Une Transeuropéenne

Grèce - Et si nous parlions Economie

 

Nous ne pouvons passer sous silence les problèmes qui défraient largement l’actualité financière et économique de cette année 2010. 

Surpris ? Non. Il n'y a pas lieu d'être stupéfait, une pratique même minime de ce pays permet d'en déceler rapidement les disfonctionnements et les incohérences qui font glisser le pays au bord de la faillite.

Nous naviguons en Grèce depuis plus d’un an, nous en avons fait le tour par les mers Egée puis Ionienne mais nous en avons aussi sillonné l’intérieur des terres, hors des sentiers battus et des routes touristiques. Des points de vue qui nous ont permis d’avoir une vision directe sur le fonctionnement de la société hellène, d’en entrapercevoir les particularismes "citoyens", les déviances politiques ainsi que les dérives économiques.

C'est vrai que depuis avril, date de la crise, nous échangeons plus souvent avec les grecs et ils avouent plus aisément leur inquiétude face à l’avenir ; dans l’ensemble, ils se montrent fort conscients du chaos qui pourrait les renvoyer plusieurs décennies en arrière, à l'ère des "colonels". S'ils en veulent beaucoup à la classe politique, ils reconnaissent que collectivement il y a d'énormes abus, « chez l’autre » bien sûr. Pour résumer leurs propos, je retiendrai une petite phrase de Spiros, l’œil vif et malicieux qui a 85 ans gère toujours son petit supermarket à Kassiopi : "pendant longtemps on a bien profité du système et des défaillances de l'Etat, il nous faut maintenant payer, c'est normal"...

 

Reprenons le fil de l'histoire...

A l’origine d’une vérité cachée : Une attaque boursière…

Mais en avant propos, reconnaissons le, sans polémique, il y a carence dans le contrôle des comptes des pays de la zone euro. En déclarant que c’est aux pays de s’autocontrôler Mr Barroso avoue là son ultralibéralisme (dites à vos inspecteurs fiscaux que dorénavant qu’ils aillent pointer au pôle emploi et que vous allez vous autocontrôler, nous verrons rapidement ce que cela donnera). Après cette digression, revenons à la Grèce, sujet de ce papier.

Oui disais-je, c’est bien une attaque boursière qui a mis à jour la profondeur du gouffre de l’économie grecque…

Du fait de sa faiblesse structurelle, la Grèce a subi une violente attaque boursière menée par quelques machiavéliques traders au service des fonds de pension et de quelques banques d'affaire, ces fonds (parfois de retraites, faut-il le préciser) qui spéculent sur le dos des pays faibles… Ces traders, liés aux agences de notation, avaient une certitude : ils étaient sûrs que les pays amis de la zone euro viendraient en aide à la Grèce… et c’était bien vu… Même s’il y a eu quelques hésitations bien compréhensibles, nous avons volé au secours de la Grèce, France en tête et pour cause... C’est le pays le plus exposé à une banqueroute de la Grèce car il faut savoir que nos grands groupes bancaires sont fortement impliqués sur la péninsule hellénique. Aussi sauver la Grèce, c’était sauver nos banques… la dette grecque envers la France était alors de 75 milliards d’euros et 43 milliards pour l’Allemagne. Ceci explique cela… Sauvez la Grèce, c'était sauver le couple franco-allemand, c'était sauver nos banques... des banques qui, elles-même spéculent... faut-il le rappeler... Sauvez la Grèce, c'était aussi sauver l'Euro, cette monnaie qui dérange l'omniprésent dollar...

 

            

 

Un niveau de vie correct…

La Grèce comprend deux péninsules montagneuses et une myriade d’îles. Cette géographie lui coûte fort cher pour assurer une continuité territoriale.  Faute d'une industrie significative, l’économie repose avant tout sur les derniers armateurs, sur le tourisme qui représente 20% de son activité et sur son agriculture avec des productions axées sur l’olive, la vigne et l’orange.

Depuis le début du XXème,  devant la misère qu’offrait des montagnes arides,  beaucoup de grecs ont migré vers les USA, l’Angleterre, l’Australie, le Canada et dans une moindre mesure vers la France. Si le pays compte à ce jour 11 millions d’habitants, des estimations indiquent que 9 millions de grecs vivent hors du pays… et l'émigration perdure...

A les observer, à les écouter et à en juger à leur niveau de vie, contrairement à une idée largement entretenue par quelques données officielles souvent arrangées, le niveau de vie des grecs est assez proche de celui des français. Les prix des produits alimentaires de base sont égaux ou supérieurs aux nôtres, leur standing de vie est équivalent (65% des grecs sont propriétaires de leur logement contre 50% en France).

Si le salaire moyen mensuel de la fonction publique avoisine les 750 euros, ce qui semble peu, il faut savoir que les pensions et salaires se font sur 13, 14 ou 15 mois, ce qui modifie singulièrement le salaire mensuel lissé sur 12 mois. L’Etat a prévu de modifier cette altération pour revenir à des méthodes plus conformes avec la comptabilité publique d’un état moderne, ce qui n’est pas il faut le dire du goût de tous, notamment des principaux intéressés.

Des maux culturellement ancrés :

Travail au noir, fraude fiscale, corruption, sont les grands défis que la Grèce doit relever si elle veut rester crédible (ce qui est pour la Grèce l’est aussi pour les derniers entrants des Balkans dans l’Europe).

On imagine à tord la Grèce comme un pays pauvre, s’il l’était avant son entrée dans l’Union, le pays fortement aidé par la CEE a connu depuis son entrée une forte croissance déstabilisant aussi l’organisation socio-culturelle du pays. Malgré tout, pour entrer dans l’Union, la Grèce a triché sur ses indices économiques, en cela elle est coupable, mais à décharge, elle a été "gracieusement" aidée par la célèbre société d’affaires  et de cotations Goldman Sachs, qui n’a demandé que 300 milllions de dollars pour échaffauder un deal dans lequel les investisseurs récupèrent les droits portuaires et aéroportuaires, les recettes des péages et le produits des lotos sur 10 ans… un colossal manque à gagner pour l’Etat… et d’aussi colossaux revenus pour  les américains. 

( il convient de dire que Goldman Sachs a joué contre la Grèce au plus fort de la crise… quand on dit que le libéralisme a une morale, ce n’est pas un vain mot…).

Mais tout ceci n’aurait pu se faire sans un mal qui ronge la pays : la triche.

La triche : un mal endémique, une gangrène qui touche tous les rouages de l’Etat et de la Société.

Sans tomber dans la caricature, tous les grecs ne sont pas bien sûr à mettre à l’index, loin s’en faut, mais le mal repose non pas sur le vol qui est condamné par la toute puissante église orthodoxe mais sur la triche, l’arnaque ou la roublardise… L’entourloupe est tellement incrustée dans la culture qu’elle semble inscrite dans les gènes du grec et ce, quelque soit son statut…

Le travail au noir : un statut quasi officiel

Un point flou et non des moindres est l’économie souterraine, celle-ci est de notoriété publique : le volume du travail au noir représenterait selon les experts 35% du P.I.B... Beaucoup de salariés ont un double emploi, un déclaré, l’autre pas. Notre expérience dans l’Attique lors de notre panne démontre s’il le fallait encore comment le grec est prêt à vous aider pour vous soutirer de l’argent, 500 euros par ci 500 euros par là pour un petit boulot, ce, sans facture et sans garantie… parfois avec l’appui et les outils de son employeur… Dans tous les pays, le travail au noir existe mais en Grèce ce travail a quasiment un statut officiel.

La fraude fiscale : un sport olympique

Le deuxième point noir de cette défaillance est la fraude fiscale, un sport national très prisé. Payer l'impôt est un signe de naïveté extrême. Quasiment aucun grec ne paie d’impôt, que ce soit sur le revenu ou sur l’immobilier. Un exemple récent paru dans la presse grecque, l’un des plus célèbres chirurgiens-dentistes d’Athènes déclarait percevoir 850 euro par mois, la célébrité ne paie pas. Bien sûr ne sont pas intégrés les constants dessous de table, une pratique courante même chez les médecins hospitaliers, comme on nous l’a relaté. 

Ou encore cette expérience personnelle, lors de notre incident, il nous a fallu sortir le bateau de l’eau avec une grue de 50 T, le coût est passé subitement de 600 à 720 euro lorsque nous avons réclamé une facture, ou encore lors d’achat d’équipements nautiques, si vous ne demandez rien et que vous payez cash, la  TVA passe à l’as, c’est gagnant/gagnant, seul l’Etat perd…

De tels exemples sont infimes mais ils sont aussi légions, et ce, dans tous les corps de métier.

Autres exemples : Les services fiscaux d’Athènes n’avaient que 500 piscines d’enregistrées, après contrôle par voie aérienne, ils en ont trouvées 15 000 soit 30 fois plus.

Une nouvelle loi vient d’instituer un impôt sur les constructions illégales (une manière de les légaliser, comprenne qui pourra), cette taxe va rapporter 3 milliards d’euro à l’Etat… rien de moins… 

Il va sans dire que ces pratiques sont inscrites dans le paysage depuis des temps immémoriaux, la Grèce des colonels où le chacun pour soi servait de leitmotiv n’y est pas pour rien, mais si ce système perdure c’est qu’il y a manifestement des collusions au sein de l’administration. Cet état de fait s’associe à une corruption solidement ancrée...

La corruption :

Et Oui le troisième mal du pays est la corruption, corruption à tous les étages. Régulièrement des scandales éclatent, là ce sont des fonctionnaires qui avec une enveloppe de 3000 euros vous obtenaient un permis de construire sous quinzaine et ce, dans des zones inconstructibles, c’est comme cela ou bien vous patientez 2 ans. Là, ce sont 10 inspecteurs fiscaux qui se sont faits arrêter dénoncés par leur  train de vie pharaonique ; ils appliquaient la loi des 3 tiers, une méthode simplissime qui veut qu’en cas de fraude avérée et après accord du fraudeur, l’inspecteur encaisse 1/3, l’Etat le 2ème tiers et le contrevenant gagne le dernier tiers. Du gagnant - gagnant sauf pour l'Etat.

Dans ce champ de la corruption, là encore, nous avons un exemple que nous aurions volontiers évité lors de notre panne. Un expert maritime du Pirée est nommé, celui-ci ne verra le bateau que de l’extérieur mais il exige que le moteur soit sorti et entièrement démonté pour l’expertiser. Il s’avèrera qu’il était de connivence avec le mécanicien pour nous mettre un moteur neuf à 30 000 euro dans un délai de 3 mois. Conclusion, nous ferons appel à nos mécaniciens français qui ne mettront que 10 heures à changer la pièce cassée pour 10 fois moins chère.

Ne parlons pas du niveau politique, les exemples sont tellement nombreux qu’il faudrait y consacrer un catalogue sur mesure… car tous ces travers ne pouvaient avoir lieu sans contrepartie pour le personnel politique…

 

Les Grecs sont riches, le pays est pauvre…

Ce postulat posé il faut avouer que si les grecs sont riches, l’Etat, lui est pauvre, si pauvre qu’il a du mal à financer les services régaliens, enseignement, santé, infrastructures… des services qui sont aujourd’hui sinistrés.

Dans leur logique libérale CEE, FMI, et Banque Européenne de Développement ont demandé par systématisme à l’Etat de réduire son train de vie. La demande de cette nouvelle troïka est pour le moins paradoxale, que l’Etat mette de l’ordre dans ses budgets et il y a de quoi comme nous le verrons dans le prochain paragraphe, mais ici en l’occurrence, ce n’est pas un trop d’Etat qu’il faut stigmatiser mais un plus qu’il faut adopter. Un Etat plus fort, respecté aidera la Grèce à dépasser cette crise et à se surpasser. C’est pourquoi la liste des réductions budgétaires parait en totale contradiction avec la problématique hellénique car ce ne sont pas les dépenses régaliennes qu’il faut réduire mais les recettes qu’il faut aller chercher. Améliorer l’enseignement, l’un des plus catastrophiques de l’Europe, s’inscrire en université n’est pas une sinécure car souvent il faut plusieurs d’années d’attente et allonger quelques liasses pour passer les filtres. On comprend mieux la révolte de la jeunesse. Le système de santé est tout aussi en péril, il n’est pas bon de se retrouver hospitalisé en Grèce… Indéniablement la posologie des financiers n’apparaît pas la plus adéquate pour remettre la Grèce debout… déjà le chômage vient de faire un bond avec 11,6% officiellement, 20% d’après des experts indépendants… là aussi la clarté semble de mise… 

Des choix politiques dispendieux :

Une erreur d’appréciation : les JO.

Patrie de l’Olympisme, la Grèce a, en 2004, célébré avec grandeur les 100 ans des JO modernes. Aujourd’hui, elle en paie chèrement l’organisation. Si cette manifestation a permis d’améliorer considérablement les infrastructures de transport d’Athènes et de sa région, l’Attique, elle a aussi gravement creusé le déficit de l’Etat. Qui ne se souvient pas des menaces qui ont pesé sur les jeux, erreurs techniques, retards colossaux, surcoûts astronomiques (9 milliards au lieu de 4 prévus)… Non seulement la facture a été démesurée mais suite à de conséquentes erreurs d’appréciation, de nombreux investissements, comme par exemple le très grand complexe de presse, n'ont pas été reconvertis et sont déjà des ruines olympiques qui n’ont rien d’antiques… Il en est ainsi de nombreux ouvrages qui ne trouvent pas d’affectation et risquent encore de coûter à l’Etat. Les économistes pensent que les JO grèvent annuellement le budget grec de 10% et ce jusqu’en 2014… 

Des coûts à sabrer et à dégoupillonner :

Le budget militaire grec : 13,4 milliards d'euros, soit 5,6% du PIB - le 1er d’Europe par habitant

Pourquoi ? il faut savoir que la Grèce, 11 millions d’habitants est toujours en conflit avec la Turquie  (71 millions d’habitants) au-delà des résurgences de l’occupation ottomane (jeter un œil sur le découpage géographique de ces deux pays limitrophes facilite grandement la compréhension, le cas de Chypre excepté). La Grèce très sensible sur son espace territorial maintient donc un colossal budget militaire dont l’Allemagne et la France sont, avec les USA, les principaux bénéficiaires en tant que pourvoyeurs d’armes. A cela ni l’Allemagne ni la France, ni l’Europe n’ont demandé à la Grèce de baisser ce budget... Deux nouveaux sous-marins seront bien construits par la firme allemande Thyssen Krupp, pour le modeste coût de 1,2 milliard d’euro, l’hypocrisie et le cynisme sont ici aussi de mise. Signe de détente ou par obligation, les deux belligérants, l’un, la Grèce, qui veut réduire son abyssal déficit budgétaire, l’autre, la Turquie, qui veut montrer à l’Europe sa bonne volonté, veulent parvenir à des accords de bons voisinages. Ainsi, les deux chefs de gouvernement, Erdogan et Papandréou se sont rencontrés en juin et ont décidé unilatéralement de baisser leur budget militaire… signe de détente… le temps le dira…. le rafale que voulait imposer notre président attendra…

L’orthodoxie de l’église grecque

Comme déjà dénoncé dans d’autres articles, l’Eglise est inscrite dans la Constitution grecque en l’article 3.

Comment admettre qu’une religion soit en Europe encore inscrite dans les tables de la Loi, alors que d’un autre côté elle s’affranchit de ladite loi avec la république théocratique et autonome du Mont Athos toujours interdit aux femmes ?

Comment admettre que l’église grecque, première fortune et plus gros propriétaire foncier du pays avec 130 000 hectares de terres à bâtir, de forêts et de plages puise dans le budget de l’Etat 350 millions d’euro par an pour payer ses prêtres ?

Comment admettre que cette église soit au centre d’une multitude de scandales fonciers et financiers :

Détournement de 2,58 milliards d’euros de prestations sociales par le primat d’Athènes, l’archevêque Ieronymos II. Une erreur…

Celui du Patriarche de Corinthe, Mgr Panteleïmon, qui s’est retrouvé avec 300 000 euro sur son compte sans qu’il n’en connaisse la provenance… probablement un don du ciel… après enquête il s’est avéré que cette divine somme provenait d’un détournement de subventions européennes… l’argent s’était comme les brebis probablement égaré… l’affaire est passée devant la justice des hommes… Dieu attendra…

Ces scandales impliquant l’église sont légion et le PASOK, actuellement au pouvoir a promis d’y mettre de l’ordre…

 

Un coup de poignard dans le dos ou la rencontre de deux vieilles civilisations :

La Grèce a eu besoin de l’aide des pays de la zone euro et de la manne européenne pour tenir le choc financier mais elle a mis un deuxième fer aux feux…un fer qui pourrait à terme faire très mal à l’Europe. Elle a trouvé plus qu’un appui, un allié qui, comme elle a une histoire millénaire, un allié qui cherche à s’implanter partout dans le monde et qui dispose d’une main d’œuvre bon marché, un allié qui abonde de produits manufacturés, un allié qui possède une puissance financière salvatrice pour un pays en péril, ce partenaire est la Chine. La Chine cherchait à s’implanter dans le Sud-Est Européen. Cette crise est une chance pour ce nouvel empire économique car les deux pays viennent de passer d’importants accords commerciaux : la Chine prend la gestion des terminaux porte-conteneurs du Pirée - les grèves des dockers n’y ont rien changé - parallèlement elle investit dans les chemins de fer, les infrastructures routières et les Télécom grecs. Le fait que la Grèce soit encore leader mondial de la flotte maritime marchande n’y est pas pour rien car elle vient de commander aux chantiers navals chinois 15 navires… des navires que nos chantiers européens n’auront pas… la solidarité a un sens… unique en la matière…

Cette implantation chinoise va bien au-delà de ces investissements, la présence chinoise dans le pays est de plus en plus visible. Pour exemple, sur la seule route qui relie Corfou à Benitses, c'est-à-dire 15 kms, c’est plus d’une dizaine de moyennes surfaces qui se sont établies, principalement dans l’habillement : China Town, China World et autres China Pacotilles qui pratiquent des prix fort attrayants en cette période de disette budgétaire.

