Une Transeuropéenne

La traversée Grèce Italie

En cette fin août Romar1 laisse une Grèce en proie aux flammes, le feu dévaste à bâbord les sommets corfiotes de Sidari et sur tribord les montagnes gréco-albanaises de Sagiada. Décidément quand ce ne sont pas les relations diplomatiques entre les deux pays qui s'enflamment, ce sont les montagnes qui s'embrasent...
Après une courte et discrète halte à l'île d'Othonie pour éviter que Calypso, qui a déjà retenu dans une grotte Ulysse, ne nous prenne en otage, nous partons nuitamment pour l'Italie. Les prévisons sont contradictoires ce qui rend la météo difficile à appréhender. La navigation nocturne s'avère étonnament tranquille mais à l'approche du jour, en quelques minutes, un épais brouillard émerge des flots et nous enveloppe, notre vision se réduit à 20 m. Sans radar nous sommes à l'étouffé, dans une ouate scélérate qui atténue même les sons, nous naviguons à l'aveugle, l'attention est maximale, tous les sens sont en éveil, la tension à son comble car nous sommes au cœur d'un corridor maritime très fréquenté. Après 4 heures de concentration et de mélasse, la gangue aqueuse s'estompe paresseusement... il était temps car tout juste sortis de cette brume axphysiante nous devons manœuvrer pour éviter un cargo... les gouttelettes changent de front et c'est une sueur à postériori... Un peu plus tard nous croisons deux puissants semi rigides, ils bondissent séparément vers nous, l'un à 10h, l'autre à 14h mais à un mile devant ils s'arrêtent simultanément et nous font face. Flics ou Bandits, Pirates ? Traffic ?... s'ensuit un long round d'observation, ici au milieu de ce nulle part, de cette route nauséabonde qui dessert les Balkans, une zone réputée pour les trafics en tout genre, cela ne rassure pas, toutes les suppositions sont permises...que cherchent-ils ? A l'aide des jumelles, nous remarquons que des hommes immobiles, nous observent aussi,? qui est chat ? qui est souris ? nous feignons tout simplement de les voir et passons au milieu, une fois croisées les 2 embarcations repartent vers leur destinée inconnue.
En fin d'après-midi, les côtes italiennes se dessinent au loin, abruptes, torturées, accidentées, déchiquetées et entaillées d'une multitude de fissures laissant apparaître des crevasses et des grottes inhospitalières. La mer se creuse sous le vent de la Baltique, le fameux « Maestro » déclenche une forte houle croisée, le soleil fuit, la pluie s'abat brutalement, les températures s'effondrent de 32 à 16°. Au fil de notre approche, la mer se fait toujours plus mauvaise, plus cassante, dans ce tohu bohu maritime, un mousqueton rompt et l'annexe suspendue à l'arrière ne tient plus qu'à une seule manille elle oscille, se balance, bat la poupe, tape et retape le balcon arrière, le barbecue heurté se dessoude et plonge au fond, adieu les grillades... à l'intérieur du carré l'ordre se fait désordre, qu'importe « ordo ab chao... ».

Paradoxalement, ce temps de chien ne refroidit en rien l'ardeur des italiens, de nombreux bateaux entrent et sortent du port dans d'impressionnantes gerbes d'eau et de franches rigolades. Ils sont fous ces Ritals...
Nous voici enfin posés en Italie, mais nous sommes toujours dans le chaudron magmatique dans lequel s'amalgament mythologie et histoire, antiquité et modernité, l'Odyssée d'Homère, la route de St Paul, les Chemins des Croisades, des périodes de prospérité, de disettes, de famines, de conquêtes, d'invasions et d'éternelles luttes d'influences.

Pour nous situer géographiquement, disons que nous arrivons à la base de la talonnette, à l'extrême sud du Mezzogiorno, « le midi » italien. Comme en France où le Sud commence Porte d'Italie, le Mezzogiorno commence au Sud de Rome et comprend les Abruzzes, la Campanie, la Calabre, le Molise les Pouilles, la Sicile et la Sardaigne. Mais l'ossature de la région la plus septentrionale est constituée des régions des Pouilles, de la Basilicate et de la Calabre, ces régions reposent sur la chaîne des Apennins dont les sommets avoisinent les 2000 m. Plus qu'une épine dorsale, c'est une région pris parfois de soubresauts, une zone très sensible aux tremblements de terre... mais ici il n'y a pas que la terre qui tremble, la population aussi parfois... mais pour d'autres raisons.

Jusqu'à l'unification par Garibaldi en 1861, ces pays constituaient un royaume qui fut à tour à tour normand, angevin, napolitain, espagnol. Et des tours nous allons en voir, chaque cap, chaque baie, chaque relief possède la sienne, elles forment en fait les clous qui tient la semelle.


Publié à 16:51, le 27/07/2011, Othonoí
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De Kiato à Corfou (Grèce)

Kiato - 8 Avril 2010

Nous sortons de notre hibernation et arrivons à Kiato. Les doux rayons du soleil d'Avril sont rafraîchis par le vent d'Est qui balaie les demeures enneigées d'Apollon. Au sommet du Mont Parnasse, là où les neuf muses Calliope, Clio, Érato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie et Uranie vivent en communauté céleste.

 

Epidaure 

Au pied, au niveau zéro des mers, Kiato baigne dans sa moelleuse léthargie hivernale. La relative rudesse de l'hiver est quand même parvenue à geler les travaux d'aménagement urbain entrepris l'année passée. Ils n'ont absolument pas avancé d'un pouce, les trottoirs sont toujours aussi chaotiques, tranchés, troués, encombrés de poubelles, voitures, déchets, panneaux de signalisation et publicités pléthoriques, présentoirs détournés, arbustes incongrus. Se promener à pied sans avoir à marcher sur la chaussée est ici chose impossible. Quant à la grande voie piétonne, elle  est toujours en construction et son revêtement relève plus d'un hall d'exposition de matériaux dépareillés que d'un agencement savamment étudié, c'est une mosaïque sauvage aux formes hétéroclites pompeuses faussement géométriques, des motifs qui manquent sérieusement de cohérence et d'humilité.

Il nous faut nous réimprégner du mode de vie grec, horaires des magasins décalés pour ne pas dire aléatoires, seules sont rythmées les allées et venues des pêcheurs qui, matin et soir, vont poser et retirer leurs filets, des gestes intemporels qui semblent figés dans l'éternité. Cela suffit pour leur petit bonheur, quelques cagettes de poissons sans valeurs vendus directement au quai. Par contre sur le môle les pêcheurs à la ligne tournent 24/24 pour extraire de la mer les rares poissons dépressifs.

Pour satisfaire les contingences matérielles, nous louons pour quelques jours un véhicule, aller retour au Pirée pour remplacer notre système WC chez Alex Marine, un accastilleur d'origine turc, cérémonie du thé, tuttiquanti...  Nous en profitons pour parcourir le Pélopenèse, Mycène, Epidaure, Nafti, orangeraies.

Bien que l'état des routes laisse souvent à désirer, la Grèce s'est tissée progressivement un réseau routier qu'elle consolide. Dans un pays au relief accidenté, toutes réalisations de voies nouvelles exigent d'incommensurables travaux, tunnels, ouvrages d'art. Seule Athénes s'est dotée grâce aux JO d'un véritable réseau, mais il est archi saturé, une autoroute vient de s'ouvrir sur l'axe Thessalonique-Igometnissa, deux autres sont en cours de construction, une vers le Nord du Pelopenése, Patras, l'autre à l'Est vers Thessalonique. Les routes grecques sont les plus dangereuses d'Europe, à cela plusieurs raisons. Un style : purement méditerranéen la vitesse, le doublement sans visibilité, au plus lent de se ranger. Un mode de transport relativement récent : l'automobile ne s'est massivement implantée que depuis les années 80. Des écarts de moyens, sur la même route, vous croiserez ânes bâtés, mules attelées, puissants 4x4, véhicules en fin de vie et motos de course ou scooter à l'agonie. Le code de la route n'est qu'indicatif, feux, stop sont des avis de décès comme les offertoires qui jalonnent les routes et comptent les morts, eux seuls sont entretenus, le Saint Antoine planté dans le tableau de bord est plus un saint des causes perdues qu'un saint protecteur. Des modalités non respectées, les permis, assurances ne sont guère prisés. L'état des rues et des routes sont à la hauteur des finances de l'Etat , les panneaux publicitaires sont prioritaires et masquent la signalétique routière.

 

Aéroport d'Athènes Elefthérios-Venizélos

Pour ce qui est des voies ferrées, là aussi il y a du changement, s'il n'existe qu'une seule ligne de Train à Grande Vitesse, entre Salonique et Athènes, les prix y sont prohibitifs, deux autres lignes sont en cours de réalisation.

 

 

La configuration du pays éclatée entre une partie continentale et de nombreuses îles fort prisées des touristes font que le transport aérien a connu une progression fulgurante et les tableaux d'affichage de l'aéroport Elfaristo d'Athènes confirment la multitude des lignes. Sinon pour les plus romantiques reste les lignes de ferries, ils sillonnent les mers de jour comme de nuit, passez voir au Pirée l'incessant et impressionnant va-et-vient des navires passagers.

 

Sinon pour les inconditionnels du voyage terrestre et des transports collectifs, le pays est desservi par un réseau de bus géré par la KTEL (prononcé lactel) qui est tout à fait convenable. J'oubliais une astuce grecque, aux stations d'arrêt sont agrafés les horaires, mais les horaires sont ceux du lieu de départ de la ligne, c'est donc à vous de calculer son horaire de passage. Pas toujours aisé. Parfois des surprises, par exemple vous pouvez monter dans le bus à Corfou et n'en redescendre qu'à Athènes, le bus prend lui aussi le ferry, c'est compris dans le prix et c'est moins cher ?. Sachez aussi que les chauffeurs s'arrêtent partout sur un simple signe ou sur demande. En parlant de signes ne vous étonnez pas, le grec est très religieux et se signent systématiquement quand ils passent devant un lieu de culte, c'est sur certaines routes assez répétitif.

 

 

Superstitieux, le rétroviseur et le tableau de bord regorgent d'icônes diverses et variées, St Nicolas  tient le haut du pavé, de protection, pour sûrs les grecs en ont besoin car ils détiennent le record d'Europe des accidents routiers, s'ils possèdent les derniers modèles automobiles, ils sont détendeurs aussi des plus anciens modèles, quant à détenir le permis ou une assurance cela est autre chose, vous pouvez sur justificatif de votre identité louer n'importe quel véhicule, là-dessus ils ne sont pas regardants.

Nous allons chercher Joel et Thérèse qui vont nous accompagner pendant deux semaines. Direction, l'Aéroport Eleftherios Venizelos d'Athènes situé à 25 kms de la capitale, il a été lui aussi  construit pour les JO. Simplicisme, c'est au bout de l'autoroute, Ikéa, Leroy-Merlin, bordent les pistes, dépaysant Non ? Arrivée au bateau, transbordement, demain c'est le départ. En milieu de matinée nous faisons nos adieux à notre hôte Panos qui prépare ses voiliers pour la future saison.

