Une Transeuropéenne

Le Bosphore : Voyage

 

Aujourd'hui est un jour « exceptionnel,unique » déclame Koss avec son accent de l'autre bout de l'Europe, son accent d'Ameland. L'appréhension est perceptible sur les bateaux, nous attendions ce jour depuis si longtemps, c'est un jour forcément chargé d'émotions, nous allons passer le Bosphore. Ce « fleuve » maritime large de 500 à 3 000 m, ce bras de mer eurasien profond de 60 m, cette tranchée maritime qui sépare et unit les 2 continents, l'Europe de l'Asie, l'Orient de l'Occident, mais aussi le Midi du Septentrion. A la fois fossé et trait d'union, ce qui en fait un détroit hautement stratégique, une voie hautement symbolique.

 

Le port de Rumeli s'éveille lentement, nous le traversons au ralenti, sans vague, silencieusement. Bien que le jour s'annonce printanier, ce matin, une brume légère opalise le Bosphore, il s'est drapé d'un voile pudique pour nous cacher sa magie. La première partie est une paisible mise en bouche, nous nous sommes discrètement insérés dans l'étrange couloir bordé de collines au dense couvert végétal, l'urbanisation n'a pas encore pris d'assaut cette partie abruptement sauvage, nous sommes à 30 Kms du cœur d'Istanbul...

 

Bien que notre modeste gabarit nous laisse libre de naviguer comme bon nous semble, nous optons pour la voie conventionnelle, celle de droite, afin de ne pas interférer dans les voies commerciales, celle qui permet de suivre la rive rouméliote, celle imprégnée de notre histoire, celle des confins européens. Sur ces premiers miles, Romar 1 vogue à 8 nœuds, tranquillement. Son étrave ouvre la fleur d'eau et l'éclate en millions de pétales d'argent ; nous nous laissons guider par le courant, il est la main qui nous porte et nous déporte parfois. Nous prenons doucement conscience que nous donnons vie à un vieux rêve longtemps enfoui, une finalité jamais avouée, l'objectif impossible, aux confins de l'utopie.

 

Devant nous, au centre du chenal, un cargo nous précède, derrière nous, un autre nous succède, l'attention est totale, vigilance, vigilance, vigilance. Il faut anticiper les vagues formées par les mastodontes que nous croisons, les prendre légèrement de biais quand cela est possible, sinon, c'est la claque assurée suivie d'un inconfortable roulis. Tout est question d'habitude car certains remous viennent outrageusement malmener les frêles esquives des quelques pêcheurs qui attendent imperturbables la bonne prise.  Nous arrivons à un coude 90° Est et les navires sont obligés de prendre très large pour l'amorcer ; à tribord, lové au pied de la forêt, Sariyer, un petit port, puis là, niché au fond d'une anse celui de Tarabya.

 

Le courant pousse, voici déjà devant nous, à 6 miles le coude 90° Sud et là encore les capitaines doivent jouer de la gouverne pour négocier au mieux le changement de cap, les courants sont forts dans cette portion car la passe se rétrécit de 1500 à 600 m au niveau d'Istinye. De part et d'autre, l'urbanisation se densifie, au loin apparaît le pont Fatih SultanMehmet, ouvert en 1988. Il enjambe très haut le Bosphore en son point le plus étroit, là où il y a 2500 ans, le roi Perse Darius traversa le détroit sur un pont flottant. A l'arrière du pont, nous esquissons sans peine la métropole. Des deux côtés coiffant les hauteurs, de gigantesques drapeaux rouges avec croissant et étoile, la fierté du peuple flottent au vent.

 

De Rome ou d'Istanbul, il est bien difficile de dire qui a copié l'autre,majestueuse l'une comme l'autre, elles s'offrent avec gourmandise aux visiteurs. Elevée comme sa jumelle sur 7 collines, Istanbul a certes l'avantage de se mirer dans l'extraverti Bosphore, un qualificatif qui ne sied pas au Tibre latin plus réservé, plus discret, ne s'exprimant guère, en retrait, rare pour un italien...


Maintenant commencent l'ivresse, l'ébullition sensorielle, il y a tant et toutà voir... tout à sentir, tant à ressentir.

 

Au loin les formes évanescentes se dissipent, la ville doucement se dessine, la confusion fait progressivement place à la fusion et on mesure oh combien est fabuleux de découvrir de la sorte cette ville multimillénaire, cette ville éternelle. Le Bosphore a l'immense privilège d'en offrir une lecture à collines ouvertes, d'embrasser à pleine bouche les lèvres pulpeuses qu'inspirent deux rives, de dévorer l'exégèse passion historique, de humer les délicieux quartiers, d'en capter quelques mélopées et d'en saisir quelques soupçons de flagrances.

Envoûtés, nous avançons lentement, la métropole sereinement s'effeuille, nous dévoile à babord le quartier d'affaires de Levent d'où s'élancent de célestes tours de verre et d'acier, des gratte-ciels, ces temples  futuristes d'affaires monétaires, ces minarets du XXIème siècle dans lesquels se reflète la Turquie moderne.

En face, l'autre rive n'entend pas être en reste. Hautes de 500 m, les collines anatoliennes sont couvertes d'une horde de pylônes et d'antennes enchevêtrées, un monde d'aiguilles monolithiques et statiques. Surmontées d'énormes paraboles, elles se font à la fois porte-parole et big brothers du génie turc. Au pied, à l'ombre de ce monde numérique, les bucoliques berges d'Anatolie sont garnies de centaines d'esquives de pêcheurs, de frêles barcasses, de vedettes anciennes, de yachts et de bateaux taxis ; beaucoup mouillent à l'écart, à quelques mètres.

Là-bas, à tribord, quelques vestiges d'anciensremparts, un reliquat des 22 kms des protections passées.

 

 

 

Voici maintenant Yeniköy et ses célèbres yal?, charmantes demeures en bois dont les terrasses baignent dans le Bosphore. Ce sont parmi les mètres carrés les plus chers d'Istanbul, là où habite la jet set stambouliote. 3 miles et deux coudes plus loin, nous passons sous le pont appelé Pont du Bosphore.  Inauguré en 1973 pour le 50ème anniversaire de la République Turque, il lie les quartiers d'Ortaköy et de Beylerbeyi, porte d'entrée de la ville ottomane. Les nombreux monuments, palais, mosquées et autres sites ayant marqué l'histoire se succèdent. Bien qu'ayant réduit la vitesse, le film du Bosphore se déroule vite, trop vite et le temps manque pour tout voir, tout assimiler à en devenir même frustrant.

 

Nathalie, notre cicerone est chez elle, dans son élément ; elle virevolte sur le bateau, mitraille sur tous les bords, commente là un monument, une histoire, c'est l'encyclopédie vivante stambouliote, toute en gaieté, en humour et en passion. Pour s'en faire une idée, il suffit d'aller sur son site  http://www.dubretzelausimit.com

              

Nous pénétrons dans le cœur liquide de la ville, parlà même où elle respire. Nous en percevons les premières palpitations ; les caler sur les nôtres nous apporte une sorte d'étrange communion, un égrégore, un orgasme spirituel. Nous faisons corps, nous sommes hors de l'espace, hors du temps mais si intensément dedans.

                                                                        

Il y a partout à voir, à dévorer, mais s'arrêter se révèle impossible, trop risqué dans cet infernal défilé nautique qui prend parfois des allures de joutes. Les palpitations se font saccades pour le capitaine car la zone n'est que blanche écume. Nous approchons de la gare maritime, il nous faut franchir le rail de navigation, bouillon chaud de navettes intercontinentales. Le capitaine se concentre car la circulation est extrêmement prégnante, nous sommes l'intrus dans cette frénétique ruche marine où tout va, vient, vole, virevolte, ici, un vapur nous frôle, là, coup de barre car une vedette taxi nous rase et envoie une gerbe d'eau, les bateaux passagers assurent d'incessantes rotations et manoeuvres en deux temps trois mouvements, dépotent puis rempotent leur cargaison humaine et repartent communiquant à coups de corne de brume, de klaxons à piston ou de sirènes, se frayant un passage dans cette cacophonie nautique en mouvement perpétuel. Ainsi vit l'embarcadère, à l'emporte-pièce  comme orchestré par un capitaine ivre jouant une symphonie fantastique sur laquelle les bateaux tournoient dans une interminable danse de Saint Guy, du délire ! Cela devient fou, où suis-je ? Où vais-je ? Comment faire ? cela n'a plus de sens... pourtant, il faut nous sortir de cette invraisemblable tourbillon, ce chaos maritime.

Oui là, derrière ces deux paquebots, ces géants blancs des mers, nous pourrons poser nos esprits et trouver un peu de tranquillité, desérénité. Nous sommes entre Istanbul l'ancienne et Istanbul la jeune, près d'Istanbul Modern, anciens docks transformés en musée d'art contemporain.