Le tourisme : quand la vache à lait se tarie

Le tourisme était le fer de lance économique de la Grèce et représentait 20% de l’économie, mais vu l’excessive augmentation des prix, le tourisme souffre : -15 % en 2009 et  les chiffres pour 2010 annoncent un recul proche de 30 %. Si une dizaine de paquebots ont renoncé pour faits de grève à l’escale athénienne, plus grave la restauration et l’hôtellerie sont dans un état de quasi faillite. La clientèle fait désormais cruellement défaut, les gîtes sont déserts et certains hôtels n’hésitent pas à casser les prix voire à fermer lorsque les charges dépassent les frais incompressibles, c’est un marasme économique sans précédent. Quand on sait que l’économie repose sur cette manne, cela laisse perplexe sur les chances d’une sortie rapide de crise. La nouvelle clientèle issue des pays de l’Est ne compense pas, loin s’en faut, celle des pays occidentaux. La raison en est simple, les commerçants grecs ont pensé pouvoir presser la vache à lait touristique et faire leur CA sur deux mois. C’était oublier que les clients occidentaux vivent aussi la crise et qu’ils ne sont plus prêts à se faire éponger, quand on voit des prix de consommation supérieurs à ceux pratiqués sur les plus belles promenades occidentales… cela laisse songeur… l’expresso à 4 €… non merci…

Ceci dit en 3 mois, nous remarquons une fulgurante prise de conscience et de notables changements dans les comportements quotidiens. Le plus évident est sans conteste le droit à un ticket de caisse et le devoir de l’emporter pour tout achat ; une autre nouveauté, tous les commerces sont dorénavant dotés de vraies caisses enregistreuses... Tout achat doit laisser une trace, le fisc y veille, dans la nouvelle loi fiscale, les grecs qui justifient leurs achats peuvent prétendre à un bonus fiscal. Cette simple mesure a impacté dès le premier mois les recettes de l’Etat sur la TVA, recettes  qui ont augmenté de 8 % et un déficit public  réduit de plus de 40 % au premier semestre 2010. Mais la route est longue et accidentée… Certains grecs sont pessimistes et pensent que leur culture ne leur permettra pas d’éponger le déficit… à eux de voir…  ce qu'ils veulent construire...

 

 

 

Septembre 2010 - Louis-Marie BOSSEAU


Publié à 18:43, le 29/12/2010, dans Articles thematiques, Athènes
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De Kiato à Corfou (Grèce)

Kiato - 8 Avril 2010

Nous sortons de notre hibernation et arrivons à Kiato. Les doux rayons du soleil d'Avril sont rafraîchis par le vent d'Est qui balaie les demeures enneigées d'Apollon. Au sommet du Mont Parnasse, là où les neuf muses Calliope, Clio, Érato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie et Uranie vivent en communauté céleste.

 

Epidaure 

Au pied, au niveau zéro des mers, Kiato baigne dans sa moelleuse léthargie hivernale. La relative rudesse de l'hiver est quand même parvenue à geler les travaux d'aménagement urbain entrepris l'année passée. Ils n'ont absolument pas avancé d'un pouce, les trottoirs sont toujours aussi chaotiques, tranchés, troués, encombrés de poubelles, voitures, déchets, panneaux de signalisation et publicités pléthoriques, présentoirs détournés, arbustes incongrus. Se promener à pied sans avoir à marcher sur la chaussée est ici chose impossible. Quant à la grande voie piétonne, elle  est toujours en construction et son revêtement relève plus d'un hall d'exposition de matériaux dépareillés que d'un agencement savamment étudié, c'est une mosaïque sauvage aux formes hétéroclites pompeuses faussement géométriques, des motifs qui manquent sérieusement de cohérence et d'humilité.

Il nous faut nous réimprégner du mode de vie grec, horaires des magasins décalés pour ne pas dire aléatoires, seules sont rythmées les allées et venues des pêcheurs qui, matin et soir, vont poser et retirer leurs filets, des gestes intemporels qui semblent figés dans l'éternité. Cela suffit pour leur petit bonheur, quelques cagettes de poissons sans valeurs vendus directement au quai. Par contre sur le môle les pêcheurs à la ligne tournent 24/24 pour extraire de la mer les rares poissons dépressifs.

Pour satisfaire les contingences matérielles, nous louons pour quelques jours un véhicule, aller retour au Pirée pour remplacer notre système WC chez Alex Marine, un accastilleur d'origine turc, cérémonie du thé, tuttiquanti...  Nous en profitons pour parcourir le Pélopenèse, Mycène, Epidaure, Nafti, orangeraies.

Bien que l'état des routes laisse souvent à désirer, la Grèce s'est tissée progressivement un réseau routier qu'elle consolide. Dans un pays au relief accidenté, toutes réalisations de voies nouvelles exigent d'incommensurables travaux, tunnels, ouvrages d'art. Seule Athénes s'est dotée grâce aux JO d'un véritable réseau, mais il est archi saturé, une autoroute vient de s'ouvrir sur l'axe Thessalonique-Igometnissa, deux autres sont en cours de construction, une vers le Nord du Pelopenése, Patras, l'autre à l'Est vers Thessalonique. Les routes grecques sont les plus dangereuses d'Europe, à cela plusieurs raisons. Un style : purement méditerranéen la vitesse, le doublement sans visibilité, au plus lent de se ranger. Un mode de transport relativement récent : l'automobile ne s'est massivement implantée que depuis les années 80. Des écarts de moyens, sur la même route, vous croiserez ânes bâtés, mules attelées, puissants 4x4, véhicules en fin de vie et motos de course ou scooter à l'agonie. Le code de la route n'est qu'indicatif, feux, stop sont des avis de décès comme les offertoires qui jalonnent les routes et comptent les morts, eux seuls sont entretenus, le Saint Antoine planté dans le tableau de bord est plus un saint des causes perdues qu'un saint protecteur. Des modalités non respectées, les permis, assurances ne sont guère prisés. L'état des rues et des routes sont à la hauteur des finances de l'Etat , les panneaux publicitaires sont prioritaires et masquent la signalétique routière.

 

Aéroport d'Athènes Elefthérios-Venizélos

Pour ce qui est des voies ferrées, là aussi il y a du changement, s'il n'existe qu'une seule ligne de Train à Grande Vitesse, entre Salonique et Athènes, les prix y sont prohibitifs, deux autres lignes sont en cours de réalisation.

 

 

La configuration du pays éclatée entre une partie continentale et de nombreuses îles fort prisées des touristes font que le transport aérien a connu une progression fulgurante et les tableaux d'affichage de l'aéroport Elfaristo d'Athènes confirment la multitude des lignes. Sinon pour les plus romantiques reste les lignes de ferries, ils sillonnent les mers de jour comme de nuit, passez voir au Pirée l'incessant et impressionnant va-et-vient des navires passagers.

 

Sinon pour les inconditionnels du voyage terrestre et des transports collectifs, le pays est desservi par un réseau de bus géré par la KTEL (prononcé lactel) qui est tout à fait convenable. J'oubliais une astuce grecque, aux stations d'arrêt sont agrafés les horaires, mais les horaires sont ceux du lieu de départ de la ligne, c'est donc à vous de calculer son horaire de passage. Pas toujours aisé. Parfois des surprises, par exemple vous pouvez monter dans le bus à Corfou et n'en redescendre qu'à Athènes, le bus prend lui aussi le ferry, c'est compris dans le prix et c'est moins cher ?. Sachez aussi que les chauffeurs s'arrêtent partout sur un simple signe ou sur demande. En parlant de signes ne vous étonnez pas, le grec est très religieux et se signent systématiquement quand ils passent devant un lieu de culte, c'est sur certaines routes assez répétitif.

 

 

Superstitieux, le rétroviseur et le tableau de bord regorgent d'icônes diverses et variées, St Nicolas  tient le haut du pavé, de protection, pour sûrs les grecs en ont besoin car ils détiennent le record d'Europe des accidents routiers, s'ils possèdent les derniers modèles automobiles, ils sont détendeurs aussi des plus anciens modèles, quant à détenir le permis ou une assurance cela est autre chose, vous pouvez sur justificatif de votre identité louer n'importe quel véhicule, là-dessus ils ne sont pas regardants.

Nous allons chercher Joel et Thérèse qui vont nous accompagner pendant deux semaines. Direction, l'Aéroport Eleftherios Venizelos d'Athènes situé à 25 kms de la capitale, il a été lui aussi  construit pour les JO. Simplicisme, c'est au bout de l'autoroute, Ikéa, Leroy-Merlin, bordent les pistes, dépaysant Non ? Arrivée au bateau, transbordement, demain c'est le départ. En milieu de matinée nous faisons nos adieux à notre hôte Panos qui prépare ses voiliers pour la future saison.

Itéa

Notre première étape est Itéa, l'antique port de Delphes, sur la cote occidentale de la Grèce continentale. C'est une journée tranquille de réadaptation maritime, les sensations reviennent. Au fond du golfe, le port, peu de monde en cette saison, nous avons le choix et optons pour le quai le plus abrité. Un vieux marin vient nous prêter la main pour amarrer, c'est ainsi que nous ferons connaissance de Francis, le normand, avec son ketch historique « le Jean Delbard ». Francis est parti sur les mers depuis plusieurs années, il s'arrête au gré des humeurs et Itéa lui sert de base arrière depuis deux ans.

  

Comme nous lui demandons où se trouve le bus pour accéder au site de Delphes, il nous propose tout simplement d'emprunter sa Modus. Il nous recommande de découvrir au-delà quelques superbes villages nichés dans la montagne. Le lendemain matin, nous montons donc à Delphes, un site d'une richesse inouïe mais envahi de cohortes de visiteurs autocarisés.

La Tholos de Delphes 

Pour la visite je ne peux que conseiller une approche de ce lieu fabuleux à la première heure lorsque les visiteurs n'ont pas pris leur aise dans l'antique sanctuaire. Nous rentrerons par Amfissa, antique cité d'Etolie et une forêt de 400 000 oliviers appelée ici la mer des oliviers. Le surlendemain nous suivrons les conseil de Francis et gravissons par une étroite route montagnarde jusqu'à Eptalofos, un rustique village montagnard lové dans une vallée boisée près du sommet du mythique Parnasse. De superbes cascades entourent le village. Là haut habitaient les neufs muses des arts et des lettres, ce qui fit de cette montagne le symbole mondial de la culture.

 

Itéa est une ville au carré sans spécificité architecturale, banale, ses immeubles sont de briques et de béton, seule la promenade dégage une ambiance de villégiature que la ville n'a pas. Quelques commerces font face à la mer et attendent désespérément la saison. Devant changer les amarres nous nous adressons à un shipchandler, après plusieurs dessins, s'il acquiesce notre demande, à la livraison on comprend rapidement qu'il n'a rien compris, il s'est improvisé mateloteur mais ne sait pas faire la moindre épissure, c'est vrai, pourquoi vouloir une épissure alors qu'un nœud suffit, c'est tout grec. Cet après-midi nous avons démonté l'un des deux alternateurs qui ne recharge pas comme il devrait, vite fait bien fait. Le soir nous dînons à bord avec Francis, et nous annonce qu'il doit rentrer en France pour préparer la Fête nautique de St Valérie sur Somme dont il est Président. A l'automne il ramènera le « JeanDelbard » en France via Monastir.

Adieu Itéa, au revoir Francis, et encore merci 

 Le "Jean Delbard" photo issue du site de voile ancienne de Francis

 

Voici Trisonia avant la bataille de Lépante

La navigation s'est posée sur une journée calme à longer les rives de la Locride et ainsi couler paisiblement jusqu'à Trisonia. Un îlot de 2 km 2 pour 40 habitants, planté à 600 m de Glyfada. Il est appelé « l'île aux français » tant leur présence est forte. Et c'est vrai, dès notre arrivée les pavillons Bleu Blanc Rouge sont majoritaires, mais qu'importe, ne sommes-nous pas belges. Le village typique dispose de 3 cafés dont un fait office de supermarket qui a essuyé une razia, il y a des siècles, la petite navette est une barque reconditionnée qui traverse le bras de mer et rythme la langueur de l'île. Adossée au village, la petite marina qui ne sera jamais achevée apporte un brin de vie, elle abrite les maigres bateaux locaux et quelques voiliers venant hiverner ici à l'abri dont on ne sait quel regard, une goélette a mal supporté l'hiver, elle a coulé le long d'un ponton, seuls les mâts sortent de l'eau, apportant une touche noire au petit port. Chut...

 

Pour aujourd'hui nous voguons dans deseaux chargées du tonnerre de l'histoire, nous traversons le Golfe de Lépante oùs'affrontèrent en 1571, la flotte de la Sainte Ligue, constituée des vaisseaux de l'Espagne, des Etats pontificaux, de la République de Gênes, du Duché de Savoie et de l'ordre de St Jean de Jérusalem à ceux des troupes ottomanes conduites par Ali Pacha. La bataille fut rude et fit près de 40 000 morts dont 30 000 turcs, 260 navires turcs furent coulés. La large victoire chrétienne fut attribuée à la Vierge Marie qu'avait priée le Pape Pie V. Amen. Malheureusement le port de Navpaktos est trop petit pour notre humble galère, aussi nous ne retrouverons pas le bras perdu de Cervantés cni la tête d'Ali Pacha sa tête qui fut plantée en haut d'un mat espagnol.

 

 

Nous voici à l'ombre du pont de Patras, à la sortie du Golfe de Corinthe, le jeu des courants se fait sentir et nous pousse vers Mesolonghi. Nous longeons très au large la lagune, des bouées doivent être là, oui mais où ? enfin les voilà, il nous faut prendre le chenal ainsi balisé qui traverse les marécages, soyons attentifs car les hautsfonds sont tout proches et s'échouer dans la vase n'a rien d'attrayant. Nous voilà bien engagé, bien centré au milieu du chenal, de par et d'autre le paysage dévoile quelques cités lacustres prisonnières des marais ? au bord du chenal sont plantées quelques maisons fleuries sur pilotis, à leur débarcadère branlant sont encordées quelques barques hautement colorées, anciennes maisons de pêcheurs transformées en maisons de vacances.

 

Tout au bout un large bassin circulaire dessert un quai de chargement industriel, aire de stockage d'un grand nombre de monumentales pièces d'éoliennes et la marina gréco-néerlandaise en pleine rénovation de Missolonghi. La ville est à 10 minutes de la marina. Sans charme aucun si ce n'est la simple présence des grecs, avec leur rythme et leur coutume, l'église appelle ses ouailles, par curiosité nous y allons, l'église est pleine, c'est un office catholique. La ville tire son économie d'autre chose que du tourisme et cela nous convient. C'est vendredi soir et nous traînons dans les rues en quête d'une bonne table... ce ne sont pas les tables qui manquent... C'est ici que le 19 Avrl 1824 meurt Lord Byron frappé par la fièvre des marais.

Ithaque - l'île d'Ulysse

 

 

 

Le paysage est grandiose et oh combiensymbolique pour qui arrive par cette côte escarpées et déchiquetée, là,derrière l'abrupte pointe rocheuse, une profonde baie s'ouvre, à babord sur uncaillou inabordable, d'une blancheur immaculée, la chapelle de Taxiarches et d'Evangélistria semble bénir les entrants et les sortants. Progressivement la baie nous découvre un paysage grandiose tel un fjord, dans un creux, une large passe nous dévoile une anse au fond de laquelle se love dans un cadre somptueux de collines verdoyantes le pittoresque village de Vathy, la bourgade capitale...  Là-haut accrochée à la montagne, la chora, l'ancienne cité domine et veille à la baie. Le village est fort agréable et bien sûr, impossible d'y échapper trônent au centre la statue d'Ulysse et un buste d'Homère...