Itéa

Notre première étape est Itéa, l'antique port de Delphes, sur la cote occidentale de la Grèce continentale. C'est une journée tranquille de réadaptation maritime, les sensations reviennent. Au fond du golfe, le port, peu de monde en cette saison, nous avons le choix et optons pour le quai le plus abrité. Un vieux marin vient nous prêter la main pour amarrer, c'est ainsi que nous ferons connaissance de Francis, le normand, avec son ketch historique « le Jean Delbard ». Francis est parti sur les mers depuis plusieurs années, il s'arrête au gré des humeurs et Itéa lui sert de base arrière depuis deux ans.

  

Comme nous lui demandons où se trouve le bus pour accéder au site de Delphes, il nous propose tout simplement d'emprunter sa Modus. Il nous recommande de découvrir au-delà quelques superbes villages nichés dans la montagne. Le lendemain matin, nous montons donc à Delphes, un site d'une richesse inouïe mais envahi de cohortes de visiteurs autocarisés.

La Tholos de Delphes 

Pour la visite je ne peux que conseiller une approche de ce lieu fabuleux à la première heure lorsque les visiteurs n'ont pas pris leur aise dans l'antique sanctuaire. Nous rentrerons par Amfissa, antique cité d'Etolie et une forêt de 400 000 oliviers appelée ici la mer des oliviers. Le surlendemain nous suivrons les conseil de Francis et gravissons par une étroite route montagnarde jusqu'à Eptalofos, un rustique village montagnard lové dans une vallée boisée près du sommet du mythique Parnasse. De superbes cascades entourent le village. Là haut habitaient les neufs muses des arts et des lettres, ce qui fit de cette montagne le symbole mondial de la culture.

 

Itéa est une ville au carré sans spécificité architecturale, banale, ses immeubles sont de briques et de béton, seule la promenade dégage une ambiance de villégiature que la ville n'a pas. Quelques commerces font face à la mer et attendent désespérément la saison. Devant changer les amarres nous nous adressons à un shipchandler, après plusieurs dessins, s'il acquiesce notre demande, à la livraison on comprend rapidement qu'il n'a rien compris, il s'est improvisé mateloteur mais ne sait pas faire la moindre épissure, c'est vrai, pourquoi vouloir une épissure alors qu'un nœud suffit, c'est tout grec. Cet après-midi nous avons démonté l'un des deux alternateurs qui ne recharge pas comme il devrait, vite fait bien fait. Le soir nous dînons à bord avec Francis, et nous annonce qu'il doit rentrer en France pour préparer la Fête nautique de St Valérie sur Somme dont il est Président. A l'automne il ramènera le « JeanDelbard » en France via Monastir.

Adieu Itéa, au revoir Francis, et encore merci 

 Le "Jean Delbard" photo issue du site de voile ancienne de Francis

 

Voici Trisonia avant la bataille de Lépante

La navigation s'est posée sur une journée calme à longer les rives de la Locride et ainsi couler paisiblement jusqu'à Trisonia. Un îlot de 2 km 2 pour 40 habitants, planté à 600 m de Glyfada. Il est appelé « l'île aux français » tant leur présence est forte. Et c'est vrai, dès notre arrivée les pavillons Bleu Blanc Rouge sont majoritaires, mais qu'importe, ne sommes-nous pas belges. Le village typique dispose de 3 cafés dont un fait office de supermarket qui a essuyé une razia, il y a des siècles, la petite navette est une barque reconditionnée qui traverse le bras de mer et rythme la langueur de l'île. Adossée au village, la petite marina qui ne sera jamais achevée apporte un brin de vie, elle abrite les maigres bateaux locaux et quelques voiliers venant hiverner ici à l'abri dont on ne sait quel regard, une goélette a mal supporté l'hiver, elle a coulé le long d'un ponton, seuls les mâts sortent de l'eau, apportant une touche noire au petit port. Chut...

 

Pour aujourd'hui nous voguons dans deseaux chargées du tonnerre de l'histoire, nous traversons le Golfe de Lépante oùs'affrontèrent en 1571, la flotte de la Sainte Ligue, constituée des vaisseaux de l'Espagne, des Etats pontificaux, de la République de Gênes, du Duché de Savoie et de l'ordre de St Jean de Jérusalem à ceux des troupes ottomanes conduites par Ali Pacha. La bataille fut rude et fit près de 40 000 morts dont 30 000 turcs, 260 navires turcs furent coulés. La large victoire chrétienne fut attribuée à la Vierge Marie qu'avait priée le Pape Pie V. Amen. Malheureusement le port de Navpaktos est trop petit pour notre humble galère, aussi nous ne retrouverons pas le bras perdu de Cervantés cni la tête d'Ali Pacha sa tête qui fut plantée en haut d'un mat espagnol.

 

 

Nous voici à l'ombre du pont de Patras, à la sortie du Golfe de Corinthe, le jeu des courants se fait sentir et nous pousse vers Mesolonghi. Nous longeons très au large la lagune, des bouées doivent être là, oui mais où ? enfin les voilà, il nous faut prendre le chenal ainsi balisé qui traverse les marécages, soyons attentifs car les hautsfonds sont tout proches et s'échouer dans la vase n'a rien d'attrayant. Nous voilà bien engagé, bien centré au milieu du chenal, de par et d'autre le paysage dévoile quelques cités lacustres prisonnières des marais ? au bord du chenal sont plantées quelques maisons fleuries sur pilotis, à leur débarcadère branlant sont encordées quelques barques hautement colorées, anciennes maisons de pêcheurs transformées en maisons de vacances.

 

Tout au bout un large bassin circulaire dessert un quai de chargement industriel, aire de stockage d'un grand nombre de monumentales pièces d'éoliennes et la marina gréco-néerlandaise en pleine rénovation de Missolonghi. La ville est à 10 minutes de la marina. Sans charme aucun si ce n'est la simple présence des grecs, avec leur rythme et leur coutume, l'église appelle ses ouailles, par curiosité nous y allons, l'église est pleine, c'est un office catholique. La ville tire son économie d'autre chose que du tourisme et cela nous convient. C'est vendredi soir et nous traînons dans les rues en quête d'une bonne table... ce ne sont pas les tables qui manquent... C'est ici que le 19 Avrl 1824 meurt Lord Byron frappé par la fièvre des marais.

Ithaque - l'île d'Ulysse

 

 

 

Le paysage est grandiose et oh combiensymbolique pour qui arrive par cette côte escarpées et déchiquetée, là,derrière l'abrupte pointe rocheuse, une profonde baie s'ouvre, à babord sur uncaillou inabordable, d'une blancheur immaculée, la chapelle de Taxiarches et d'Evangélistria semble bénir les entrants et les sortants. Progressivement la baie nous découvre un paysage grandiose tel un fjord, dans un creux, une large passe nous dévoile une anse au fond de laquelle se love dans un cadre somptueux de collines verdoyantes le pittoresque village de Vathy, la bourgade capitale...  Là-haut accrochée à la montagne, la chora, l'ancienne cité domine et veille à la baie. Le village est fort agréable et bien sûr, impossible d'y échapper trônent au centre la statue d'Ulysse et un buste d'Homère...

 

De zèle et de transit-log

Peu de temps après notre arrivée, nous sommes invités au bureau des cost-guards sous les fenêtres desquels nous avons amarré Romar1. La jeune de service s'étonne que nous n'ayons aucun papier hellénique, nous lui expliquons notre périple et nos divers contacts avec ses collègues, il nous faudra voir son chef qui arrive le lendemain à 10h. Le chef est ponctuel et dès son arrivée nous nous présentons avec tous les papiers du bateau et la crew-list dont il n'a rien à faire, mais que nous n'ayons pas de Transit Log lui est insupportable, coups de téléphone, ce document est obligatoire, nous lui rappelons les nombreux contacts avec les autorités helléniques, rien n'y fait : « ses collègues ne font pas leur travail » « il n'en est pas responsable, mais lui il sait »... il sait aussi que cela fera 50 euro, à payer au Trésor qui par chance habite au dessus... nous montons payer et avec le reçu, le chef nous établit un document A3 aux multiples feuillets, avec qu'il nous faudra dorénavant présenter dans tous les ports, nom du bateau référence moteur, tonnage, longueur, etc, etc... pour des questions pratiques, Romar1 bat pavillon belge, l'officier nous abat de la question qui tue, c'est dans l'Europe, la Belgique ? Yes Sir. Il est rassuré car les formalités sont simplifiées. En fait, cela semble être du pur zèle car, plus tard, aucun de ses collègues auxquels nous nous présentons ne veut tamponner ce sésame dépassé ?

D'agora et de démocratie...

Le soir arrive, non point que Romar1 soit le point G, le point central du village mais devant sur le mail s'installent chaises et sonorisation, nous pensons concerts, en fait le mail se transformera 3 heures durant à une agora, trois heures de discussions pour que l'île soit dotée d'un pédiatre... la discussion s'enflamme, s'apaise, s'attise puis redescend à nouveau, les gens vont, viennent, parlent et repartent, bonenfants... vote, encore et encore... de résultat nous ne saurons rien... à la nuit tombée la sono est rapidement démontée et les chaises empilées...

 

Siège du Parti Communiste d'Ithaque 

Du baromètre comme ouzographe

Comme le baromètre est tombé d'un coup et que notre périple n'impose ni contrainte ni date, nous restons et accompagnerons Pénélope dans l'attente de son Ulysse depuis si longtemps parti. L'île est  l'une des sept îles qui forment l'archipel des îles Ioniennes, elle recèle certainement quelques mystères que nous devons découvrir aussi louerons nous une au-tole-mobile, une basique, sans chichi, d'ailleurs nous n'avons pas le choix, ce sera une fiat uno, caisse rouillée, habitacle empoussiéré, réservoir vide, 25 € pour la journée, kilométrage illimité, c'est sans rique sur cette île de 100 km2 doté de 50 km de route goudronnée, "pour ce soir garez là sur la place, la clé sous le tapis". On ne saurait s'embarrasser de plus de formalités.

