Une Transeuropéenne

Au dessus de l'Etat : LA MAFIA

Préambule

L'aura de la mafia excite notre imaginaire, nos fantasmes, et ses mystères, ses codes, son argent font sa puissance. Ses honorables parrains bénis par l'église catholique et par certains pouvoirs inspirent crainte et respect. La mafia n'est pas qu'une société faite pour les films et les romans, c'est une réalité pétrie de sang, de souffrance, de misère, de précarité dont le peuple déshérité sert de réserve, de réservoir de main d'oeuvre, de ressource humaine.

Après avoir traversé l'Europe des Balkans et avoir constaté pour ne pas dire vécu certaines dérives mafieuses de l'ère post-communiste, nous voici en Italie, matrice s'il en est une, de la mafia.  Tout d'abord un constat s'impose, qu'elle soit russe, ukrainienne, chinoise, roumaine, albanaise, bulgare ou italienne, la mafia s'implante toujours dans les pays aux économies sinistrées ou dérégulées pour ne pas dire libéralisées, des pays où la démocratie vacille. Plus que toutes les autres structures notamment étatiques, elle a une formidable propension à s'infiltrer dans les rouages des états déliquescents ou exsangues. Elle possède une grande faculté d'adaptation et s'accommode aisément des nouvelles dimensions géopolitiques et économiques mondiales. Un organisme attise actuellement sa convoitise, ce mécanisme déficient est la« Vieille » Europe, une Europe incapable de se défendre... à moins peut-être qu'elle ne soit consentante.

 

Introduction

Que ce soit sur les côtes grecques ou lors de notre traversée du Canal d'Otrante, ce détroit de 100 km qui sépare l'Italie de l'Albanie et de la Grèce, nous avons été surpris puis inquiets d'être témoins d'étranges ballets que se livraient des bateaux fortement motorisés. Notre passage dans les ports de Santa Maria di Leuca, de Crotone puis de Reggio di Calabria et de Gioia Tauro n'a fait que jeter un peu plus le trouble sur les obscures pratiques qu'exercent certains groupes dans cette région qu'est le Mezzogiorno, le Midi italien.

 

Ne voulant pas nous limiter au seul regard du large, nous avons posé pied-à-terre et nous sommes allés  voir derrière le décor des sublimes criques et des superbes falaises. Ce que nous y avons découvert n'est pas rassurant et, à vrai dire, assez déconcertant. Dans les plaines côtières, les magnifiques plages cohabitent avec de cataclysmiques réalisations immobilières, des constructions aussi monstrueuses qu'ubuesques, des quartiers dégradés, des villes sans âme, en putréfaction, le tout noyé dans un béton pauvre (1).

     

Dans les montagnes, les grandioses et magnifiques Parcs Nationaux côtoient des hameaux désolés enfouis dans des archaïsmes moyenâgeux, des villes fantomatiques où s'amoncellent une misère éternelle, un chômage chronique, alentours les terres servent de réceptacles aux rejets, déchets industriels, tas d'immondices, amoncellements de gravats, un invraisemblable décorum blasphématoire à ce qui reste de nature sauvage...

Posez des questions, vous n'aurez pour réponse qu'un regard noir, une moue ou un sourire gêné ; ici règne l'OMERTA, la loi du silence, un silence lourd de sens. Chut, ici tout est mafia... même l'air... Posezquelques questions à des italiens du sud, à des serveurs... les gens fuient... gênés.

Voyez ici ces impressionnants complexes immobiliers de plusieurs dizaines de milliers de m2, ils ne seront jamais achevés, ce sont des chantiers de la mafia.

   

Voyez là cette école neuve, elle ne verra jamais d'enfants, son béton est pollué au cœur par des métaux lourds et elle est donc classée comme des dizaines d'autres insalubre, c'est une réalisation de la mafia.

Voyez là encore ce troublant ouvrage d'art et ce tronçon d'autoroute dont l'utilité interpelle, c'est une œuvre de la mafia, et là sur les collines, ce champ éolien qui domine la baie, c'est le dernier investissement de Cosa Nostra...