 

De zèle et de transit-log

Peu de temps après notre arrivée, nous sommes invités au bureau des cost-guards sous les fenêtres desquels nous avons amarré Romar1. La jeune de service s'étonne que nous n'ayons aucun papier hellénique, nous lui expliquons notre périple et nos divers contacts avec ses collègues, il nous faudra voir son chef qui arrive le lendemain à 10h. Le chef est ponctuel et dès son arrivée nous nous présentons avec tous les papiers du bateau et la crew-list dont il n'a rien à faire, mais que nous n'ayons pas de Transit Log lui est insupportable, coups de téléphone, ce document est obligatoire, nous lui rappelons les nombreux contacts avec les autorités helléniques, rien n'y fait : « ses collègues ne font pas leur travail » « il n'en est pas responsable, mais lui il sait »... il sait aussi que cela fera 50 euro, à payer au Trésor qui par chance habite au dessus... nous montons payer et avec le reçu, le chef nous établit un document A3 aux multiples feuillets, avec qu'il nous faudra dorénavant présenter dans tous les ports, nom du bateau référence moteur, tonnage, longueur, etc, etc... pour des questions pratiques, Romar1 bat pavillon belge, l'officier nous abat de la question qui tue, c'est dans l'Europe, la Belgique ? Yes Sir. Il est rassuré car les formalités sont simplifiées. En fait, cela semble être du pur zèle car, plus tard, aucun de ses collègues auxquels nous nous présentons ne veut tamponner ce sésame dépassé ?

D'agora et de démocratie...

Le soir arrive, non point que Romar1 soit le point G, le point central du village mais devant sur le mail s'installent chaises et sonorisation, nous pensons concerts, en fait le mail se transformera 3 heures durant à une agora, trois heures de discussions pour que l'île soit dotée d'un pédiatre... la discussion s'enflamme, s'apaise, s'attise puis redescend à nouveau, les gens vont, viennent, parlent et repartent, bonenfants... vote, encore et encore... de résultat nous ne saurons rien... à la nuit tombée la sono est rapidement démontée et les chaises empilées...

 

Siège du Parti Communiste d'Ithaque 

Du baromètre comme ouzographe

Comme le baromètre est tombé d'un coup et que notre périple n'impose ni contrainte ni date, nous restons et accompagnerons Pénélope dans l'attente de son Ulysse depuis si longtemps parti. L'île est  l'une des sept îles qui forment l'archipel des îles Ioniennes, elle recèle certainement quelques mystères que nous devons découvrir aussi louerons nous une au-tole-mobile, une basique, sans chichi, d'ailleurs nous n'avons pas le choix, ce sera une fiat uno, caisse rouillée, habitacle empoussiéré, réservoir vide, 25 € pour la journée, kilométrage illimité, c'est sans rique sur cette île de 100 km2 doté de 50 km de route goudronnée, "pour ce soir garez là sur la place, la clé sous le tapis". On ne saurait s'embarrasser de plus de formalités.

 

Alors nous sommes partie à la recherche des sirènes sur la côte Ouest et sommes tombés sur les gardes côtes, nous avons cherché le cyclope dans quelques tavernes du côté de Stavros, nous n'avons trouvé qu'un musée fermé, alors nous sommes descendu dans le petit village de pêcheurs d'une unique et simplicisme beauté, ensuite nous sommes montés à la grotte des nymphes mais elle se sont depuis longtemps évaporées, le lieu est désormais délaissé, abandonné... Nous avons cherché Ulysse mais ne l'avons pas trouvé, des archéologues viennent d'entreprendre une campagne de fouilles au Nord de l'île sur ce qu'il pense être le palais du roi d'Ithaque, qui sait ? Un constat, contrairement à la Grèce continentale où tout semble permis, Ithaque prend un soin particulier à son urbanisme et veille à une soigneuse restauration de son patrimoine architectural... là dessus repose aussi son économie, car enveloppée d'une végétation verdoyante, l'île possède de magnifique forêts et de superbes plages aux eaux cristallines. Mais aujourd'hui le ciel tourmenté, plombé donne à l'île et à la mer des lumières surnaturelles qu'aurait volontiers croquer Turner. Le seul inconvénient : bien peu protégés du Maiestro nous sommes sévèrement malmenés à bord de la lessiveuse « Romar1 " et les nuits se font longues... pour les digérer, autant vous dire que l'ouzographe varie à l'inverse du baromètre.

  

Méganisi

Direction l'île de Meganisi, quasiment accolée à celle de Lefkadas, le lieu est là encore paradisiaque, pas de problème pour se mettre à quai, visite du petit village fraîchement badigeonné d'un blanc estival, peu de touristes, cela nous sied parfaitement. Alors que nous prenons l'apéro à la terrasse d'une taverna, nous nous retrouvons progressivement au coeur d'une discussion, une agora d'une vingtaine de personnes naît là sous nos yeux, nous trouvant un peu trop au centre nous nous rabattons à l'extérieur du cercle pour assister à la discussion, mais faute de traducteur nous ne comprendrons rien de l'objet du débat.

 

Le lendemain nous optons pour aller à Vlikho, le mouillage de rêve décrit dans tous les guides nautiques. Hop là, alors que nous ne sommes qu'en Avril, la très belle baie bordée d'une quantité de bases de location n'est plus l'idyllique point de mouillage mais un parking de type autocariste où tout le monde vient mouiller, cela donne du bord à bord et d'incessants passages d'annexe, bonjour la quiétude. Filons vite d'ici, ceci n'est point pour nous. Nous abandonnons à tribord l'île de Skorpios si chère à Onassis puis laissons la forteresse d'Agios Georgios qui garde l'entrée du chenal de Lefkas. La passe de 4 km entre l'île et le continent est assez curieuse, le paysage qu'il déroule est un peu surnaturelle entre terre et eau mi lac mi marais mi vasière, une inqualifiable rencontre entre le solide et le liquide. A la marina très chère nous préférons les quais gratuits du centre ville mais cela ne devrait durer car toutes les bornes sont enveloppées et débranchées, et la vocation des quais sera d'accueillir les grandes unités, bien sûr... Lefkadas est une charmante et riche ville qui est visiblement solidement assise sur la manne touristique.

Prévezas

Saut de puce pour aller à la Cléopatra Marina de Prévezas afin de réparer quelques défaillances énergétiques, les batteries... mais avant il faut attendre que l'ouverture aux heures pleines du pont qui enjambe le chenal.

 
 
 
Nous nous posons pour quelques jours à l'excellente Cléopatra marina, une rotation en minibus nous emmène de l'autre côté de la baie à Prévezas. Nous profitons de cette halte pour changer deux batteries de 250 Ah, excusez du peu. Elles sont évidemment inaccessibles. Heureusement Léo est arrivé ce matin et sa capacité musculaire fait que l'opération est rondement menée. Le lendemain, Antoine, après un périple Rennes/Prévezas Kafkaien vient compléter l'équipage afin de poursuivre le périple. L'étape suivante est Paxos et son inséparable Antipaxos.

 

L'île est d'emblée magnifique, elle baigne dans une torpeur printanière que rien ne saurait distraire, nous contournons Agios Nicolaos et Panagia les deux îlots qui protègent le port, le premier est dominé par un château de l'époque de la domination vénitienne(1423), tandis que sur le second s'élève un monastère consacré à la Vierge (Panagia). Nous voici au port de Gaïos, la capitale de la plus petite des îles ioniennes, 25 km2 pour 2400 hbts. Le cadre est enchanteur. Comme les bateaux sont rares (essentiellement des scandinaves),  nous avons le privilège de nous placer en long. L'habitat est typique de l'archipel, petite maison à un étage desservies par d'étroites ruelles. Sa grande ressource, on s'en douterait, le tourisme mais à côté une économie locale reposant sur la pêche, l'agriculture dont celle de l'olivier, comme Tonio est connaisseur, nous passerons quelques heures à déguster les huiles locales aux verres, et oui, dans une huilerie peu ragoûtante située sur le port, l'huile est stockée dans des fûts métalliques qui tiennent plus de la mécanique générale que de l'alimentaire. Chacun a choisi son huile et repart avec son bidon.

 

Le lendemain nous faisons le tour de Paxos, si la côte est était calme, à la pointe Nord, les choses changent et l'état de la mer ne nous permet pas de profiter des innombrables criques et des cavernes qui sont la proie des bateaux promenade. Nous nous poserons quelques temps pour profiter des eaux turquoises. Le midi nous irons déjeuner au mouillage sur une des belles plages d'Antipaxos.

 

Sivota :

Cap le continent, cap sur Sivota, la traversée aurait pu être calme si le capitaine n'avait pas voulu aller explorer la rivière Acheron dont l'embouchure donne au sud d'Ammoudia. Oui il y a bien une rivière, nous la remontons sur deux kilomètres, oui il y a bien de l'eau douce, son courant qui descend des montagnes est plutôt fort,  oui il y a bien des pontons, mais aucun n'est en capacité de nous recevoir, plus on avance plus la rivière se rétrécit au point de pouvoir toucher de par et d'autre du bateau les roseaux. Comme ce n'est pas l'heure des moissons et que le public du bord ne perçoit guère l'intérêt de l'aventure, il faut faire une longue marche arrière, puis un savant demi-tour pour nous délivrer de ce piège à moustique. Donc faute de place ici cap sur Parga,  faute de place à Parca, cap sur sur Sivota. Atteint en fin d'après midi nous sommes réceptionnés par le serveur du bar devant lequel nous nous amarrons, cela ne lui convient pas et nous demande de partir place réservée, il est hors de question de bouger. Conclusion, cost guard et paiement d'une taxe d'amarrage ? A vous dégoûter d'une ville. Pour lui signifier notre agacement nous irons consommer dans le restaurant voisin. Assis en terrase nous constaterons combien les bateaux de loc sont maltraité, une équipée d'allemands à bord d'un Lagoon 500 viendra en marche arrière violemment embrasser le quai, bonjour l'arrivée. Visiblement cela n'a choqué que le quai.

 

 

Pétriti - Corfou

 

Nous abordons l'île par le Sud Est en provenance de Sivota, la terre est là à quelques miles, nous passons la pointe Sud : Cape Candouris, puis Lefkimi pour nous poser à Petriti, un petit port de pêche inséré dans la lagune de Lefkimi et protégé par une petite jetée. Comme pour nous inviter un voilier nous laisse quelques mètres de l'unique quai qui contient tout au plus une dizaine de caïques. Amarré, nous laissons les nombreuses tavernas qui font face à la mer et montons au village en quête de quelques victuailles...le soir nous dînerons dans un restaurant qui cuisine à merveille le Kalamar grillé : excellent, le patron a été chef de rang sur les paquebots de croisière et est de ce fait polyglotte.

Corfou :

Nous y voilà. Nous sommes à une des étapes importantes de notre périple, une ville qui s'est forgée au fil de l'histoire une singulière identité sans cesse tiraillée entre l'Orient et l'Occident, entre le monde chrétien et le monde musulman, entre le rite grec et le rite latin. Toujours à l'avant poste, l'île occupe une position stratégique à l'entrée de l'Adriatique. Des 4 siècles de domination vénitienne Corfou en a gardé une forte empreinte architecturale qui fait d'elle la plus italienne des villes grecques. L'architecture de la vieille ville est restée intacte, véritable palette des influences européennes à dominante italienne comme l'atteste les monuments et ruelles de la vieilles ville aux allures napolitaines. L'imposante forteresse à l'Est qui protégeait la vieille ville a été doublée d'une autre citadelle « vénitienne » placée au Nord, ce qui fait de Corfou un site tout à fait remarquable classé au Patrimoine mondial.

 

L'île du même nom s'allonge sur environ 50 et 20 kms de large et est construite crescendo, au Nord le massif montagneux dominé par le Pantécrator, au centre des collines et au sud des plaines. Elle a été de toutes les invasions sauf de la plus longue. A l'ouest visible par temps clair l'Italie à 50 miles, au Nord, à 5 kms, la tourmentée Albanie, à l'Ouest,la Grèce et au Sud le Pélopenèse, la province ennemie.

 Le mont Pantokrator, culminant l'île de Corfou

La baie de Kalami

et la maison Blanche de Lawrence Durrell, un ponton permet de s'amarrer pour y manger

 

Mercredi 19 Mai :

Sagyadas - Dernière ville grecque

 

Hier nous sommes allés à Sagyadas (ne vous affolez pas pour l'orthographe, en Grèce le même mot peut avoir plusieurs orthographes, pas vraiment simple pour un néophyte),,, en fait  c'est le dernier village grec situé sur une bande de terre complètement pelée avant l'Albanie (il y a peu encore, l'accès à cette zone était soumise à autorisation). Le port s'avère un mouchoir de poche, l'entrée et le TE (tirant d'eau) ajustés aux mensurations de Romar1, le bassin est quasiment vide hormis le zodiac des cost-guards et 2 canots de pêche, en début d'AM un voilier anglais nous y a rejoint. Dès notre arrivée nous allons signaler notre présence aux autorités, l'accueil y est souriant pour ne pas dire dilettante, nous parlons papiers, ils répondent qu'ils en ont cure. Sur le quai s'alignent des tavernas (restaurants) mais où pêchent ils donc leur clientèle car alentours il n'y rien, derrière cette ligne de bâtiments nichés dans une coulée d'eau se cache un autre port, réservé à la petite pêche. Ce bras jouxte une vaste lagune qu'arpentent des pêcheurs à bord de petites barques à fond plat, ils fouettent l'eau avec de longues perches pour rabattre les poissons dans les filets... Nous montons en vélo au village, Sagadia s'éparpille au pied d'un haut massif pelé, sur ses contreforts s'accrochent de fantomatiques murs de défense, le village estdesservi par la route de Butrin en Albanie, un haut lieu antique classé au Patrimoine mondial. Dans le village endormi, nous croisons une vache, 2 commerces, un laveur de tapis qui sieste, quand soudainement un bruit sourd fond sur nous, c'est une invasion, non une colonne d'Harley Davidson chevauchées par des papys allemands cuirassés de noir, la cohorte se clôture par un combi Mercédes blanc conduit par une femme, cela ressemble fort à une assistance médicale. Le soir nous faisons le tour du port, comme nous sommes dans l'avant saison les tavernas sont pour la plupart en rénovation, au milieu, une petite bâtisse abrite le poste de police, quelques policiers et une demi-douzaine d'albanais discutent et rient ensemble, l'ambiance est bonenfant, plus tard les albanais montent sans retenue dans un vieux« paniers à salade », surprenant, une reconduite à la frontière toute proche ? bien possible car il y a beaucoup de tentatives dans ce secteur...

 

Dans notre quête du soir,  nous optons pour la «Soria Malia», une Tavernas neuve au design soigné, l'accueil est pour le moins chaleureux, on sent d'emblée le caractère familial, visite des cuisines pour une présentation des poissons frais disponibles, une pratique courante en Grèce car le nom grec des poissons n'évoque rien aux étrangers, le patron nous offre une bouteille de Retsina, le serveur, s'installe à la table et nous offre un alcool de son cru, un tsipouro, ça décoiffe. Notre repas de petits rougets frits est accompagnés de« zuchinni balls », petits pavés panées de courgettes et fromage frits puis se termine par le traditionnel dessert offert par la maison (là encore, une tradition grecque). Pour clore le tout, ils nous invitent à utiliser leur ordinateur pour accéder à la météo.

 

Jeudi 20 Mai :

Sagyadas et quand les dieux ripaillent

Nous ne resterons qu'une journée au pied de ces montagnes pelées, aux roches brunies par l'érosion du temps. Le baromètre de bord indique 1016 mb, la météo prise hier soir donnait au lever du2BF Est tournant à 4BF Sud à 15 h, avec 15 miles nautiques à couvrir, c'est gérable sans problème surtout en partant à 10 H, nous étions bons. bons pour 5 miles, oui pour 5 miles car c'était sans compter sur une réunion familiale dans la baie, aux cotés de  Poseïdon en colère brandissant son trident à 3 pointes d'où jaillissaient mille éclairs, se trouvaient ses frères Zeus et Hadès... quant au cousin Hélios, dieu du soleil il n'était malheureusement pas de la fête. En quelques minutes les conditions ont basculéet Romar 1 a du affronter de violentes bourrasques de vent de Sud Est puis des averses, des orages tournants,  des houles fortes, hachées, croisées semuèrent en mauvaises déferlantes difficilement gérables puis en lames écumantes. Romar1 était ballotté, secoué, chahuté, à l'arrière l'annexe était sur le point de rompre ses attaches, à l'intérieur par chance seule la bouteille d'Ouzo chuta mais ne se brisa point, c'était un signe. Il en fût ainsi pendant 90 minutes, ciel plombé, horizon bouché, nuages percés, mer déchaînée. Décidément le Mont Pantocrator qui ferme avec ses 900 m le Nord de'île porte bien son nom «Maître de toutes les choses», il retenait tous les vicissitudes climatiques dans son chaudron. Les secondes se firent minutes, les minutes se firent heures, 90 minutes interminables. Tirant des bords pour trouver quelques réconforts, se laissant surfer sur les lames les plus fortes,Romar1 fût malmené, roulant, déroulant, enchaînant gîte bâbord à gîte tribord, décidément les dieux ripaillaient fort ce 20 Mai, ce n'est pas possible, ilsétaient ivres. Ce n'est qu'en entrant dans l'anse de Gouvia que Romar 1 souffla un peu, qu'importe le déluge d'eau qui continuait de s'abattre, qu'importe les orages et ses éclairs qui zébraient la baie, les vagues étaient contenues. Unappel radio à la marina de Gouvia sur le canal 69 nous attribua la tête du ponton L. Là dans cet immense port nous nous savions à l'abri, derrière nous de nombreux bateaux étaient dans notre sillage et venaient chercher un refuge, un havre de paix dans cette fête céleste mais néanmoins païenne. Pour sûr les roses de Corfou ont souffertes...