                      

Malheureusement nous ne pouvons remonter le Haliç - la Corne d'Or - jusqu'à la maison de Pierre Loti car passer le pont de Galata nous est interdit. Nous virons babord au pied d'Eminönü et de la gare de Sirkeci, terminus de l'Orient-Express, ensuite barre à tribord pour contourner Sarayburnu - la pointe du sérail - et le parc de Gülhane. Nous arrivons à l'embouchure du Bosphore sur la mer de Marmara, au milieu, travaillant au trait d'union entre les deux continents, d'énormes barges posent d'impressionnants caissons en béton, tronçons du tunnel sous-marin qui doit ouvrir dans deux ans. Nous voici donc à l'embouchure de deux époques, de deux mondes avec chacun ses décors, la rive asiatique où s'active l'économie et le port de commerce et ses immenses portiques qui dépilent et empilent des containers, à tribord la rive européenne qui étale toute la magnificence culturelle turque, le quartier de Sultanahmet, le palais de Topkapi, les multiples dômes de Sainte-Sophie, l'emblématique mosquée bleue et ses 6 minarets. Tout est là, concentré d'histoire, carrefour des civilisations.

                        

La Mosquée bleue                                                                        Le Palais Topkapi           

Sur la rive, en contrebas, des mosquées se succèdent et s'étalent jardins verdoyants et plaines de jeux. Le week-end, ces espaces sont pris d'assaut par les stambouliotes qui viennent trouver calme, fraîcheur, s'y détendre, y retrouver les amis. Les enfants jouent, les hommes s'adonnent au thé, les femmes discutent, l'ambiance est familiale et festive autour des barbecues qui fument et enfument.

Pournous, c'est relâche, la tête a frisé la congestion cérébrale, c'est l'ère de la confusion, tant d'images fugitives, de sensations indéfinies. Impossible d'en extraire une quelconque impression, la digestion viendra plus tard, pour l'instant il faut gérer cette nouvelle mer, parce que s'ouvre à nous Marmara, avec la zone de mouillage pour l'impressionnante armada en attente de passage. Cela deviendrait presque un jeu s'il n'y avait pas toutes ses vedettes d'avitaillement, de gestion portuaire, sans compter les ferries... Au loin, on entrevoit la marina d'Ataköy, point final de cette mémorable journée.        

 

 


Publié à 20:51, le 22/12/2009, Istanbul
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Le Bosphore - Voie hautement stratégique.

Le Bosphore est une des voies maritimes les plus empruntées au monde et est proche de la saturation. L'importance du trafic, la sinuosité du tracé, les vents, les courants en rendent la navigation délicate. Quotidiennement ce sont 150 à 200 navires de commerce (sans parler des bâtiments de guerre) qui  l'empruntent pour desservir les ports de la Mer Noire qu'ils soient Bulgares, Roumains, Ukrainiens, Georgiens ou Turcs avec Burgas, Varna, Mangalia, Constanza, Nodvodari, Illichivsk, Sevastopol, Yuzhny, Odessa, Batumi, Poti, Sukhumi, Erdemir, Samsun, Trabzon...

 

Déclaré domaine maritime international, le Bosphore est libre de navigation mais pour des raisons de sécurité maritime, la Turquie a mis en place un centre de commandement avec des tours de contrôle et 7 radars qui gèrent les flux avec ordre de passage, contrôlent les vitesses et les intervalles. Les 60 000 navires qui l'empruntent annuellement ont la possibilité de faire appel à des pilotes confirmés, ceux-ci ne sont obligatoires que pour les cargaisons dangereuses tels que Méthaniers et Tankers, soit environ 10 000 bateaux. Malgré ce dispositif, Istanbul et ses 13 millions d'habitants ne sont pas à l'abri d'une catastrophe, il se produit tous les ans des accidents plus ou moins graves , tel celui survenu le surlendemain de notre passage où suite à une panne de gouvernail un cargo bulgare s'est invité, plus exactement s'est encastré dans la terrasse d'un célèbre Yati à quelques mètres de la somptueuse demeure. Le pire serait malheureusement un accident de supertanker ou de méthanier. Là on comprend mieux l'engouement de la Turquie à construire des oléoducs pour réduire le risque dans ce secteur urbanisé ultra sensible. Par précaution, elle vient d'interdire le passage des supertankers de plus de 150 000 tonnes et des navires sans double coque. Sa position charnière entre Asie centrale, Caucasse et Moyen-Orient la place au cœur des routes énergétiques mais aussi des risques maritimes.

                   

 

Dans l'attente 

Avec 150 millions de tonnes de brut qui transitent par ses deux détroits, la Turquie veut mettre en place un « fond d'intervention catastrophe » de 16 milliards d'Euro, ce fond serait alimenté par les géants du pétrole et les pays producteurs (Russie et Kasakhstan)... La catastrophe de la plate forme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique pourrait faciliter la mise en place de ce fond.... A toutes choses, malheurs est bon.

  

En plus de ce trafic maritime international, il faut ajouter les 150 bateaux locaux (navettes, ferries, bateaux taxis) qui font quotidiennement près d'un millier de traversées dans un incessant ballet digne des Derviches tourneurs. Ils vont et viennent pour permettre à un million de stambouliotes anatoliens de venir travailler sur la rive européenne. Là encore la mise en service en 2013 du Tunnel de Marmaray qui reliera les deux rives du Bosphore permettra un allégement du trafic transversal.

 

 


Publié à 20:45, le 22/12/2009,
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La Marina d’Ataköy.

 La Marina d’Ataköy (coté Europe) et son double, celle de Fenerbahce (côté Asie) sont impressionnants par leur taille, plus impressionnants encore par leurs tarifs, tout est ici dans la démesure. Aussi étant quant à nous très mesurés dans nos comptes, nous n’y resterons qu’un jour, préférant aller nous installer durablement à Bostanci sur la rive Asie de la Mer de Marmara, un port qui abrite un petit yacht club particulièrement accueillant et une grande gare maritime qui nous met à 15 minutes de la Corne d’Or et ce pour un prix modique. Aussi en profiterons nous pleinement d’Istanbul, et ce, à moindres frais.

 

Mais avant revenons à notre arrivée, en entrant dans la marina deux zodiac nous enserrent pour nous conduire à notre emplacement, par peur sans doute que nous nous perdions dans ce labyrinthe maritime, une fois Romar 1 amarré et enregistré, ce sont les retrouvailles, nos amis danois sont là sur un autre ponton et attendaient pour effectuer les démarches d’entrée en Turquie. Comme nous ne sommes pas avares, nous partagerons l’effort et l’aventure. Nous expédierons donc tous ensemble les formalités en une journée et demie,  exténuante mais oh combien riche en rebondissements…

 

 

 

Acte 1 : Obtenir la liasse administrative près de la Chambre de Commerce maritime située à Findikli. Nous avons droit à une entrée grandiose, le taxi entre dans la cour d’honneur, des grooms nous ouvrent les portes, des officiels nous saluent, nous serrent chaleureusement la main et nous passons en grande pompe sous une haie du personnel administratif, dans le grand hall nous découvrons qu’il y a eu confusion. Les autorités de la Cambre de Commerce attendent en fait une délégation de «La Rochelle» pour le Salon Nautique d’Istanbul… excuses confuses… et nous irons droit au bureau d’accueil qui nous fait les papiers illico non sans avoir laissé 55 euro par bateau. Munis de cette liasse de 50 feuillets nous pouvons entreprendre notre rallye stambouliote, un parcours de bureaux et d’attente qui exige courtoisie et patience.

 

 

 

 

Acte 2 : Service des douanes à Karaköy, autres lieux, autres personnes, un membre de la Chambre de Commerce a l’extrême gentillesse de nous accompagner, mal lui en a pris car il est pour le moins mal accueilli dans ce service, s’ensuit une discussion orageuse. Le capitaine refuse tout simplement de remplir le volet lui incombant, il veut que nous passions par un agent en douane moyennant finance, revenez plus tard, la discussion se poursuit avec pas moins de 6 interlocuteurs, enfin fatigué de nous voir squatter son bureau nous optenons du gradé nos coups de tampon, non sans verser quelques incompréhensibles oboles pour les bateaux qui dépassent plus de 10 T… ?

  

 

Acte 3 : Service des passeports à Zeytinburnu, nous traversons Istanbul, hélas le tuyau était percé, ce n’est pas le bon bureau, il nous faut refaire la traversée inverse, les nerfs craquent, on se fout de nous, la colère monte, un officier de police analyse la situation, il siffle un taxi, le réquisitionne, nous fait monter à cinq dedans, lui et son adjoint enfourchent leur moto, c’est donc à 6 dans un taxi, escortez par deux policiers qui ouvrent la route que nous traverserons Istanbul à tombeau ouvert, le voyage s’arrêtera devant le bureau attitré. Après explications de cet officier près du service compétent, en quelques minutes tout sera en règle. Dommage l’officier est reparti sans nous laisser sa carte, cela aurait pu servir…

 

 

 

Acte 4 : Bureau d’enregistrement des bateaux, 5 jeux de photocopies sont requis, notre taxi nous dépose devant une de ses connaissances qui nous les fait en express, il rentre passons au bureau ou tout est tamponnés, signé, paraphé.

