Une Transeuropéenne

Le Bosphore : Voyage

 

Aujourd'hui est un jour « exceptionnel,unique » déclame Koss avec son accent de l'autre bout de l'Europe, son accent d'Ameland. L'appréhension est perceptible sur les bateaux, nous attendions ce jour depuis si longtemps, c'est un jour forcément chargé d'émotions, nous allons passer le Bosphore. Ce « fleuve » maritime large de 500 à 3 000 m, ce bras de mer eurasien profond de 60 m, cette tranchée maritime qui sépare et unit les 2 continents, l'Europe de l'Asie, l'Orient de l'Occident, mais aussi le Midi du Septentrion. A la fois fossé et trait d'union, ce qui en fait un détroit hautement stratégique, une voie hautement symbolique.

 

Le port de Rumeli s'éveille lentement, nous le traversons au ralenti, sans vague, silencieusement. Bien que le jour s'annonce printanier, ce matin, une brume légère opalise le Bosphore, il s'est drapé d'un voile pudique pour nous cacher sa magie. La première partie est une paisible mise en bouche, nous nous sommes discrètement insérés dans l'étrange couloir bordé de collines au dense couvert végétal, l'urbanisation n'a pas encore pris d'assaut cette partie abruptement sauvage, nous sommes à 30 Kms du cœur d'Istanbul...

 

Bien que notre modeste gabarit nous laisse libre de naviguer comme bon nous semble, nous optons pour la voie conventionnelle, celle de droite, afin de ne pas interférer dans les voies commerciales, celle qui permet de suivre la rive rouméliote, celle imprégnée de notre histoire, celle des confins européens. Sur ces premiers miles, Romar 1 vogue à 8 nœuds, tranquillement. Son étrave ouvre la fleur d'eau et l'éclate en millions de pétales d'argent ; nous nous laissons guider par le courant, il est la main qui nous porte et nous déporte parfois. Nous prenons doucement conscience que nous donnons vie à un vieux rêve longtemps enfoui, une finalité jamais avouée, l'objectif impossible, aux confins de l'utopie.

 

Devant nous, au centre du chenal, un cargo nous précède, derrière nous, un autre nous succède, l'attention est totale, vigilance, vigilance, vigilance. Il faut anticiper les vagues formées par les mastodontes que nous croisons, les prendre légèrement de biais quand cela est possible, sinon, c'est la claque assurée suivie d'un inconfortable roulis. Tout est question d'habitude car certains remous viennent outrageusement malmener les frêles esquives des quelques pêcheurs qui attendent imperturbables la bonne prise.  Nous arrivons à un coude 90° Est et les navires sont obligés de prendre très large pour l'amorcer ; à tribord, lové au pied de la forêt, Sariyer, un petit port, puis là, niché au fond d'une anse celui de Tarabya.

 

Le courant pousse, voici déjà devant nous, à 6 miles le coude 90° Sud et là encore les capitaines doivent jouer de la gouverne pour négocier au mieux le changement de cap, les courants sont forts dans cette portion car la passe se rétrécit de 1500 à 600 m au niveau d'Istinye. De part et d'autre, l'urbanisation se densifie, au loin apparaît le pont Fatih SultanMehmet, ouvert en 1988. Il enjambe très haut le Bosphore en son point le plus étroit, là où il y a 2500 ans, le roi Perse Darius traversa le détroit sur un pont flottant. A l'arrière du pont, nous esquissons sans peine la métropole. Des deux côtés coiffant les hauteurs, de gigantesques drapeaux rouges avec croissant et étoile, la fierté du peuple flottent au vent.

 

De Rome ou d'Istanbul, il est bien difficile de dire qui a copié l'autre,majestueuse l'une comme l'autre, elles s'offrent avec gourmandise aux visiteurs. Elevée comme sa jumelle sur 7 collines, Istanbul a certes l'avantage de se mirer dans l'extraverti Bosphore, un qualificatif qui ne sied pas au Tibre latin plus réservé, plus discret, ne s'exprimant guère, en retrait, rare pour un italien...


Maintenant commencent l'ivresse, l'ébullition sensorielle, il y a tant et toutà voir... tout à sentir, tant à ressentir.

 

Au loin les formes évanescentes se dissipent, la ville doucement se dessine, la confusion fait progressivement place à la fusion et on mesure oh combien est fabuleux de découvrir de la sorte cette ville multimillénaire, cette ville éternelle. Le Bosphore a l'immense privilège d'en offrir une lecture à collines ouvertes, d'embrasser à pleine bouche les lèvres pulpeuses qu'inspirent deux rives, de dévorer l'exégèse passion historique, de humer les délicieux quartiers, d'en capter quelques mélopées et d'en saisir quelques soupçons de flagrances.

Envoûtés, nous avançons lentement, la métropole sereinement s'effeuille, nous dévoile à babord le quartier d'affaires de Levent d'où s'élancent de célestes tours de verre et d'acier, des gratte-ciels, ces temples  futuristes d'affaires monétaires, ces minarets du XXIème siècle dans lesquels se reflète la Turquie moderne.

En face, l'autre rive n'entend pas être en reste. Hautes de 500 m, les collines anatoliennes sont couvertes d'une horde de pylônes et d'antennes enchevêtrées, un monde d'aiguilles monolithiques et statiques. Surmontées d'énormes paraboles, elles se font à la fois porte-parole et big brothers du génie turc. Au pied, à l'ombre de ce monde numérique, les bucoliques berges d'Anatolie sont garnies de centaines d'esquives de pêcheurs, de frêles barcasses, de vedettes anciennes, de yachts et de bateaux taxis ; beaucoup mouillent à l'écart, à quelques mètres.

Là-bas, à tribord, quelques vestiges d'anciensremparts, un reliquat des 22 kms des protections passées.