 

Cette journée fût certainement la plus éprouvante depuis la France, c'est vrai que ce périple n'a rien d'un voyage tranquille, on garde en souvenir, l'orage sur le canal Rhin Danube, le toit de l'Europe fluviale près de Nuremberg, la tempête danubienne avant les Portes de Fer, certains passages difficiles de la Mer Noire. Oui, on en garde des souvenirs... mais bon... que d'appréhensions, de tensions, de stress... c'est cela aussi la navigation de plaisance...

 

Vendredi 21 Mai :

Le Jour de l'Union.

Cette nuit l'orage a continué à forger le ciel, il est ce matin en deuil, une pluie fine enveloppe notre univers.

Planning dujour :

Approvisionnement à Corfou centre, à 15mn avec la ligne bleue du bus urbain (à 1,30 euro).

Arrivés en ville, étonnement, aucuneanimation, aucune activité, serait ce un nouveau jour de grève pour protestercontre le plan du gouvernement socialiste ? Nenni, c'est le « Jour del'Union », la grande fête de Corfou, la fête des îles de la MerIonienne. 

Alors un brin d'histoire :

 

  • En 338 av J.C, le Roi Philippe II,empereur de Macédoine s'empare de Corfou
  • En 300 av J.C, l'île est envahie par lesSpartiates  puis par les Illyrienspuis les romains
  • En 337 ap JC, elle passa sous l'empireByzantin.
  • En 1267  Charles d'Anjou alors roi de Sicile s'empare de l'île
  • De 1386 à 1797, elle est dominée par lesVénitiens. La population juive était importante et jouissait d'un certainnombre de privilèges donnés par les vénitiens mais les Chrétiens excédésobligèrent les juifs à porter un signe distinctif jaune... Prémonition ? (Aucours de la seconde guerre mondiale 2 000 juifs d'ici furent déportés).
  • En 1797 Napoléon signe le traité de Campo-Formio, les îles ioniennes deviennent françaises.
  • En 1815, les Anglais envahissent l'îleet la place sous leur protectorat jusqu'en 1864.
  • Le 21 Mai 1864, les îles ioniennes sont rattachées à la Grèce.

 

Et c'est donc aujourd'hui le 146 éme anniversaire de la fin de cette odyssée historique.

 

La cérémonie :

Le décor : Devant la vieille citadelle, l'esplanade faite de promenades, de jardins, du terrain de criquet et oui les d'anglais sont ici chez eux... cette esplanade qui, hier était le champ de tir vénitien est le cœur historique de Corfou. Le public se masse surles pelouses et le long des avenues Dousmani et Eleftherias dit le Liston, une réplique de la « rue de Rivoli » une artère commerçante toute enarcades abritant essentiellement de terrasses de café pour tourisme huppé etjeunesse dorée. Un ensemble construit par le français Mathieu de Lesseps, le père de Ferdinand, le roi des canaux de Suez et Panama. En arrière plan, le monument de l'Union, l'Enoseos, un très simple pan de mur de pierres blanches de 3 m de haut sur 2 m de large, sans inscription, entouré de 8 murets dotés d'une plaque de marbre brun symbolisant chaque île ionienne, l'ensemble est pour le jour flanqué de 2 austères soldats et de deux faisceaux de 3 fusils retenant un casque renversé dans lesquels brûle de l'encens.

 

Des jeunes ont eu le temps de déployer une banderolle

mais celle-ci a été rapidement enlevée par des policiers de de type Robocop

Au regard des forces en présence, c'est une histoire de sabre et de goupillon. Qui a parlé séparation de l'église et de l'Etat, n'oublions pas que l'église grecque est inscrite dans l'article 3 de la constitution « au nom de la sainte trinité, consubstantielle et indivisible ». Face au monument, les autorités civiles et militaires, à droite, près des micros, les dignitaires religieux...

 

Les cuivres et percussions de la Fanfare de Corfou ouvre le défilé par une marche militaire, dotés de casques à pointe surmontés d'un plumet aux couleurs de l'île (bleue et pourpre), les musiciens ouvrent la cérémonie, les dernières notes s'égarent sur la vaste esplanade et retombe le lourd silence d'une chaleur écrasante. Une voix grave s'élève, c'est celle du Métropolite de Corfou (l'évêque), un embonpoint ecclésiastique au visage poupin emprunt d'onctuosité comme enduit de fond de teint, il porte tenue sacerdotale, chasuble, étole, manipule et une croix pectorale proportionnée à sa dimension. Encadré de ses primats prétoriens, il se lance dans un discours du genre vis sans fin où même les horloges marquent une pause, les quelques korfiotes noyés dans les touristes ainsi que les autorités civiles et militaires se signent et re-signent encore et se résignent (n'oublions pas le signe de croix orthodoxe est composé de trois signes de croix de droite à gauche), le discours se mue en une lancinante prière incantatoire, ses coreligionnaires  reprennent en cœur pour le soutenir et ils entonnent et empilent des canons (tout se fait à capella car chez les orthodoxes, l'instrumentation est bannie, l'instrumentation musicale j'entend, car l'instrumentation politique, est permise... ) les implorations tournent à l'office religieux... les dernières vapeurs d'encens dissipées et la liturgie achevée, on s'attend à quelques discours des forces vives de la nation, nenni, seule l'église a en ce lieu un droit de parole.

S'ensuit la dépose des gerbes, oui des gerbes, car ici, c'est un défilé de dignitaires qui viennent tour à tour poser, déposer, apposer, voire parfois, balancer une gerbe, à la fin c'est une compile d'une douzaine de couronnes vertes au pied du mur. Le premier dans l'ordre protocolaire doit être sans contexte le représentant de l'Etat (un grand,froid, sec, raide, au plastron empesé de sa chemise Vichy, une allure de préfet quoi... ), derrière les élus territoriaux, plus surprenant,  voici les partis politiques dont le PKK (PC grec) ! suivis des autorités militaires, pararme... Suivent sonnerie au mort et hymne national... la cérémonie terminée, c'est dans une jolie pagaille que les officiels rejoignent leur tribune, le public s'amasse de par et d'autre de l'avenue pour assister au défilé.

 

 

La deuxième fanfare de l'île en tenue d'apparat approche au rythme du tambour et se positionne devant la tribune des corps constitués.

MUSIQUE.

Au bout de l'avenue apparaît portant une bannière blanche ornée d'une croix rouge une matrone immaculée qui a tout du kapo, suit au pas, le corps de la santé, infirmières en tenue professionnelle, religieuses en tenue ordinale, médecins en blouse médicale, cela ne rigole pas,  viennent ensuite derrière leur porte étendard les associations sportives et de jeunesse, là, cela fait mal, on a quelques relents de scoutisme , de nationaliste, pas très sains, puis viennent les représentants (adultes et enfants) des différentes îles en tenue folklorique, cela ne manque pas de couleurs et de cachets, le pas est plus dansé que cadencé, c'est assez décontracté.

 

 

 

Changement de fanfare, retentit le chant du départ, l'ancien hymne napoléonien qui a déjà résonné en ces contrées il y a deux siècles passés, c'est au tour des grandes écoles, l'allure est parfois stricte parfois franchement rigolarde, jeunes femmes en talons haut à très haut et jupes courtes à très courtes, la marche au pas chaloupé fait que ça déménage dans les regards, puis plus surprenant voici celui des instituts spécialisés, les personnes handicapées mentales ou physiques placées sont accompagnées ou poussées par leur soignant...

 

 

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De Corfou et d'Othoni (Grèce) Article en chantier

 

 

Benitses  (Mpenitses)

Nous ne sommes pas en Italie comme initialement prévue, cela sera pour plus tard. Entre retour express en France, soucis mécaniques liés à des bulles d'air dans le circuit gasoil entre pompe et réservoir, caprices météorologiques liés à des masses d'air en conflit entre Nord et Sud, un concours d'évènements qui font que nous voici à Benitses, un charmant petit port au Sud de la cité korfiotte.

Implanté à 15 Kms de Corfou-ville, avec dans le rôle de capitaine, le prénommé Costas, Sexagénaire, frère du maire, il va et vient incessamment avec sa pétrolette et son chapeau de paille vissé sur la tête, il arpente le quai, veille, informe, discute et place les bateaux, gare à celui qui ne voudrait suivre ses conseils, non ses ordres.

 

Benitses est une agréable petite cité établie sur un ancien hameau de pêcheurs et de cultivateurs. En quelques décennies, le lieu s'est métamorphosé en une petite station balnéaire pas huppée pour deux sous, les anciennes maisons et les anciens habitants sont toujours là mais leur statut a évolué, ils sont devenus commerçants.

Benitses s'agrippe à deux collines abruptes couvertes de cyprès et est exposées au soleil levant, ce qui au petit matin est un ravissement. Le seul petit inconvénient mais on s'y plie de bonne grâce, c'est que la commune se trouve en limite du cône d'atterrissage de l'aéroport de Corfou. Comme cela, du Vendredi au Lundi, vous assistez journellement à l'aterrissage de 10 à 30 charters anglais qui plongent devant vous vers la lagune de Chalikiopoulou surlaquelle flotte l'aéroport. En bout de piste, la chapelle de Pontikonissi souhaite la bienvenue ou bon voyage selon direction, vous n'y échapperez pas elle est de toutes les cartes postales de Corfou.

Benitses est desservie par une route côtière particulièrement tortueuse et très fréquentée. Cette route draine le sud de l'île et d'innombrables hôtels, qui, admirablement placés, rivalisent de laideur, l'Hôtel Resort, Kaiser Hôtel, ElGrèco, Oasis Hôtel, etc... . Visiblement les anglais semblent avoir une prédisposition pour assurer la clientèle de cette hôtellerie Low-cost, ils sont omniprésents, ils ont même importé leurs commerces « British », l'exotisme a ses limites.

Pour les guides touristiques Benitses n'a pas bonne réputation « elle n'a rien à proposer »... voilà un jugement définitif surprenant mais qui n'est pas pour nous déplaire car là comme ailleurs nous ne cherchons pas les vitrines mercantiles, les cafés branchés où les sites touristiques sanctuarisés. Nous cherchons l'imprévu, l'inattendu, l'anticonformisme... Pour Benitses, ses richesses sont intimistes, la ville les protége en son coeur, les garde comme un secret des dieux, les masque des convoitises touristiques, cette richesse est enfouie dans son décor naturel, fondue dans une envoûtante végétation, il faut fouiner, chercher, marcher, grimper, pour découvrir ces joyaux. Comme indice il y a bien ces vestiges, pans de mûrs, amorces de voûtes, sole de bains romains et quelques mosaïques, ce qui prouvent que sous la période romaine la ville a connu une période faste, mais cet indice en appelle un autre, qui dit bains,dit eaux et c'est justement là que la ville dispose d'un vrai capital : la Vallée des cascades.

Ces bains étaient alimentés par un aqueduc en pierre qui descendait de la montagne, un ouvrage démentiel pour un tel lieu et de tels bains mais il en était ainsi des volontés romaines, la main d'œuvre ne coûtait pas cher. Remontez au-dessus des bains, au-dessus de la ville, et là, vous arrivez dans un lieu comme nul autre en Grèce, une vallée encaissée qui s'enfonce, s'encastre, s'engorge dans la montagne, une vallée perdue qu'un filet d'eau a patiemment creusée, taillée, un étroit chemin tente de suivre le ru caché qui ne sait dissiper son éternel murmure cristallin, suivez le, là vous traversez un hameau perdu dans une luxuriante végétation, progressivement vous vous élevez dans le massif arboré, l'atmosphère se fait serein, on entre dans la félicité, l'amalgame des feuillages est de plus en plus impressionnant, il vous envahit et s'accapare maintenant la totalité du ciel, la chaleur écrasante du bas a fait place à une exquise fraîcheur qui devient bain de jouvence, on respire à plein poumons les senteurs des fougères, des vignes, des bougainvilliers, des figuiers, des orangers et des citronniers, vous traversez ici des ruines d'anciens moulins, là de petits ponts voûtés, vous empruntez des voies anciennes empierrées parfois dallées, des escaliers escarpés, de vénérables sentiers muletiers et là-haut, tout là-haut, vous parvenez au berceau de cette vallée.

 

On croit pénétrer dans un des tableaux de Gustave Doré, où le Céleste communie avec le terrestre dans une divine tragédie, dans un espace d'éternité enfermée sur lui-même. Oui, c'est là, au bout de ce chemin initiatique, difficilement praticable, après avoir passé une porte basse, d'étroits couloirs et un relief accidenté, oui c'est là dans cette lumière diaphane somptueuse, onctueuse, savoureuse, voluptueuse, c'est là que la terre perd ses eaux. De ses entrailles, par spasmes, par suintement, parfois vive et avec générosité, l'eau sort de la roche qu'elle a patiemment gavée.  Par de multiples interstices, de nombreuses failles, là, à l'abri des regards, dans l'obscurité d'une crypte, dans le crépuscule d'une caverne, l'eau devient lumière. Chacune des sources fait l'objet d'une attention particulière car les multiples naissances sont confinées dans des grottes protégées par une porte, un portillon comme un trésor jalousement gardé. Depuis les temps immémoriaux, depuis que les hommes sont passés par là, ce site et ses sources sont devenues un don du ciel, un don des dieux et font l'objet d'un culte, aujourd'hui encore, la croyance n'a pu s'empêcher de dédier un monument à cette exceptionnalité car au dessus, entourée d'ancestraux oliviers au corps noueux se dresse une frêle bâtisse, St Nikolaos Vrissiliotos, une chapelle blanche qui office encore et entretient la croyance à un dieu, à un seul, qui a fait en 7 jours  un monde parfait à son image mais un monde qu'il n'a pas souhaité habiter. Pourtant l'endroit respire ici la plénitude.

 

En été, au-delà le filet d'eau de surface est tari, seuls quelques puits permettent de voir çà et là que l'eau coule dans une rivière souterraine. D'où vient-t-elle ? de tout là-haut, de Mandraka, d'Aggi Deka ou de Gastouri. Au retour, une halte s'impose à l'Argo chez Spiros, sa base hôtelière est fraîche, au bord de la piscine lézardent ses clients russes, roumains, tchèques, anglais et polonais qui ont remplacé sa clientèle grecque durement frappée par la crise. Spiros est entouré de sa femme et de sa fille pour gérer sa petite affaire, N'hésitez pas à vous rafraîchir dans une ambiance bon enfant. Son hâvre est situé à 50 m sous l'église ou 100 m au-dessus de la boulangerie http://www.argobenitses.gr/

 

            

 

Le port est là encore tout neuf... enfin presque... reste à y effectuer le branchement des bornes qui restent en état, à finir les sanitaires, à faire la voirie encroûtés dans un éternel chantier. Sur les ports et leur équipement, l'explication est culturelle, comme pour l'immobilier, on ne finit rien donc on ne paye rien... c'est d'une simplicité... 

Suite à de nouveaux déboires moteur, nous avons trouvé un diéséliste pro (c'est rare ici, tous s'improvisent spécialiste de ceci ou cela mais rares sont ceux qui ont les compétences) et nous avons changé une partie de  la ligne d'alimentation du carburant qui avait subi les outrages des autres apprentis réparateurs. Nous effectuerons les essais dès que le temps le permettra.

Eh bien oui parlons du temps, car de ce côté il y a à dire, c'est vrai que si on retient de la Grèce les énormes incendies estivaux, il va sans dire que ce n'est pas à Corfou qu'ils se développent tant il pleut et que le vert est la couleur locale. L'île de Corfou est située, délimite, devrions-nous dire les eaux de la mer Ionienne et Adriatique, là où se confrontent aussi les vents, le Maistro qui vient du Nord des Balkans et le Sirocco qui vient bien sûr du Sud, cette ligne de démarcation ne cesse de bouger et est le théâtre d'un véritableconflit des masses d'air. Comme souvent en intersaison et en de tel lieu, cela donne de brusques changements climatiques difficilement détectables par les prévisionnistes. Comme Romar1 aime le calme sinon il roule méchamment son mécontentement d'un bord à l'autre, nous attendons que le marécage barométrique qui sévit sur l'Europe s'assèche un peu.

Sur les hauteurs de Benitses dominant Corfou se situe «  l'Achilleon », le palais d'été que Sissi s'est fait construire à la fin du XIX. « C'est mon Achille, c'est à lui que j'ai dédié mon palais car il représente à mes yeux l'âme grecque, la beauté de la terre et des hommes de ce pays. Je l'aime aussi pour être rapide comme Hermès, fort et persistant comme une montagne grecque, et dédaignant à son passage comme un nuage tous les rois et toutes les coutumes et lois ».

          

Sissi, l'impératrice                                   Le palais d'Achilleon                                Achille veille sur la baie 

La description d'Henri Miller est des plus caustiques, mais n'est-ce pas d'ailleurs un peu sa nature, dans le « Colossede Maroussi » il balaie ce palais d'une « loufoquerie » pompéienne. Il est vrai que si l'ensemble dispose d'une admirable vue sur la baie de Corfou et l'île aux souris, l'architecture, le décorum et les sculptures en font un site un tantinet mielleux, dégoulinant... mais à décharge, le palais a subi les affres du temps et de multiples affectations, Palais de Sissi, puis de la famille royale grecque avant de devenir celui du Kaiser « GuillaumeII », il fut transformé lors de la première guerre en hôpital par les serbes et les francais avant de devenir propriété de l'Etat grec, à la seconde guerre, il est réquisitionné par les italiens puis les allemands pour en faire leur poste de commandement, après la guerre, le site devient tour à tour, centre d'apprentissage, lieu de vacance pour les enseignants, puis un casino qui le restaure minutieusement avant que l'Etat ne le reprenne pour en faire un musée et un palais accueillant par deux fois des sommets de l'Union.