 

Voyez là encore dans les champs ces travailleurs noirs qui récoltent fruits et agrumes, ce sont des «clandestins» (2) placés sous la mainmise de la mafia... 

 

Une main d'oeuvre corvéable près de Rosarno

Ces exemples sont légions et seulement une infime partie visible de la pieuvre... une pieuvre qui gangrène ces régions du Sud et s'étend maintenant au-delà des frontières, au-delà des mers...

  

(1) Béton appauvri. Leader dans la fabrique des bétons, la mafia ne s'embarrasse pas des normes, béton pauvre en ciment, mais riche en granulats non conformes ou illicite comme les scories d'incinérateur. Ceci permet de les éliminer en se faisant rémunérer. De nombreux bâtiments sont insalubres parce que fragiles ou pollués par des métaux lourds.

(2) Le 9 janvier 2010 dans un contexte d'hyper-exploitation qui s'appuie sur les réseaux mafieux, la population de Rosarno (15 000 hbts) lance une «chasse aux Noirs». Ces Noirs sont des travailleurs clandestins nécessaires à la récolte «à bas prix» des clémentines et autres agrumes mais les sbires mafieux n'acceptent pas que les immigrés lèvent les yeux ou se défendent lorsqu'ils sont maltraités.

Ils seront ainsi plus de 300 à être évacués sur le centre de premier accueil de Sant'Anna situé au cap Rizzuto à quelques kilomètres de Crotone. Un «Sangatte», le plus grand d'Europe où croupissent  2000 immigrés.

               

Entrée du Centre de rétention de Sant'anna 

LES ORIGINES DE LA MAFIA

Pour nombre d'historiens, l'origine de la mafia remonte à l'époque médiévale. Les racines se trouvent probablement au Royaume des deux Siciles sous le règne des Bourbons. Elle aurait donc du sang espagnol, qui sait de l'Inquisition.  Il est probable qu'à cette époque, des sociétés secrètes veillaient à la sécurité de la population, au respect des codes locaux et assuraient une certaine redistribution. Les régions très pauvres, isolées parce que montagneuses ou insulaires, servaient souvent de terreau à ces organisations qui prenaient souche dans les clans, les tribus, les familles. La Vendetta en Corse et le Kanum en Albanie relèvent du même processus, celui du code d'honneur.

 

 

  

Après les révolutions de 1848 et de 1860, l'Italie sombre dans le néant avant que Garibaldi ne lève des troupes et obtient le soutien des mafias. A l'Unité italienne, les groupes criminels du Mezzogiorno s'organisent, changent d'objectifs et de méthodes. Au cours du dernier siècle, si la mafia a connu divers revers, elle a néanmoins lentement tissé sa toile et est aujourd'hui la première entreprise du pays, elle contrôle 1/3 du territoire et fait un Chiffre d'Affaires de plus de 150 milliards d'euro par an, soit 7% du P.I.B. de l'Italie. Comme les régions qu'elle « gère » ont les plus forts taux de chômage, aussi pouvons-nous dire que la misère est son garde-manger. Selon Nando Dalla Chiesa (1), il s'agit d'un "sous-développement administré", validé ou tout du moins admis par le pouvoir politique.

 (1) le Général Dalla Chiesa - Chef de la Lutte antimafia en Sicile - assassiné à Palerme en 1982 

Le mot Mafia est utilisé de manière générique mais en fait la mafia n'est pas une structure homogène car il en existe plusieurs qui se font parfois la guerre. Chacune a son code, ses méthodes, son territoire, son organigramme mais elles partagent un même but : l'argent, un même moyen : le crime.

Jusque dans les années 1990 la mafia jouait une carte franchement anti-Etat. Aujourd'hui elle a changé sa stratégie pour s'immiscer dans la politique et elle est ainsi devenue un État dans l'État.

Ces années-là, elle se diversifie pour s'inscrire dans des horizons plus policés, plus lucratifs, moins risqués : les marchés boursiers. Ainsi la mafia blanchit l'argent et investit en masse dans des Sociétés financières.