 

 

 

Voici maintenant Yeniköy et ses célèbres yal?, charmantes demeures en bois dont les terrasses baignent dans le Bosphore. Ce sont parmi les mètres carrés les plus chers d'Istanbul, là où habite la jet set stambouliote. 3 miles et deux coudes plus loin, nous passons sous le pont appelé Pont du Bosphore.  Inauguré en 1973 pour le 50ème anniversaire de la République Turque, il lie les quartiers d'Ortaköy et de Beylerbeyi, porte d'entrée de la ville ottomane. Les nombreux monuments, palais, mosquées et autres sites ayant marqué l'histoire se succèdent. Bien qu'ayant réduit la vitesse, le film du Bosphore se déroule vite, trop vite et le temps manque pour tout voir, tout assimiler à en devenir même frustrant.

 

Nathalie, notre cicerone est chez elle, dans son élément ; elle virevolte sur le bateau, mitraille sur tous les bords, commente là un monument, une histoire, c'est l'encyclopédie vivante stambouliote, toute en gaieté, en humour et en passion. Pour s'en faire une idée, il suffit d'aller sur son site  http://www.dubretzelausimit.com

              

Nous pénétrons dans le cœur liquide de la ville, parlà même où elle respire. Nous en percevons les premières palpitations ; les caler sur les nôtres nous apporte une sorte d'étrange communion, un égrégore, un orgasme spirituel. Nous faisons corps, nous sommes hors de l'espace, hors du temps mais si intensément dedans.

                                                                        

Il y a partout à voir, à dévorer, mais s'arrêter se révèle impossible, trop risqué dans cet infernal défilé nautique qui prend parfois des allures de joutes. Les palpitations se font saccades pour le capitaine car la zone n'est que blanche écume. Nous approchons de la gare maritime, il nous faut franchir le rail de navigation, bouillon chaud de navettes intercontinentales. Le capitaine se concentre car la circulation est extrêmement prégnante, nous sommes l'intrus dans cette frénétique ruche marine où tout va, vient, vole, virevolte, ici, un vapur nous frôle, là, coup de barre car une vedette taxi nous rase et envoie une gerbe d'eau, les bateaux passagers assurent d'incessantes rotations et manoeuvres en deux temps trois mouvements, dépotent puis rempotent leur cargaison humaine et repartent communiquant à coups de corne de brume, de klaxons à piston ou de sirènes, se frayant un passage dans cette cacophonie nautique en mouvement perpétuel. Ainsi vit l'embarcadère, à l'emporte-pièce  comme orchestré par un capitaine ivre jouant une symphonie fantastique sur laquelle les bateaux tournoient dans une interminable danse de Saint Guy, du délire ! Cela devient fou, où suis-je ? Où vais-je ? Comment faire ? cela n'a plus de sens... pourtant, il faut nous sortir de cette invraisemblable tourbillon, ce chaos maritime.

Oui là, derrière ces deux paquebots, ces géants blancs des mers, nous pourrons poser nos esprits et trouver un peu de tranquillité, desérénité. Nous sommes entre Istanbul l'ancienne et Istanbul la jeune, près d'Istanbul Modern, anciens docks transformés en musée d'art contemporain.

                      

Malheureusement nous ne pouvons remonter le Haliç - la Corne d'Or - jusqu'à la maison de Pierre Loti car passer le pont de Galata nous est interdit. Nous virons babord au pied d'Eminönü et de la gare de Sirkeci, terminus de l'Orient-Express, ensuite barre à tribord pour contourner Sarayburnu - la pointe du sérail - et le parc de Gülhane. Nous arrivons à l'embouchure du Bosphore sur la mer de Marmara, au milieu, travaillant au trait d'union entre les deux continents, d'énormes barges posent d'impressionnants caissons en béton, tronçons du tunnel sous-marin qui doit ouvrir dans deux ans. Nous voici donc à l'embouchure de deux époques, de deux mondes avec chacun ses décors, la rive asiatique où s'active l'économie et le port de commerce et ses immenses portiques qui dépilent et empilent des containers, à tribord la rive européenne qui étale toute la magnificence culturelle turque, le quartier de Sultanahmet, le palais de Topkapi, les multiples dômes de Sainte-Sophie, l'emblématique mosquée bleue et ses 6 minarets. Tout est là, concentré d'histoire, carrefour des civilisations.

                        

La Mosquée bleue                                                                        Le Palais Topkapi           

Sur la rive, en contrebas, des mosquées se succèdent et s'étalent jardins verdoyants et plaines de jeux. Le week-end, ces espaces sont pris d'assaut par les stambouliotes qui viennent trouver calme, fraîcheur, s'y détendre, y retrouver les amis. Les enfants jouent, les hommes s'adonnent au thé, les femmes discutent, l'ambiance est familiale et festive autour des barbecues qui fument et enfument.

Pournous, c'est relâche, la tête a frisé la congestion cérébrale, c'est l'ère de la confusion, tant d'images fugitives, de sensations indéfinies. Impossible d'en extraire une quelconque impression, la digestion viendra plus tard, pour l'instant il faut gérer cette nouvelle mer, parce que s'ouvre à nous Marmara, avec la zone de mouillage pour l'impressionnante armada en attente de passage. Cela deviendrait presque un jeu s'il n'y avait pas toutes ses vedettes d'avitaillement, de gestion portuaire, sans compter les ferries... Au loin, on entrevoit la marina d'Ataköy, point final de cette mémorable journée.        

 

 


Publié à 20:51, le 22/12/2009, Istanbul
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Le Bosphore - Voie hautement stratégique.

Le Bosphore est une des voies maritimes les plus empruntées au monde et est proche de la saturation. L'importance du trafic, la sinuosité du tracé, les vents, les courants en rendent la navigation délicate. Quotidiennement ce sont 150 à 200 navires de commerce (sans parler des bâtiments de guerre) qui  l'empruntent pour desservir les ports de la Mer Noire qu'ils soient Bulgares, Roumains, Ukrainiens, Georgiens ou Turcs avec Burgas, Varna, Mangalia, Constanza, Nodvodari, Illichivsk, Sevastopol, Yuzhny, Odessa, Batumi, Poti, Sukhumi, Erdemir, Samsun, Trabzon...