Sinon, ne croyez pas qu'en cette terre lointaine, nous soyons à l'abri de la planète foot, nenni, la coupe occupe comme dans nombreux pays du Monde une place privilégée, tous les restaurants, bars, commerces sont dotés de l'inévitable grand écran allumé à toute heure...s'il n'y a pas de débordements enflammés à l'issue des matchs quelques voitures arborent les couleurs des équipes du jour et roulent tambour battant, c'est à dire ici normalement.

Éliane et François nous ont rejoint pour quelques jours, nous ferons quelques aller retour à Corfou, la vie se déroule paisiblement au pied de la forteresse corfiotte, la quiètude du soir invite quotidiennement François à prendre son piano à bretelle et à nous jouer quelques airs marins. Le public alentour apprécie ses moments enchanteurs.

 

Comme le Sud de l'île ne nous est pas aussi familier que le Nord, nous avons loué une petite Fiat Panda toute neuve pour le découvrir. Il nous faut traverser la brume qui enveloppe les sommets de l'île pour parvenir par des voies goudronnées mais étroites et pentues à Chlomos, un petit village typique accroché à flan de montagnes avec une vue imprenable sur la mer Ionnienne. Le village est constitué d'un amas d'habitats anciens en surplomb d'une vallée escarpée mais généreusement végétalisée, les maisons sont drainées par nombre de ruelles et de multiples escaliers fraîchement dallées de pierre jaunes, ce qui confère à Chlomos une indéniable couleur touristique, les quelques tavernas rivalisent pour offrir la meilleure vue possible. Quelques vieilles qui semblent sorties des cartes postales sépia vaquent à leur occupation matutinale, nous échangeons quelques « Kalispéra », le "Bonjour" grec, certains tombent dans le vide probablement par saturation d'éphémères visiteurs.

Lefkimmi

La deuxième ville de l'île, Lefkimmi, paraît sans âge tant il est difficile de caractériser cette ville vieillotte qui s'étire sur d'ancien marais jusqu'à un canal pris dans la vase et qui abrite quelques caïques de pêche. Tirailler entre les temps modernes et les temps anciens, la vie y est modeste et l'économie  encore fortement rurale.

A l'entrée de la ville notons la présence çà et là d'ânes bâtés, ils ne sont pas là pour intégrer le décor photographique fort prisé des touristes en mal d'authenticité mais pour transporter toutes sortes d'ingrédients , paniers de légumes et de fruits, fourrage... Souvent ils sont menés par de vieilles femmes coiffées de leur traditionnelle pièce de tissus pliés, l'un et l'autre semblent résignés à porter les fardeaux de cette vie simple.

A l'extérieur de la ville une nouvelle avenue financée par l'Union Européenne descend à un grand port désert et dénué d'activité. Au bord de cette avenue fantoche se sont greffées quelques entreprises, mais les greffons ont défaillis et laissent place à des friches industrielles, seules les trois moyennes surfaces de type Lidl laissent espérer une raison d'être à cette avenue perdue.

Kassiopi :

Au Nord Est de l'île, face à l'Albanie, voilà Kassiopi. Construite sur une petite presqu'île surplombée par le Château des Angevins, une forteresse écrasée enveloppée par une forêt d'oliviers, d'orangers et de citronniers, au delà la côte est ciselée menue et présente une multitude de petites criques qui forment autant de plages très prisées par les touristes avertis. Au pied du château, le port où les plus grosses unités de pêche se sont muées en bateaux d'excursion.

 

A la tombée de la nuit, les quais s'agitent et deviennent lieu d'animation, de rencontres et de discussions. Au Nord, au delà de la mer, on distingue clairement l'Albanie qui ne semble pas souffrir de problème énergétique, la ville brille de mille feux et la longue promenade de Saranda forme à elle seule une illumination tout à fait occidentale...


Île d'Othoni

 

Othonoi, un petit caillou grec posé sous le talon de la botte italienne, un îlot de 10 km2 planté entre Italie, Grèce et Albanie. Le caillou entend bien rester hellénique face à l'envahisseur italien, une maison sur deux arbore le drapeau hellénique rayé bleu avec une croix blanche pour mieux déjouer les ritals qui débarquent aux beaux jours. Le village est là niché au fond de la baie, la rue principale faite de nids de poule aligne les 5 Tavernas dont une pizzeria et l'unique épicier de l'île. Les gens d'ici : des gens d'ailleurs pour tout dire tant ils sont rares à vivre ici à l'année, les autres sont des revenants en quelques sortes.

Dans les années 1910, la misère a fait fuir une partie de la population vers la terre promise, le nouveau monde, les photos sur la Taverna « New-York 1910 » relate cette histoire. Nombreux sont les insulaires qui ont quitté l'île pour faire fortune aux Amériques, les enfants et aujourd'hui les petits enfants ont suivi cette voie mais ces derniers reviendront-ils au pays ? les vieux en doutent. Interrogez les, tous se sont un temps exilés, qui, dans la restauration ou la marine marchande puis sont revenus ouvrir un petit business sur le caillou. Dans la réalité, une fois l'été passé, la plupart des "Othoniotes" vivent à Corfou, seule une petite centaine de personnes hiverne ici.

Toute simple, tranquille à souhait, la vie de l'île est rythmée par l'arrivée de la navette qui la dessert, l'approvisionne, la ravitaille car ici il n'y a rien, hormis en fin d'après-midi le retour d'une demi-douzaine de pêcheurs côtiers. Ils naviguent avec des caïques, des barcasses de bois, de 5 ou 6 mètres, tout bonnement dirigées à la barre franche. Beaucoup d'entre eux travaillent en couple. Une fois au port, la pêche débarquée, le pont rincé et les lignes à nouveau appâtées, c'est le repas du soir à bord avec les amis, les bouteilles circulent d'un bateau à l'autre, ce n'est que tard qu'ils rentreront dormir pour une courte nuit. Demain à 5 heures ils repartiront. Cette apparente quiétude laisse filtrer malgré tout une ambiance assez énigmatique, il est vrai qu'au centre d'une triade de pays dont l'Albanie qui se réveille d'une période de plomb, cet îlot recèle de multiples potentialités et fait l'objet d'une attention toute particulière des cost-guards. Et pour cause, d'incessantes allées et venues de bateaux rapides débarquent et/ou embarquent plus ou moins discrètement quelques personnes, quelques marchandises.

 

 

L'afflux touristique de l'île repose sur deux points, être une base de vacances proches de Corfou et surtout, être une escale incontournable pour qui fait la traversée entre Grèce et Italie, ledit canal d'Otranto, ligne de démarcation des mers Ionienne et Adriatique est une zone à la réputation difficile.

L'île vient d'agrandir à l'Est du village son port pour en faire une base tout à fait acceptable mais très controversée parce que mal protégée. Là encore tout est neuf donc rien n'est achevé et ni en service... promis, c'est la dernière fois que je mentionne ce mal endémique...

Aux WE des beaux jours la paisible cité s'anime, on nous a prévenu « Italia - Fiesta»...  le port accueille des « voileux » italiens qui viennent y faire la fête...  bientôt ils sont une dizaine, l'un « Dance » arrive en fanfare, accordéons, guitares, chants, assurément le WE s'annonce chaud. Un homme orchestre les arrivées, attribue les places, qui est-il ? le mystère est là entier, il n'est pas maire, nous saurons seulement qu'il s'appelle Tassos et qu'il tient une des 3 tavernas du village, il est partout où cela bouge, un pêcheur débarque, il arrive avec son puissant 4x4 noir, l'aide à la manoeuvre et repart avec son pochon de poissons... des plaisanciers arrivent, il est là, Tassos possède aussi un bateau de promenade et organise quelques excursions...

 

 La baie d'Ormos Ammos (Othoni) - En arrière plan dans la pointe Limini Avlaki (le port)

Nous mettons à profit la météo incertaine et ce n'est pas un euphémisme pour visiter Othoni et voir s'il se peut à partir du sommet de l'île (340m) l'Italie voisine, mais la voie goudronnéeet en lacet aboutit à un petit hameau inclus dans des oliviers, sublimes mais encore bien loin du sommet, par manque d'équipements nous n'irons pas tout en haut... mais cette montée révèle de magnifiques panoramas sur la baie et le village, tout autour ce n'est qu'un vaste massif impénétrable, une vue sublimée par les parfums qu'exalte la végétation méditerranéenne en pleine floraison à cette période de l'année, elle explose, nous nageons dans des baumes composés de sauges, de térébenthines, de genêts d'Espagne, de chênes kermes, de cistes, de lentisques, d'oliviers, de cyprès, d'amandiers, de genévriers et de myrtes... les "tsimboukaria", des cyclamens sauvages, très parfumées et très légèrement rosées. C'est l'ivresse avant l'heure.

 

Romar 1  amarré à Limin Avlaki 

Othonie :

Tranche de vie

Lundi 

5:00 :

Le jour se lève avec sa tête des mauvais jours, l'horizon lui a le front bas, il est bouché, autour de nous le petit port s'éveille, les moteurs comme les pêcheurs fument, toussent, crachotent, il faut sortir de cette torpeur matinale et partir en mer malgré le vent annoncé.

10 :00

Les dernières fratries de chats jouent dans la poussière moite du chemin. A droite, l'usine électrique et ses groupes électrogènes fournissent l'île en énergie, plus loin c'est le cimetière avec ses uniformes croix de marbre blanc, devant, l'église de son clocher séparé, elle porte en faîtage une enseigne : une croix de néon bleue allumée la nuit, probablement pour signaler que la maison de Dieu est ouverte 24/24, l'effet est baroque et mensonger car elle est souvent fermée. Plus loin, le village baigne dans une pesante chaleur printanière, les baromètres ont lourdement chuté, la vie s'est arrêtée. Ici, c'est la Mairie qui abrite également les Cost-Guards, plus loin, sous l'auvent d'un simili bar est garé un vieux pick-up japonais «de luxe» de marque Isuzu, il semble tout droit sortir de Bagdad Café, un de ces engins capables de traverser par lui-même les déserts et les mers pour rouler rouiller ici, la corrosion grignote petit à petit ses extrémités, ses multiples couches de peinture ne peuvent cacher l'origine des publicités qui servent de rustines métalliques à sa carrosserie, cet antique véhicule est la voiture de livraison de l'épicier. Devant ce vestige,  face à la mer, assis sur un banc et quelques sièges en plastique décoloré, des anciens sont alignés, ils attendent, regardent la baie ou bien la ligne d'horizon ou le néant ou bien encore l'infini. De temps en temps, un mot est lancé, mais ne rebondit pas, il s'écrase sur le sol en béton, personne n'a voulu le rattraper, il fait trop lourd, seul par intermittence, le son granuleux d'un Komboloï (chapelet grec), tournoyant autour de vieux doigts frotte le silence. Un homme passe dans la chaleur et lance un « yassas » (bonjour), parfois il est repris par l'un ou l'autre ou plus souvent laissé à l'abandon, sec sur le béton, parfois s'amorce une phrase, un échange, le dialogue s'installe, monte en puissance, puis s'essouffle au bout de quelques minutes, à bout de mots, le silence se réinstalle, se réapproprie l'espace un temps volé, ainsi va la vie ici à Othonoi, avec là comme ailleurs ses instants d'éternité...

 

Il nous faut quelques provisions, le« supermarket » est là adjacent au bar, pour y rentrer il faut emprunter une porte dérobée seule connue des initiés, la grand porte n'est ouverte que le soir de 18h à 22h, le lieu est haut de plafond, là accrochés aux poutres finissent de mûrir des seaux en plastique et autres ustensils, les murs sont couverts d'étagères qui, selon les rayons, montrent que certains produits sont indisponibles ou en petite quantité, on y trouve de tout de laquincaillerie à la droguerie, des produits frais à la vaisselle, vu l'état,certaines boîtes de conserve ont dû être fournies avec la voiture... L'épicier est d'une extrême gentillesse, il parle l'anglais avec cet incontournable accent américain qui lui sied si bien à l'image de sa casquette publicitaire vissée sur la tête, si faute d'or, il a abandonné ses dents aux Amériques, son visage finement ciselé par les ans et ses yeux clairs laissent percer le sourire d'une douce sérénité. Nos courses faites et payées, nous sortons mais le silence d'avant est couvert par un sourd bruit de fond sur lequel s'appuie un long coup de trompe, c'est la navette qui signale son approche ... Les vieux sortent de leur torpeur, se lèvent et s'avancent, l'épicier démarre les 6 cylindres de son carrosse corrodé et l'avance lentement vers l'embarcadère, devancé par quelques camionnettes, nous les rejoignons au point G de l'île. Les embarcadères sont toujours le point de convergence des insulaires, le quai de l'autre monde, celui des adieux et des retrouvailles, un lieu d'informations et d'échanges.

Sous l'œil vigilant du cost-guard, la navette « Pegasse » accoste, quelques touristes descendent... s'ensuit un déchargement de colis, cageots, sacs de pain, jerricans de carburants, packs de boissons, un inventaire de la vie matérielle de l'île, quelques m3 de marchandises désordonnées sont ainsi étalés à la poussière sur le quai, chacun prélève ce qui lui revient, après quoi on charge les bidons vides, de nouveaux cageots, de nouveaux colis, l'unique passager monte à bord avec ses bagages. Deux coups de corne « Pegasse » annoncent aux autochtones et aux cigales son départ imminent, il libère tous ses chevaux-vapeur pour manoeuvrer et rejoindre l'île-continent : Corfou....il est 12 heure, c'était le point culminant de la journée... maintenant, l'île peut replonger dans sa torpeur... jusqu'à demain...

14:00 Les derniers voiliers sont partis, reste un très beau motoryacht italien et Romar 1. C'est la somnolence qui s'installe doucement, il n'y a plus de mouvement, l'île est immobile, seule la mer inlassable s'active.

16:00 Curieusement, le port commence à faire l'objet de bien des attentions, des véhicules vont et viennent sur le vaste terre plein, certains s'arrêtent, observent et repartent... d'autres vérifient les amarres des quelques coques encore présentes, le baromètre joue au yoyo, depuis sa chute du matin, il se relève, péniblement...

17:00

Un voilier approche, il semble bien près des hauts-fonds qui sont là, signalés sur les cartes mais non balisés en mer. Emilio, le tout italien du « My Life » siffle, nous agitons les bras, nous ne sommes ni vus ni entendus... le voilier persiste et ignore les écueils qui sont là à quelques mètres devant lui. Soudain un grand bruit, le voilier stoppe net, il a heurté une des nombreuses roches sous un mètre d'eau. Après quelques instants d'incrédulité et de flottements qu'on perçoit à bord, le bateau bat arrière toute puis prend plein sud avec une vigie à l'avant, il arrivera au port sans plus d'encombre mais l'alerte a été chaude car laisser sa quille en ces lieux, c'est à coup sûr perdre le bateau.

Un camion de type « dernier taxi pour Tobrouk » débarque sur la cale, sac de pomme de terre, filet des produits du pays, pochons d'herbes, tout est chargé dans  un bateau rapide, 6 passagers embarquent, rapides signes d'adieu, ce sont ceux qui travaillent en Italie, le WE est fini. Chacun prend place et connaît par habitude les gestes pour larguer les amarres. Avec 600 chevaux, ils y seront à la nuit.

18:00

Tassos, l'activiste du port arrive en catastrophe, un fort coup de vent 8 BF du sud vient d'être annoncé, nous serions mal protégés ? il faut nous déplacer, la place des pêcheurs est libre car ils sont partis se protéger ailleurs, c'est rassurant. S'ensuit le déplacement de nos unités motorisées, il faut mettre le nez au vent, cela implique un ancrage plus un double amarrage, la protection des aussières. Ouf, nous sommes parés pour affronter le coup de Sirocco.

20:00

Installés au restaurant, nous avons droit aux infos grecques, à l'attaque israélienne du navire d'une ONG turque, de l'économie nationale qui suit le baromètre... ensuite l'inénarrable bulletin météo, plus de 30 minutes de prévisions météorologiques et marines, une émission à part entière, très très pointues, les cartes annoncent bien du 7/8 BF de Sud tournant demain en fin de journée au Nord/Ouest, c'est bien notre veine... mais que faire, nous ferons avec... La nuit est agitée, au milieu de la nuit les équipages se lèvent et veillent aux amarres car le vent est là et bien là mais à l'opposé de celui annoncé, plein Nord/Ouest, c'est-à-dire dans notre dos et il n'a aucune envie de virer au Sud comme annoncé. Cela dit une grosse houle rentre dans le port et berce bien notre nuit.

Ce matin, dépités, les italiens du « Troll » qui n'ont pas fermé l'œil quittent de bonne heure Othonoi pour rejoindre Corfou. « Good Trip »...un peu plus tard un anglais en navigateur solitaire viendra amarrer son voilier, puis ce sera celui de deux italiens qui rentrent en Italie, un coup de main en ces temps mouvementés n'est pas superflu, cela créé tout de suite un lien.