 

Alors nous sommes partie à la recherche des sirènes sur la côte Ouest et sommes tombés sur les gardes côtes, nous avons cherché le cyclope dans quelques tavernes du côté de Stavros, nous n'avons trouvé qu'un musée fermé, alors nous sommes descendu dans le petit village de pêcheurs d'une unique et simplicisme beauté, ensuite nous sommes montés à la grotte des nymphes mais elle se sont depuis longtemps évaporées, le lieu est désormais délaissé, abandonné... Nous avons cherché Ulysse mais ne l'avons pas trouvé, des archéologues viennent d'entreprendre une campagne de fouilles au Nord de l'île sur ce qu'il pense être le palais du roi d'Ithaque, qui sait ? Un constat, contrairement à la Grèce continentale où tout semble permis, Ithaque prend un soin particulier à son urbanisme et veille à une soigneuse restauration de son patrimoine architectural... là dessus repose aussi son économie, car enveloppée d'une végétation verdoyante, l'île possède de magnifique forêts et de superbes plages aux eaux cristallines. Mais aujourd'hui le ciel tourmenté, plombé donne à l'île et à la mer des lumières surnaturelles qu'aurait volontiers croquer Turner. Le seul inconvénient : bien peu protégés du Maiestro nous sommes sévèrement malmenés à bord de la lessiveuse « Romar1 " et les nuits se font longues... pour les digérer, autant vous dire que l'ouzographe varie à l'inverse du baromètre.

  

Méganisi

Direction l'île de Meganisi, quasiment accolée à celle de Lefkadas, le lieu est là encore paradisiaque, pas de problème pour se mettre à quai, visite du petit village fraîchement badigeonné d'un blanc estival, peu de touristes, cela nous sied parfaitement. Alors que nous prenons l'apéro à la terrasse d'une taverna, nous nous retrouvons progressivement au coeur d'une discussion, une agora d'une vingtaine de personnes naît là sous nos yeux, nous trouvant un peu trop au centre nous nous rabattons à l'extérieur du cercle pour assister à la discussion, mais faute de traducteur nous ne comprendrons rien de l'objet du débat.

 

Le lendemain nous optons pour aller à Vlikho, le mouillage de rêve décrit dans tous les guides nautiques. Hop là, alors que nous ne sommes qu'en Avril, la très belle baie bordée d'une quantité de bases de location n'est plus l'idyllique point de mouillage mais un parking de type autocariste où tout le monde vient mouiller, cela donne du bord à bord et d'incessants passages d'annexe, bonjour la quiétude. Filons vite d'ici, ceci n'est point pour nous. Nous abandonnons à tribord l'île de Skorpios si chère à Onassis puis laissons la forteresse d'Agios Georgios qui garde l'entrée du chenal de Lefkas. La passe de 4 km entre l'île et le continent est assez curieuse, le paysage qu'il déroule est un peu surnaturelle entre terre et eau mi lac mi marais mi vasière, une inqualifiable rencontre entre le solide et le liquide. A la marina très chère nous préférons les quais gratuits du centre ville mais cela ne devrait durer car toutes les bornes sont enveloppées et débranchées, et la vocation des quais sera d'accueillir les grandes unités, bien sûr... Lefkadas est une charmante et riche ville qui est visiblement solidement assise sur la manne touristique.

Prévezas

Saut de puce pour aller à la Cléopatra Marina de Prévezas afin de réparer quelques défaillances énergétiques, les batteries... mais avant il faut attendre que l'ouverture aux heures pleines du pont qui enjambe le chenal.

 
 
 
Nous nous posons pour quelques jours à l'excellente Cléopatra marina, une rotation en minibus nous emmène de l'autre côté de la baie à Prévezas. Nous profitons de cette halte pour changer deux batteries de 250 Ah, excusez du peu. Elles sont évidemment inaccessibles. Heureusement Léo est arrivé ce matin et sa capacité musculaire fait que l'opération est rondement menée. Le lendemain, Antoine, après un périple Rennes/Prévezas Kafkaien vient compléter l'équipage afin de poursuivre le périple. L'étape suivante est Paxos et son inséparable Antipaxos.

 

L'île est d'emblée magnifique, elle baigne dans une torpeur printanière que rien ne saurait distraire, nous contournons Agios Nicolaos et Panagia les deux îlots qui protègent le port, le premier est dominé par un château de l'époque de la domination vénitienne(1423), tandis que sur le second s'élève un monastère consacré à la Vierge (Panagia). Nous voici au port de Gaïos, la capitale de la plus petite des îles ioniennes, 25 km2 pour 2400 hbts. Le cadre est enchanteur. Comme les bateaux sont rares (essentiellement des scandinaves),  nous avons le privilège de nous placer en long. L'habitat est typique de l'archipel, petite maison à un étage desservies par d'étroites ruelles. Sa grande ressource, on s'en douterait, le tourisme mais à côté une économie locale reposant sur la pêche, l'agriculture dont celle de l'olivier, comme Tonio est connaisseur, nous passerons quelques heures à déguster les huiles locales aux verres, et oui, dans une huilerie peu ragoûtante située sur le port, l'huile est stockée dans des fûts métalliques qui tiennent plus de la mécanique générale que de l'alimentaire. Chacun a choisi son huile et repart avec son bidon.

 

Le lendemain nous faisons le tour de Paxos, si la côte est était calme, à la pointe Nord, les choses changent et l'état de la mer ne nous permet pas de profiter des innombrables criques et des cavernes qui sont la proie des bateaux promenade. Nous nous poserons quelques temps pour profiter des eaux turquoises. Le midi nous irons déjeuner au mouillage sur une des belles plages d'Antipaxos.

 

Sivota :

Cap le continent, cap sur Sivota, la traversée aurait pu être calme si le capitaine n'avait pas voulu aller explorer la rivière Acheron dont l'embouchure donne au sud d'Ammoudia. Oui il y a bien une rivière, nous la remontons sur deux kilomètres, oui il y a bien de l'eau douce, son courant qui descend des montagnes est plutôt fort,  oui il y a bien des pontons, mais aucun n'est en capacité de nous recevoir, plus on avance plus la rivière se rétrécit au point de pouvoir toucher de par et d'autre du bateau les roseaux. Comme ce n'est pas l'heure des moissons et que le public du bord ne perçoit guère l'intérêt de l'aventure, il faut faire une longue marche arrière, puis un savant demi-tour pour nous délivrer de ce piège à moustique. Donc faute de place ici cap sur Parga,  faute de place à Parca, cap sur sur Sivota. Atteint en fin d'après midi nous sommes réceptionnés par le serveur du bar devant lequel nous nous amarrons, cela ne lui convient pas et nous demande de partir place réservée, il est hors de question de bouger. Conclusion, cost guard et paiement d'une taxe d'amarrage ? A vous dégoûter d'une ville. Pour lui signifier notre agacement nous irons consommer dans le restaurant voisin. Assis en terrase nous constaterons combien les bateaux de loc sont maltraité, une équipée d'allemands à bord d'un Lagoon 500 viendra en marche arrière violemment embrasser le quai, bonjour l'arrivée. Visiblement cela n'a choqué que le quai.

 

 

Pétriti - Corfou

 

Nous abordons l'île par le Sud Est en provenance de Sivota, la terre est là à quelques miles, nous passons la pointe Sud : Cape Candouris, puis Lefkimi pour nous poser à Petriti, un petit port de pêche inséré dans la lagune de Lefkimi et protégé par une petite jetée. Comme pour nous inviter un voilier nous laisse quelques mètres de l'unique quai qui contient tout au plus une dizaine de caïques. Amarré, nous laissons les nombreuses tavernas qui font face à la mer et montons au village en quête de quelques victuailles...le soir nous dînerons dans un restaurant qui cuisine à merveille le Kalamar grillé : excellent, le patron a été chef de rang sur les paquebots de croisière et est de ce fait polyglotte.

Corfou :

Nous y voilà. Nous sommes à une des étapes importantes de notre périple, une ville qui s'est forgée au fil de l'histoire une singulière identité sans cesse tiraillée entre l'Orient et l'Occident, entre le monde chrétien et le monde musulman, entre le rite grec et le rite latin. Toujours à l'avant poste, l'île occupe une position stratégique à l'entrée de l'Adriatique. Des 4 siècles de domination vénitienne Corfou en a gardé une forte empreinte architecturale qui fait d'elle la plus italienne des villes grecques. L'architecture de la vieille ville est restée intacte, véritable palette des influences européennes à dominante italienne comme l'atteste les monuments et ruelles de la vieilles ville aux allures napolitaines. L'imposante forteresse à l'Est qui protégeait la vieille ville a été doublée d'une autre citadelle « vénitienne » placée au Nord, ce qui fait de Corfou un site tout à fait remarquable classé au Patrimoine mondial.

 

L'île du même nom s'allonge sur environ 50 et 20 kms de large et est construite crescendo, au Nord le massif montagneux dominé par le Pantécrator, au centre des collines et au sud des plaines. Elle a été de toutes les invasions sauf de la plus longue. A l'ouest visible par temps clair l'Italie à 50 miles, au Nord, à 5 kms, la tourmentée Albanie, à l'Ouest,la Grèce et au Sud le Pélopenèse, la province ennemie.

 Le mont Pantokrator, culminant l'île de Corfou

La baie de Kalami

et la maison Blanche de Lawrence Durrell, un ponton permet de s'amarrer pour y manger

 

Mercredi 19 Mai :

Sagyadas - Dernière ville grecque

 

Hier nous sommes allés à Sagyadas (ne vous affolez pas pour l'orthographe, en Grèce le même mot peut avoir plusieurs orthographes, pas vraiment simple pour un néophyte),,, en fait  c'est le dernier village grec situé sur une bande de terre complètement pelée avant l'Albanie (il y a peu encore, l'accès à cette zone était soumise à autorisation). Le port s'avère un mouchoir de poche, l'entrée et le TE (tirant d'eau) ajustés aux mensurations de Romar1, le bassin est quasiment vide hormis le zodiac des cost-guards et 2 canots de pêche, en début d'AM un voilier anglais nous y a rejoint. Dès notre arrivée nous allons signaler notre présence aux autorités, l'accueil y est souriant pour ne pas dire dilettante, nous parlons papiers, ils répondent qu'ils en ont cure. Sur le quai s'alignent des tavernas (restaurants) mais où pêchent ils donc leur clientèle car alentours il n'y rien, derrière cette ligne de bâtiments nichés dans une coulée d'eau se cache un autre port, réservé à la petite pêche. Ce bras jouxte une vaste lagune qu'arpentent des pêcheurs à bord de petites barques à fond plat, ils fouettent l'eau avec de longues perches pour rabattre les poissons dans les filets... Nous montons en vélo au village, Sagadia s'éparpille au pied d'un haut massif pelé, sur ses contreforts s'accrochent de fantomatiques murs de défense, le village estdesservi par la route de Butrin en Albanie, un haut lieu antique classé au Patrimoine mondial. Dans le village endormi, nous croisons une vache, 2 commerces, un laveur de tapis qui sieste, quand soudainement un bruit sourd fond sur nous, c'est une invasion, non une colonne d'Harley Davidson chevauchées par des papys allemands cuirassés de noir, la cohorte se clôture par un combi Mercédes blanc conduit par une femme, cela ressemble fort à une assistance médicale. Le soir nous faisons le tour du port, comme nous sommes dans l'avant saison les tavernas sont pour la plupart en rénovation, au milieu, une petite bâtisse abrite le poste de police, quelques policiers et une demi-douzaine d'albanais discutent et rient ensemble, l'ambiance est bonenfant, plus tard les albanais montent sans retenue dans un vieux« paniers à salade », surprenant, une reconduite à la frontière toute proche ? bien possible car il y a beaucoup de tentatives dans ce secteur...