 

Déclaré domaine maritime international, le Bosphore est libre de navigation mais pour des raisons de sécurité maritime, la Turquie a mis en place un centre de commandement avec des tours de contrôle et 7 radars qui gèrent les flux avec ordre de passage, contrôlent les vitesses et les intervalles. Les 60 000 navires qui l'empruntent annuellement ont la possibilité de faire appel à des pilotes confirmés, ceux-ci ne sont obligatoires que pour les cargaisons dangereuses tels que Méthaniers et Tankers, soit environ 10 000 bateaux. Malgré ce dispositif, Istanbul et ses 13 millions d'habitants ne sont pas à l'abri d'une catastrophe, il se produit tous les ans des accidents plus ou moins graves , tel celui survenu le surlendemain de notre passage où suite à une panne de gouvernail un cargo bulgare s'est invité, plus exactement s'est encastré dans la terrasse d'un célèbre Yati à quelques mètres de la somptueuse demeure. Le pire serait malheureusement un accident de supertanker ou de méthanier. Là on comprend mieux l'engouement de la Turquie à construire des oléoducs pour réduire le risque dans ce secteur urbanisé ultra sensible. Par précaution, elle vient d'interdire le passage des supertankers de plus de 150 000 tonnes et des navires sans double coque. Sa position charnière entre Asie centrale, Caucasse et Moyen-Orient la place au cœur des routes énergétiques mais aussi des risques maritimes.

                   

 

Dans l'attente 

Avec 150 millions de tonnes de brut qui transitent par ses deux détroits, la Turquie veut mettre en place un « fond d'intervention catastrophe » de 16 milliards d'Euro, ce fond serait alimenté par les géants du pétrole et les pays producteurs (Russie et Kasakhstan)... La catastrophe de la plate forme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique pourrait faciliter la mise en place de ce fond.... A toutes choses, malheurs est bon.

  

En plus de ce trafic maritime international, il faut ajouter les 150 bateaux locaux (navettes, ferries, bateaux taxis) qui font quotidiennement près d'un millier de traversées dans un incessant ballet digne des Derviches tourneurs. Ils vont et viennent pour permettre à un million de stambouliotes anatoliens de venir travailler sur la rive européenne. Là encore la mise en service en 2013 du Tunnel de Marmaray qui reliera les deux rives du Bosphore permettra un allégement du trafic transversal.

 

 


Publié à 20:45, le 22/12/2009,
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La Marina d’Ataköy.

 La Marina d’Ataköy (coté Europe) et son double, celle de Fenerbahce (côté Asie) sont impressionnants par leur taille, plus impressionnants encore par leurs tarifs, tout est ici dans la démesure. Aussi étant quant à nous très mesurés dans nos comptes, nous n’y resterons qu’un jour, préférant aller nous installer durablement à Bostanci sur la rive Asie de la Mer de Marmara, un port qui abrite un petit yacht club particulièrement accueillant et une grande gare maritime qui nous met à 15 minutes de la Corne d’Or et ce pour un prix modique. Aussi en profiterons nous pleinement d’Istanbul, et ce, à moindres frais.

 

Mais avant revenons à notre arrivée, en entrant dans la marina deux zodiac nous enserrent pour nous conduire à notre emplacement, par peur sans doute que nous nous perdions dans ce labyrinthe maritime, une fois Romar 1 amarré et enregistré, ce sont les retrouvailles, nos amis danois sont là sur un autre ponton et attendaient pour effectuer les démarches d’entrée en Turquie. Comme nous ne sommes pas avares, nous partagerons l’effort et l’aventure. Nous expédierons donc tous ensemble les formalités en une journée et demie,  exténuante mais oh combien riche en rebondissements…

 

 

 

Acte 1 : Obtenir la liasse administrative près de la Chambre de Commerce maritime située à Findikli. Nous avons droit à une entrée grandiose, le taxi entre dans la cour d’honneur, des grooms nous ouvrent les portes, des officiels nous saluent, nous serrent chaleureusement la main et nous passons en grande pompe sous une haie du personnel administratif, dans le grand hall nous découvrons qu’il y a eu confusion. Les autorités de la Cambre de Commerce attendent en fait une délégation de «La Rochelle» pour le Salon Nautique d’Istanbul… excuses confuses… et nous irons droit au bureau d’accueil qui nous fait les papiers illico non sans avoir laissé 55 euro par bateau. Munis de cette liasse de 50 feuillets nous pouvons entreprendre notre rallye stambouliote, un parcours de bureaux et d’attente qui exige courtoisie et patience.

 

 

 

 

Acte 2 : Service des douanes à Karaköy, autres lieux, autres personnes, un membre de la Chambre de Commerce a l’extrême gentillesse de nous accompagner, mal lui en a pris car il est pour le moins mal accueilli dans ce service, s’ensuit une discussion orageuse. Le capitaine refuse tout simplement de remplir le volet lui incombant, il veut que nous passions par un agent en douane moyennant finance, revenez plus tard, la discussion se poursuit avec pas moins de 6 interlocuteurs, enfin fatigué de nous voir squatter son bureau nous optenons du gradé nos coups de tampon, non sans verser quelques incompréhensibles oboles pour les bateaux qui dépassent plus de 10 T… ?

  

 

Acte 3 : Service des passeports à Zeytinburnu, nous traversons Istanbul, hélas le tuyau était percé, ce n’est pas le bon bureau, il nous faut refaire la traversée inverse, les nerfs craquent, on se fout de nous, la colère monte, un officier de police analyse la situation, il siffle un taxi, le réquisitionne, nous fait monter à cinq dedans, lui et son adjoint enfourchent leur moto, c’est donc à 6 dans un taxi, escortez par deux policiers qui ouvrent la route que nous traverserons Istanbul à tombeau ouvert, le voyage s’arrêtera devant le bureau attitré. Après explications de cet officier près du service compétent, en quelques minutes tout sera en règle. Dommage l’officier est reparti sans nous laisser sa carte, cela aurait pu servir…

 

 

 

Acte 4 : Bureau d’enregistrement des bateaux, 5 jeux de photocopies sont requis, notre taxi nous dépose devant une de ses connaissances qui nous les fait en express, il rentre passons au bureau ou tout est tamponnés, signé, paraphé.