N'ayant pas trouver d'internet, un coup de fil en France nous indique que ce coup de vent va durer au moins 48 heures,il n'y a plus qu'à attendre. Ce matin, les cost-gards sont venus pour démarrer leur embarcation, rien, refus total d'obtempérer, le moteur refuse. Avis aux passeurs, aujourd'hui, la voie est libre aux trafics.

Tout ici est incompréhensible, dans le ciel azuré se tient un étrange rodéo de nuages blancs et gris, dessous la mer d'un bleu profondis dresse ses crêtes blanches, entre les deux, catalyseur plus que médiateur, le vent souffle, siffle, hurle parfois comme pour régler ce ballet indiscipliné mais rien n'y fait...le ciel reste indocile et les eaux impétueuses, l'île, spectatrice, reste immobile, seul Romar bouge... pourtant notre démarche sur terre prouverait que l'île bouge...

ïle de Mathraki (entre Corfou et Othoni) 

Samedi :

On pensait faire un saut sur le continent nous refaire un plein d'euro, allez savoir pourquoi, la navette annoncée n'est jamais venue. Qu'à cela ne tienne et c'est le bouquet, Spyros notre homme de la Tavernas revêtu du blouson des Cost-Guard part avec le chef des cost-guards sur le bateau de service. Mais que diable, pour quelle importante mission cet équipage est-il parti si vite ? nous auront la réponse à leur retour 3 heures plus tard, ils sont accompagnés d'un pope. Pardi, pas de navette, pas de pope, pas de messe, quand on dit que la religion et l'Etat ne font qu'un (article 3 de la constitution), l'exemple est là sur ce minuscule caillou.

La météo : le baromètre joue à on ne sait quel jeu, il baisse et monte brutalement comme si quelques traders jouaient sur l'indice du vent, en peu de temps, la mer évolue dans un sens ou un autre, Eole peut tourner en quelques minutes et les prévisions se montrent rarement bonnes.

Cela fait huit jours que nous sommes bloqués ici, on connaît tout le monde et tout le monde nous connaît, mais nos liquidités ont des limites ici sans distributeur, il nous faut prendre une décision ou bien rebroussé chemin ou faire le saut vers l'Italie. Le choix est clair, la météo est bonne pour là où nous sommes mais n'est pas bonne du tout pour notre destination, l'Italie.

 

 


Publié à 22:08, le 28/12/2010,
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L'Albanie, le pays des aigles

                                                                        

Un zeste d'histoire

Petit pays doté de près de 500 km de magnifiques côtes, l'Albanie n'est pas encore trop envahi. Particulièrement montagneuse, l'Albanie est insérée entre la Grèce au Sud, la Macédoine à l'Est, la Serbie et la province du Kosovo au Nord et le Montenegro à l'Ouest. En face, de l'autre côté de l'Adriatique : l'Italie.

L'Albanie fut un territoire très convoité : tout au long des 2 derniers millénaires s'y succèdèrent Grecs, Romains, Wisigoths, Lombards, Avars, Slaves, Bulgares, Byzantins, Angevins, Vénitiens, Ottomans. Il est vrai que  la présence angevine qui m'intéresse plus particulièrement à travers Charles Ier (frère de St Louis), Comte d'Anjou et de Provence, Roi de Naples et de Jérusalem, Roi d'Albanie et des deux Siciles.

Sur ordre du pape Urbain IV, Charles 1er guerroya Manfred de Hohenstaufen et le battit en 1266, Charles Ier hérite alors des terres albanaises. Mais le rêve d'aller jusqu'à Constantinople s'arrête en avril 1281 à Bérat sur une véritable déroute de l'armée angevine. Ironie de l'histoire, l'armée de Charles Ier et son capitaine général sont bien allés jusqu'à Constantinople, mais en tant que prisonniers de l'empereur que  Charles voulait renverser et remplacer. Cette  défaite marque la fin de la politique orientale de Charles 1er car cette page s'écrivit quelques mois avant que les Vêpres siciliennes ne sonnent le glas de son autorité sur l'Italie méridionale.

 

 

Faisons un bond dans les siècles et revenons au présent.

L'Albanie est, depuis peu, accessible. Sensible à l'ouverture qui marque la fin d'une période proto communiste, il convenait d'aller sentir ce pays dont les habitants ont vécu pendant 5 décennies coupés du monde, enfermés, pour beaucoup emprisonnés. Comme les procédures administratives semblent encore assez complexes pour ne pas dire un brin fantaisistes et onéreuses pour entrer avec un bateau, nous avons opté pour la liaison maritime quotidienne à partir de Corfou mais là il nous faut remplir les formalités pour sortir de l'espace Shengen, et oui l'Albanie frappe à la porte capitonnée de l'Europe.

Le contrôle effectué, nous pouvons monter à bord de notre navire, un hydrofoil identique à ceux croisés entre Athènes et Aégina ou sur le Danube entre Vienne et Bratislava, des engins qui, à grande vitesse, sortent de l'eau. Ces machines : les «Voskhod » sont de fabrication russe et datent des années 90, 150 exemplaires ont été construits. Avec leurs 1000 cv, ces drôles de vaisseaux emportent 70 passagers à 33 nœuds dans un confort proche de l'avion. Au nombre de couches de peinture, il est vraisemblable que celui-ci soit l'un des tous premiers. Pour l'avoir croisé à maintes reprises dans la baie de Corfou, c'est toujours impressionnant de voir une telle sauterelle passer à grande vitesse dans un bruit de faux bourdon. Il ne met que 25 minutes pour atteindre Saranda, la principale ville balnéaire du sud albanais.

                           

Mais avant tout, 3 phrases en guise de petit rappel historique :

L'Albanie, « le Pays des Aigles » tel que le figure le drapeau national, s'est proclamée République Populaire en 1946, Enver Hoxha en est élu Président, elle rejoint alors le Pacte de Varsovie. A la mort de Staline, les relations se durcissent avec l'URSS et en 1967 l'Albanie rejette son grand frère pour s'offrir à la Chine. A la mort de Mao, les relations entre les deux pays se dissolvent et Enver Hoxha s'enferme alors dans un communime monacal avant de sombrer dans une paranoïa aiguë. Il «bunkerise» son pays avec la construction de 700 000 casemates unipersonnelles édifiées dans l'urgence parfois dos à la mer, l'ennemi serait-il intérieur ??? En approchant de la côte, on peut aisément observer ces multiples champignons : bolets de béton qui sont censés refouler les envahisseurs.

                              

              

En 1985, à la mort d'Enver Hoxha, Ramiz Alia prend le pouvoir et l'ouvre 5 ans plus tard au multipartisme et à l'ultra libéralisme. En 1997, c'est la catastrophe, le système financier repose sur des sociétés pyramidales, les petits épargnants perdent tout. Le pays est en état d'insurrection. Les casernes sont prises d'assaut et leurs armureries pillées. Le gouvernement perd le contrôle du pays, une force internationale de l'ONU débarque, restaure l'ordre et organise de nouvelles élections.

Depuis, deux partis se partagent alternativement le pouvoir : le Parti Démocratique (Conservateur de Centre Droit), issu de l'ancien parti unique au pouvoir reconverti au libéralisme et le Parti Socialiste (Gauche). En 2009, l'Albanie entre dans l'OTAN et frappe maintenant à la porte de l'Europe.

Voilà Saranda 

Au loin sur le remblai, un immense panneau « WELCOME » vous accueille. La ville épouse la forme de la baie et forme un vaste amphithéâtre désarticulé, désintégré. Des cubes d'immeubles en béton de 5 à 6 étages s'élèvent graduellement sur la pente Est, le haut de la colline est encore indemne de boîtes. Mais çà et là apparaissent déjà dans la roche dénudée des saignées à blanc, de vives balafres, des stries creusées dans le massif dur et aride pour satisfaire la boulimie immobilière.

            

 

Après un rapide contrôle des papiers, direction la mairie de Sarande, point de départ du bus pour Butrinti, principal objet de notre visite. Déjà en quelques minutes, nous sommes subjugués par le vaste chantier qu'a entrepris le pays, tout ici n'est que chantier, on ne sait plus très bien partager ce qui est en construction de ce qui est en démolition, débris, déchets, remblais cohabitent sur ce qui est destiné à devenir où étaient des trottoirs... la saleté et la poussière forment un fond de décor. Nous traversons le marché couvert si tenté que l'on puisse dire, disons un marché fait d'un bric à brac de tôles, c'est le point central d'approvisionnement des habitants de la ville et sa banlieue. Dans les ruelles étroites il y a çà et là quelques marchés de l'occase et de la débrouille, la plupart consacrés aux chaussures et objets domestiques.

 


Le deuxième constat est l'emprise automobile. Les rues ne sont que de longs bouchons où les règles de conduites sont introduites à coup de klaxons ou de sifflets d'agents impuissants... Si toutes les marques sont présentes, il va sans dire que Mercedes est le leader incontesté, la firme de Stuttgart à l'étoile à 3 branches est omniprésente, parfois quelques "Hummer" ces gros 4x4 d'origine militaire, très haut de gamme, noirs aux vitres teintées alourdissent l'atmosphère, c'est vrai, ils ont bien leur place dans ce décor d'après-guerre.

     

Quant au bus qui assure la destination Butrint, c'est un vieux "Man" dont le chauffeur est obligé de s'arquebouter pour changer les vitesses ou pour tourner le volant, rien n'est assisté... le bus est bondé pour ne pas dire plus. Pour le paiement c'est à la descente, probablement au cas où nous n'arrivions pas... Et nous voilà partis... pour une visite de chantier... des chantiers devrais je dire... tout se fait à coups de klaxon, de freins et surtout de forcing, notre pilote nous exfiltre de la ville... la vieille route est en cours d'élargissement pour faire place à une voie nouvelle, le seul problème elle est parsemée de bulldozers, de pelleteuses, le tout enveloppé de poussières mais qu'importe.

 

Les 20 km sont faits de cailloux concassés et plus ou moins compilés, à droite la montagne que l'on a rogné, à gauche le précipice qu'on a remblayé, et ce, jusqu'au lac de Butrint, dans ce long cortège de particules grisâtres, tous feux allumés, on croise on double comme chacun peut, le plus fort gagne... Le bus laisse quelques autochtones à Ksamil, une ville martyre, une ville fantôme, une ville chaos dont les bâtiments semblent sortir soit d'une récente guerre, soit d'un tremblement de terre soit d'un défaut de construction ou bien d'un début de démolition. En fait, nous apprendrons qu'il il y a un peu de tout cela, si le pays a été frappé l'an dernier par un léger tremblement de terre aux effets négligeables, un autre séisme a frappé fort, un séisme politique qui a ordonné la démolition des constructions illégales soit env 250 dans cette ville. Il faut dire que la propriété foncière n'a jamais été en ces lieux un souci, on construit là où on a envie... d'où un invraisemblable imbroglio juridique et un embouteillage judiciaire... mais une question subsiste, pourquoi le programme de nettoyage en cours est-il conduit par la principale firme de BTP d'Albanie ??? qui reconstruit derrière.

  

Après l'enfer, nous voici au paradis, oui un décor paradisiaque émerge du chaos, le grandiose paysage du lac de Butrint. Le bus nous délivre au bac anté-diluvien qui marque l'entrée du Parc, l'un des 12 parcs nationaux. Celui-ci nous intéresse car, dans sa luxuriante et rafraîchissante végétation, il recèle un véritable trésor, un ensemble archéologique hors du commun, tout à fait exceptionnel dans sa conservation. Un ensemble décrit par Virgile dans l'Enéide et par Racine où il situe son Andromaque.

Il y a 2500 ans une cité s'est implantée sur les rives de ce lac au décor somptueux. Hier inconnu, le site classé au Patrimoine Mondial depuis 1992 commence à être répertorié sur les guides et le nombre de bus touristiques qui, malgré la route, viennent le visiter nous font penser à une proche invasion. Cela est le lot de bien des lieux antiques.

      

Commençons notre visite, d'abord il y a ce petit théâtre de 1500 places qui, l'été, offre un festival de théâtre, quelques pierres sur ses parois extérieures portent comme à Delphes la liste des 400 esclaves affranchis. Situé tout près les bains dont ils ne restent que quelques soubassements, le temple d'Asclépios, Dieu de la médecine.

                                       

Plus loin nous changeons d'époque, nous sommes face à un baptistère paléochrétien du IVièmesiècle, le sol est fait d'une superbe mosaïque polychrome, l'une des plus grandes connues de cette époque, avançons encore dans ce site, voici les reliquats de quelques échoppes et villas qui ont gardé leur base. Un peu plus loin livrés au chœur enivrant des cigales nous voici dans les murs de l'église byzantine (IV et Vième) ...

                         

Au bout de l'immense fortification en cours de consolidation se trouve la majestueuse mais basse Porte du Lion, elle nous donne l'accès à la forteresse qu'ont occupé successivement les angevins et les vénitiens. De cette position dominante, nous rayonnons sur 20 km. Au pied le lac avec ses lagunes et ses pêcheurs en barque. Ici à l'Ouest, l'entrée du canal Vivari avec la citadelle d'Ali Pacha, là-bas au loin, l'île de Corfou, où nous attend Romar1.

 


Le retour se fera avec le même pilote sur le même circuit. De ce grain de visite, il n'est pas aisé de tirer des enseignements cependant au regard des richesses naturelles et des potentiels touristiques qu'elles offrent, nous pouvons aisément parier que ce pays ou tout du moins son littoral risque de subir une véritable mutation urbanistique qui peut rapidement tourner au chaos, surtout dans un pays où l'état de droit repose sur le «Tout s'achète» et où les politiques n'en ont toujours pas fini avec l'histoire récente, leurs histoires.

Ce pays est grand et peuplé comme la région des Pays de la Loire, il a cependant des atouts et non des moindres, c'est un pays qui a encore mais pour combien de temps encore une très forte culture. C'est un pays où tout est à faire, un pays extrêmement jeune, l'âge moyen de 26 ans en fait le plus jeune des pays européens, malheureusement il a aussi des zones d'ombre : un pays qui a du mal à trouver une stabilité politique, un pays dans lequel la mafia a de profondes racines, un pays montagneux où les travaux d'infrastructure deviennent rapidement prohibitifs, un pays qui n'en a pas fini avec ses voisins du Nord au sujet du Kosovo et qui n'a pas tout régler ses problèmes avec celui du Sud, la Grèce ni celui de l'Est, la Macédoine.

        

Sur la route du retour, je me suis mis à rêver, ce pays avec une telle histoire et de tels paysages dispose des meilleurs atouts pour devenir un pays pilote à l'image du Costa Rica, un pays sans armée, un pays à l'urbanisme sévèrement contrôlé, le premier pays qui pourrait vivre d'un tourisme intelligent. Seule l'Europe pourrait l'aider à prendre conscience de ce fabuleux patrimoine et l'accompagner vers un développement non pas effréné mais vers un développement raisonné. Malheureusement ici comme ailleurs les hommes préfèrent trop souvent les armes à la paix.

Louis-Marie BOSSEAU -  Août 2010        

Publié à 09:50, le 28/12/2010, dans Articles thematiques,
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De Thessalonique à Kiato (Golfe de Corinthe)

La marina s'avère fort prétentieuse et n'a d'yeux que pour les grosses unités qui viennent s'exhiber ici. Le lieu est très cher, l'amabilité calculée sur votre étendue financière. De service ? n'y comptez pas, aucun, absolument aucun, informations pratiques sur la ville, documentation sur la région, de quelle ville ? de quelle région ? Ne cherchez pas, il n'y a rien. J'oubliais pour pimenter, ou plus exactement pour corser le lieu, le port est situé au pied d'une colline meublée de bars de nuit et de boîtes qui déversent en contrebas des amalgames techno, des décibels saturés, les vibrations sont garanties pour la nuit... Ce quartier est, il est vrai, celui de la Jetset de Thessa. Pour s'en convaincre, il suffit de monter au sunset boulevard, où s'étalent par dizaines des bars ultra branchés et restaurants huppés et où s'enfilent les derniers to model, les derniers modèles du salon de l'auto version cabriolets et grosses berlines... ça donne... La nuit s'annonçait musicale, elle le fût... Bon, comme Thessalonique, on a déjà vu, nous n'avons qu'une envie : fuir , fuir au plus vite...