 

Dans notre quête du soir,  nous optons pour la «Soria Malia», une Tavernas neuve au design soigné, l'accueil est pour le moins chaleureux, on sent d'emblée le caractère familial, visite des cuisines pour une présentation des poissons frais disponibles, une pratique courante en Grèce car le nom grec des poissons n'évoque rien aux étrangers, le patron nous offre une bouteille de Retsina, le serveur, s'installe à la table et nous offre un alcool de son cru, un tsipouro, ça décoiffe. Notre repas de petits rougets frits est accompagnés de« zuchinni balls », petits pavés panées de courgettes et fromage frits puis se termine par le traditionnel dessert offert par la maison (là encore, une tradition grecque). Pour clore le tout, ils nous invitent à utiliser leur ordinateur pour accéder à la météo.

 

Jeudi 20 Mai :

Sagyadas et quand les dieux ripaillent

Nous ne resterons qu'une journée au pied de ces montagnes pelées, aux roches brunies par l'érosion du temps. Le baromètre de bord indique 1016 mb, la météo prise hier soir donnait au lever du2BF Est tournant à 4BF Sud à 15 h, avec 15 miles nautiques à couvrir, c'est gérable sans problème surtout en partant à 10 H, nous étions bons. bons pour 5 miles, oui pour 5 miles car c'était sans compter sur une réunion familiale dans la baie, aux cotés de  Poseïdon en colère brandissant son trident à 3 pointes d'où jaillissaient mille éclairs, se trouvaient ses frères Zeus et Hadès... quant au cousin Hélios, dieu du soleil il n'était malheureusement pas de la fête. En quelques minutes les conditions ont basculéet Romar 1 a du affronter de violentes bourrasques de vent de Sud Est puis des averses, des orages tournants,  des houles fortes, hachées, croisées semuèrent en mauvaises déferlantes difficilement gérables puis en lames écumantes. Romar1 était ballotté, secoué, chahuté, à l'arrière l'annexe était sur le point de rompre ses attaches, à l'intérieur par chance seule la bouteille d'Ouzo chuta mais ne se brisa point, c'était un signe. Il en fût ainsi pendant 90 minutes, ciel plombé, horizon bouché, nuages percés, mer déchaînée. Décidément le Mont Pantocrator qui ferme avec ses 900 m le Nord de'île porte bien son nom «Maître de toutes les choses», il retenait tous les vicissitudes climatiques dans son chaudron. Les secondes se firent minutes, les minutes se firent heures, 90 minutes interminables. Tirant des bords pour trouver quelques réconforts, se laissant surfer sur les lames les plus fortes,Romar1 fût malmené, roulant, déroulant, enchaînant gîte bâbord à gîte tribord, décidément les dieux ripaillaient fort ce 20 Mai, ce n'est pas possible, ilsétaient ivres. Ce n'est qu'en entrant dans l'anse de Gouvia que Romar 1 souffla un peu, qu'importe le déluge d'eau qui continuait de s'abattre, qu'importe les orages et ses éclairs qui zébraient la baie, les vagues étaient contenues. Unappel radio à la marina de Gouvia sur le canal 69 nous attribua la tête du ponton L. Là dans cet immense port nous nous savions à l'abri, derrière nous de nombreux bateaux étaient dans notre sillage et venaient chercher un refuge, un havre de paix dans cette fête céleste mais néanmoins païenne. Pour sûr les roses de Corfou ont souffertes...

 

Cette journée fût certainement la plus éprouvante depuis la France, c'est vrai que ce périple n'a rien d'un voyage tranquille, on garde en souvenir, l'orage sur le canal Rhin Danube, le toit de l'Europe fluviale près de Nuremberg, la tempête danubienne avant les Portes de Fer, certains passages difficiles de la Mer Noire. Oui, on en garde des souvenirs... mais bon... que d'appréhensions, de tensions, de stress... c'est cela aussi la navigation de plaisance...

 

Vendredi 21 Mai :

Le Jour de l'Union.

Cette nuit l'orage a continué à forger le ciel, il est ce matin en deuil, une pluie fine enveloppe notre univers.

Planning dujour :

Approvisionnement à Corfou centre, à 15mn avec la ligne bleue du bus urbain (à 1,30 euro).

Arrivés en ville, étonnement, aucuneanimation, aucune activité, serait ce un nouveau jour de grève pour protestercontre le plan du gouvernement socialiste ? Nenni, c'est le « Jour del'Union », la grande fête de Corfou, la fête des îles de la MerIonienne. 

Alors un brin d'histoire :

 

  • En 338 av J.C, le Roi Philippe II,empereur de Macédoine s'empare de Corfou
  • En 300 av J.C, l'île est envahie par lesSpartiates  puis par les Illyrienspuis les romains
  • En 337 ap JC, elle passa sous l'empireByzantin.
  • En 1267  Charles d'Anjou alors roi de Sicile s'empare de l'île
  • De 1386 à 1797, elle est dominée par lesVénitiens. La population juive était importante et jouissait d'un certainnombre de privilèges donnés par les vénitiens mais les Chrétiens excédésobligèrent les juifs à porter un signe distinctif jaune... Prémonition ? (Aucours de la seconde guerre mondiale 2 000 juifs d'ici furent déportés).
  • En 1797 Napoléon signe le traité de Campo-Formio, les îles ioniennes deviennent françaises.
  • En 1815, les Anglais envahissent l'îleet la place sous leur protectorat jusqu'en 1864.
  • Le 21 Mai 1864, les îles ioniennes sont rattachées à la Grèce.

 

Et c'est donc aujourd'hui le 146 éme anniversaire de la fin de cette odyssée historique.

 

La cérémonie :

Le décor : Devant la vieille citadelle, l'esplanade faite de promenades, de jardins, du terrain de criquet et oui les d'anglais sont ici chez eux... cette esplanade qui, hier était le champ de tir vénitien est le cœur historique de Corfou. Le public se masse surles pelouses et le long des avenues Dousmani et Eleftherias dit le Liston, une réplique de la « rue de Rivoli » une artère commerçante toute enarcades abritant essentiellement de terrasses de café pour tourisme huppé etjeunesse dorée. Un ensemble construit par le français Mathieu de Lesseps, le père de Ferdinand, le roi des canaux de Suez et Panama. En arrière plan, le monument de l'Union, l'Enoseos, un très simple pan de mur de pierres blanches de 3 m de haut sur 2 m de large, sans inscription, entouré de 8 murets dotés d'une plaque de marbre brun symbolisant chaque île ionienne, l'ensemble est pour le jour flanqué de 2 austères soldats et de deux faisceaux de 3 fusils retenant un casque renversé dans lesquels brûle de l'encens.

 

Des jeunes ont eu le temps de déployer une banderolle

mais celle-ci a été rapidement enlevée par des policiers de de type Robocop

Au regard des forces en présence, c'est une histoire de sabre et de goupillon. Qui a parlé séparation de l'église et de l'Etat, n'oublions pas que l'église grecque est inscrite dans l'article 3 de la constitution « au nom de la sainte trinité, consubstantielle et indivisible ». Face au monument, les autorités civiles et militaires, à droite, près des micros, les dignitaires religieux...

 

Les cuivres et percussions de la Fanfare de Corfou ouvre le défilé par une marche militaire, dotés de casques à pointe surmontés d'un plumet aux couleurs de l'île (bleue et pourpre), les musiciens ouvrent la cérémonie, les dernières notes s'égarent sur la vaste esplanade et retombe le lourd silence d'une chaleur écrasante. Une voix grave s'élève, c'est celle du Métropolite de Corfou (l'évêque), un embonpoint ecclésiastique au visage poupin emprunt d'onctuosité comme enduit de fond de teint, il porte tenue sacerdotale, chasuble, étole, manipule et une croix pectorale proportionnée à sa dimension. Encadré de ses primats prétoriens, il se lance dans un discours du genre vis sans fin où même les horloges marquent une pause, les quelques korfiotes noyés dans les touristes ainsi que les autorités civiles et militaires se signent et re-signent encore et se résignent (n'oublions pas le signe de croix orthodoxe est composé de trois signes de croix de droite à gauche), le discours se mue en une lancinante prière incantatoire, ses coreligionnaires  reprennent en cœur pour le soutenir et ils entonnent et empilent des canons (tout se fait à capella car chez les orthodoxes, l'instrumentation est bannie, l'instrumentation musicale j'entend, car l'instrumentation politique, est permise... ) les implorations tournent à l'office religieux... les dernières vapeurs d'encens dissipées et la liturgie achevée, on s'attend à quelques discours des forces vives de la nation, nenni, seule l'église a en ce lieu un droit de parole.

S'ensuit la dépose des gerbes, oui des gerbes, car ici, c'est un défilé de dignitaires qui viennent tour à tour poser, déposer, apposer, voire parfois, balancer une gerbe, à la fin c'est une compile d'une douzaine de couronnes vertes au pied du mur. Le premier dans l'ordre protocolaire doit être sans contexte le représentant de l'Etat (un grand,froid, sec, raide, au plastron empesé de sa chemise Vichy, une allure de préfet quoi... ), derrière les élus territoriaux, plus surprenant,  voici les partis politiques dont le PKK (PC grec) ! suivis des autorités militaires, pararme... Suivent sonnerie au mort et hymne national... la cérémonie terminée, c'est dans une jolie pagaille que les officiels rejoignent leur tribune, le public s'amasse de par et d'autre de l'avenue pour assister au défilé.

 

 

La deuxième fanfare de l'île en tenue d'apparat approche au rythme du tambour et se positionne devant la tribune des corps constitués.

MUSIQUE.

Au bout de l'avenue apparaît portant une bannière blanche ornée d'une croix rouge une matrone immaculée qui a tout du kapo, suit au pas, le corps de la santé, infirmières en tenue professionnelle, religieuses en tenue ordinale, médecins en blouse médicale, cela ne rigole pas,  viennent ensuite derrière leur porte étendard les associations sportives et de jeunesse, là, cela fait mal, on a quelques relents de scoutisme , de nationaliste, pas très sains, puis viennent les représentants (adultes et enfants) des différentes îles en tenue folklorique, cela ne manque pas de couleurs et de cachets, le pas est plus dansé que cadencé, c'est assez décontracté.

 

 

 

Changement de fanfare, retentit le chant du départ, l'ancien hymne napoléonien qui a déjà résonné en ces contrées il y a deux siècles passés, c'est au tour des grandes écoles, l'allure est parfois stricte parfois franchement rigolarde, jeunes femmes en talons haut à très haut et jupes courtes à très courtes, la marche au pas chaloupé fait que ça déménage dans les regards, puis plus surprenant voici celui des instituts spécialisés, les personnes handicapées mentales ou physiques placées sont accompagnées ou poussées par leur soignant...