 

 Acte 5 :  La journée s’avance mais il nous faut passer par la case Départ à Findikli pour faire valider la liasse, c’est bientôt l’heure de la fermeture, ce sera très juste mais finalement l’affaire est rapidement expédiée.

Et dire que certains bateaux étrangers paient des prestataires 300 à 500 euro pour effectuer ces démarches, ils perdent une occasion en or de voir de l’intérieur une administration formée à l’occidentale. Une bureaucratie impressionnante que l’informatique risque prochainement de bousculer…

 

Sur ce, un peu dépassés, les danois qui n’aiment pas les grandes métropoles quittent le lendemain la Marina pour se poser quelques jours dans un petit port à 20 miles au sud d’Istanbul. Nous ne les reverrons plus…

Quant à nous nous irons nous poser à Bostanci, nous pouvons à loisirs visiter Istanbul.


Publié à 20:31, le 22/12/2009,
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Istanbul la Magnifique

Istanbul, parler d'Istanbul, voilà un exercice bien difficile à réaliser, d'autant plus compliqué qu'Istanbul est une ville addictive, qui envahit vos pensées et inhibe vos facultés.  Par où commencer, il y a tant et tant à dire, tant et tant à décrire et puis, pourquoi écrire alors qu'il y a tout à vivre...intensément.

 

Mais avant de partir effleurer la ville, voici quelques propos liminaires à la façon du guide. Plaçons-nous à Karaköy, point de confluence du Haliç -la Corne d'Or -, près du pont de Galata, plus précisément aux docks, là où les paquebots accostent. 

      

                                                                                   La tour de Galata

Tournons-nous, je vous en prie, sur les fonds baptismaux d'Istanbul. Voyez devant vous cette colline baignant dans la mer de Marmara et surmontée de palais, de dômes et de minarets, c'est le vieux cœur d'Istanbul. Ce quartier possède les monuments les plus emblématiques, il détient la quintessence historique de la ville. Mais cette colline sacrée contient en son seing les premiers signes de la vie d'ici, la souche mère est enfouie à Yenikap?. De récentes fouilles ont mis au jour des vestiges néolithiques (tombes, urnes, outils, armes,...) confirmant ainsi une implantation humaine il y a plus de 8000 ans, soit l'équivalent de 300 générations. Laissons aux archéologues le soin de remonter le temps en creusant, tant il y a encore à apprendre.

                          

Aussi allons nous faire un saut dans l'histoire pour maintenant côtoyer Byzantion car tel fut le premier nom donné à la vénérable capitale de la Thrace antique. Byzance tient avec une succession de périodes fastes et de déclin 500 ans et le 11 mai 330  elle passera du joug grec aujoug romain et devient Constantinopolis. S'ouvre alors une nouvelle ère de prospérité. Elle portera ce nom impérial durant 1600 ans jusqu'au 28 mars 1930où la République la baptisera Istanbul, une déformation du terme «eis tênpolin» (à la ville), les dénominations sont parfois d'un simplicisme.

 

 

 

Quand j'évoque les fonds baptismaux, je parle bien sûr du Bosphore dont l'étymologie signifie « gué des vaches ». Oui, car du Bosphore, Istanbul lui doit tout, son implantation, son organisation spatiale, son développement économique, son expansion démographique, sa vitalité touristique ; plus clairement, Istanbul puise par ses racines toute son énergie des eaux du Bosphore. Au-delà du formidable rôle symbolique qui transforme un vide en trait d'union, un trait qui à la fois tient et retient deux continents, une interface entre deux mondes. Le Bosphore joue un rôle singulier, central, fédérateur comme nul autre ailleurs, ce qui lui confère une indéniable fonction mécanique et sociale. Régulateur, catalyseur, condensateur d'Istanbul, sans lui la ville n'est rien.

 

 La Corne d'Or et le Pont de Galata à gauche

Commençons notre visite par le centre névralgique de la capitale culturelle et économique turque, son point G, là où se concentrent tous les grands événements, les grandes manifestations, les grandes cérémonies : la place de Taksim (place du réservoir) dans l'arrondissement de  Beyo?lu. Est-ce par symbolisme ou par conjuration que cette emblématique place est implantée sur une ancienne caserne ? Bien sûr, au centre, Atatürk, père fondateur de la Turquie moderne,bronze en marche, harangue le peuple. Comme un prolongement naturel, une voie à suivre, d'ici partent les avenues d'Istiklal et de Cumhuriyet (avenues del'Indépendance et de la République)...

 

 

Mais la place n'est pas qu'un concentré d'histoire récente, elle concentre aussi le présent. Ici convergent tous les flux de mouvement, tous les modes de transport et ce n'est pas un vain mot tant la circulation est à l'image de la ville, exponentielle, avec ses embouteillages dantesques. L'automobile est omniprésente mais exige patience et dextérité car la conduite dépasse souvent l'entendement. Au milieu de ce fourbi de tôle, vous ne pouvez le louper il y a le taxi, jaune et qui fait partie du paysage. Si son tarif s'est stabilisé depuis que la municipalitéa mis de l'ordre dans les plaques et licences, il reste quand même, selon la course, à négocier...

 

  

 

Par contre, en matière de transports collectifs, Istanbul n'a rien à envier aux capitales occidentales et peut donner des leçons à bien des métropoles tant elle offre un choix de modes, avec fréquence et qualité, ce pour un coût modique ; pas de portillon, pas de ticket, tout se fait sans arrêt par badge magnétique et ne génère pas de resquille. Dotée de deux lignes de métro et de lignes de tramway high-tech, la ville dispose aussi d'une vaste desserte de bus et de métrobus (busway), des funiculaires très modernes et les inénarrables dolmu?, ces taxis collectifs dont rêve New-York, qui drainent tous les quartiers de laville pour un coût modeste. Rares sont les deux roues, l'inconscience a ses limites ! Abandonnons voulez-vous ce vacarme et de là, laissons guider nos pas par l'instinct et perdons-nous dans cette fourmilière urbaine chargée de contrastes et de contradictions.