 

Le Mont Olympe et Platamonia

Etape de 46 miles, la longue traversée de la baie de Thessalonique en laissant au loin les raffineries et autres activités portuaires et la mer est d'une huile bleutée, aucune ride, le calme plat... à quelques miles un petit vent d'Ouest fraîchement raffiné vient nous embaumer. Notre objectif initial était Pydna mais le port encombré de barques de pêche s'avère si minuscule que l'annexe y ferait figure de navire et pour parfaire le tableau le lieu n'a rien de paradisiaque, baraques défoncés, ateliers en tôles rouillées, quais surchargés de mille ferrailles, l'endroit est pour le moins inhospitalier. Nous longeons donc la côte, sur la carte, le port de Paralia paraît tout à fait acceptable mais, oh rage, son accès est bouché par une barge dotée d'une puissante grue, le port est fermé pour cause travaux et qui plus est, une fête foraine est installé sur ses quais, après la Techno les flonflons, bonjour la nuit, non merci. Nous filons au Sud et passons au pied du Mont Olympe, le sommet à 3000 m est noyé dans des nuages qui s'accrochent à lui comme des berniques. Voilà notre port, il est refait à neuf et astucieusement divisé en 3 bassins, un pour la pêche, un pour les petites embarcations et un pour la plaisance, des quais équipés de bornes, c'est Byzance... non c'est Platamonia. Là comme ailleurs, tout est prévu, tout est prêt, sauf l'organisation humaine pour le faire fonctionner. Capitainerie, sanitaires, bornes électriques, prises d'eau, tout est là, fraîchement inaugurés mais l'intendance ne suit pas, rien n'est ouvert, rien n'est branché. Faute d'avoir eu la fête foraine, nous avons eu droit à quelques  gâteries "classées X", pensant être seul au monde, un jeune couple est venu faire leur petite affaire, pensez donc sous nos hublots, engager en trois temps, une parade en trois mouvements qui n'avait rien de nuptiale, pour sitôt fait s'engueuler... non mais...

 

au fond le mont Olympe 

10 Juillet

Platamonia / Stomio (10Mn)

Une petite brise force 3 est bien présente, comme la houle devient cassante et hachée, que le vent monte, nous naviguons que deux heures pour nous poser à Stomio, une petite ville, que dis-je un village côtier un tantinet suranné. En surplomb, l'ancien village aux maisons authentiques distribuées par des raidillons particulièrement ardus pour une population visiblement âgée, mais il fait chaud et c'est l'heure de la sieste, quand on dit heure, il faudrait mieux parler au pluriel car la sieste grecque se fait de 15 à 17... et à ces heures plus rien ne bouge, plus rien ne bruisse, même les insectes se taisent, c'est l'heure du chaos estival où seul règne le soleil.

 

Samedi 11 Juillet

Stomio / Agiocampos ( 16Mn)

Alors que nous quittons le port, un pêcheur nous fait signe que le temps va changer, il est vrai que des nuages menaçants arrivent au loin, nous rebroussons chemin, une bonne décision car une bourrasque et une grosse averse viennent balayer le port. La dernière goutte évaporée et l'azur retrouvé, nous quittons pour de bon Stomio. Nous longeons une côte ciselée, falaises escapées, petites plages camouflées dans des criques étriquées... se succèdent. 

 

Le bateau va bien, la brise est légère. le paysage se métamorphose. Si les sommets du PELION sont nus et de pure minéralité, les basses montagnes appelées «montagnes noires » sont, quant à elles, densément boisées et impénétrables. A partir de là nous longeons une côte inabordable, inaccostable, limite...barbare.
 
 
 
Qu'ils soient français, roumains ou grecques, tous ont cette propension existentielle à faire des remous, nous parlons des Costs-Guards, leur bateau s'arrête dans une superbe gerbe d'eau à un mètre de Romar 1 qui n'apprécie guère ce genre d'approche. Alors que les deux bateaux se touchent, ils nous interrogent par VHF : ils veulent connaître notre destination ? Nous improvisons une réponse car rien n'est déterminé, ils n'en demandent pas plus. Sans doute des oiseaux de mauvaise augure car peu de temps après le ciel se charge noir, le baromètre bascule et le vent forcit en quelques minutes de 2 à 4 BF, heureusement il nous reste 3 Mn avec des méchantes lames de travers pour nous abriter à Agiocampos. Là encore, nous ne disposions que d'une vue satellite de Google Earth, nos cartes marines ne marquent rien hormis un brin d'abri pour barcasse mais derrière se cache en fait un nouveau port (désert parce non répertorié). Le long quai est doté de nombreuses bornes bien sûr non branchées, comble du modernisme ou de l'ironie, elles disposent de prises RJ45 pour que les bateaux branchent un téléphone filaire. L'ensemble est fort bien protégé par des môles constitués d'énormes tripodes en béton culbutés en vrac.
 
 
Sont à quai 3 voiliers ukrainiens arraisonnés par les « Costs-Guards » grecs, sans entretien et ainsi abandonnés leurs jours à flot sont comptés. Tout au bout, un bateau de pêche grec de 80 pieds attend que la mer se calme, l'équipage est constitué exclusivement d'Egyptiens, ils mangent et dorment à même le pont bâché ou dans la cale. Bien qu'éloignés de la ville les quais sont comme partout des espaces très prisés par les pêcheurs à la ligne à la pointe de la modernité, détection ultrasonique de touches, bips électroniques, bouchons luminescents, manque plus que l'ipad pour communiquer avec l'appât et aiguiller la prise. Le lieu doit être bon car les technos pêcheurs se relaient jour et nuit dans un incessant va et vient, bizarrerie, on ne les voit jamais rien pêcher.
 
          
 
«Comme le port a été inauguré l'an dernier, pour son alimentation, il faudra attendre la prochaine inauguration» plaisante un grec de passage, fin connaisseur du système hellénique. L'après-midi c'est un incessant défilé de visiteurs, l'un d'eux s'arrête, se présente en français, il est avocat, inscrit au barreau de Larissa (la capitale régionale), donne des cours de Droit et a étudié le français au Lycée, etc... le dialogue s'instaure et l'invitons à s'asseoir à bord pour continuer cette agréable conversation... L'homme a dans les 45 ans, nous remarquons rapidement sa propension à se signer dès qu'un nom de saint est prononcé, notre remarque confirme l'emprise de la foi sur cet homme de loi... mon prénom Louis-Marie est pour lui une hérésie, je suis un homme et avoir la mixité dans mon double prénom relève du sacrilège, quasiment du blasphème et il se signe trois fois encore, 3 signes de croix triangulés et à l'envers... comme pour s'expier ou pour conjurer je ne sais quel mauvais sort. La prudence nous porte vers d'autres sujets, nous passons à notre itinéraire, là encore, indéniablement nous sommes sur les pas de St Paul, je vous le dis, c'est un signe, passés au pied du Mont Athos, là encore, nous sommes bientôt des envoyés divins, nous essayons bien de lui faire prendre conscience que le pouvoir religieux est ici omniprésent, que la richesse appartient à l'église et que la République du Mont Athos est anti-européenne, là nous franchissons la limite et sommes en état de péché mortel, cela nous vaudra plus de signes de croix que de réponse consistante...l'homme est, devrons nous conclure, particulièrement illuminé, l'avocat de Christ Jésus. Notre homme céleste se rend régulièrement sur la montagne sacrée voir son confesseur et se ressourcer... il y trouve une énergie telle qu'à la fin il lévite... oui oui 1 bon mètre nous fait-il de la main. A son départ, il nous signifiera sa déception de n'avoir converti ces âmes damnées. Impies, nous sommes, impies, nous vivons, impies nous mourrons, Amen.
 
 
 


La mer Egée fait encore sa tête des mauvais jours, clouant un peu plus Romar 1 dans ce coin perdu. En cette fin d'après-midi saturnienne, nous parcourons Agiocampos. La ville est filiforme, toute allongée sur son front de mer, avec une promenade parsemée de commerces, bars et restaurants aux constructions hétéroclites, les rues et parkings sont gorgés de voitures, l'immense plage est sectorisée et chaque tronçon est géré par un bar de plage avec équipements musicales, plagistes, chaises longues et parasols.

 

 

 

 

Malgré la mer survitaminée la population est là, allongée baignant dans une atmosphère saturée de décibels survoltés. Un peu en retrait, loin de ce vacarme, nous apprécions nos rafraîchissements. Soudainement, derrière la pointe, le ciel se plombe d'un noir profond, d'un noir menaçant, une lourde chape céleste avance lentement, inexorablement, obscurcissant progressivement tout ce qu'elle recouvre, avalant la lumière et repoussant au large le soleil, le jour se fait nuit. En quelques minutes le vent se lève, s'engouffre, s'amplifie, il prend de la force, il devient violent et entend bien tout déménager... et de fait, le grand nettoyage commence, les touristes un instant médusés, s'agitent, paniquent, s'affolent, ils veulent plier chaises longues, serviettes et parasols, mais le vent leur arrache des mains, contraints d'abandonner face à un ennemi invisible, ils se replient médusés, s'enfuient en sauvant quelques affaires, le joug d'Éole les expulsent, ils courent, propulsés, chassés par le vent, ils tentent de quitter ce chaos, tout vole, tout s'envole en d'incontrôlables aéronefs, les parasols sont devenus javelots acérés, les transats bondissent dans des pas de géants désarticulés, même le sable se lève et s'enfuit en de longs nuages gris. fuir cet apocalypse en voiture, impossible, la route côtières est un imbroglio d'automobiles dans lequel les containers poubelles qui ont pris les voiles roulent tout couvercle battant et jouent aux auto tamponneuses.

 

Nous interceptons une voiture qui tente un demi-tour dans cette grande foire, cette grande débandade, nous enjoignons son jeune conducteur paniqué de nous transporter au port pour renforcer les amarres du bateau, il est désappointé devant cette marée d'objets volants et de voitures en tous sens... qu'importe, nous arrivons, le remercions vivement.

Une fois le bateau mis à l'abri de la pluie, nous regardons passer au large cette mini tornade et quelques minutes plus tard, le ciel est de nouveau bleu, le vent est tombé, que s'est-il passé : rien. Le lendemain nous constaterons que les gargotes ont été sévèrement touchées, parasols, chaises amoncelées, serviettes et toiles accrochées dans les arbres, portiques et mats couchés, enseignes et sonos arrachées... une plage de désolation... la musique s'est tue.

Mardi 14 Juillet

Agiocampos / Kamari

 

A 5 H, le bateau de pêche parti hier soir rentre au port pour décharger sa cargaison, au moment de notre départ, les égyptiens viennent nous apporter 2 kg d'anchois que nous préparons illico en marinade. Malgré le beau temps apparent, la houle résiduelle de 4 Bf est appelée à se renforçer, notre volonté de changer d'air nous pousse à partir longer les côtes Thessaliques. La montagne est toujours là, les rives y sont toujours escarpées, colorées de quelques villages et animées de colonies de cigales. Bien que l'entrée du port de Karami soit imperceptible, nous parvenons à la découvrir, le lieu est charmant, bucolique, un long quai, peu de bateaux, quelques barques mouillent au milieu du petit bassin. Le village situé à 2 km est un hâvre de paix et de toute beauté.

 

 

Mercredi 17 Juillet

Kamari / Kiriaki (40 Mn)

Nous laissons à notre gauche l'île de Skiatos (qui fait partie des Sporades) pour nous engager le long de l'île d'Evia que l'on va accompagner jusqu'au sud de la Grèce...

 

 
en rose, l'île d'Evia
 
La houle se lève et la navigation devient inconfortable, le petit port de Platania est saturé, nous filons vers le Golfe de Volos situé à 12 miles, nous savons qu'ils existent des mouillages bien protégés et des petits ports mais cela devient dur, les quelques voiliers qui sont dans le secteur éprouvent également des difficultés car le vent ne cesse de tourner et la houle ne sait plus quel sens prendre. Au fond d'une grande baie est niché un superbe village de pêcheurs, c'est Kiriaki, le village est construit au ras des quais nous optons pour une place derrière un voilier danois, nous accostons quasiment dans les tavernas. Le village est aussi authentique que tranquille qui s'avère être une très belle escale.

 

         

Mercredi 19 et jeudi 20 Juillet

Kiriaki /Livanates / Khalkis

En avant toute, pendant quelques jours nous allons parcourir le vaste bras de mer qui sépare les 200 km de l'île d'Evia du continent. Pour l'heure cap sur Rahes, une ville située au Nord de cette espace maritime. Montagnes arides, petites cités côtières et carrières à ciel ouvert se succèdent ? Rahé, un ancien port de pêche mué en port de plaisance, malheureusement s'il dispose de tous les commerces, aucun n'accepte la CB, de la monnaie en plastique, nous sommes bien dans le pays des espèces sonnantes et trébuchantes. Comme la charmante cité balnéaire n'offre ni banque, ni distribank, et comme nous sommes à sec, la seule solution pour manger est d'aller voir ailleurs, là où niche un distributeur.

         

A 20 miles au Sud, Livanates disposerait d'un robot argenté. En avant toute. Bien que le port ne soit pas dimensionné pour accueillir une unité telle Romar 1, nous nous blotissons, en biais et en bout de quai, pas idéale mais suffisant. La ville isolée, esseulée, possède quand même une boîte aux trésors, c'est bon pour le ravitaillement.

                                 

KHALKIS 

Le lendemain, direction Khalkis, étape obligée pour qui emprunte cette passe maritime car Kalkis est un isthme doté d'un pont très bas, un pont mobile qui ne coulisse qu'une fois par jour, par nuit devrais je dire car ce pont à péage ne s'ouvre brièvement qu'à la renverse de la marée, en pleine nuit, juste le temps nécessaire pour faire passer les bateaux en attente, un retard de votre part, et hop vous serez bon pour le lendemain. Amarré en plein cagnard le long du quai en pleine ville, nous sommes au cœur des décibels des bars branchés. Allons remplir les formalités, le bureau du péage nécessite un jeu de piste, quand aux formalités, là aussi cela tourne à la farce, pour payer des redevances, Romar 1 a connu des calculs sur le volume en tonneaux, sur la longueur en mètres ou des ratios longueur / largeur calculés en pieds, jamais sur son poids, c'est chose faite, la logique s'appuie ici sur la bascule, plus votre bateau est lourd plus le péage sera pesant ??? 55 € pour 15 T. Tout est lourd ici, c'est lassant, agaçant, compliqué et irrationnel, et pompon, la peu aimable administration locale ne connaît pas la carte bleue, seules ne sont admises des espèces. Mettez-vous en attente sur le canal 12, nous vous donnerons les instructions. A 19.00 - verdict, soyez prêts, vous passerez entre 20 heure et minuit, voilà qui relève d'une précision hellènique.

 

23 H la VHF crépite, l'ordre est inverse de celui de 19.00 ? nous passerons les derniers, et oui nous sommes arrivés les premiers ? Logique ? Non, le fort courant qui coure depuis 21 h s'est calmé, le pont glisse doucement et son ouverture relève du spectacle, par centaines les spectateurs applaudissent, commentent, filment, photographient, les dix bateaux montants s'alignent coté ville hors du chenal pour laisser le passage aux descendants... c'est bon c'est à nous, nous faisons office de bateaux balaie sous des crépitement de flashs.

 

Sitôt le pont franchit nous plongeons dans l'oubli et dans la nuit, nous suivons notre petite flotte qui rapidement s'éparpille, certains filent, d'autres vont mouiller dans une anse quasi invisible, nous préférons les pontons du port de plaisance mais la passe cachée par le quai industriel n'est pas signalée et donc difficile à trouver dans l'obscurité. Pas une ombre de mat, pas une ombre de coque, le port est désert et énigmatique ? Qu'importe un ponton se présente à nous, ne le rejetons pas, un rapide coup d'œil nous indique que les bornes d'énergie sont neuves mais déjà hors d'usage. Nous apprendrons que le port est fermé pour cause de vacances... logique en juillet. Non ?

 

Vendredi 19 Juillet

Khalkis / Oropos / Panagia

 

Aux premières lueurs nous quittons le port semi désertique de Khalkis, cap sur Oropos, la mer est plate et parcourue de légers frémissements sous les volutes de vent, à bâbord, les monts de l'île d'Obé sont d'un total dénuement, quelques rachitiques arbrisseaux peinent à vivre. Côté continent le paysage est aussi plat que la mer, rien ne dépasse si ce n'est quelques cyprès esseulés. S'ouvre à nous la ville d'Oropo avec à l'ouest le port des ferries et devant la cité, le bassin du port mixte pêche et plaisance. Pour la plaisance seuls sont admis les bateaux grecs, ce qui fait bien peu de places pour les pavillons étrangers, quoique une place nous convient dans l'angle, en quelques manœuvres, nous nous y glissons. Mais les versions divergent, certains pêcheurs nous autorisent d'autres veulent nous refouler, qu'importe, nous allons faire quelques courses dans cette ville agréable et particulièrement bien achalandée. Un responsable du port nous retrouvera et nous demandera de quitter rapidement les lieux car le port est réservé aux grecs et qu'une grosse unité arrive, bien que surpris, nous nous exécutons. On ne veut pas de nous, qu'à cela tienne, nous irons voir ailleurs.

 

 

 Bien que les couleurs de l'Europe flottent, le port serait réservé aux Grecs ? 

En avant tout, les guides et cartes nous désignent Panagia. Nous entrons par l'échancrure d'un massif abrupt et aride dans la vaste baie d'Almiropotamou, l'entrée est marquée par les vastes bassins circulaires d'une ferme marine. Nous voici devant les quais de la petite ville, une chance pas ou peu de bateaux y sont amarrés. Là encore, il y a divergence, une personne nous fait signe d'accoster mais au moment où nous mettons pied à terre, un restaurateur vient nous dire qu'il faut illico partir car un bateau à passager est attendu et de nous montrer l'autre côté de la baie où plusieurs voiliers sont au mouillage. Ne cherchant pas la contradiction, ils ne veulent pas de nous, qu'importe, allons en face. Tant et si bien qu'à la nuit tombante, une dizaine de bateaux mouillent dans ce coin de baie tandis que le quai est toujours vide. Ce doit être cela l'accueil grec...