Liste non exhaustive des activités illicites liées auxdifférentes mafias :

Les trafics de drogue, d'êtres humains, de déchets / La contrebande d'alcool, de cigarettes, de voitures volées / La corruption, le racket, les jeux / La prostitution / La contrefaçon / Le blanchiment d'argent par de multiples circuits / La fabrication de fausse monnaie et fausses cartes bleues / La cybercriminalité (détournement defonds) / L'infiltration dans les groupes financiers / Le trucage des marchés publics / ...

      

Les mafias sont toutes issues du Mezzogiorno, l'Italie du Sud :

Cosa Nostra (en Sicile) / Camorra (à Naples) / N'drangheta (en Calabre) / Sacra Corona Unità (dans lesPouilles) / Stidda (en Sicile)

 

 

COSA NOSTRA

Cosa Nostra, « Ce qui est à nous » égalementappelée «La Pieuvra» est la plus connue, la plus secrète mais aussi la mieux structurée. Avant la dernière guerre, l'organisation s'appelait la Società Onorata (l'Honorable Société).

Essentiellement basée en Sicile, elle dispose de ramifications sur l'ensemble du globe, mais surtout en Amérique du Nord, en Amérique latine et en Australie.

Implantée au début ) du XIXième pour surveiller les propriétés agricoles, elle en prend progressivement le contrôle et s'en approprie les récoltes. A la Libération, elle réapparaît avec les Américains, la reconstruction lui ouvre la voie du BTP et de l'immobilier. Au fil des décennies, elle s'immisce dans tous les secteurs économiques de l'île. Pour cela, elle s'appuie sur ses liens politiques privilégiés avec la démocratie chrétienne qui lui assure à la fois marchés et immunité.

La mafia n'aime pas qu'on fouille dans ses affaires et n'hésite plus à trucider les enquêteurs trop sourcilleux. Mais les magistrats italiens ne se laissent pas pour autant impressionner. En 1986, se déroule à Palerme un maxi procès avec 465 accusés, il aboutira à 360 condamnations dont 19 à perpétuité et à la confiscation des biens des mafiosi emprisonnés. S'ensuivent alors des aveux de repentis, l'organisation pyramidale de CosaNostra est secouée et plusieurs parrains tombent.

Bien que décapitée, la pieuvre réussit à assassiner les emblématiques juges antimafia Falcone et Borsellino.

  

             Les Juges Falcone et Borsollino                  La Stèle à leur mémoire  près de Palerme 

Depuis, pour se protéger, Cosa Nostra se cloisonne, mais elle perd de sa puissance et cède du terrain aux autres organisations mafieuses.

Cosa Nostra possède un code d'honneur.

Pour être initié il faut être Sicilien de père et de mère, masculin et catholique.

A l'initié, il est interdit de: s'en prendre aux femmes et aux enfants / de désirer les femmes d'autres hommes d'honneur / de voler (?) / de fréquenter les bars et salle de jeux / de se livrer au proxénétisme / d'être communiste ou homosexuel / de tuer des hommes d'honneur sauf sur ordre de la coupole (Les dirigeants de Cosa Nostra) / de parler, se référer ou se déclarer de l'organisation. Il doit respecter la loi du silence sinon c'est la mort.

La devise : servir, obéir, se taire.

Cosa Nostra est une organisation très conservatrice et profondément anticommuniste. Elle a toujours eu des liens intimes avec l'église catholique. Hier ses hommes d'honneur ne se réclamaient-ils pas guerriers de Dieu ou gardiens de la Foi.

Cosa Nostra compterait encore 17 mandamenti regroupant 66 familles contrôlant 1 700 clans et disposerait de 50 000 collaborateurs.

Si ses domaines d'activité se sont élargis et ont évolué avec le temps, Cosa Nostra aurait toujours refusé pour raisons religieuses, le proxénétisme et le kidnapping.

Ses créneaux sont maintenant :

Le Trafic de drogues (héroïne et morphine base)  // Escroquerie en tous genres // Racket près des entreprises et commerçants // Prêt d'usure (taux d'intérêt prohibitif) // Trafic de cartes bancaires // Marchés publics // Spéculation immobilière // Prise de contrôle de grandes sociétés...