 

 

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De Corfou et d'Othoni (Grèce) Article en chantier

 

 

Benitses  (Mpenitses)

Nous ne sommes pas en Italie comme initialement prévue, cela sera pour plus tard. Entre retour express en France, soucis mécaniques liés à des bulles d'air dans le circuit gasoil entre pompe et réservoir, caprices météorologiques liés à des masses d'air en conflit entre Nord et Sud, un concours d'évènements qui font que nous voici à Benitses, un charmant petit port au Sud de la cité korfiotte.

Implanté à 15 Kms de Corfou-ville, avec dans le rôle de capitaine, le prénommé Costas, Sexagénaire, frère du maire, il va et vient incessamment avec sa pétrolette et son chapeau de paille vissé sur la tête, il arpente le quai, veille, informe, discute et place les bateaux, gare à celui qui ne voudrait suivre ses conseils, non ses ordres.

 

Benitses est une agréable petite cité établie sur un ancien hameau de pêcheurs et de cultivateurs. En quelques décennies, le lieu s'est métamorphosé en une petite station balnéaire pas huppée pour deux sous, les anciennes maisons et les anciens habitants sont toujours là mais leur statut a évolué, ils sont devenus commerçants.

Benitses s'agrippe à deux collines abruptes couvertes de cyprès et est exposées au soleil levant, ce qui au petit matin est un ravissement. Le seul petit inconvénient mais on s'y plie de bonne grâce, c'est que la commune se trouve en limite du cône d'atterrissage de l'aéroport de Corfou. Comme cela, du Vendredi au Lundi, vous assistez journellement à l'aterrissage de 10 à 30 charters anglais qui plongent devant vous vers la lagune de Chalikiopoulou surlaquelle flotte l'aéroport. En bout de piste, la chapelle de Pontikonissi souhaite la bienvenue ou bon voyage selon direction, vous n'y échapperez pas elle est de toutes les cartes postales de Corfou.

Benitses est desservie par une route côtière particulièrement tortueuse et très fréquentée. Cette route draine le sud de l'île et d'innombrables hôtels, qui, admirablement placés, rivalisent de laideur, l'Hôtel Resort, Kaiser Hôtel, ElGrèco, Oasis Hôtel, etc... . Visiblement les anglais semblent avoir une prédisposition pour assurer la clientèle de cette hôtellerie Low-cost, ils sont omniprésents, ils ont même importé leurs commerces « British », l'exotisme a ses limites.

Pour les guides touristiques Benitses n'a pas bonne réputation « elle n'a rien à proposer »... voilà un jugement définitif surprenant mais qui n'est pas pour nous déplaire car là comme ailleurs nous ne cherchons pas les vitrines mercantiles, les cafés branchés où les sites touristiques sanctuarisés. Nous cherchons l'imprévu, l'inattendu, l'anticonformisme... Pour Benitses, ses richesses sont intimistes, la ville les protége en son coeur, les garde comme un secret des dieux, les masque des convoitises touristiques, cette richesse est enfouie dans son décor naturel, fondue dans une envoûtante végétation, il faut fouiner, chercher, marcher, grimper, pour découvrir ces joyaux. Comme indice il y a bien ces vestiges, pans de mûrs, amorces de voûtes, sole de bains romains et quelques mosaïques, ce qui prouvent que sous la période romaine la ville a connu une période faste, mais cet indice en appelle un autre, qui dit bains,dit eaux et c'est justement là que la ville dispose d'un vrai capital : la Vallée des cascades.

Ces bains étaient alimentés par un aqueduc en pierre qui descendait de la montagne, un ouvrage démentiel pour un tel lieu et de tels bains mais il en était ainsi des volontés romaines, la main d'œuvre ne coûtait pas cher. Remontez au-dessus des bains, au-dessus de la ville, et là, vous arrivez dans un lieu comme nul autre en Grèce, une vallée encaissée qui s'enfonce, s'encastre, s'engorge dans la montagne, une vallée perdue qu'un filet d'eau a patiemment creusée, taillée, un étroit chemin tente de suivre le ru caché qui ne sait dissiper son éternel murmure cristallin, suivez le, là vous traversez un hameau perdu dans une luxuriante végétation, progressivement vous vous élevez dans le massif arboré, l'atmosphère se fait serein, on entre dans la félicité, l'amalgame des feuillages est de plus en plus impressionnant, il vous envahit et s'accapare maintenant la totalité du ciel, la chaleur écrasante du bas a fait place à une exquise fraîcheur qui devient bain de jouvence, on respire à plein poumons les senteurs des fougères, des vignes, des bougainvilliers, des figuiers, des orangers et des citronniers, vous traversez ici des ruines d'anciens moulins, là de petits ponts voûtés, vous empruntez des voies anciennes empierrées parfois dallées, des escaliers escarpés, de vénérables sentiers muletiers et là-haut, tout là-haut, vous parvenez au berceau de cette vallée.

 

On croit pénétrer dans un des tableaux de Gustave Doré, où le Céleste communie avec le terrestre dans une divine tragédie, dans un espace d'éternité enfermée sur lui-même. Oui, c'est là, au bout de ce chemin initiatique, difficilement praticable, après avoir passé une porte basse, d'étroits couloirs et un relief accidenté, oui c'est là dans cette lumière diaphane somptueuse, onctueuse, savoureuse, voluptueuse, c'est là que la terre perd ses eaux. De ses entrailles, par spasmes, par suintement, parfois vive et avec générosité, l'eau sort de la roche qu'elle a patiemment gavée.  Par de multiples interstices, de nombreuses failles, là, à l'abri des regards, dans l'obscurité d'une crypte, dans le crépuscule d'une caverne, l'eau devient lumière. Chacune des sources fait l'objet d'une attention particulière car les multiples naissances sont confinées dans des grottes protégées par une porte, un portillon comme un trésor jalousement gardé. Depuis les temps immémoriaux, depuis que les hommes sont passés par là, ce site et ses sources sont devenues un don du ciel, un don des dieux et font l'objet d'un culte, aujourd'hui encore, la croyance n'a pu s'empêcher de dédier un monument à cette exceptionnalité car au dessus, entourée d'ancestraux oliviers au corps noueux se dresse une frêle bâtisse, St Nikolaos Vrissiliotos, une chapelle blanche qui office encore et entretient la croyance à un dieu, à un seul, qui a fait en 7 jours  un monde parfait à son image mais un monde qu'il n'a pas souhaité habiter. Pourtant l'endroit respire ici la plénitude.

 

En été, au-delà le filet d'eau de surface est tari, seuls quelques puits permettent de voir çà et là que l'eau coule dans une rivière souterraine. D'où vient-t-elle ? de tout là-haut, de Mandraka, d'Aggi Deka ou de Gastouri. Au retour, une halte s'impose à l'Argo chez Spiros, sa base hôtelière est fraîche, au bord de la piscine lézardent ses clients russes, roumains, tchèques, anglais et polonais qui ont remplacé sa clientèle grecque durement frappée par la crise. Spiros est entouré de sa femme et de sa fille pour gérer sa petite affaire, N'hésitez pas à vous rafraîchir dans une ambiance bon enfant. Son hâvre est situé à 50 m sous l'église ou 100 m au-dessus de la boulangerie http://www.argobenitses.gr/

 

            

 

Le port est là encore tout neuf... enfin presque... reste à y effectuer le branchement des bornes qui restent en état, à finir les sanitaires, à faire la voirie encroûtés dans un éternel chantier. Sur les ports et leur équipement, l'explication est culturelle, comme pour l'immobilier, on ne finit rien donc on ne paye rien... c'est d'une simplicité... 

Suite à de nouveaux déboires moteur, nous avons trouvé un diéséliste pro (c'est rare ici, tous s'improvisent spécialiste de ceci ou cela mais rares sont ceux qui ont les compétences) et nous avons changé une partie de  la ligne d'alimentation du carburant qui avait subi les outrages des autres apprentis réparateurs. Nous effectuerons les essais dès que le temps le permettra.

Eh bien oui parlons du temps, car de ce côté il y a à dire, c'est vrai que si on retient de la Grèce les énormes incendies estivaux, il va sans dire que ce n'est pas à Corfou qu'ils se développent tant il pleut et que le vert est la couleur locale. L'île de Corfou est située, délimite, devrions-nous dire les eaux de la mer Ionienne et Adriatique, là où se confrontent aussi les vents, le Maistro qui vient du Nord des Balkans et le Sirocco qui vient bien sûr du Sud, cette ligne de démarcation ne cesse de bouger et est le théâtre d'un véritableconflit des masses d'air. Comme souvent en intersaison et en de tel lieu, cela donne de brusques changements climatiques difficilement détectables par les prévisionnistes. Comme Romar1 aime le calme sinon il roule méchamment son mécontentement d'un bord à l'autre, nous attendons que le marécage barométrique qui sévit sur l'Europe s'assèche un peu.

Sur les hauteurs de Benitses dominant Corfou se situe «  l'Achilleon », le palais d'été que Sissi s'est fait construire à la fin du XIX. « C'est mon Achille, c'est à lui que j'ai dédié mon palais car il représente à mes yeux l'âme grecque, la beauté de la terre et des hommes de ce pays. Je l'aime aussi pour être rapide comme Hermès, fort et persistant comme une montagne grecque, et dédaignant à son passage comme un nuage tous les rois et toutes les coutumes et lois ».

          

Sissi, l'impératrice                                   Le palais d'Achilleon                                Achille veille sur la baie 

La description d'Henri Miller est des plus caustiques, mais n'est-ce pas d'ailleurs un peu sa nature, dans le « Colossede Maroussi » il balaie ce palais d'une « loufoquerie » pompéienne. Il est vrai que si l'ensemble dispose d'une admirable vue sur la baie de Corfou et l'île aux souris, l'architecture, le décorum et les sculptures en font un site un tantinet mielleux, dégoulinant... mais à décharge, le palais a subi les affres du temps et de multiples affectations, Palais de Sissi, puis de la famille royale grecque avant de devenir celui du Kaiser « GuillaumeII », il fut transformé lors de la première guerre en hôpital par les serbes et les francais avant de devenir propriété de l'Etat grec, à la seconde guerre, il est réquisitionné par les italiens puis les allemands pour en faire leur poste de commandement, après la guerre, le site devient tour à tour, centre d'apprentissage, lieu de vacance pour les enseignants, puis un casino qui le restaure minutieusement avant que l'Etat ne le reprenne pour en faire un musée et un palais accueillant par deux fois des sommets de l'Union.