 

Prenons tout d'abord l'avenue Istiklal, une grande rue piétonne que traverse un tramway des années 1900. Pénétrons dans ses rues latérales, nous voici dans des rues à l'urbanisme hétéroclite, bâtiments bois, des immeubles XIXème et début XXème Art Nouveau ou Art Déco, brassage de styles et d'époques qui se respectent et s'harmonisent. Dans ce quartier piétonnier, les commerces orientaux et occidentaux se succèdent, boutiques de sapes haut et bas de gamme, librairies anciennes et contemporaines, bouquinistes, antiquaires, apothicaires, plus bas à Tünel et vers Karaköy, magasins d'instruments de musique, boutiques de téléphonie ou d'hifi, ...

 

La jeunesse y déambule joyeuse, ici comme ailleurs exubérante ; faut-il rappeler que l'âge médian turc est très jeune, 28 ans ? Jeunes filles voilées, pantalon moulant, tennis de marque, portable greffé, homme-sandwich, marchand de bibelots, de petits riens, ambulant poussant sa  vitrine roulante rouge pleine de petits pains en anneau doré, le fameux simit au sésame... Plus bas, nous arrivons dans ces rues aux commerces plus petits, plus rares, royaume de la débrouille, où les récupérateurs, comme partout, arrachent papier, carton, ou canettes d'alu aux containers poubelles avant que les légions de chats, un temps écartés, ne reprennent possession de leur empire mille fois fouillé. Une charrette tirée par une mule remonte une rue escarpée, un panier au bout d'une corde se joue du linge à sécher, un rémouleur arthrosé traîne sa chignole et son banc à aiguiser, un triporteur pétaradant vend par  haut-parleur sa pyramide de pastèques, les marchands ambulants s'activent pour proposer moules farcies, maïs bouilli, ballons, babioles et autres pacotilles. Ici, peu de mendiants, mille petits services, mille petits boulots qui font office de petits bonheurs, ces petits riens qui, mis bout à bout, font vivre une population déshéritée, souffreteuse, brinquebalée, handicapée, appareillée, véhiculée, mais toujours digne. Istanbul c'est aussi tout cela, un incommensurable patchwork de vies !

 

Plus bas après avoir pris d'innombrables escaliers cassés, parfois désappareillés, longé des fondations béantes d'où sortiront des tours de verre et béton puis emprunté pour nous reposer le funiculaire ultramoderne, nous atteignons Kabata? et les rives du Bosphore. La promenade arborée baigne dans une torpeur de fin d'après-midi printanière. Un peu plus loin, entre Tophane et Findikli, elle est truffée de bars aux sofas fluo pour jeunes branchés, de cosys bars à narguilés pour adeptes de fumettes, et des immanquables jardins à thé très prisés des promeneurs solitaires en quête de tranquillité. Vague, devant, sur le rivage mélancolique, la population, cherche la fraîcheur, s'adonne à la sieste, à la pêche, à l'échange, à lalecture... Nous dégustons les çay sucrés, tout en douceur, en volupté, par lippées et petites gorgées. A quelques mètres ,le Bosphore scintille en autant de clins d'œil et continue à nous charmer, à nous subjuguer.

 

Nous déambulons sans but, au gré des humeurs, nous nous laissons guider par l'instinct de Nathalie, notre cicérone qui a sa petite idée en tête, nous voilà revenus sur nos pas, près des docks qui abritent à présent un musée d'art contemporain. Nous voici à présent sur le pont de Galata reliant deux époques Eminönü (Constantinople) et Karaköy (ville moderne) un pont qu'avaient imaginé en leur temps Léonard de Vinci et Michel-Ange, des œuvres qui ne resteront qu'à l'état de projet, qu'iconographie. Ce nouveau pont n'a pas 20 ans, il bascule en son centre et il est doté de deux niveaux, la voie supérieure pour le transport, l'étage inférieur «habité» par une galerie marchande, bars, restaurants, boutiques, étals, attractions en tous genres. Là-haut sur le trottoir, les pêcheurs s'activent ; ils assurent le spectacle en lançant leur ligne dans d'étranges arabesques pour envoyer au loin leur amorce armée, d'autres envoient en l'air quelques produits de leur pêche et dans d'impressionnants vols acrobatiques suivis de joutes aériennes sans merci, les goélands attrapent leur pitance.

 

A l'autre bout, nous nous arrêtons pour dîner dans une guinguette située juste après le marché aux poissons de Karaköy, les bateaux sont là et déchargent leur pêche... Le poisson ne peut être plus frais, tout est grillé et c'est dans un nuage de fumée permanente et sur fond de discussions, de rires et de musiques que le muezzin d'une mosquée voisine lance de sa voix plaintive et lancinante l'appel à la prière du couchant mais rien n'y fait. La musique mise en sourdine, nenni,la coutume se perd à Istanbul, les jeunes sont plus attachés qu'hier à un état laïc, ils se tournent plus volontiers vers l'orgasmique tintamarre occidental que vers les reliquats islamiques de l'empire ottoman... Non seulement le muezzin insiste mais il fait des émules et maintenant nous parviennent de toutes parts des cantilènes incantatoires qui migrent de minarets à minarets, les échos tournoient et se perdent dans le ciel comme les mouettes qui n'en ont rien à faire.

 

 

 

 

La chaleur de la nuit a été éprouvante (...) et ce matin, les rides du ciel s'étirent lentement. Le tramway nous porte vers Eminönü, nous partons sur les traces de «Constantinople». Nous voici au seing du seing, sur la colline originelle de Sultanahmet. Au plus près des cieux s'étale Topkap?, méditent Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue prosternée entre ses 6 lumineux minarets. Les visites sont émouvantes, chaque lieu dégage sa magie, sa spiritualité.

