc, un camouflet, pour eux mais aussi pour les européens... Déjà percevons-nous en cette fin 2010, une certaine lassitude qui peut nourrit une certaine désillusion, d'ailleurs le ralentissement des réformes est patent...

Abandonner la Turquie à la porte de l'Europe ne relève-t-il pas d'une absence de véritable vision européenne, d'une paranoïa collective instrumentée par des ténors politiques, car qu'on le veuille ou non, la Turquie est la porte d'entrée de la Maison Européenne, ne pas l'intégrer voudrait dire que la porte est extérieure à la maison. En cas de refus, le désenchantement des turcs pourraient les faire se tourner vers l'instable Moyen-Orient où règnent pauvreté, insécurité, conflits, pénuries... et où l'islamisme intégriste prospère. Oui certains aimeraient que la Turquie forme une Communauté Méditerranéenne avec les pays du Moyen-Orient, Mais ne serait-ce pas créer 2 blocs l'un islamique l'autre chrétien... 

Déjà j'entends au loin, l'Hymne à la joie, notre hymne européen.

 

Louis-Marie BOSSEAU - Août 2010

 

 

(1)  Données 2008 : 1500 bateaux battent pavillon maltais et  2800 bateaux pavillon chypriote ce qui fait de l'Europe la première puissance maritime mondiale.

(2)  Smartpower = pouvoir intelligent / soft Power :pouvoir souple / hardpower : pouvoir dur

(3)  Chypre est divisée depuis 1974, date de l'intervention de l'armée turque dans le nordde l'île en réponse à un coup d'Etat d'ultranationalistes chypriotes grecs, soutenus par la dictature des Colonels à Athènes, visant à rattacher de force l'île à la Grèce. Ce putsch avait également pour objectif la destruction de la minorité turque. L'intervention militaire turque qui visait à protéger la population turque s'est soldée par la division de l'île en deux entitée politiques, une administration grecque au sud et la République Turque de Chypre du Nord (RTCN).

Des pourparlers sont en cours à l'ONU pour tenter de réunifier l'île, mais le referendum qui s'est tenu en 2005 sous l'égide des Nations Unies a été rejeté par la partie grecque alors qu'il a été massivement approuvé par les Turcs. Sous la pression de l'administration chypriote grecque et du gouvernement d'Athènes, la RTCN subit un embargo agressif et se trouve politiquement et économiquement isolée sur la scène internationale. Devant le soutien massif de la population chypriote turque au referendum pour la réunification, l'Union Européenne s'est engagée à mettre un terme à l'isolement de la RTCN, mais elle se heurte depuis au blocage systématique des Chypriotes grecs.

(4)  Articles 1 à 3 dela Constitution.  L'Article premier stipule que "l'Etat turc est une République" qui,selon l'Article 2, est un "Etat de droit démocratique, laïque et social, conformémentaux concepts de paix sociale, solidarité nationale et justice; respectueux des droits de l'homme et attaché au nationalisme d'Atatürk...", et qui est, d'après l'Article 3, " un tout indivisible avec son territoire et sa nation..."

(5) OSCE :Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe


Publié à 09:51, le 23/12/2009, dans Articles thematiques,
Mots clefs : traitéintegrationstratégieturquieoccidentpeuplemer noireorienteuropeéconomie

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