 

 Acte 5 :  La journée s’avance mais il nous faut passer par la case Départ à Findikli pour faire valider la liasse, c’est bientôt l’heure de la fermeture, ce sera très juste mais finalement l’affaire est rapidement expédiée.

Et dire que certains bateaux étrangers paient des prestataires 300 à 500 euro pour effectuer ces démarches, ils perdent une occasion en or de voir de l’intérieur une administration formée à l’occidentale. Une bureaucratie impressionnante que l’informatique risque prochainement de bousculer…

 

Sur ce, un peu dépassés, les danois qui n’aiment pas les grandes métropoles quittent le lendemain la Marina pour se poser quelques jours dans un petit port à 20 miles au sud d’Istanbul. Nous ne les reverrons plus…

Quant à nous nous irons nous poser à Bostanci, nous pouvons à loisirs visiter Istanbul.


Publié à 20:31, le 22/12/2009,
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Istanbul la Magnifique

Istanbul, parler d'Istanbul, voilà un exercice bien difficile à réaliser, d'autant plus compliqué qu'Istanbul est une ville addictive, qui envahit vos pensées et inhibe vos facultés.  Par où commencer, il y a tant et tant à dire, tant et tant à décrire et puis, pourquoi écrire alors qu'il y a tout à vivre...intensément.

 

Mais avant de partir effleurer la ville, voici quelques propos liminaires à la façon du guide. Plaçons-nous à Karaköy, point de confluence du Haliç -la Corne d'Or -, près du pont de Galata, plus précisément aux docks, là où les paquebots accostent. 

      

                                                                                   La tour de Galata

Tournons-nous, je vous en prie, sur les fonds baptismaux d'Istanbul. Voyez devant vous cette colline baignant dans la mer de Marmara et surmontée de palais, de dômes et de minarets, c'est le vieux cœur d'Istanbul. Ce quartier possède les monuments les plus emblématiques, il détient la quintessence historique de la ville. Mais cette colline sacrée contient en son seing les premiers signes de la vie d'ici, la souche mère est enfouie à Yenikap?. De récentes fouilles ont mis au jour des vestiges néolithiques (tombes, urnes, outils, armes,...) confirmant ainsi une implantation humaine il y a plus de 8000 ans, soit l'équivalent de 300 générations. Laissons aux archéologues le soin de remonter le temps en creusant, tant il y a encore à apprendre.

                          

Aussi allons nous faire un saut dans l'histoire pour maintenant côtoyer Byzantion car tel fut le premier nom donné à la vénérable capitale de la Thrace antique. Byzance tient avec une succession de périodes fastes et de déclin 500 ans et le 11 mai 330  elle passera du joug grec aujoug romain et devient Constantinopolis. S'ouvre alors une nouvelle ère de prospérité. Elle portera ce nom impérial durant 1600 ans jusqu'au 28 mars 1930où la République la baptisera Istanbul, une déformation du terme «eis tênpolin» (à la ville), les dénominations sont parfois d'un simplicisme.

 

 

 

Quand j'évoque les fonds baptismaux, je parle bien sûr du Bosphore dont l'étymologie signifie « gué des vaches ». Oui, car du Bosphore, Istanbul lui doit tout, son implantation, son organisation spatiale, son développement économique, son expansion démographique, sa vitalité touristique ; plus clairement, Istanbul puise par ses racines toute son énergie des eaux du Bosphore. Au-delà du formidable rôle symbolique qui transforme un vide en trait d'union, un trait qui à la fois tient et retient deux continents, une interface entre deux mondes. Le Bosphore joue un rôle singulier, central, fédérateur comme nul autre ailleurs, ce qui lui confère une indéniable fonction mécanique et sociale. Régulateur, catalyseur, condensateur d'Istanbul, sans lui la ville n'est rien.

 

 La Corne d'Or et le Pont de Galata à gauche

Commençons notre visite par le centre névralgique de la capitale culturelle et économique turque, son point G, là où se concentrent tous les grands événements, les grandes manifestations, les grandes cérémonies : la place de Taksim (place du réservoir) dans l'arrondissement de  Beyo?lu. Est-ce par symbolisme ou par conjuration que cette emblématique place est implantée sur une ancienne caserne ? Bien sûr, au centre, Atatürk, père fondateur de la Turquie moderne,bronze en marche, harangue le peuple. Comme un prolongement naturel, une voie à suivre, d'ici partent les avenues d'Istiklal et de Cumhuriyet (avenues del'Indépendance et de la République)...

 

 

Mais la place n'est pas qu'un concentré d'histoire récente, elle concentre aussi le présent. Ici convergent tous les flux de mouvement, tous les modes de transport et ce n'est pas un vain mot tant la circulation est à l'image de la ville, exponentielle, avec ses embouteillages dantesques. L'automobile est omniprésente mais exige patience et dextérité car la conduite dépasse souvent l'entendement. Au milieu de ce fourbi de tôle, vous ne pouvez le louper il y a le taxi, jaune et qui fait partie du paysage. Si son tarif s'est stabilisé depuis que la municipalitéa mis de l'ordre dans les plaques et licences, il reste quand même, selon la course, à négocier...

 

  

 

Par contre, en matière de transports collectifs, Istanbul n'a rien à envier aux capitales occidentales et peut donner des leçons à bien des métropoles tant elle offre un choix de modes, avec fréquence et qualité, ce pour un coût modique ; pas de portillon, pas de ticket, tout se fait sans arrêt par badge magnétique et ne génère pas de resquille. Dotée de deux lignes de métro et de lignes de tramway high-tech, la ville dispose aussi d'une vaste desserte de bus et de métrobus (busway), des funiculaires très modernes et les inénarrables dolmu?, ces taxis collectifs dont rêve New-York, qui drainent tous les quartiers de laville pour un coût modeste. Rares sont les deux roues, l'inconscience a ses limites ! Abandonnons voulez-vous ce vacarme et de là, laissons guider nos pas par l'instinct et perdons-nous dans cette fourmilière urbaine chargée de contrastes et de contradictions.

 

Prenons tout d'abord l'avenue Istiklal, une grande rue piétonne que traverse un tramway des années 1900. Pénétrons dans ses rues latérales, nous voici dans des rues à l'urbanisme hétéroclite, bâtiments bois, des immeubles XIXème et début XXème Art Nouveau ou Art Déco, brassage de styles et d'époques qui se respectent et s'harmonisent. Dans ce quartier piétonnier, les commerces orientaux et occidentaux se succèdent, boutiques de sapes haut et bas de gamme, librairies anciennes et contemporaines, bouquinistes, antiquaires, apothicaires, plus bas à Tünel et vers Karaköy, magasins d'instruments de musique, boutiques de téléphonie ou d'hifi, ...

 

La jeunesse y déambule joyeuse, ici comme ailleurs exubérante ; faut-il rappeler que l'âge médian turc est très jeune, 28 ans ? Jeunes filles voilées, pantalon moulant, tennis de marque, portable greffé, homme-sandwich, marchand de bibelots, de petits riens, ambulant poussant sa  vitrine roulante rouge pleine de petits pains en anneau doré, le fameux simit au sésame... Plus bas, nous arrivons dans ces rues aux commerces plus petits, plus rares, royaume de la débrouille, où les récupérateurs, comme partout, arrachent papier, carton, ou canettes d'alu aux containers poubelles avant que les légions de chats, un temps écartés, ne reprennent possession de leur empire mille fois fouillé. Une charrette tirée par une mule remonte une rue escarpée, un panier au bout d'une corde se joue du linge à sécher, un rémouleur arthrosé traîne sa chignole et son banc à aiguiser, un triporteur pétaradant vend par  haut-parleur sa pyramide de pastèques, les marchands ambulants s'activent pour proposer moules farcies, maïs bouilli, ballons, babioles et autres pacotilles. Ici, peu de mendiants, mille petits services, mille petits boulots qui font office de petits bonheurs, ces petits riens qui, mis bout à bout, font vivre une population déshéritée, souffreteuse, brinquebalée, handicapée, appareillée, véhiculée, mais toujours digne. Istanbul c'est aussi tout cela, un incommensurable patchwork de vies !

 

Plus bas après avoir pris d'innombrables escaliers cassés, parfois désappareillés, longé des fondations béantes d'où sortiront des tours de verre et béton puis emprunté pour nous reposer le funiculaire ultramoderne, nous atteignons Kabata? et les rives du Bosphore. La promenade arborée baigne dans une torpeur de fin d'après-midi printanière. Un peu plus loin, entre Tophane et Findikli, elle est truffée de bars aux sofas fluo pour jeunes branchés, de cosys bars à narguilés pour adeptes de fumettes, et des immanquables jardins à thé très prisés des promeneurs solitaires en quête de tranquillité. Vague, devant, sur le rivage mélancolique, la population, cherche la fraîcheur, s'adonne à la sieste, à la pêche, à l'échange, à lalecture... Nous dégustons les çay sucrés, tout en douceur, en volupté, par lippées et petites gorgées. A quelques mètres ,le Bosphore scintille en autant de clins d'œil et continue à nous charmer, à nous subjuguer.