Sinon, ne croyez pas qu'en cette terre lointaine, nous soyons à l'abri de la planète foot, nenni, la coupe occupe comme dans nombreux pays du Monde une place privilégée, tous les restaurants, bars, commerces sont dotés de l'inévitable grand écran allumé à toute heure...s'il n'y a pas de débordements enflammés à l'issue des matchs quelques voitures arborent les couleurs des équipes du jour et roulent tambour battant, c'est à dire ici normalement.

Éliane et François nous ont rejoint pour quelques jours, nous ferons quelques aller retour à Corfou, la vie se déroule paisiblement au pied de la forteresse corfiotte, la quiètude du soir invite quotidiennement François à prendre son piano à bretelle et à nous jouer quelques airs marins. Le public alentour apprécie ses moments enchanteurs.

 

Comme le Sud de l'île ne nous est pas aussi familier que le Nord, nous avons loué une petite Fiat Panda toute neuve pour le découvrir. Il nous faut traverser la brume qui enveloppe les sommets de l'île pour parvenir par des voies goudronnées mais étroites et pentues à Chlomos, un petit village typique accroché à flan de montagnes avec une vue imprenable sur la mer Ionnienne. Le village est constitué d'un amas d'habitats anciens en surplomb d'une vallée escarpée mais généreusement végétalisée, les maisons sont drainées par nombre de ruelles et de multiples escaliers fraîchement dallées de pierre jaunes, ce qui confère à Chlomos une indéniable couleur touristique, les quelques tavernas rivalisent pour offrir la meilleure vue possible. Quelques vieilles qui semblent sorties des cartes postales sépia vaquent à leur occupation matutinale, nous échangeons quelques « Kalispéra », le "Bonjour" grec, certains tombent dans le vide probablement par saturation d'éphémères visiteurs.

Lefkimmi

La deuxième ville de l'île, Lefkimmi, paraît sans âge tant il est difficile de caractériser cette ville vieillotte qui s'étire sur d'ancien marais jusqu'à un canal pris dans la vase et qui abrite quelques caïques de pêche. Tirailler entre les temps modernes et les temps anciens, la vie y est modeste et l'économie  encore fortement rurale.

A l'entrée de la ville notons la présence çà et là d'ânes bâtés, ils ne sont pas là pour intégrer le décor photographique fort prisé des touristes en mal d'authenticité mais pour transporter toutes sortes d'ingrédients , paniers de légumes et de fruits, fourrage... Souvent ils sont menés par de vieilles femmes coiffées de leur traditionnelle pièce de tissus pliés, l'un et l'autre semblent résignés à porter les fardeaux de cette vie simple.

A l'extérieur de la ville une nouvelle avenue financée par l'Union Européenne descend à un grand port désert et dénué d'activité. Au bord de cette avenue fantoche se sont greffées quelques entreprises, mais les greffons ont défaillis et laissent place à des friches industrielles, seules les trois moyennes surfaces de type Lidl laissent espérer une raison d'être à cette avenue perdue.

Kassiopi :

Au Nord Est de l'île, face à l'Albanie, voilà Kassiopi. Construite sur une petite presqu'île surplombée par le Château des Angevins, une forteresse écrasée enveloppée par une forêt d'oliviers, d'orangers et de citronniers, au delà la côte est ciselée menue et présente une multitude de petites criques qui forment autant de plages très prisées par les touristes avertis. Au pied du château, le port où les plus grosses unités de pêche se sont muées en bateaux d'excursion.

 

A la tombée de la nuit, les quais s'agitent et deviennent lieu d'animation, de rencontres et de discussions. Au Nord, au delà de la mer, on distingue clairement l'Albanie qui ne semble pas souffrir de problème énergétique, la ville brille de mille feux et la longue promenade de Saranda forme à elle seule une illumination tout à fait occidentale...


Île d'Othoni

 

Othonoi, un petit caillou grec posé sous le talon de la botte italienne, un îlot de 10 km2 planté entre Italie, Grèce et Albanie. Le caillou entend bien rester hellénique face à l'envahisseur italien, une maison sur deux arbore le drapeau hellénique rayé bleu avec une croix blanche pour mieux déjouer les ritals qui débarquent aux beaux jours. Le village est là niché au fond de la baie, la rue principale faite de nids de poule aligne les 5 Tavernas dont une pizzeria et l'unique épicier de l'île. Les gens d'ici : des gens d'ailleurs pour tout dire tant ils sont rares à vivre ici à l'année, les autres sont des revenants en quelques sortes.

Dans les années 1910, la misère a fait fuir une partie de la population vers la terre promise, le nouveau monde, les photos sur la Taverna « New-York 1910 » relate cette histoire. Nombreux sont les insulaires qui ont quitté l'île pour faire fortune aux Amériques, les enfants et aujourd'hui les petits enfants ont suivi cette voie mais ces derniers reviendront-ils au pays ? les vieux en doutent. Interrogez les, tous se sont un temps exilés, qui, dans la restauration ou la marine marchande puis sont revenus ouvrir un petit business sur le caillou. Dans la réalité, une fois l'été passé, la plupart des "Othoniotes" vivent à Corfou, seule une petite centaine de personnes hiverne ici.

Toute simple, tranquille à souhait, la vie de l'île est rythmée par l'arrivée de la navette qui la dessert, l'approvisionne, la ravitaille car ici il n'y a rien, hormis en fin d'après-midi le retour d'une demi-douzaine de pêcheurs côtiers. Ils naviguent avec des caïques, des barcasses de bois, de 5 ou 6 mètres, tout bonnement dirigées à la barre franche. Beaucoup d'entre eux travaillent en couple. Une fois au port, la pêche débarquée, le pont rincé et les lignes à nouveau appâtées, c'est le repas du soir à bord avec les amis, les bouteilles circulent d'un bateau à l'autre, ce n'est que tard qu'ils rentreront dormir pour une courte nuit. Demain à 5 heures ils repartiront. Cette apparente quiétude laisse filtrer malgré tout une ambiance assez énigmatique, il est vrai qu'au centre d'une triade de pays dont l'Albanie qui se réveille d'une période de plomb, cet îlot recèle de multiples potentialités et fait l'objet d'une attention toute particulière des cost-guards. Et pour cause, d'incessantes allées et venues de bateaux rapides débarquent et/ou embarquent plus ou moins discrètement quelques personnes, quelques marchandises.

 

 

L'afflux touristique de l'île repose sur deux points, être une base de vacances proches de Corfou et surtout, être une escale incontournable pour qui fait la traversée entre Grèce et Italie, ledit canal d'Otranto, ligne de démarcation des mers Ionienne et Adriatique est une zone à la réputation difficile.

L'île vient d'agrandir à l'Est du village son port pour en faire une base tout à fait acceptable mais très controversée parce que mal protégée. Là encore tout est neuf donc rien n'est achevé et ni en service... promis, c'est la dernière fois que je mentionne ce mal endémique...

Aux WE des beaux jours la paisible cité s'anime, on nous a prévenu « Italia - Fiesta»...  le port accueille des « voileux » italiens qui viennent y faire la fête...  bientôt ils sont une dizaine, l'un « Dance » arrive en fanfare, accordéons, guitares, chants, assurément le WE s'annonce chaud. Un homme orchestre les arrivées, attribue les places, qui est-il ? le mystère est là entier, il n'est pas maire, nous saurons seulement qu'il s'appelle Tassos et qu'il tient une des 3 tavernas du village, il est partout où cela bouge, un pêcheur débarque, il arrive avec son puissant 4x4 noir, l'aide à la manoeuvre et repart avec son pochon de poissons... des plaisanciers arrivent, il est là, Tassos possède aussi un bateau de promenade et organise quelques excursions...

 

 La baie d'Ormos Ammos (Othoni) - En arrière plan dans la pointe Limini Avlaki (le port)

Nous mettons à profit la météo incertaine et ce n'est pas un euphémisme pour visiter Othoni et voir s'il se peut à partir du sommet de l'île (340m) l'Italie voisine, mais la voie goudronnéeet en lacet aboutit à un petit hameau inclus dans des oliviers, sublimes mais encore bien loin du sommet, par manque d'équipements nous n'irons pas tout en haut... mais cette montée révèle de magnifiques panoramas sur la baie et le village, tout autour ce n'est qu'un vaste massif impénétrable, une vue sublimée par les parfums qu'exalte la végétation méditerranéenne en pleine floraison à cette période de l'année, elle explose, nous nageons dans des baumes composés de sauges, de térébenthines, de genêts d'Espagne, de chênes kermes, de cistes, de lentisques, d'oliviers, de cyprès, d'amandiers, de genévriers et de myrtes... les "tsimboukaria", des cyclamens sauvages, très parfumées et très légèrement rosées. C'est l'ivresse avant l'heure.

 

Romar 1  amarré à Limin Avlaki 

Othonie :

Tranche de vie

Lundi 

5:00 :

Le jour se lève avec sa tête des mauvais jours, l'horizon lui a le front bas, il est bouché, autour de nous le petit port s'éveille, les moteurs comme les pêcheurs fument, toussent, crachotent, il faut sortir de cette torpeur matinale et partir en mer malgré le vent annoncé.

10 :00

Les dernières fratries de chats jouent dans la poussière moite du chemin. A droite, l'usine électrique et ses groupes électrogènes fournissent l'île en énergie, plus loin c'est le cimetière avec ses uniformes croix de marbre blanc, devant, l'église de son clocher séparé, elle porte en faîtage une enseigne : une croix de néon bleue allumée la nuit, probablement pour signaler que la maison de Dieu est ouverte 24/24, l'effet est baroque et mensonger car elle est souvent fermée. Plus loin, le village baigne dans une pesante chaleur printanière, les baromètres ont lourdement chuté, la vie s'est arrêtée. Ici, c'est la Mairie qui abrite également les Cost-Guards, plus loin, sous l'auvent d'un simili bar est garé un vieux pick-up japonais «de luxe» de marque Isuzu, il semble tout droit sortir de Bagdad Café, un de ces engins capables de traverser par lui-même les déserts et les mers pour rouler rouiller ici, la corrosion grignote petit à petit ses extrémités, ses multiples couches de peinture ne peuvent cacher l'origine des publicités qui servent de rustines métalliques à sa carrosserie, cet antique véhicule est la voiture de livraison de l'épicier. Devant ce vestige,  face à la mer, assis sur un banc et quelques sièges en plastique décoloré, des anciens sont alignés, ils attendent, regardent la baie ou bien la ligne d'horizon ou le néant ou bien encore l'infini. De temps en temps, un mot est lancé, mais ne rebondit pas, il s'écrase sur le sol en béton, personne n'a voulu le rattraper, il fait trop lourd, seul par intermittence, le son granuleux d'un Komboloï (chapelet grec), tournoyant autour de vieux doigts frotte le silence. Un homme passe dans la chaleur et lance un « yassas » (bonjour), parfois il est repris par l'un ou l'autre ou plus souvent laissé à l'abandon, sec sur le béton, parfois s'amorce une phrase, un échange, le dialogue s'installe, monte en puissance, puis s'essouffle au bout de quelques minutes, à bout de mots, le silence se réinstalle, se réapproprie l'espace un temps volé, ainsi va la vie ici à Othonoi, avec là comme ailleurs ses instants d'éternité...