 

 

CAMORRA

Camorra signifie « Protection ».

Née à Naples au début du XIXème siècle (vers 1820), la Camorra est la seule mafia à être d'origine urbaine. Elle est issue de l'incapacité politique à créer une dynamique économique dans cette région pauvre qu'est la Campanie, pour cela elle s'est appuyée sur l'insatisfaction sociale. En fait, elle a comblé l'absence des relais religieux, syndicaux et associatifs. Pour résumer et simplifier, la Camorra est née de la misère.

Son origine populaire lui a permis de se fondre dans le sous-prolétariat grâce à un étroit maillage dans le tissu social napolitain. Son recrutement se fait par filiation mais aussi dans les rues et les prisons dont les chefs sont issus.

Si la Camorra soutient Garibaldi en 1860 lors de sa marche sur Rome, elle reste néanmoins profondément attachée à l'église catholique. N'organise-t-elle pas ses réunions dans les catacombes des églises napolitaines... Elle est considérée comme une des plus importantes en Europe. Le film « Gomorra » relate fort bien son fonctionnement.

D'après les données d'Interpol, les 150 familles régnantes disposeraient de plus de 7 000 membres et de 80 000 collaborateurs. Par ailleurs, selon Maria-Luisa Cesoni (1),  300 000 personnes vivraient de la Camorra.

Sa base logistique est le port de Naples.

La Camorra est une mafia à organisation horizontale mais à géométrie variable. Elle dispose d'une multitude de petits clans plus ou moins indépendants dirigés par une ou des familles, chacune gère l'intégralité d'une filière (cocaïne, jeux, etc).

Si la Camorra règne sur tous les trafics traditionnels illicites tels que prostitution, drogue, jeux, contrebande, le racket (levée d'impôt), l'usure), elle s'est plus tardivement installée dans tous les secteurs économiques de la région napolitaine notamment la gestion des déchets, avec les dérives nauséabondes que l'on connaît, dans l'exploitation des carrières, la fabrication des bétons appauvris à base des scories des usines de déchets. Depuis quelques années, elle s'est lancée dans l'importation clandestine de viande et surtout la fraude aux subventions européennes.

 

Selon Isaia Sales (2), la Camorra a un rôle social : « Elle développe selon la tradition, des activités à la fois redistributives et de solidarité : fortes dépenses dans les commerces des quartiers défavorisés, aides aux familles en difficulté, financement d'activités sportives. Elle n'offre pas seulement, à ses affiliés, un enrichissement facile, mais aussi des possibilités de mobilité sociale, et même les seules possibilités pour des individus qui, n'ayant aucune chance au départ (chômeurs, déshérités...) de pouvoir devenir en quelques mois commerçants, propriétaires d'auberges, de cafés, ou de restaurants. La faiblesse de la vie associative napolitaine a permis à la Camorra d'être la principale organisation qui garantisse la satisfaction des besoins essentiels pour une partie importante de la population ».

(1)Maria-Luisa Cesoni est avocate et a écrit « Camorra et politique : démystification du rôle de ladrogue »

(2)Isaia Sales : Chercheur spécialiste de la criminalité et de la Camorra.

 

 

N'DRANGHETA

N'drangheta est un mot tiré du grec signifiant « Courage et Vertu ».

N'drangheta a vu le jour dans les montagnes de l'Aspromonte en Calabre, une région rurale, difficile d'accès, qui abritait au XIXème des bandes de brigands, protecteurs des petits paysans.

Mais au fil du temps, ces bandes se sont regroupées dans une véritable organisation criminelle à la réputation  sanguinaire et barbare.

Dans les années 70, celle-ci s'est spécialisée dans le rapt et s'est illustrée par l'enlèvement de Paul Getty junior. Un secteur qu'elle a depuis abandonné parce que peu rentable...

Sa structure est basée sur la famille de sang, ce qui la différencie des autres mafias et limite les trahisons. Les liens entre les familles appelés aussi "piccoterie" se font par mariages arrangés.