 

Nous déambulons sans but, au gré des humeurs, nous nous laissons guider par l'instinct de Nathalie, notre cicérone qui a sa petite idée en tête, nous voilà revenus sur nos pas, près des docks qui abritent à présent un musée d'art contemporain. Nous voici à présent sur le pont de Galata reliant deux époques Eminönü (Constantinople) et Karaköy (ville moderne) un pont qu'avaient imaginé en leur temps Léonard de Vinci et Michel-Ange, des œuvres qui ne resteront qu'à l'état de projet, qu'iconographie. Ce nouveau pont n'a pas 20 ans, il bascule en son centre et il est doté de deux niveaux, la voie supérieure pour le transport, l'étage inférieur «habité» par une galerie marchande, bars, restaurants, boutiques, étals, attractions en tous genres. Là-haut sur le trottoir, les pêcheurs s'activent ; ils assurent le spectacle en lançant leur ligne dans d'étranges arabesques pour envoyer au loin leur amorce armée, d'autres envoient en l'air quelques produits de leur pêche et dans d'impressionnants vols acrobatiques suivis de joutes aériennes sans merci, les goélands attrapent leur pitance.

 

A l'autre bout, nous nous arrêtons pour dîner dans une guinguette située juste après le marché aux poissons de Karaköy, les bateaux sont là et déchargent leur pêche... Le poisson ne peut être plus frais, tout est grillé et c'est dans un nuage de fumée permanente et sur fond de discussions, de rires et de musiques que le muezzin d'une mosquée voisine lance de sa voix plaintive et lancinante l'appel à la prière du couchant mais rien n'y fait. La musique mise en sourdine, nenni,la coutume se perd à Istanbul, les jeunes sont plus attachés qu'hier à un état laïc, ils se tournent plus volontiers vers l'orgasmique tintamarre occidental que vers les reliquats islamiques de l'empire ottoman... Non seulement le muezzin insiste mais il fait des émules et maintenant nous parviennent de toutes parts des cantilènes incantatoires qui migrent de minarets à minarets, les échos tournoient et se perdent dans le ciel comme les mouettes qui n'en ont rien à faire.

 

 

 

 

La chaleur de la nuit a été éprouvante (...) et ce matin, les rides du ciel s'étirent lentement. Le tramway nous porte vers Eminönü, nous partons sur les traces de «Constantinople». Nous voici au seing du seing, sur la colline originelle de Sultanahmet. Au plus près des cieux s'étale Topkap?, méditent Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue prosternée entre ses 6 lumineux minarets. Les visites sont émouvantes, chaque lieu dégage sa magie, sa spiritualité.

 

Le Palais de Topkap?, la résidence des sultans Ottomans expose ses trésors et les richesses de sa gloire d'antan. Dans le marbre, on soupçonne le raffinement de la vie du harem, lieu d'inspiration mais aussi des intrigues  et des conspirations passées.

Sainte-Sophie, l'ancienne basilique devenue mosquée puis musée, avec ses coupoles flamboyante set ses lustres orientaux, s'impose dans l'architecture religieuse byzantine et porte une part de mystère, est-ce vraiment celui de la foi ?

 

La Mosquée Bleue a été construite sur ordre du Sultan Ahmet Ier, au XVIIe siècle ; l'intérieur recouvert de faïences bleues d'Iznik est de toute beauté et le lieu invite au respect, au silence et au recueillement.

 

 

   

 

Visite du Grand Bazar, le temple du commerce. Ce capharnaüm, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est point, loin s'en faut, un lieu d'anomie, tout y est, au contraire, savamment organisé. Il est à l'image d'Istanbul,  impressionnant!

  

18 portes, 30 hectares d'allées voûtées, de ruelles labyrinthiques desservant une trentaine d'anciens caravansérails et plus de 4000 échoppes installées par spécialités, tissage, teinture, cuir, cuivre, bijoux, orfèvrerie, pierres, épices, etc ... Son bouillonnement relève du mouvement perpétuel, les marchandises arrivent et repartent débordant de toutes parts. Lieu de passage, lieu de brassage, les produits sont achetés, vendus, revendus, déconditionnés, travaillés, transformés. C'est un creuset d'alchimiste dont l'amalgame est constitué de tous les métiers et de toutes les matières de la planète. Mais ne nous méprenons pas, le grand Bazar remplit de multiples fonctions, ses flux sont indicateurs de la bonne santé économique du pays. C'est un peu le CAC 40 de terrain...

 

En fait, ce gigantesque orgue sensoriel dispose d'un nombre incroyable de claviers, toutes les gammes d'Istanbul sont ici représentées et la palette chromatique y est enivrante, envoûtante et parfois un brin fatigante.

 

Attention, là, chaussé de babouches, un porteur,échiné, courbé, cassé, achemine une masse indivisible disproportionnée qui écrase son demi gabarit. Le ballot dégueule de partout, le vieux débardeur avance lentement à coup d'avertissements, d'injonctions, il avance et fend la foule qui s'ouvre devant lui, tel Moïse.

Nous arrivons dans le quartier des cuirs, les échoppes regorgent chacune de surstocks, sacs, chaussures, ceintures, vêtements. La mixité des styles défie les frontières, il y en a pour tous les goûts, pour toutes les bourses, pour qui sait marchander. L'odeur est là plus prégnante, de fortes notes tanniques et ambrées, musc, hyraceum, cire d'abeille, gris havane,humus, faisandées... et bien d'autres d'animalités non identifiées.

 

Nous avançons vers le han - caravansérail - des orfèvres, en haut les ateliers des fondeurs, mouleurs, étameurs, polisseurs, doreurs, argenteurs, presque tous sont arméniens. En bas dans les boutiques,les pièces, des œuvres d'art, sont vendues au poids et coûtent bien moins cher que chez un détaillant.

 

Nathalie interpelle nombre de marchands, combien d'articles de presse ou de photos a-t-elle fait sur eux, leur métier, leur famille, leur région d'origine, tout, elle sait tout, elle a arpenté chaque mètre de ce lieu et en connaît tous les secrets, d'ailleurs elle nous dévoile l'un d'entre eux, seul connu des initiés, les toits d'un caravansérail tout proche les toits du Büyük Valide Han. L'accès est délicat mais là-haut c'est l'extase, du pur bonheur. Debout, devant nous, s'élancent les minarets de la mosquée bleue, derrière les îles des Princes se dispersent sur la mer de Marmara et paraissent à portée de main. A gauche, Topkap? comme jamais observé, une vue imprenable sur le Bosphore dans lequel miroite la rive asiatique, et puis à nos pied, la Corne d'Or. Tout autour émergent des centaines et des centaines de minarets, dômes et palais, un foisonnement architectural d'un éblouissant et inégalable passé. Anesthésier, ébahis par cette ville hétéroclite qui se  déploie, tel un oiseau aux couleurs d'Orient et se mire dans les eaux fortes du Bosphore, nous dégustons près d'une heure ce paysage enchanteur.

Notre excursion passe au retour par l'autre bazar situé près de Yeni Cami, le bazar égyptien qui possède une dominante alimentaire, ses registres jouent une ode aux couleurs et aux odeurs. Ici domine l'empire des sens,  l'empire d'Orient, un Orient exclusif, un Orient excessif pourqui n'est pas d'ici, les odeurs sucrées, miellées, vanillées, fleur d'oranger et autres fruitées.

 

Ainsi s'étalent pétales, feuilles, graines, fruits, poudres, en coupelles multicolores posées tel un nuancier ou dans des sacs ouverts aux bords roulés, henné, santal, pistaches, antimoine, dattes, cannelle, benjoin, arachide, mastic, ambre gris, gingembre, noix de muscade...c'est vraiment un monde sensoriel dans toutes ses variétés, il faut s'y promener, marcher nez au vent... humer...

 

Doucement, nous remontons vers Beyo?lu en passant par Galata et nous retrouvons au centre des animations culturelles avec théâtres, cinémas, galeries, cafés, musées, restaurants mais aussi un des centres religieux avec églises latines, orthodoxes, grecques, arméniennes, russes, mosquées mauresques, synagogues, qui sont autant de témoignages de l'ouverture d'esprit des Ottomans. Indéniablementen Europe, nulle ville, nul quartier n'est plus riche qu'Istanbul, à l'image du Bosphore, à la fois ouverte sur le monde et attachée à sa propre identité. Tout ce qui fait sa force, sa grandeur, sa splendeur.

Après cette journée de folie, une pause est nécessaire pour que l'esprit troublé retrouve un peu de sérénité. Nous allons dîner en terrasse, mais que prendre devant cette carte aux noms exotiques pour ne pas dire ésotériques pour les quidams que nous sommes, Kadin budu köfte (boulettes d'agneau), tur?u (légumes en saumure), patl?can (aubergines tranchées frites), past?rma (viande séchée salée), börek (friand farci), karn?yar?k (aubergine farcie à l'agneau), p?lak? (haricots blancs à l'huile). Là encore, Nathalie, bienveillante nous guidera dans ce dédale de plats et traduira en 3 langues la carte des délices d'icibas.