 

Il nous faut quelques provisions, le« supermarket » est là adjacent au bar, pour y rentrer il faut emprunter une porte dérobée seule connue des initiés, la grand porte n'est ouverte que le soir de 18h à 22h, le lieu est haut de plafond, là accrochés aux poutres finissent de mûrir des seaux en plastique et autres ustensils, les murs sont couverts d'étagères qui, selon les rayons, montrent que certains produits sont indisponibles ou en petite quantité, on y trouve de tout de laquincaillerie à la droguerie, des produits frais à la vaisselle, vu l'état,certaines boîtes de conserve ont dû être fournies avec la voiture... L'épicier est d'une extrême gentillesse, il parle l'anglais avec cet incontournable accent américain qui lui sied si bien à l'image de sa casquette publicitaire vissée sur la tête, si faute d'or, il a abandonné ses dents aux Amériques, son visage finement ciselé par les ans et ses yeux clairs laissent percer le sourire d'une douce sérénité. Nos courses faites et payées, nous sortons mais le silence d'avant est couvert par un sourd bruit de fond sur lequel s'appuie un long coup de trompe, c'est la navette qui signale son approche ... Les vieux sortent de leur torpeur, se lèvent et s'avancent, l'épicier démarre les 6 cylindres de son carrosse corrodé et l'avance lentement vers l'embarcadère, devancé par quelques camionnettes, nous les rejoignons au point G de l'île. Les embarcadères sont toujours le point de convergence des insulaires, le quai de l'autre monde, celui des adieux et des retrouvailles, un lieu d'informations et d'échanges.

Sous l'œil vigilant du cost-guard, la navette « Pegasse » accoste, quelques touristes descendent... s'ensuit un déchargement de colis, cageots, sacs de pain, jerricans de carburants, packs de boissons, un inventaire de la vie matérielle de l'île, quelques m3 de marchandises désordonnées sont ainsi étalés à la poussière sur le quai, chacun prélève ce qui lui revient, après quoi on charge les bidons vides, de nouveaux cageots, de nouveaux colis, l'unique passager monte à bord avec ses bagages. Deux coups de corne « Pegasse » annoncent aux autochtones et aux cigales son départ imminent, il libère tous ses chevaux-vapeur pour manoeuvrer et rejoindre l'île-continent : Corfou....il est 12 heure, c'était le point culminant de la journée... maintenant, l'île peut replonger dans sa torpeur... jusqu'à demain...

14:00 Les derniers voiliers sont partis, reste un très beau motoryacht italien et Romar 1. C'est la somnolence qui s'installe doucement, il n'y a plus de mouvement, l'île est immobile, seule la mer inlassable s'active.

16:00 Curieusement, le port commence à faire l'objet de bien des attentions, des véhicules vont et viennent sur le vaste terre plein, certains s'arrêtent, observent et repartent... d'autres vérifient les amarres des quelques coques encore présentes, le baromètre joue au yoyo, depuis sa chute du matin, il se relève, péniblement...

17:00

Un voilier approche, il semble bien près des hauts-fonds qui sont là, signalés sur les cartes mais non balisés en mer. Emilio, le tout italien du « My Life » siffle, nous agitons les bras, nous ne sommes ni vus ni entendus... le voilier persiste et ignore les écueils qui sont là à quelques mètres devant lui. Soudain un grand bruit, le voilier stoppe net, il a heurté une des nombreuses roches sous un mètre d'eau. Après quelques instants d'incrédulité et de flottements qu'on perçoit à bord, le bateau bat arrière toute puis prend plein sud avec une vigie à l'avant, il arrivera au port sans plus d'encombre mais l'alerte a été chaude car laisser sa quille en ces lieux, c'est à coup sûr perdre le bateau.

Un camion de type « dernier taxi pour Tobrouk » débarque sur la cale, sac de pomme de terre, filet des produits du pays, pochons d'herbes, tout est chargé dans  un bateau rapide, 6 passagers embarquent, rapides signes d'adieu, ce sont ceux qui travaillent en Italie, le WE est fini. Chacun prend place et connaît par habitude les gestes pour larguer les amarres. Avec 600 chevaux, ils y seront à la nuit.

18:00

Tassos, l'activiste du port arrive en catastrophe, un fort coup de vent 8 BF du sud vient d'être annoncé, nous serions mal protégés ? il faut nous déplacer, la place des pêcheurs est libre car ils sont partis se protéger ailleurs, c'est rassurant. S'ensuit le déplacement de nos unités motorisées, il faut mettre le nez au vent, cela implique un ancrage plus un double amarrage, la protection des aussières. Ouf, nous sommes parés pour affronter le coup de Sirocco.

20:00

Installés au restaurant, nous avons droit aux infos grecques, à l'attaque israélienne du navire d'une ONG turque, de l'économie nationale qui suit le baromètre... ensuite l'inénarrable bulletin météo, plus de 30 minutes de prévisions météorologiques et marines, une émission à part entière, très très pointues, les cartes annoncent bien du 7/8 BF de Sud tournant demain en fin de journée au Nord/Ouest, c'est bien notre veine... mais que faire, nous ferons avec... La nuit est agitée, au milieu de la nuit les équipages se lèvent et veillent aux amarres car le vent est là et bien là mais à l'opposé de celui annoncé, plein Nord/Ouest, c'est-à-dire dans notre dos et il n'a aucune envie de virer au Sud comme annoncé. Cela dit une grosse houle rentre dans le port et berce bien notre nuit.

Ce matin, dépités, les italiens du « Troll » qui n'ont pas fermé l'œil quittent de bonne heure Othonoi pour rejoindre Corfou. « Good Trip »...un peu plus tard un anglais en navigateur solitaire viendra amarrer son voilier, puis ce sera celui de deux italiens qui rentrent en Italie, un coup de main en ces temps mouvementés n'est pas superflu, cela créé tout de suite un lien.

N'ayant pas trouver d'internet, un coup de fil en France nous indique que ce coup de vent va durer au moins 48 heures,il n'y a plus qu'à attendre. Ce matin, les cost-gards sont venus pour démarrer leur embarcation, rien, refus total d'obtempérer, le moteur refuse. Avis aux passeurs, aujourd'hui, la voie est libre aux trafics.

Tout ici est incompréhensible, dans le ciel azuré se tient un étrange rodéo de nuages blancs et gris, dessous la mer d'un bleu profondis dresse ses crêtes blanches, entre les deux, catalyseur plus que médiateur, le vent souffle, siffle, hurle parfois comme pour régler ce ballet indiscipliné mais rien n'y fait...le ciel reste indocile et les eaux impétueuses, l'île, spectatrice, reste immobile, seul Romar bouge... pourtant notre démarche sur terre prouverait que l'île bouge...

ïle de Mathraki (entre Corfou et Othoni) 

Samedi :

On pensait faire un saut sur le continent nous refaire un plein d'euro, allez savoir pourquoi, la navette annoncée n'est jamais venue. Qu'à cela ne tienne et c'est le bouquet, Spyros notre homme de la Tavernas revêtu du blouson des Cost-Guard part avec le chef des cost-guards sur le bateau de service. Mais que diable, pour quelle importante mission cet équipage est-il parti si vite ? nous auront la réponse à leur retour 3 heures plus tard, ils sont accompagnés d'un pope. Pardi, pas de navette, pas de pope, pas de messe, quand on dit que la religion et l'Etat ne font qu'un (article 3 de la constitution), l'exemple est là sur ce minuscule caillou.

La météo : le baromètre joue à on ne sait quel jeu, il baisse et monte brutalement comme si quelques traders jouaient sur l'indice du vent, en peu de temps, la mer évolue dans un sens ou un autre, Eole peut tourner en quelques minutes et les prévisions se montrent rarement bonnes.

Cela fait huit jours que nous sommes bloqués ici, on connaît tout le monde et tout le monde nous connaît, mais nos liquidités ont des limites ici sans distributeur, il nous faut prendre une décision ou bien rebroussé chemin ou faire le saut vers l'Italie. Le choix est clair, la météo est bonne pour là où nous sommes mais n'est pas bonne du tout pour notre destination, l'Italie.

 

 


Publié à 22:08, le 28/12/2010,
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L'Albanie, le pays des aigles

                                                                        

Un zeste d'histoire

Petit pays doté de près de 500 km de magnifiques côtes, l'Albanie n'est pas encore trop envahi. Particulièrement montagneuse, l'Albanie est insérée entre la Grèce au Sud, la Macédoine à l'Est, la Serbie et la province du Kosovo au Nord et le Montenegro à l'Ouest. En face, de l'autre côté de l'Adriatique : l'Italie.

L'Albanie fut un territoire très convoité : tout au long des 2 derniers millénaires s'y succèdèrent Grecs, Romains, Wisigoths, Lombards, Avars, Slaves, Bulgares, Byzantins, Angevins, Vénitiens, Ottomans. Il est vrai que  la présence angevine qui m'intéresse plus particulièrement à travers Charles Ier (frère de St Louis), Comte d'Anjou et de Provence, Roi de Naples et de Jérusalem, Roi d'Albanie et des deux Siciles.

Sur ordre du pape Urbain IV, Charles 1er guerroya Manfred de Hohenstaufen et le battit en 1266, Charles Ier hérite alors des terres albanaises. Mais le rêve d'aller jusqu'à Constantinople s'arrête en avril 1281 à Bérat sur une véritable déroute de l'armée angevine. Ironie de l'histoire, l'armée de Charles Ier et son capitaine général sont bien allés jusqu'à Constantinople, mais en tant que prisonniers de l'empereur que  Charles voulait renverser et remplacer. Cette  défaite marque la fin de la politique orientale de Charles 1er car cette page s'écrivit quelques mois avant que les Vêpres siciliennes ne sonnent le glas de son autorité sur l'Italie méridionale.

 

 

Faisons un bond dans les siècles et revenons au présent.

L'Albanie est, depuis peu, accessible. Sensible à l'ouverture qui marque la fin d'une période proto communiste, il convenait d'aller sentir ce pays dont les habitants ont vécu pendant 5 décennies coupés du monde, enfermés, pour beaucoup emprisonnés. Comme les procédures administratives semblent encore assez complexes pour ne pas dire un brin fantaisistes et onéreuses pour entrer avec un bateau, nous avons opté pour la liaison maritime quotidienne à partir de Corfou mais là il nous faut remplir les formalités pour sortir de l'espace Shengen, et oui l'Albanie frappe à la porte capitonnée de l'Europe.