 

Le Palais de Topkap?, la résidence des sultans Ottomans expose ses trésors et les richesses de sa gloire d'antan. Dans le marbre, on soupçonne le raffinement de la vie du harem, lieu d'inspiration mais aussi des intrigues  et des conspirations passées.

Sainte-Sophie, l'ancienne basilique devenue mosquée puis musée, avec ses coupoles flamboyante set ses lustres orientaux, s'impose dans l'architecture religieuse byzantine et porte une part de mystère, est-ce vraiment celui de la foi ?

 

La Mosquée Bleue a été construite sur ordre du Sultan Ahmet Ier, au XVIIe siècle ; l'intérieur recouvert de faïences bleues d'Iznik est de toute beauté et le lieu invite au respect, au silence et au recueillement.

 

 

   

 

Visite du Grand Bazar, le temple du commerce. Ce capharnaüm, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est point, loin s'en faut, un lieu d'anomie, tout y est, au contraire, savamment organisé. Il est à l'image d'Istanbul,  impressionnant!

  

18 portes, 30 hectares d'allées voûtées, de ruelles labyrinthiques desservant une trentaine d'anciens caravansérails et plus de 4000 échoppes installées par spécialités, tissage, teinture, cuir, cuivre, bijoux, orfèvrerie, pierres, épices, etc ... Son bouillonnement relève du mouvement perpétuel, les marchandises arrivent et repartent débordant de toutes parts. Lieu de passage, lieu de brassage, les produits sont achetés, vendus, revendus, déconditionnés, travaillés, transformés. C'est un creuset d'alchimiste dont l'amalgame est constitué de tous les métiers et de toutes les matières de la planète. Mais ne nous méprenons pas, le grand Bazar remplit de multiples fonctions, ses flux sont indicateurs de la bonne santé économique du pays. C'est un peu le CAC 40 de terrain...

 

En fait, ce gigantesque orgue sensoriel dispose d'un nombre incroyable de claviers, toutes les gammes d'Istanbul sont ici représentées et la palette chromatique y est enivrante, envoûtante et parfois un brin fatigante.

 

Attention, là, chaussé de babouches, un porteur,échiné, courbé, cassé, achemine une masse indivisible disproportionnée qui écrase son demi gabarit. Le ballot dégueule de partout, le vieux débardeur avance lentement à coup d'avertissements, d'injonctions, il avance et fend la foule qui s'ouvre devant lui, tel Moïse.

Nous arrivons dans le quartier des cuirs, les échoppes regorgent chacune de surstocks, sacs, chaussures, ceintures, vêtements. La mixité des styles défie les frontières, il y en a pour tous les goûts, pour toutes les bourses, pour qui sait marchander. L'odeur est là plus prégnante, de fortes notes tanniques et ambrées, musc, hyraceum, cire d'abeille, gris havane,humus, faisandées... et bien d'autres d'animalités non identifiées.

 

Nous avançons vers le han - caravansérail - des orfèvres, en haut les ateliers des fondeurs, mouleurs, étameurs, polisseurs, doreurs, argenteurs, presque tous sont arméniens. En bas dans les boutiques,les pièces, des œuvres d'art, sont vendues au poids et coûtent bien moins cher que chez un détaillant.

 

Nathalie interpelle nombre de marchands, combien d'articles de presse ou de photos a-t-elle fait sur eux, leur métier, leur famille, leur région d'origine, tout, elle sait tout, elle a arpenté chaque mètre de ce lieu et en connaît tous les secrets, d'ailleurs elle nous dévoile l'un d'entre eux, seul connu des initiés, les toits d'un caravansérail tout proche les toits du Büyük Valide Han. L'accès est délicat mais là-haut c'est l'extase, du pur bonheur. Debout, devant nous, s'élancent les minarets de la mosquée bleue, derrière les îles des Princes se dispersent sur la mer de Marmara et paraissent à portée de main. A gauche, Topkap? comme jamais observé, une vue imprenable sur le Bosphore dans lequel miroite la rive asiatique, et puis à nos pied, la Corne d'Or. Tout autour émergent des centaines et des centaines de minarets, dômes et palais, un foisonnement architectural d'un éblouissant et inégalable passé. Anesthésier, ébahis par cette ville hétéroclite qui se  déploie, tel un oiseau aux couleurs d'Orient et se mire dans les eaux fortes du Bosphore, nous dégustons près d'une heure ce paysage enchanteur.

Notre excursion passe au retour par l'autre bazar situé près de Yeni Cami, le bazar égyptien qui possède une dominante alimentaire, ses registres jouent une ode aux couleurs et aux odeurs. Ici domine l'empire des sens,  l'empire d'Orient, un Orient exclusif, un Orient excessif pourqui n'est pas d'ici, les odeurs sucrées, miellées, vanillées, fleur d'oranger et autres fruitées.

 

Ainsi s'étalent pétales, feuilles, graines, fruits, poudres, en coupelles multicolores posées tel un nuancier ou dans des sacs ouverts aux bords roulés, henné, santal, pistaches, antimoine, dattes, cannelle, benjoin, arachide, mastic, ambre gris, gingembre, noix de muscade...c'est vraiment un monde sensoriel dans toutes ses variétés, il faut s'y promener, marcher nez au vent... humer...

 

Doucement, nous remontons vers Beyo?lu en passant par Galata et nous retrouvons au centre des animations culturelles avec théâtres, cinémas, galeries, cafés, musées, restaurants mais aussi un des centres religieux avec églises latines, orthodoxes, grecques, arméniennes, russes, mosquées mauresques, synagogues, qui sont autant de témoignages de l'ouverture d'esprit des Ottomans. Indéniablementen Europe, nulle ville, nul quartier n'est plus riche qu'Istanbul, à l'image du Bosphore, à la fois ouverte sur le monde et attachée à sa propre identité. Tout ce qui fait sa force, sa grandeur, sa splendeur.