 

 

 

Samedi 20 juillet

Panayia / Lavrio

Le soleil se lève sur la baie, juste un léger souci, les repères ont bougé, il semble que nous soyons déjà partis, vite un coup d'œil au sondeur, bizarrerie, il indique 70 m au lieu des 7 m d'hier soir, assurément avec 30 m de chaîne, l'ancre ne tient plus, le voilier français est comme nous, il dérive. Nous remontons la ligne de mouillage et quittons la baie. Heureusement que cela ne s'est pas produit durant la nuit, l'alarme n'était pas branchée, où serions-nous ? de l'autre coté de la baie a frotté le quai interdit ?

 

Longeant la côte de l'Attique, nous passons Marathon mais le site est militarisé avec interdiction de pénétrer dans la baie, nous longeons Rafna pour parvenir à Rafti. Cette côte jadis aride vit pour l'heure d'une urbanisation sauvage et agressive, les espaces libres se font très rares, même les collines les plus inhospitalières sont mitées de complexes immobiliers. Notre désir de nous y poser est vite balayé par le débordement d'un nautisme puissamment motorisé. Nous mouillerons deux heures à l'abri d'un îlot au calme tout relatif car nombre de bateaux passent et repassent, nous larguant vagues et vapeur de benzine.

 

Nous tentons de trouver un point plus charmant près du cap Sounion, la pointe sud de la Grèce continentale. Comme nous passons devant, nous lançons un appel VHF à l'Olympic Marina, là encore le silence règne. Nous tentons d'y faire une halte, mais dès l'entrée, le gardien du port nous refuse l'accès au motif que le port est complet, une vue de l'esprit plutôt fantaisiste car de la place il y en a ! Nous nous rabattons sur Lavrio à 2 miles de là. Ce grand port mixte : commerce, ferries, pêche et plaisance n'offre guère de places, après longue négociation Romar1 se trouvera un bout de quai à cul dans la zone « charters ». Bien sûr, à peine posé, un quidam prétendument capitaine vient réclamer son dû, mais sans reçu, pas d'argent...

 

Le lendemain, la météo s'est dégradée, du 7 BF est annoncé pour plusieurs jours. Nous profitons de ce répit à l'abri pour visiter cette ancienne ville minière. Grâce aux fonds européens, la cité restaure les vestiges d'un passé argentifère qui a longtemps été l'apanage d'une société française. Soucieux de creuser ce passé nous tenons à visiter le musée de la mine, mais il est fermé, alors allons au musée archéologique, fermé... Décidément la chance ne semble pas inscrite ou dans nos gènes ou dans ceux de la ville. Pourtant les panneaux annonçant des financements européens sont légions, mais là comme ailleurs en Grèce, on investit en oubliant juste le budget de fonctionnement, cela parait chronique. Décidément l'accueil n'est pas la vertu cardinale dans cette portion du pays.

    

                    Le minerai de Lavrio                           Sculpture : les mineurs                  L'embarcadère minéralier Eiffel (classé) 

Au cours de la semaine nous serons dérangés par un convoyeur de chez Vernicos gêné par notre présence, plusieurs fois il manifestera sa mauvaise humeur par des propos particulièrement injurieux accompagnés de signes aussi déplacés que significatifs, un coup de pouce tranchant la gorge... un signe courant dans cette contrée...

Au bout de la maigre avenue crachote d'une mauvaise sono un discours inaudible, un pope en tenue d'office s'adresse à quelques personnes debout dans le carrefour, la circulation est bloquée. L'homélie achevée, se met en place un étrange cortège avec dans l'ordre sur la grille de départ, la voiture de police tous gyrophares allumés, la fanfare municipale suivie de loin par le pope et les porteurs d'un autel où repose une immense icône de Ste Anne, derrière une nouvelle flopée de dignitaires religieux en habit de lumière, talonnés par les représentants des corps dé.constitués, politiques, armées, police, enfin pour clore la procession le bon peuple... et pendant toute cette calvacade de plus d'une heure, les cloches sonnent, sonnent, sonnent... des cloches que les bars tentent de couvrir en déversant des flots de musique disco... c'est la fête aux décibels...

  

Le jeudi après-midi, la mer ne s'est guère améliorée et nous décidons de changer de places pour laisser la quai aux charters du vendredi. La manœuvre n'est pas aisée car dans le port très sale traînent beaucoup de corps morts et de nombreuses aiguilles d'amarrage. Alors que Romar1 se trouve au milieu du bassin, il est un bref instant brutalement retenu puis poursuit sa route, point mort pour vérifier, tout semble aller, l'hélice a dû cisailler un lien inopportun, mais quelques secondes plus tard, l'alarme, tous les voyants s'allument, le moteur cale et ne veut pas repartir, je saute ouvrir la cale, horreur, le fond du bateau est une mare d'huile. Reprenant la barre, je laisse le bateau poursuivre son erre et vise le quai du port de commerce qui est là devant, l'accostage moteur arrêté est sportif dans la forte houle. Les amarres passées, le constat est rapide, le moteur 6 cylindres de près d'une demi tonne a bougé, ses supports sont cisaillés, le périple s'arrêtera là. Le moral a pris un sérieux coup...

 

Après moult péripéties avec les autorités portuaires il est décidé de sortir le bateau de l'eau le lundi. Autant vous dire que le week-end n'est pas joyeux d'autant plus que ce quai est perdu au bout du port industriel et est soumis à la houle et aux remous des ferries...

                

Romar 1 est mis sur son brancard

Lundi, le grutier est là avec grue et camion. Romar1 est emmené sur son brancard loin des regards, à  500 m de là dans un sinistre no man's land contigu au port. Le propriétaire du lieu est déjà là et réclame déjà de lamonnaie. Le mécanicien marin tout proche vient faire le diagnostic :« c'est grave » merci mais encore « il faut sortir le moteur pour évaluer les dégâts ». L'assurance «Allianz» prévenue depuis le vendredi nous envoie après moult relances un expert d'Athénes (Spyros Karamalis). Le mercredi suivant l'expert arrive mais sa corpulence non-marathonienne l'empêche de monter à bord, il envoie donc son dandy de fils à bord mais le minet refuse de descendre dans la cale par peur de se salir, difficile dans ces conditions d'établir un diagnostic. J'y descends et prends pour la deuxième fois les photos des points importants. L'expert reprend à son compte les propos du mécano, à vrai dire, il s'avère que c'est un de ses anciens employés, « il faut sortir le moteur ». Ok, comment voulez-vous procéder, leur méthode est simplicisme : couper le bateau en deux, rien de moins. Sceptique, j'envoie un mail au constructeur, sa prompte réponse est claire : Qui sont ses mécaniciens ? il n'est pas absolument pas nécessaire de trancher un bateau pour sortir le moteur. L'expert et le mécanicien campent sur leur position et ne veulent pas entendre parler de la méthode douce du constructeur. Que faire, l'assurance voue une confiance aveugle dans son expert et veut nous obliger à suivre sa méthode, cela tourne aigre.

          

Le boot (cordage) qui a fait office d'arrache-moteur et les fixations coupées net 

 

Faute de ne pouvoir vivre à bord, nous nous rabattons sur le seul hôtel de la région situé à 5 km de Lavrio ? Pendant 10 jours nous nous discutons avec le mécanicien, l'expert et l'assurance pour faire évoluer la situation, rien n'y fait, c'est la ronde des sangsues, un prétendu menuisier vient sur conseil du mécanicien démonter les boiseries préalable à la découpe du bateau, un électricien s'invite pour déposer le réseau électrique, un autre l'électronique, tous réclament d'être payés cash avant le travail, l'assurance par téléphone accepte et nous demande d'engager les travaux, mais sans papier desdites entreprises nous refusons. Il faut dire que les quelques bateaux étrangers parqués près de Romar ont de quoi nous faire douter, ils sont tous partiellement démontés et sont abandonnés. Les conditions ne nous semblent pas bonnes, la confiance n'est pas de mise.

    

Romar 1 et ses voisins d'infortune dans le no man's land gravement pollué de l'arrière port

(une zone au coût prohibitif) 

Las de ces palabres et épuisés, nous décidons de rentrer en France. Allianz ne veut pas nous suivre, nous envisageons toutes les possibilités, un rapatriement par la route, par la mer, une réparation au Pirée ou ailleurs. Ayant quelques notions de mécanique, avant de partir je constitue un solide dossier technique pour avoir d'autres avis, constructeur et mécaniciens marins français. Le chantier naval m'envoie ses recommandations, mes mécanos français les leurs, elles se recoupent, seule l'assurance se range à l'avis de l'expert. Il a déjà pré-chiffré les travaux pour permettre un diagnostic à 15 000 euro, prix hors réparations ni le probable changement du moteur, tiens donc... De retour en France, je croise aux fêtes de l'Erdre, Pascal, le patron charentais du « Dépôt du moteur », grand spécialiste des moteurs marins, je lui donne illico le feux vert pour trouver les pièces nécessaires, ce qui sera chose faite en 48 heures, ils me livrent les pièces dans la semaine et me propose de venir faire le travail en Grèce après ses vacances, on ne peut rêver mieux. Chiche.

Je réserve 4 places d'avion pour Octobre. Partis la veille avec Laurent nous pompons l'huile qui souille la cale et mettons en place le logistique nécessaire et préparons l'arrivée des sauveteurs.

Arrivés de la veille au soir, ils plongent à 7 h du matin dans la cale, le moteur est repositionné, les pièces changées. A 17 h précise, je tourne la clé, le moteur démarre comme si rien ne s'était passé, encore une heure de vérifications diverses, l'opération est terminée. N'ayant pas prévu un dépannage aussi rapide il me faut réserver urgemment des places dans l'avion du lendemain matin. Ouzo, Retzina, coktails divers arroseront ce dépannage express.

BRAVO PASCAL, BRAVO PATRICE. MERCI AUSSI A LAURENT qui a profité de cette sortie pour faire à Romar un lifting, antifouling... entre deux plongées dans la décharge sous-marine de Lavrio.

Vous voulez savoir, à la suite d'un courrier d'avocat, Allianz a réglé sans rechigner l'intégralité des frais inhérents à l'incident, cela correspondait à 70% de la pré-expertise ??? Nous sommes bien bons...

     

Lavrio /Aegina

Comme il n'est aucunement dans notre intention de laisser Romar1 dans cet univers hostile, nous le faisons mettre à l'eau le surlendemain de la réparation afin de balayer au plus vite ces mauvais souvenirs. Hormis quelques péripéties propres à cette région comme la nécessité d'une liasse de papiers à remplir et quelques  billets (of course) pour le mettre à l'eau puis une évidente mauvaise foi pour obtenir le plein d'eau, nous larguons les amarres pour le Cap Sounion. Nous avons hâte dépasser sous le temple de Poséïdon qui marque la pointe sud de la Grèce continentale.

 

Direction Aegina, une île sagement posée entre Athénes et le Pélopenèse. La météo est parfaite et la navigation agréable. Quelques heuresqui suffisent à gommer ses 3 mois de galère. Aegina est un lieu enchanteur et l'accueil d'une tout autre teneur. Dès notre arrivée au quai principal face aux terrasses, le responsable du port arrive en scooter, nous aide à l'amarrage, nous explique le fonctionnement des bornes, nous fait payer de symboliques euros et nous souhaite un agréable séjour. Si, si cela existe.

 

Nous sommes faibles, Aegina, nous plaît d'emblée. La ville vit du tourisme et le sait, la navette qui ne fait qu'aller et venir du Pirée déverse à chaque passage sa cohorte de japonais, américains, européens... qui viennent déambuler dans ce dédale de ruelles commerciales pour celle près de la promenade. Partout les étals débordent amplement, on y trouve de tout, commerces spécialisés, accastillage, quincaillerie, drogueries, épiceries et habillement.

 

 

7 Avril

Délaissant  Athènes noyée dans sa pollution, nous mettons cap au Nord du Golfe de Saronique pour franchir le Canal de Corinthe et trouver la mer Ionienne. Ce canal est un vieux rêve que Néron aurait eu ? Mais ce n'est qu'en 1894 que le rêve impérial verra le jour, après 12 ans de travaux herculéens, un consortium français l'ayant financé c'est un bateau français qui le franchira le premier le « Notre Dame du Salut ». No Comment. Reconnaissons que les 6,5 km de passage dans cette saignée d'ocre haute de 50 m est grandiose, le prix de cette grandeur : 150 €  pour un 12m. Heureusement qu'au péage les cartes bancaires sont acceptées.

 

Arrivée à Corinthe, dès l'entrée du port, un ponton est à notre disposition. Renâclant à monter visiter l'ancienne ville là haut sur la montagne, nous nous rabattons sur la ville neuve. Rien de particulier, si ce n'est que l'architecture ou plus exactement l'absence d'architecture fait de cette ville reconstruite après le terrible tremblement de terre de 1858, une ville pour nous sans âme, sans grand intérêt. Au cours de la nuit, à deux reprises, il faut nous lever pour faire fuir des intrus qui, avec beaucoup d'aplomb, tentent de glaner quelques objets ou argent ? C'est pas la peine de s'éterniser ici. Filons sur Kiato, dernière étape de l'année. Panos contacté nous attend avec une place pour hiverner.

        

La ville que nous fréquentons pendant une semaine n'a pas de caractère spécifique, tracée au carré elle est d'après guerre et ne semble pas baigner dans une longue histoire, rapidement nous prenons quelques habitudes avec une taverna située sur la promenade, tenue par les 4 membres d'une même famille. Simples et bon enfant, les tables sont, c'est une constante dans les tavernas grecques, recouvertes d'une nappe en papier plastifié jetables retenues par 4 pinces, les chaises sont souvent paillées et peintes aux couleurs de la maison. La carte est souvent bilingues Anglais Grec, et est composée des incontournables spécialités helléniques, salades grecques, feuilles de vignes, calamars, fritures, poissons, agneaux... A la fin du repas, le dessert est généreusement offert par les taverniers, selon votre degré d'intégration et le montant de l'addition, vous pourrez prétendre à quelques liqueurs du cru. A votre départ, desservir est d'une redoutable efficacité, les restes des assiettes sont rassemblés au milieu de la nappe qui est mise en bouchon puis expédier, le service suivant peut démarrer.

Panos Kanellos possède une petite société de charters Alkyon Sailing, il a gentiment accepté de nous attribuer un emplacement sur son quota de places, il surveillera le bateau et fera tourner le moteur toutes les quinzaines. Quelqu'un de confiance et d'une extrême gentillesse toujours prêt à rendre service. Qu'il en soit encore une fois ici remercier.

Pour ceux que cela intéresse http://www.alkyonsailing.gr/   

Panos Kanellos 


Publié à 17:20, le 25/12/2010,
Mots clefs : kiatopanos KanellosAthènesLavrioegéelouis-MariebosseauRomar1GrèceBateau

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Le café grec

Les différents cafés grecs

Enfin une autre boisson largement consommée par les grecs : le café. Les grecs en sont de très grands buveurs. Froid en été, chaud en hiver, oui en été le café frappé est sans conteste la boisson favorite, ils en consomment en toutes circonstances et en tous lieux, notamment au volant, au boulot et sur tous les bureaux trône religieusement tel un calice, le haut gobelet de 33 cl dans lequel plonge une paille.

Le café frappé est un mélange de café instantané, de sucre et de glaçons passé au shaker, sa création est récente puisqu'elle date de 1957 et est une invention accidentelle d'un commercial de Neslé...

 

Sinon les grecs sont également grands amateurs du café qui porte leur nom : le café grec. Attention, ne parlez pas de café turc, vous pourriez réveiller quelques querelles. Son origine est pourtant commune : Pendant la période turque, seuls les occupants avaient les moyens de consommer du vrai café. Les pauvres grecs récupéraient la poussière du café dans les moulins et la faisaient bouillir comme une infusion... Maintenant le café grec est un café moulu très fin additionné d'eau, sucré et chauffé dans un Briki, une petite mais haute casserole. Le café peut être gliko, très sucré, metrio un peu sucré ou sketo non sucré. Il est toujours accompagné d'un verre d'eau fraîche. Il faut le boire très chaud mais cependant après l'avoir laissé se reposer, buvez en aspirant le café à la surface, c'est bruyant mais personne ne s'offusquera. Evitez de le boire d'un trait vous risqueriez fort d'avaler le marc qui se trouve au fond de la tasse... Le prix, il est fort variable de 1 à 4 euro en région touristique, quant on sait qu'il y a généralement la valeur de 3 cl dans le fond de la tasse, cela le rend un brin amer...

 
       

Publié à 20:52, le 24/12/2010, dans Articles thematiques,
Mots clefs : café grectranseuropaeRomar1Grèce

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Propos liminaires.

 

 Voici le récit du périple de Romar1 de Dordrecht (NL)

à Reggio de Calabre (I)
 
 
par le Rhin, le Main, le Danube

  par la Mer Noire

  le Bosphore,

la Mer de Marmara,

les Dardanelles

et les Mers Egée, Ionienne et Thyrrénnienne...

 


 

Email : lmb@romar1.eu 


Publié à 20:00, le 22/10/2008, Dordrecht
Mots clefs : corfoumarmaradardannellesMainBosphoreGrèceturquieistanbuldanube

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