Après une dernière rasade de rak?, nous prenons congé et allons prendre le pouls des nuits d'Istanbul. Nous déambulons dans cette ville-monde, enfants innocents, sans cesse émerveillés, sens grand ouverts, yeux écarquillés, une fois encore notre palette sensorielle est en éveil. Dans les rues frénétiques et bouillonnantes flottent des odeurs de poissons et de mouton grillés, de kebap, de thé et de café, d'olives et de rak?, de pistaches, d'épices et d'encens dispersés... géant melting pot des flagrances d'orient. Décibels de rock et pop mêlés, tempo jazz et de blues éthéré, fas?l joué par un groupe rom,  mélodies de saz et de clarinette, rythmes de darbuka et de tef, cris d'enfants et rires mêlés, mosaïques de sons et de musiques enchevêtrées débordent bruyamment, des cavernes de jeunes en fête, des terrasses de gens huppés, des restaurants bondés et des bars branchés...

 

Istanbul est bien une ville de paradoxes, de dualités. C'est une ville sexuée où se mêlent une masculinité exacerbée et une authentique féminité. Oui car il y a quelque chose de féminin dans cette cité. Istanbul est indéniablement une femme. Une femme délicieusement contrastée au corps souple et ferme, à l'esprit vif et énergique, simple et subtile, dotée d'un regard doux et lumineux qui tourne parfois le soir à la mélancolie, une femme à qui tout va, elle peut avoir une élégance à la fois orientale et occidentale, jamais sophistiquée toujours raffinée, cachant mal ce zeste de frivolité qui lui sied si bien. Aux rythmes des mélopées et des mélodies, elle s'exprime volontiers dans les danses orientales qui la font tourner, virevolter et tourner encore, elle donne, s'adonne, s'abandonne jusqu'au bout de la nuit à en donner le tournis. Mais à l'occasion, elle sait s'enflammer et là elle est pétillante, exubérante, turbulente. Et quand arrive le petit matin, que s'éveillent ville et Bosphore, elle retrouve cette divine sensualité qu'elle seule sait porter.

Respectée, admirée, désirée, convoitée, mythifiée, parfois battue, abattue, ravagée, brûlée, souvent assiégée, Istanbul est toujours là, grande, immensément grande, splendide et merveilleuse, debout face à l'Orient, debout face à l'Occident, relais entre les peuples, qu'ils soient juifs musulmans, chrétiens ou non-croyants, Istanbul les rassemble.

 

Mégapole grandiose et surpeuplée placée au carrefour des civilisations, Istanbul est une capitale de culture, d'art et d'histoire, une ville d'asile et d'accueil pour des gens de toutes races et de toutes religions, ce qui fait d'elle une ville cosmopolite, ville de transit mais aussi caravansérail de l'immigration clandestine. Istanbul n'est ni la terre promise ni le jardin d'Eden, c'est une ville en pleine mutation qui a un pied sur deux continents, un grand écart pas facile à tenir en ces temps d'incertitudes politiques, économiques et sociales.

Pourra-t-elle, à la fois,  continuer sa modernité, sauvegarder ses cultures en respectant son passé ? Istanbul sait créer d'étonnantes synergies et c'est au pays de relever le pari. Quoiqu'il en soit, le destin d'Istanbul est inséparable des deux continents qui la composent. Si la volonté est d'intégrer la Communauté Européenne, le premier travail à accomplir est de sortir les mauvais esprits de ses voisins de leur gangue d'à prioris malsains pour avancer sur un chemin commun, mais pour cela, il faut que les Turcs l'instillent aussi dans leur champs politique.

Croyons en l'avenir, ne sommes-nous pas en Turquie, le pays de tous les possibles ? Et puis qu'importe, Istanbul, immortelle suivra sa route et survivra... même à la vieille Europe.

 

« Si la Terre était une nation, Istanbul en serait la capitale.» Napoléon Bonaparte.


Publié à 09:55, le 22/12/2009,
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Vers le Bosphore

Mai 2009

Nous retrouvons la petite cité balnéaire d'Eforié,située à quelques encablures de Constanza au Sud-Est de la Roumanie. La marina a été implantée au centre d'une longue plage de sable fin : le « AnaYacht Club » juste en dessous du « Ana Hôtel », une luxueuse résidence de balnéothérapie dont le propriétaire est passionné de voile, ceci explique cela. Le bassin du port est vide, les bateaux sont tous à sec sur l'aire d'hivernage. Face à la mer, au milieu de  cette forêt de mâts telle une compagnie de lanciers prête à se lancer dans la bataille, Romar 1 patiente sagement, posé sur ses madriers, il attend. Le moment est émouvant, indéniablement il nous a manqué et unec ertaine réciprocité semble perceptible. Nous montons à bord, il est tel que nous l'avions laissé, l'hiver ne semble pas avoir eu de prise sur lui, seuls qq bourgeons de rouille à l'extérieur ont pointés les jours de notre séparation, l'intérieur est extraordinairement sec. Nous déchargeons notre barda, remplissons la réserve d'eau, rebranchons l'électricité, il retrouve un peu d'énergie et reprend progressivement vie.

La Marina ne mettant jamais les bateaux à l'eau avant la mi-Mai, nous resterons qq jours à bord pour le nettoyer, y installer du  nouveau matériel de navigation, de nouveaux accessoires. Comme nous avons le temps nous poussons une excursion dans le Delta du Danube puis au pied des Carpates.

Au retour de notre semaine d'escapade, les danois sontlà et déjà à l'œuvre sur leurs bateaux, Willie a du pain sur la planche car une pièce lui a été subtilisée durant l'hiver et il ne peut remettre l'arbre d'hélice rectifié... pour corser le tout il ne trouve personne pour la réaliser sur place, elle sera donc faite au Danemark.

Le lendemain, à leur tour nos amis hollandais arrivent par le bus Hanovre-Constanza. Ils ont + de 100 kgs de bagages, les retrouvailles sont pour le moins festives.

Bon, fini l'hiver, il faut se mettre au travail, ponçage, antifouling, peinture, petites réparations diverses, dans la marina, les entreprises et les équipages s'activent, le grand jour approche... mais ce grand jour se fait attendre car le port est ensablé et il est impossible de mettre les bateaux à l'eau. Le constat est quelque peu tardif. S'ensuit alors une véritable débauche de moyens, un remorqueur usé amène une barge flottante tout aussi rouillée soutenant une énorme grue mille fois réformée, mille fois referraillée, mille fois ressoudée, indéniablement le matériel a de l'ancienneté. Amarrée dans l'entrée du port, son immense godet extirpe du bassin un sable liquéfié qu'elle dégueule sur le remblai, le tas prend au fil des heures des allures de dunes, l'aire de stockage s'avère vite insuffisante tant le volume est important. L'organisation est chaotique tant la chaîne de commandement est longue, que faire du sable, le lendemain arrive une grosse péniche maritime à coque ouvrante, le chantier est improvisé, au premier chargement, la péniche ne peut plus bouger, elle repose au fond, et doit remettre à l'eau la moitié de sa cargaison. S'ensuit sur plusieurs jours un lancinant et aléatoire va et vient. Comme le sable est déchargé à 200 m de l'entrée...pour sûr, l'an prochain le problème se reposera... mais nous serons loin.

 

                        

                              Draguage du port                                    Romar 1 retrouve son élément

La saison s'annonce. Sur tous les fronts s'activent des groupes de travailleurs. Tout d'abord, les plages qui au cours de l'hiveront pris des allures de décharge, plusieurs dizaines de personnes avancent en rangs serrés et enfournent les détritus dans d'immenses sacs poubelle, plusieurs jours leur seront nécessaires pour expurger des sables ses multiples déchets, la horde humaine partie sur d'autres lieux, un tracteur passe et repasse pour affiner et surfacer les futures plages sur lesquelles s'aligneront bientôt parasols en paille et chaises longues multicolores. Au delà, les chantiers sont fébriles, partout on construit, restaure, raboute, agrandit, repeint, des cabanons de planches voient le jour, de nouvelles terrasses s'installent, de futurs restaurants ou boutiques s'équipent, là aussi le mode opératoire est stupéfiant : une invraisemblable débauche de personnes, chaque chantier emploie un nombre inimaginable de travailleurs... Plus haut la ville est aussi en effervescence, en quelques jours elle retrouve de la couleur, le process est tout aussi impressionnant, les binômes de peintres munis de balais et de seaux peignent des kilomètres de bordures de trottoirs, chaque équipier à sa couleur, blanc ou jaune, quid d'un nettoyage initial du caniveau ou d'un ponçage, on ne fait pas dans la finesse, tout y passe, routes et trottoirs, mobilier urbain,tout a droit à de larges débordements, à des coulées de peinture, les poteaux d'éclairage et de signalisation subissent le même sort, jusqu'à hauteur du manche, l'au delà est inaccessible et restera dans sa gangue de rouille...