Le contrôle effectué, nous pouvons monter à bord de notre navire, un hydrofoil identique à ceux croisés entre Athènes et Aégina ou sur le Danube entre Vienne et Bratislava, des engins qui, à grande vitesse, sortent de l'eau. Ces machines : les «Voskhod » sont de fabrication russe et datent des années 90, 150 exemplaires ont été construits. Avec leurs 1000 cv, ces drôles de vaisseaux emportent 70 passagers à 33 nœuds dans un confort proche de l'avion. Au nombre de couches de peinture, il est vraisemblable que celui-ci soit l'un des tous premiers. Pour l'avoir croisé à maintes reprises dans la baie de Corfou, c'est toujours impressionnant de voir une telle sauterelle passer à grande vitesse dans un bruit de faux bourdon. Il ne met que 25 minutes pour atteindre Saranda, la principale ville balnéaire du sud albanais.

                           

Mais avant tout, 3 phrases en guise de petit rappel historique :

L'Albanie, « le Pays des Aigles » tel que le figure le drapeau national, s'est proclamée République Populaire en 1946, Enver Hoxha en est élu Président, elle rejoint alors le Pacte de Varsovie. A la mort de Staline, les relations se durcissent avec l'URSS et en 1967 l'Albanie rejette son grand frère pour s'offrir à la Chine. A la mort de Mao, les relations entre les deux pays se dissolvent et Enver Hoxha s'enferme alors dans un communime monacal avant de sombrer dans une paranoïa aiguë. Il «bunkerise» son pays avec la construction de 700 000 casemates unipersonnelles édifiées dans l'urgence parfois dos à la mer, l'ennemi serait-il intérieur ??? En approchant de la côte, on peut aisément observer ces multiples champignons : bolets de béton qui sont censés refouler les envahisseurs.

                              

              

En 1985, à la mort d'Enver Hoxha, Ramiz Alia prend le pouvoir et l'ouvre 5 ans plus tard au multipartisme et à l'ultra libéralisme. En 1997, c'est la catastrophe, le système financier repose sur des sociétés pyramidales, les petits épargnants perdent tout. Le pays est en état d'insurrection. Les casernes sont prises d'assaut et leurs armureries pillées. Le gouvernement perd le contrôle du pays, une force internationale de l'ONU débarque, restaure l'ordre et organise de nouvelles élections.

Depuis, deux partis se partagent alternativement le pouvoir : le Parti Démocratique (Conservateur de Centre Droit), issu de l'ancien parti unique au pouvoir reconverti au libéralisme et le Parti Socialiste (Gauche). En 2009, l'Albanie entre dans l'OTAN et frappe maintenant à la porte de l'Europe.

Voilà Saranda 

Au loin sur le remblai, un immense panneau « WELCOME » vous accueille. La ville épouse la forme de la baie et forme un vaste amphithéâtre désarticulé, désintégré. Des cubes d'immeubles en béton de 5 à 6 étages s'élèvent graduellement sur la pente Est, le haut de la colline est encore indemne de boîtes. Mais çà et là apparaissent déjà dans la roche dénudée des saignées à blanc, de vives balafres, des stries creusées dans le massif dur et aride pour satisfaire la boulimie immobilière.

            

 

Après un rapide contrôle des papiers, direction la mairie de Sarande, point de départ du bus pour Butrinti, principal objet de notre visite. Déjà en quelques minutes, nous sommes subjugués par le vaste chantier qu'a entrepris le pays, tout ici n'est que chantier, on ne sait plus très bien partager ce qui est en construction de ce qui est en démolition, débris, déchets, remblais cohabitent sur ce qui est destiné à devenir où étaient des trottoirs... la saleté et la poussière forment un fond de décor. Nous traversons le marché couvert si tenté que l'on puisse dire, disons un marché fait d'un bric à brac de tôles, c'est le point central d'approvisionnement des habitants de la ville et sa banlieue. Dans les ruelles étroites il y a çà et là quelques marchés de l'occase et de la débrouille, la plupart consacrés aux chaussures et objets domestiques.

 


Le deuxième constat est l'emprise automobile. Les rues ne sont que de longs bouchons où les règles de conduites sont introduites à coup de klaxons ou de sifflets d'agents impuissants... Si toutes les marques sont présentes, il va sans dire que Mercedes est le leader incontesté, la firme de Stuttgart à l'étoile à 3 branches est omniprésente, parfois quelques "Hummer" ces gros 4x4 d'origine militaire, très haut de gamme, noirs aux vitres teintées alourdissent l'atmosphère, c'est vrai, ils ont bien leur place dans ce décor d'après-guerre.

     

Quant au bus qui assure la destination Butrint, c'est un vieux "Man" dont le chauffeur est obligé de s'arquebouter pour changer les vitesses ou pour tourner le volant, rien n'est assisté... le bus est bondé pour ne pas dire plus. Pour le paiement c'est à la descente, probablement au cas où nous n'arrivions pas... Et nous voilà partis... pour une visite de chantier... des chantiers devrais je dire... tout se fait à coups de klaxon, de freins et surtout de forcing, notre pilote nous exfiltre de la ville... la vieille route est en cours d'élargissement pour faire place à une voie nouvelle, le seul problème elle est parsemée de bulldozers, de pelleteuses, le tout enveloppé de poussières mais qu'importe.

 

Les 20 km sont faits de cailloux concassés et plus ou moins compilés, à droite la montagne que l'on a rogné, à gauche le précipice qu'on a remblayé, et ce, jusqu'au lac de Butrint, dans ce long cortège de particules grisâtres, tous feux allumés, on croise on double comme chacun peut, le plus fort gagne... Le bus laisse quelques autochtones à Ksamil, une ville martyre, une ville fantôme, une ville chaos dont les bâtiments semblent sortir soit d'une récente guerre, soit d'un tremblement de terre soit d'un défaut de construction ou bien d'un début de démolition. En fait, nous apprendrons qu'il il y a un peu de tout cela, si le pays a été frappé l'an dernier par un léger tremblement de terre aux effets négligeables, un autre séisme a frappé fort, un séisme politique qui a ordonné la démolition des constructions illégales soit env 250 dans cette ville. Il faut dire que la propriété foncière n'a jamais été en ces lieux un souci, on construit là où on a envie... d'où un invraisemblable imbroglio juridique et un embouteillage judiciaire... mais une question subsiste, pourquoi le programme de nettoyage en cours est-il conduit par la principale firme de BTP d'Albanie ??? qui reconstruit derrière.

  

Après l'enfer, nous voici au paradis, oui un décor paradisiaque émerge du chaos, le grandiose paysage du lac de Butrint. Le bus nous délivre au bac anté-diluvien qui marque l'entrée du Parc, l'un des 12 parcs nationaux. Celui-ci nous intéresse car, dans sa luxuriante et rafraîchissante végétation, il recèle un véritable trésor, un ensemble archéologique hors du commun, tout à fait exceptionnel dans sa conservation. Un ensemble décrit par Virgile dans l'Enéide et par Racine où il situe son Andromaque.

Il y a 2500 ans une cité s'est implantée sur les rives de ce lac au décor somptueux. Hier inconnu, le site classé au Patrimoine Mondial depuis 1992 commence à être répertorié sur les guides et le nombre de bus touristiques qui, malgré la route, viennent le visiter nous font penser à une proche invasion. Cela est le lot de bien des lieux antiques.

      

Commençons notre visite, d'abord il y a ce petit théâtre de 1500 places qui, l'été, offre un festival de théâtre, quelques pierres sur ses parois extérieures portent comme à Delphes la liste des 400 esclaves affranchis. Situé tout près les bains dont ils ne restent que quelques soubassements, le temple d'Asclépios, Dieu de la médecine.

                                       

Plus loin nous changeons d'époque, nous sommes face à un baptistère paléochrétien du IVièmesiècle, le sol est fait d'une superbe mosaïque polychrome, l'une des plus grandes connues de cette époque, avançons encore dans ce site, voici les reliquats de quelques échoppes et villas qui ont gardé leur base. Un peu plus loin livrés au chœur enivrant des cigales nous voici dans les murs de l'église byzantine (IV et Vième) ...

                         

Au bout de l'immense fortification en cours de consolidation se trouve la majestueuse mais basse Porte du Lion, elle nous donne l'accès à la forteresse qu'ont occupé successivement les angevins et les vénitiens. De cette position dominante, nous rayonnons sur 20 km. Au pied le lac avec ses lagunes et ses pêcheurs en barque. Ici à l'Ouest, l'entrée du canal Vivari avec la citadelle d'Ali Pacha, là-bas au loin, l'île de Corfou, où nous attend Romar1.

 


Le retour se fera avec le même pilote sur le même circuit. De ce grain de visite, il n'est pas aisé de tirer des enseignements cependant au regard des richesses naturelles et des potentiels touristiques qu'elles offrent, nous pouvons aisément parier que ce pays ou tout du moins son littoral risque de subir une véritable mutation urbanistique qui peut rapidement tourner au chaos, surtout dans un pays où l'état de droit repose sur le «Tout s'achète» et où les politiques n'en ont toujours pas fini avec l'histoire récente, leurs histoires.

Ce pays est grand et peuplé comme la région des Pays de la Loire, il a cependant des atouts et non des moindres, c'est un pays qui a encore mais pour combien de temps encore une très forte culture. C'est un pays où tout est à faire, un pays extrêmement jeune, l'âge moyen de 26 ans en fait le plus jeune des pays européens, malheureusement il a aussi des zones d'ombre : un pays qui a du mal à trouver une stabilité politique, un pays dans lequel la mafia a de profondes racines, un pays montagneux où les travaux d'infrastructure deviennent rapidement prohibitifs, un pays qui n'en a pas fini avec ses voisins du Nord au sujet du Kosovo et qui n'a pas tout régler ses problèmes avec celui du Sud, la Grèce ni celui de l'Est, la Macédoine.

        

Sur la route du retour, je me suis mis à rêver, ce pays avec une telle histoire et de tels paysages dispose des meilleurs atouts pour devenir un pays pilote à l'image du Costa Rica, un pays sans armée, un pays à l'urbanisme sévèrement contrôlé, le premier pays qui pourrait vivre d'un tourisme intelligent. Seule l'Europe pourrait l'aider à prendre conscience de ce fabuleux patrimoine et l'accompagner vers un développement non pas effréné mais vers un développement raisonné. Malheureusement ici comme ailleurs les hommes préfèrent trop souvent les armes à la paix.

Louis-Marie BOSSEAU -  Août 2010        

Publié à 09:50, le 28/12/2010, dans Articles thematiques,
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Propos liminaires.

 

 Voici le récit du périple de Romar1 de Dordrecht (NL)

à Reggio de Calabre (I)
 
 
par le Rhin, le Main, le Danube

  par la Mer Noire

  le Bosphore,

la Mer de Marmara,

les Dardanelles

et les Mers Egée, Ionienne et Thyrrénnienne...

 


 

Email : lmb@romar1.eu 


Publié à 20:00, le 22/10/2008, Dordrecht
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