Après cette journée de folie, une pause est nécessaire pour que l'esprit troublé retrouve un peu de sérénité. Nous allons dîner en terrasse, mais que prendre devant cette carte aux noms exotiques pour ne pas dire ésotériques pour les quidams que nous sommes, Kadin budu köfte (boulettes d'agneau), tur?u (légumes en saumure), patl?can (aubergines tranchées frites), past?rma (viande séchée salée), börek (friand farci), karn?yar?k (aubergine farcie à l'agneau), p?lak? (haricots blancs à l'huile). Là encore, Nathalie, bienveillante nous guidera dans ce dédale de plats et traduira en 3 langues la carte des délices d'icibas.

Après une dernière rasade de rak?, nous prenons congé et allons prendre le pouls des nuits d'Istanbul. Nous déambulons dans cette ville-monde, enfants innocents, sans cesse émerveillés, sens grand ouverts, yeux écarquillés, une fois encore notre palette sensorielle est en éveil. Dans les rues frénétiques et bouillonnantes flottent des odeurs de poissons et de mouton grillés, de kebap, de thé et de café, d'olives et de rak?, de pistaches, d'épices et d'encens dispersés... géant melting pot des flagrances d'orient. Décibels de rock et pop mêlés, tempo jazz et de blues éthéré, fas?l joué par un groupe rom,  mélodies de saz et de clarinette, rythmes de darbuka et de tef, cris d'enfants et rires mêlés, mosaïques de sons et de musiques enchevêtrées débordent bruyamment, des cavernes de jeunes en fête, des terrasses de gens huppés, des restaurants bondés et des bars branchés...

 

Istanbul est bien une ville de paradoxes, de dualités. C'est une ville sexuée où se mêlent une masculinité exacerbée et une authentique féminité. Oui car il y a quelque chose de féminin dans cette cité. Istanbul est indéniablement une femme. Une femme délicieusement contrastée au corps souple et ferme, à l'esprit vif et énergique, simple et subtile, dotée d'un regard doux et lumineux qui tourne parfois le soir à la mélancolie, une femme à qui tout va, elle peut avoir une élégance à la fois orientale et occidentale, jamais sophistiquée toujours raffinée, cachant mal ce zeste de frivolité qui lui sied si bien. Aux rythmes des mélopées et des mélodies, elle s'exprime volontiers dans les danses orientales qui la font tourner, virevolter et tourner encore, elle donne, s'adonne, s'abandonne jusqu'au bout de la nuit à en donner le tournis. Mais à l'occasion, elle sait s'enflammer et là elle est pétillante, exubérante, turbulente. Et quand arrive le petit matin, que s'éveillent ville et Bosphore, elle retrouve cette divine sensualité qu'elle seule sait porter.

Respectée, admirée, désirée, convoitée, mythifiée, parfois battue, abattue, ravagée, brûlée, souvent assiégée, Istanbul est toujours là, grande, immensément grande, splendide et merveilleuse, debout face à l'Orient, debout face à l'Occident, relais entre les peuples, qu'ils soient juifs musulmans, chrétiens ou non-croyants, Istanbul les rassemble.

 

Mégapole grandiose et surpeuplée placée au carrefour des civilisations, Istanbul est une capitale de culture, d'art et d'histoire, une ville d'asile et d'accueil pour des gens de toutes races et de toutes religions, ce qui fait d'elle une ville cosmopolite, ville de transit mais aussi caravansérail de l'immigration clandestine. Istanbul n'est ni la terre promise ni le jardin d'Eden, c'est une ville en pleine mutation qui a un pied sur deux continents, un grand écart pas facile à tenir en ces temps d'incertitudes politiques, économiques et sociales.

Pourra-t-elle, à la fois,  continuer sa modernité, sauvegarder ses cultures en respectant son passé ? Istanbul sait créer d'étonnantes synergies et c'est au pays de relever le pari. Quoiqu'il en soit, le destin d'Istanbul est inséparable des deux continents qui la composent. Si la volonté est d'intégrer la Communauté Européenne, le premier travail à accomplir est de sortir les mauvais esprits de ses voisins de leur gangue d'à prioris malsains pour avancer sur un chemin commun, mais pour cela, il faut que les Turcs l'instillent aussi dans leur champs politique.

Croyons en l'avenir, ne sommes-nous pas en Turquie, le pays de tous les possibles ? Et puis qu'importe, Istanbul, immortelle suivra sa route et survivra... même à la vieille Europe.

 

« Si la Terre était une nation, Istanbul en serait la capitale.» Napoléon Bonaparte.


Publié à 09:55, le 22/12/2009,
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D’un déluge en Turquie ?

   

Le déluge est certainement un des plus anciens mythes de l’histoire humaine, presque toutes les civilisations en possèdent un de la sorte. Pour les philologues ce mythe existait probablement avant même l’écriture quand la tradition orale était le seul mode de transmission des savoirs.