Ce matin, une grue gémissante, suintante, ruisselante et puant l'huile hydraulique est arrivée dans la marina en traversant plages et gargotes. L'écurie du big boss ne saurait attendre davantage et est mise illico à l'eau. C'est à notre tour, un à un dans un étrange ballet aérien où rien n'est millimétré mais tient plutôt de l'arraché, les bateaux prennent en l'air d'étranges et inconfortables positions que nous préférons ne pas regarder. S'il n'y a pas eu de casse, il y a eu quelques belles frayeurs et de gros frissons.

Maintenant à l'eau nous attendons une fenêtre météo pour partir, aux dires des responsables du port, nous sommes visiblement un peu trop optimistes, partir au mois de Mai leur paraît un peu prématuré. Qu'importe nous attendrons le temps qu'il faut...

Mais l'attente est compensé par différents spectacles, le premier d'entre eux est celui que nous offre le Directeur, le « Big Boss » Général du Ana Hôtel. Autour de sa flottille, devant caméras de télévisions et nuée de journalistes il se livre à un véritable numéro de séduction. Pas très grand, un visage de cire et toujours doté d'un large sourire ravageur, il a tout de « Berlusconi », même style, même discours de bonimenteur. Tout d'abord habillé d'une combinaison de chantier rouge avec logo Ana,  il présente sa marina, évoque au passage nos pavillons pour montrer la dimension internationale du port, le voilà sous la coque d'un de ses bateaux, tenant un rouleau à peinture préalablement enduit d'antifouling il donne quelques coups de rouleau, les caméras gourmandes filment... enregistrent... il demande une pose, il s'éloigne et revient vêtu d'un sweat avec écusson, d'un pantalon sport et de chaussure bateaux, le skipper peut dorénavant parader sous les objectifs à bord de son plus gros voilier et il s'y entend le bougre... et il en ajoute et en rajoute, tout le monde prend goût au bagout... même nous. Nous apprendrons plus tard quele soir après son One Man show il a proposé à l'ensemble du personnel unepartie de football sur la plage, le personnel en est encore tout retourné, jouer au foot avec le Big Boss... cela vaut tout l'or du monde...Il s'agit en fait de Georges Copos, Homme d'affaires et ancien ministre, propritétaire du Club de Football le Rapid de Bucarest. Il vient de lancer l'édification de la pus haute tour de Bucarest pour y installer ses bureaux.

A la tombée de la nuit un petit yacht bulgare fortement motorisé accoste près de Romar1. Il est là pour faire le plein de carburant, on compte en milliers de litres bien sûr, mais aussi en centaines de bières et de tous liquides consommables. Tard dans la nuit un puissant halo sous-marin éclaire sa coque accompagnée d'une « musique » que les décibels rendent inaudible, c'est d'un effet ! deux hommes membrés comme des bodyguards, nourris de bières, d'alcools et de fumée s'exhibent sans retenue, ils portent fièrement tatouages et bijoux. Pour rester dans la démesure, le  lendemain matin, un hélicoptère dépose sur la pelouse un équipage complétif. Maintenant toute la caste est à bord. Tout en eux respire le « customisé », l'ostentatoire, le « lourdingue ». Si, lors de notre descente danubienne il nous a été donné d'apercevoir çà et là quelques personnages aussi patibulaires, nous n'y avions pas prêtés attention mais là, tout prés nous, les ignorer nous esti mpossible tant ils envahissent la marina, ce sont des  « Moutri» bulgares.

 

Profil Type du Moutri 

Mais qui sont-ils ? Les « Moutri » ou« gueules de bandits » sont souvent issues des services secrets ou des apparatchiks de l'ancien régime.

L'écrivain Vladimir Levtchev dresse un portrait acide de cette nouvelle couche sociale aussi ignorante que flambeuse. Voici un extrait paru dans le « Courrier des Balkans », une excellente revue, ceci dit en passant.

« Après les bouleversements de 1989, une nouvelle culture s'est imposée en Bulgarie. Elle est révélatrice des goûts d'une couche sociale, les « moutri » ou « gueules de bandits » , des nouveaux riches, ex-sportifs reconvertis dans le crime organisé, liés aux anciens services  secrets et aux milieux politiques. Ils ont une préférence prononcée pour les grosses voitures et les villas de luxe. Ils apprécient un style particulier de musique, la tchalga, chansons langoureuses et lascives, exécutées par de provocantes beautés.

Est-ce que l'on peut acquérir une culture et du goût grâce à l'imitation ?

Les théoriciens du « proletkult » et du réalisme socialiste incitaient les classes supérieures et les intellectuels à faire l'apprentissage de l'esthétique auprès des ouvriers et des paysans. Mais les choses ne se déroulent-elles pas autrement dans l'histoire ? Le réalisme socialiste n'est-il pas une mauvaise imitation du réalisme du XIXe siècle ? Ainsi par exemple, le mémorial de la reine Victoria devant le palais de Buckingham est flanqué de deux statues représentant une femme avec une serpe et un homme avec un marteau. Elles incarnent l'agriculture et l'industrie, et ressemblent à s'y méprendre à la très célèbre statue « Ouvrier et kolkhozienne» de Moukhina, créée en 1937 en URSS. 

Généralement en Europe, c'étaient les classes inférieures qui s'imprégnaient de la culture et du mode de vie des classes supérieures et les adoptaient : le bourgeois voulait vivre comme le noble ; l'ouvrier, comme le bourgeois ; le paysan, comme le citadin, ce qui a influencé le style de vie et plus généralement la culture.

Que pouvons-nous dire à propos de la situation culturelle en Bulgarie ? La société bulgare est par principe une société égalitaire et patriarcale (pré-moderne). Nous n'avons pas d'aristocratie depuis le XIVe siècle, mais nous avons conservé de fortes traditions patriarcales.

Au temps du régime communiste, notre « élite », notre « aristocratie » était animée conjointement par l'esprit du Parti et celui de la milice. À cette époque, il était à la mode d'être issu d'une famille paysanne pauvre et, encore plus prisé, d'avoir un père maquisard à moitié analphabète. Les enfants des maquisards à moitié analphabètes de la génération de Todor Jivkov sont devenus la nouvelle élite de notre société, l'objet des potins des années 1970 et 1980. Ils aimaient la Russie soviétique, mais ils roulaient en même temps en Mazda, en BMW ou en Mercedes (selon leur rang), alors que les Bulgares roulaient en Trabant ou en Moskvitch, mais le plus souvent en transport en commun. Ils aimaient le folklore bulgare et les chansons russes (du moins en public), mais ils préféraient en même temps le rock 'n' roll. Leur culture était un hybride d'Est et d'Ouest, de mentalité paysanne et d'esprit citadin, de traditions patriarcales et d'aspirations à la modernité. Beaucoup d'entre eux étaient formés dans les universités soviétiques.

Cette couche sociale a gonflé au début des années 1990, quand les agents de la Sécurité d'État ont surgi comme des cafards de leur repère, et se sont mis à étaler leur argent au grand jour, à s'offrir des voitures occidentales et à bâtir des datchas semblables à celles des fils et des filles des membres du politburo. S'y sont ajoutés nombre d'ex-sportifs, eux aussi galonnés, et la mode s'est répandue d'équiper les voitures de plaques minéralogiques « à la milicienne », comme une sorte de signe d'appartenance à une caste, valable encore aujourd'hui.

Finie la Russie, le nouvel eldorado ce sont les États-Unis

Les nouveaux riches se sont mis à partir non plus en Russie mais aux États-Unis, pays qu'ils méprisent par ailleurs, mais qu'ils préfèrent de loin pour y dépenser une masse d'argent blanchi et placé à l'abri sur des comptes bancaires à l'étranger. Ce sont les mêmes qui reviennent en Bulgarie ces temps-ci. Bref, la culture « moutresque » de la tchalga d'aujourd'hui est la variante populaire, popularisée, de l'ex-culture «supérieure » qui traduisait l'esprit clanique du parti et de la milice dans les dernières décennies du régime communiste.

C'est là que réside la racine « de classe » des «moutri », qui se sont multipliés au début des années 1990. Liés génétiquementet littéralement à la milice du régime communiste, ils écoutaient la tchalga «du peuple », mais portaient des survêtements et se paraient de grosses chaînes en or à la manière des gangsters des quartiers noirs aux Etats-Unis, tout encollaborant en même temps avec la mafia russe.

C'est bien triste, mais il y a peut-être un peu de lumière au bout du tunnel. Les enfants des « moutri » font des études dans les universités occidentales. Certains arriveront probablement à s'imprégner d'une autre culture et reviendront en Bulgarie en tant qu'amateurs d'une autre musique que la tchalga, et pourquoi pas de Joyce et de Flaubert... ».

 

 

Vendredi15 Mai

Eforié à Mangalia (Ro)

Départ Eforié pour Mangalia, pour cette première sortie, pour cette mise en bouche,cela s'annonce plutôt agréable, la houle et la brume sont légères... Mais,c'était ignorer la Mer Noire et son caractère imprévisible, rapidement nous nous retrouvons enveloppés dans une mélasse, prisonniers des brumes, la visibilité tombe à 200 m. Nous tenons les 105 cv de Romar1 à petit régime car la navigation doit se faire aux instruments, comme j'ai un souci avec les miens, le logiciel refuse de se lancer, je suis, sans le perdre de vue le catamaran CO2. La route se fait tout de suite plus longue mais quand, enfin arrive Mangalia, la brume se dissipe. La marina est toute neuve et dotée de nombreux pontons vides de bateau. Un jeune douanier nous attend pour une inspection des papiers, tampons, signature, et posez ses traditionnelles questions : avez-vous des clandestins, des armes, des bombes ou explosifs, question à laquelle Koss répondra : Oui, ma femme ? surpris le douanier ne cherche pas à comprendre tant l'hilarité est générale sur le ponton, c'est bon, nous sommes en règle.

 

Mangalia : bien que noyée au milieu de nombreux bâtiments sans véritable caractère, la ville a sauvegardé de nombreux vestiges grecs et romains. Initialement lancée par Caucescu en quête d'une identité suprême pouvant le servir, la recherche archéologique est sans conteste un point fort de la Roumanie, en de nombreux lieux, des chantiers de fouille sont ouverts, parfois abandonnés faute de moyens, mais nous ressentons très fort ce besoin de fouiller dans l'histoire antique, peut-être pour exorciser un passé récent, se refaire une identité après ses années de plomb.

 

En fin d'après-midi nous vivrons un phénomène météorologique assez curieux, presque angoissant, en deux minutes nous gagnons près de 10 degrés, une vague de chaleur inexplicable s'est abattue sur la ville et est repartie aussi vite qu'elle est apparue.

 

Samedi16 Mai (8h de navigation)

Mangalia(Ro) à Balchick (Bg)

La mer est un peu plus forte, nous affrontons une houle croisée sérieuse, malgré l'inconfort nous atteignons en milieu d'après-midi Balchick. Ma VHF crache je ne sais quoi, coup de sifflet dans le port, gestes de part et d'autre de la jetée, manifestement quelque chose ne convient pas... et pour cause... j'ai oublié d'accoster au quai des douaniers... c'est vrai nous sommes maintenant en Bulgarie...erreur vite réparée... papiers, tampons, tutti quanti. Après ces formalités, nous irons nous poser là où le vieux gardien l'exige, il grogne, 4 bateaux à placer en même temps, c'en est trop pour lui qui veut tout superviser.

Située à 48 km au nord de Varna et 36 km au sud de Dobritch, s'appuyant sur de hautes collines blanches Baltchik fut fondée il y a  26 siècles par des colons grecs. Son premier nom est Krouni, en rapport avec les nombreux sources karstiques.Plus tard, toujours sous les Grecs, la ville adopta le nom de Dionissopolis, en honneur du dieu Dionise et la ville battait sa propre monnaie, signe de son florilège commercial. Les Thraces ont également habité la ville, au 2ème siècle. Au 3ème siècle les Romains s'en emparent, c'est le point culminant de son essor économique et culturel. La ville ne retrouvera la gloire qu'au début du XXéme  lorsque la reine Marie de Roumanie y fait construire une villa surplombant la mer . Le site est magnifique,  la demeure est entourée de vastes jardins d'une étonnante diversité, jardins anglais, français, vénitiens, jardins d'eau, fruitiers : Un ensemble d'une indéniable beauté qui respire humilité, sérénité, générosité. A voir absolument.

 

 La villa de la Reine Marie 

  

                

    Les admirables jardins de la Villa de la reine Marie à Balchick

 

Lundi18 Mai (5h)

Balchickà Varna (Bg)

Avec une telle houle, l'équilibre est assurément précaire. Nous essuyons quelques bons coups de vent et quelques belles vagues croisées, heureusement l'étape est courte et arrivons vite à Varna. Nous nous amarrons dans l'étroit boyau qui sert de port de plaisance. Nous assistons en loge d'honneur à la visite en grande pompe d'un navire de guerre turque, matelots alignés sur le pont... traditionnels coups sifflets... l'apparat est de rigueur...

Derrière la marina, des stands sont en cours de montage, en fait ce sont les préparatifs du salon nautique de Varna, quelques beaux yachts attendent déjà leur futur propriétaire, fortuné cela va de soi. Longeant la promenade puis le jardin maritime, nous montons en ville, les rues sont faites de vieux bâtiments aux enduits lépreux et aux encorbellements mutilés, au rez de chaussée, des boutiques plus ou moins en déclins exhibent leurs rares produits. Un détail : à l'entrée des commerces, un autocollant stipule que les armes y sont interdites... La ville souffre d'une mainmise de l'anciens corps de la marine sur les affaires, toutes les affaires, cela ne sent pas bon. Avec ses 350 000 habitants, Varna est la deuxième ville de Bulgarie et sa "capitale d'été". 

Le cœur de la ville a des allures de métropole occidentale, les grandes places dégagent une froideur toute minérale s'opposant ainsi à la cathédrale qui affiche de voluptueuses coupoles vertes, en face, de l'autre côté de l'avenue est implanté un petit marché aux étals ordonnés et où des« babouchkas » vendent leurs dentelles faites à la main. Elles sont nombreuses mais les clients rares. La périphérie de la ville est constituée là comme ailleurs de vastes ensembles où s'entassent une grande partie de la population.

 

Mercredi20 Mai (7h)

Varna à Nessebar (Bg)

La houle est toujours aussi forte et les moutons se font plus gros, d'inconfortable la mer devient insupportable. A l'entrée de la baie plusieurs bateaux de guerre mouillent, à bord il ne semble y avoir âme qui vive, nous slalomons entre ces fantomatiques navires gris. Nessebar est en vue, nous laissons la marina sud qui est en chantier et optons pour le port de pêche placé au Nord, il est mieux protégé, offre de bonnes places et est situé sous l'enceinte de la vieille ville.

 

Nessebar est une des plus vieilles villes d'Europe, elle fut fondée par les Thraces il y a  environ 5 000 ans ce qui en fait aussi la ville bulgare la plus riche en architecture ancienne.
Située à environ 30 km au nord de Bourgas et tout près de la Côte duSoleil, la ville forme une toute petite presqu'île de  850 m de long pour  350 m de large...

 

23 églises et monuments divers retracent le passé grec, romain et byzantin de la cité, connue à ces époques sous le nom de Messemvria. La ville est inscrite au patrimoine mondial depuis 1983. Malheureusement, Nessebar a perdu 1/3 de son territoire depuis l'antiquité. Des vestiges de ses murailles peuvent être observés par les amateurs de plongée sous-marine à 80 m de la côte.

La presqu'île de Nessebar est fermée à la circulation automobile, et pour cause, les rues sont étroites et essentiellement commerciales, remplies de terrasses de bars, de restaurants, d'étals de souvenirs, d'échoppes d'antiquaires où l'on trouve de tout, des objets et insignes nazis à une large gamme de statues du petit père du peuple mais Nessebar c'est aussi des petites places sympas quand il n'y a pas grand monde... ce qui est très très rare.

Au port, nous ferons la connaissance des pêcheurs, ils sont ravis de voir des étrangers dans leur bassin, en fin d'après-midi nous devons déplacer deux bateaux pour leur laisser une place à quai, pour cela ils nous gratifient d'un turbo (plus très frais, il faut bien le reconnaître et d'une bouteille d'alcool, un alcool à faire exploser n'importe quelle chaudière homologuée...)

     

NESSEBAR 

 

Vendredi 22 Mai ( 7h00)

Nessebar (Bg) à Ignéada (Tq) 

Les Cost-Guards n'ont nullement envie de se déranger pour des formalités que d'autres ports sont à même de remplir. Et bien soit, la flottille quitte donc le port de bonne heure pour la Turquie, les  moutons d'hier ont été rentrés et la mer calmée. Nous ferons les papiers de sortie à Tsarevo où à Ahtopol où en extrême limite à Rezovo... mais là encore nos options administratives ne coïncident pas avec celles de l'administration locale, Tsarevo pour une raison qu'on ignore ne veut pas de nous, ensuite quoiqu'en disent les cartes, Athopol  dispose d'un trop faible tirant d'eau que nous ne pouvons entrer, alors nous filons sur Rezoto et nous stoppons les bateaux perpendiculairement à la côte face à la maison des Coast Guard bulgares situés là haut sur la colline, ils nous observent et réciproquement.  Après moult échanges plus ou moins audibles par VHF, les autorités refusent de nous faire les papiers et exigent que l'on retourne à Bourgas, à près d'une journée de navigation, il n'en est pas question. Après consultation des autres bateaux, nous délibérons et à l'unanimité nous choisissons de passer outre et laissons les autorités bulgares s'égosiller sur leur VHF... la ligne frontière est à 300 m marquée par un drapeau bulgare et un drapeau turc de par et d'autre d'une rivière.

8 miles de plus, et nous voici dans une grande baie où se présente notre premier port turc : Ignéada. Un port à la fois de pêche et militaire, un port bien protégé mais lugubre, lové au pied d'une colline semi désertique où la poussière passe son temps à balayer les cailloux. La chaleur est semblable au lieu,écrasante.