Le premier texte connu à ce jour est issu de tablettes sumériennes à l’écriture cunéiforme, c’est-à-dire au tout début de l’écriture. Ce texte date de 2700 ans avant notre ère et est connu sous le titre de  « l’Epopée d’Atrahasis » ou « Poème du Supersage ». La civilisation assyro-babylonienne réécrira ce récit sous le titre « Epopée de Gilgamesh » (an 1200 av. JC). C’est cette version qui sert maintenant de référence, les autres écritures reprennent le scénario, seuls changent le nom des acteurs, l’époque et le lieu.   Citons par ordre d’écriture quelques récits connus :En Chine, deux récits, celui de l’Empereur Yu de la dynastie Xia (21 siècle av. JC) ou celui de l’île Maurigasima avec le Roi Peiruun…En Inde où les récits sont légions, citons celui de Rig Veda et celui du Mahâbhârata avec Manou (env 1000 ans av. JC)…En Iran, l’un des plus anciens récits, le texte Zoroastrien (env – 600 av. JC)  avec l’Avesti YimanEn Grèce, le récit (écrit estimé –-500 av. JC) avec pour héros Deucalion et un déluge voulu par Zeus où un vaisseau échoua sur le Mont Parnasse au-dessus de Delphes ou bien le mythe de Philémon sauvé par Jupiter dans « les Métamorphoses » d’Ovide (-43 av. JC à +17 JC)Et celui de l’Atlantide cité par Platon (-427 à  -347 av. JC), un texte qui s’est mu en un déluge d’encre.Le récit de l’Ancien Testament - Livre de la Genèse (ch. 6 à 9) (écrit vers -400 av. JC) mentionne ce déluge près de 3000 ans av. JC avec comme héros Noé, Nuh, Noah, Noun… En Amérique, on trouve des variantes chez les Mayas, les Incas et dans les tribus indiennes ainsi qu’en Europe à travers des textes irlandais.  Cette multiplicité de récits ne fait que confirmer que la mondialisation existait déjà, que la mobilité des populations était importante et que les mythes se transformaient selon les lieux et les époques. D’autre part lors des conquêtes, les envahisseurs apportaient leurs croyances. Il en est ainsi de la Christianisation, pardon de la pacification de ces peuples barbares, il n’y a rien d’étonnant à ce que les peuples d’Amérique du Sud aient repris cette légende.   Alors le déluge : Véracité ou fantaisie ? Comme la plupart des mythes, ils trouvent leurs origines dans des événements ayant frappé durement les esprits et ils sont entrés dans l’histoire en ayant été largement dévoyés pour servir une cause, une croyance.Les analyses linguistiques de ces multiples récits se sont affinées et sont maintenant confrontées aux outils scientifiques que sont l’hydrologie, la géologie, la paléontologie et l’archéologie… des matières qui permettent de lever progressivement le voile, de cerner leur contexte originel et donc d’en infirmer ou d’en confirmer la véracité. De tous les mythes, celui du déluge a été de ceux qui ont été les plus repris et interprétés par les scriptes. Ces copistes cherchaient à les ancrer dans une vérité, celle de leur dogme. Sans parler de la thèse soutenue par Anastase Kirchner au XVIème proche de celle déclamée aujourd’hui par les fondamentalistes qui affirment que le déluge est une œuvre de Dieu, ils sont à même de vous préciser la date précise, de décrire par le détail l’architecture du bateau et la composition exacte de son hétéroclite chargement ; des interprétations fantaisistes liées à des pathologies connues.Cependant dans le mythe du déluge, une piste concentre les réflexions des chercheurs et alimente depuis quelques années les revues scientifiques ; cette hypothèse s’appuie sur les modifications géologiques et les séismes qui sculptent l’écorce terrestre. Replongeons nous dix millénaires en arrière. Nous sommes au néolithique, ça y est, vous y êtes ! Notre planète ne ressemble pas tout à fait à celle d’aujourd’hui. A la place de l’actuelle Mer Noire se trouve un lac d’eau douce, « le lac Pontique » d’environ 300 000 km2. Ses eaux sont issues du bassin danubien, son niveau est inférieur de 200 m à celui de la mer de Marmara, et donc par conséquent à celui de la Méditerranée. Pour nombre de chercheurs, un séisme lié à un mouvement tectonique - n’oublions pas que nous sommes sur la faille nord anatolienne -, aurait rompu l’isthme situé au Nord -Est du Bosphore. Cette rupture aurait créé une gigantesque chute d’eau équivalant à 200 fois les chutes du Niagara déversant les eaux saumâtres de la Méditerranée dans ce lac d’eau douce. Le niveau de ce dernier augmente de 170 m en 18 mois. Comme chacun sait, les populations partiellement sédentarisées s’établissent le long des points d’eau. Il est facile de comprendre que ces populations voyant monter inexorablement l’eau (les rives reculent de 1 à 4 km par jour selon les lieux) noyant au passage biens, terres et ressources, ont dû avoir une peur bleue et évoquer quelques esprits maléfiques. Réfugiés sur quelques collines, certains ont péri, d’autres sont montés sur quelques embarcations de fortune pour retrouver terre (1). Cette thèse est issue des années 1980. Un géologue bulgare, le Docteur Dimitrov, trouve en Mer Noire des coquillages d’eau douce. Une analyse au carbone 14 les date de 7 000 ans, c'est-à-dire avant-hier. En 1993, sous l’égide de deux américains, William Ryan et Walter Pitman, est lancée une campagne de recherches avec une équipe internationale et pluridisciplinaire. Les résultats confortent la thèse hydrogéologique d’une montée des eaux dans cette région du globe. En 1998, William Ryan mène avec le concours de l’Ifremer une campagne de carottage géologique qui confirme l’hypothèse. En 2000, le géologue américain Robert Ballard, soutenu par la revue National Geographic, lance une nouvelle campagne pour trouver d’autres indices. Equipé des robots, il explore le fond et découvre au large de Sinop (au Nord-Est d’Istanbul) du matériel archéologique et des traces d’habitat. Si la communauté scientifique n’est pas encore unanime sur cette thèse et d’autres expéditions sont en préparation, il est vrai que d’autres versions existent. Gageons que la science pourvue de plus de moyens et de nouveaux outils pourra apporter un éclairage sur cette transformation géologique et dire si ce mythe est fondé. Notons qu’une équipe de théologiens chinois vient d’annoncer en cette année 2010 avoir découvert l’arche de Noé sur le Mont Arafat… la quête du Graal continue…  
 (1)  Est-ce en mémoire de ce cataclysme que les Grecs ont d’abord baptisé la mer Noire "Axine" c’est-à-dire « la mer inamicale », avant qu’elle ne devienne plus tard Euxine (ou Pont-Euxin) c’est-à-dire « la mer amicale » ?  
 
Louis-Marie BOSSEAU - 2009

Publié à 20:53, le 9/11/2009, dans Articles thematiques,
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Propos liminaires.

 

 Voici le récit du périple de Romar1 de Dordrecht (NL)

à Reggio de Calabre (I)
 
 
par le Rhin, le Main, le Danube

  par la Mer Noire

  le Bosphore,

la Mer de Marmara,

les Dardanelles

et les Mers Egée, Ionienne et Thyrrénnienne...

 


 

Email : lmb@romar1.eu 


Publié à 20:00, le 22/10/2008, Dordrecht
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