Le jeune planton en uniforme nous demande de nous amarrer sur le contre quai car la vedette des coast-guard va bientôt arriver. En fait, ce n'est qu'à 2 heures du matin que nous serons réveillés par le bruit tonitruant de la vedette militaire, un bâtiment de 50 m lourdement armé. On entend bien à l'extérieur des échanges assez vifs, des ordres secs  mais rien ni personne ne se manifeste à nos bateaux. Une heure plus tard, d'étranges bruits de bulles lèchent la coque et nous réveillent, par le hublot je distingue un homme-grenouille avec une puissante torche, remonté sur le quai, il a  inspecté la coque de nos bateaux. Il est vrai qu'il y a quelques jours un attentat a tué plusieurs soldats dans le sud de la Turquie et que les forces armées sont en état d'alerte maximum.

Au petit matin, deux militaires emmitouflés dans de vieilles capotes font les cent pas devant nos bateaux, il y a celui qui nous a aimablement accueilli hier, cela ressemble fort à une punition, notre amarrage à ce quai ne devait pas être conforme aux règlements mais on ne nous dira rien.

Il faut avouer que l'an dernier des amis ont mouillé au milieu du port sans le droit d'accoster. Que cette année on nous accorde le droit était un peu une bonne surprise... pour nous, pas pour le jeune militaire qui n'a eu droit d'aller se coucher.

 

 IGNEADA LIMAN (le port)

 

Samedi23 Mai (7H)

Ignéada - Kiyiköy 

Nos amis danois partent de bonne heure, ils sont pressés d'atteindre Istanbul, quant à nous, nous décidons d'attendre l'officier supérieur pour régler les formalités. Il s'avèrera qu'il n'en a pas la compétence et qu'Istanbul est seule habilitée à délivrer les fameux sésames, la consigne est d'y aller de suite sans mettre le pied à terre avant. Pour nous c'est inconcevable, impossible, mais bon nous lui signifions « No Problem », nous ferons comme d'habitude, ce que bon nous semble. Nous quittons notre base militaire pour officiellement Istanbul mais en fait nous optons pour K?y?köy un petit port de pêche non porté sur la carte. L'entrée est difficile à distinguer dans la côte déchirée. L'accueil y est magique, les pêcheurs surpris par notre présence en ce lieu serrent leurs bateaux pour nous laisser un  bout de quai. En quelques instants, nous tirons une rallonge électrique du box de 10 m2 qui tient lieu de « Supermarket », un super bazar qui ravitaille les pêcheurs. Le quai, quoique encombré de filets, de cagettes vides, d'ancres, de moteurs, etc... abrite de petits ateliers de pêche attitrés aux bateaux. Bien que constituée de coques de bois de 8 à 15 m la flotte va jusqu'au large de la Crimée pour pêcher.. Nathalie, journaliste française freelance résidant à Istanbul vient d'arriver, sa connaissance de la Turquie et son maniement aisé de multiples langues, français, anglais, allemand et surtout turc permet de lier connaissances et de trouver rapidement les bons interlocuteurs dont l'incontournable Président de la Coopérative, car ici chaque port est géré sous forme coopérative.

C'est un jeune patron pêcheur qui n'a pas 30 ans, il nous raconte qu'actuellement les gros bateaux restent à quai car la saison de pêche est terminée. Ceci dit la semaine dernière il est sorti en mer, les gabelous locaux s'en sont aperçus et l'ont attendu, Bilan : sa cargaison de turbot a été saisie pour être vendue aux enchères et ainsi payer l'amende de 60 000 euro,  ... comme cela ne semble pas l'affecter, on en déduit à haute voix qu'il a dû sortir un certain nombre de fois sans se faire remarquer, nous obtiendrons pour réponse un sourire.

Un autre pêcheur, son beau-frère tient à nous faire visiter ce qui semble le haut lieu touristique de la région un monastère troglodyte du VIème siècle « Aya Nikola Manasteri"  qui se situe à 2 km au bord d'une petite rivière. Bien qu'abandonné, dans son jus pourrions-nous dire, le  site est rupeste, exceptionnel.

Le soir, nous montons dans un petit restaurant qui domine la vallée d'où montent d'infinies croassements et enchaînons par une visite du vieux village dont subsistent quelques fortifications construites par Justinien, la population est dehors, assise sur les marches, sur les murets, ça discute, joue, les commerces sont ouverts et disposent tous d'une télé, les nombreux bistrots ont leur programme et leur clientèle attitrée, deux d'entre eux retransmettent le dernier match du championnat, le derby stambouliote: Fenerbahçe - Besiktas. L'ambiance est chaude... très chaude...

Le lendemain, la mer n'est pas bonne, personne n'a osé sortir, pas même les pêcheurs côtiers. Le Président soucieux de la sécurité de nos bateaux décide de nous placer au coeur de la flotte de pêche, pour cette manœuvre, à sa demande je lui offre la barre, il est ravi, en deux temps trois mouvements, il insère Romar 1 au décimètre près dans la flottille, du grand art.  L'après-midi, nous revisitons la ville et ses environs, le soir nous allons dans une petite guinguette réputée, faite de bric et de broc et tenue par un pêcheur. Indéniablement il travaille en flux  tendu ou à stock zéro, notre commande prise il envoie illico son fils chercher boissons et pain au « supermarket ». Quoique le lieu soit assez sommaire, tables, chaises, couverts dépareillés, déco ultra kitch, mais le poisson est excellent.

KIYIKÖY LIMAN 

                    

 MONASTERE ST NICOLAE

 

Kiyikoy- Rumeli Feneri

La Mer Noire se montre de meilleur humeur. Objectif du jour : Rumeli Feneri, à 25 miles nautiques, le port qui marque l'entrée du Bosphore. Comme le temps est très clair très rapidement nous devinons au loin le détroit mais avant  il va nous falloir traverser une étonnante armada de plus de 100 navires de commerce. Ancrés devant le détroit, ils attendent leur tour, cela dure souvent des heures parfois des jours. Nous voici maintenant au milieu de ces monstres d'acier, cargos de toutes tailles et de toutes formes, des grumiers, vraquiers, caboteurs, chimiquiers, gaziers, minéraliers, rouliers, porte-conteneurs, tankers et supertankers, heavy-liftset Postpanamax. Nous sommes là au cœur de la toute puissance des échanges internationaux. Impressionnant. Selon un ordre de passage établi selon leur cargaison, leur taille et leur destination, un à un il intègre cette lente procession de 32 kms.

Là au pied du phare, Rumeli Feneri, nous voici dans le plus grand port de pêche de Turquie. Le port est proche de l'apoplexie, plein à craquer, entre les chantiers navals, les divers ateliers de réparation, les bateaux de pêche et d'excursion, quelques bateaux de plaisance, c'est un incroyable capharnaüm dans lequel nous devons nous faufiler. Au loin, le Président de la coopérative,  informé de notre arrivée par Nathalie connue ici comme le loup blanc, nous attend et nous fait de larges signes afin de nous mettre à couple en 10 éme position... l'accueil est bref mais fort chaleureux, le secrétaire de la coopérative en charge des finances arrive pour encaisser le dû qui est fort symbolique.

Après un peu de repos nous montons sur la place du village et buvons quelques thés (Kay). Notre guide nous a réservé une partition de son cru : le gardien du phare nous ouvre exceptionnellement son musée « un musée des sauveteurs ». Etre sauveteur au début  du XX éme était particulièrement dangereux dans cette mer si peu hospitalière, d'autant que les moyens étaient dérisoires. A l'extérieur, en surplomb des récifs mis en place prêts à l'emploi sont positionnés des canons de secours, des canons qui visaient le navire échoué et dont la charge emportait un filin qui, une fois amarré de par et d'autre permettait d'envoyer par une tyrolienne les secours.

Ravis de notre intérêt pour sa passion, il nous ouvrira exceptionnellement un lieu unique au monde, un mausolée et une salle de prière située dans l'embase du phare de Rumeli (58 m de haut) construit par les français en 1855 , l'espace est un lieu envoûtant où règnent une immense paix et une totale sérénité. Ici repose Saltuk Baba, un derviche apparenté à l'ordre des Bektachis (soufisme) et considéré comme un saint par ses fidèles. 

Merci, encore merci... pour ces instants d'émotion. 

                                         

ENTREE DU BOSPHORE                                                             LE PORT DE RUMELI 

 

 

  LES DERNIERES VAGUES EN MER NOIRE

 


Publié à 20:23, le 8/11/2009,
Mots clefs : VarnaIgnéadaRumeli FeneriturquieBulgarieRoumanieBosphoreMarineRomar1Bateau

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Propos liminaires.

 

 Voici le récit du périple de Romar1 de Dordrecht (NL)

à Reggio de Calabre (I)
 
 
par le Rhin, le Main, le Danube

  par la Mer Noire

  le Bosphore,

la Mer de Marmara,

les Dardanelles

et les Mers Egée, Ionienne et Thyrrénnienne...

 


 

Email : lmb@romar1.eu 


Publié à 20:00, le 22/10/2008, Dordrecht
Mots clefs : corfoumarmaradardannellesMainBosphoreGrèceturquieistanbuldanube

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