Elle comprend 150 familles appelées"N'Drini" et disposerait de 6 000 hommes.

Chaque famille possède un territoire sur lequel elle organise ses activités.

Pour rentrer dans 'Ndrangheta qui ne recrute que par filiation, il faut tout d'abord commettre un meurtre puis lors d'une cérémonie rituelle, on brûle des images sacrées, on jure fidélité à l'organisation et on prête serment sur l ‘évangile.

Après s'être longtemps cantonnée à la Calabre, N'drangheta a élargi son territoire, elle a pris les positions abandonnées par Cosa Nostra, s'est internationalisée avec le trafic de drogue et d'armes lourdes. Enfin elle s'est implantée aussi dans la région Nord, poumon économique de l'Italie.

Les principales activités de N'drangheta :

trafic de drogue // trafic d'êtres humains (clandestins et prostitution) // racket et l'extorsion de fonds (Pizzo) // L'usure (avec la complicité des banques qui refusent des prêts aux particuliers) // trafic international d'armes lourdes // captation des aides destinées aux filières agroalimentaires (huile d'olive...) // trucage des marchés publics (santé, construction...) // gestion des carrières et du béton // détournement des fonds structurels européens // collecte et élimination des déchets

 

Le port de Gioia Tauro où tous les mois des containers de contrefaçons, de drogue ou d'armes lourdes sont découverts. Un vaste port porte-containers réalisé par et pour la mafia mais financé pour partie par la CE

Ses bases logistiques : les ports de Crotone, de Reggio de Calabria et de Gioia Tauro (2ieme port Porte Container d'Europe), ce dernier port est situé dans une commune où par deux fois le Conseil municipal a été dissous pour liens mafieux. D'autre part, à la sortie de la ville, d'immenses et luxueux complexes commerciaux sont implantés dans lesquels il n'y a pas de clients, nous nous sommes interrogés sur leur véritable vocation ? Blanchisserie ?

 

 
Complexe en décomposition au bord de la SS106 près de Rocella 

 A propos des déchets, ils sont considérés comme le nouvel or par les organisations mafieuses. Selon la confession d'un des rares repentis de N'drangheta, « il aurait vu » 30 bateaux chargés de centaines de fûts hautement dangereux dont certains radioactifs volontairement coulés près des côtes calabraises et ce pour un gain de plus de 2 millions d'euro... ». Quand on sait qu'en Italie, des entreprises de démantèlement des centrales nucléaires sont liées à la mafia, cela donne des sueurs froides... 

  

Carte des épaves relevées à ce jour 

La Calabre présente la plus forte densité criminelle en Italie. En 1994, le Ministère de l'Intérieur italien estimait que 27 % de la population de Calabre était en relation quotidienne avec la 'Ndrangheta.

Il suffit de circuler en Calabre pour constater que N'drangheta fait peser un climat de terreur, véritable handicap pour le développement économique de cette région enclavée. Ndrangheda est la mafia la plus riche. Elle réalise un chiffre d'affaires de 35 milliards d'euros, alors que le P.I.B. régional de l'économie licite n'est que de 29 milliards d'euro..

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3 des grands Boss d'Ndrangheta arrêtés en 2010

Des bergers ...   des hommes presque ordinaires

  

 

SACRA CORONA UNITA

La Sacra Corona Unità «SCU» est située dans lesPouilles, la région la plus pauvre d'Italie. La structure de l'organisation est de type horizontal. La région est divisée en territoires à la tête desquels règnent des parrains.

Contrairement à toutes les autres organisations, les femmes y jouent un rôle important, d'autre part les affiliés sont souvent très jeunes.

À ce jour, la Sacra Corona Unità compte 47 familles et plus de 1500 membres.

Ses activités sont : Contrebande / Trafic de drogue / Extorsion / Trafic d'arme / Jeux / Trafic d'êtres humains (proxénétisme) et implication dans des trafics d'organes...

Cette organisation se distingue par toute une série de rites de type mystico-religieux liés au catholicisme, jusqu'à son nom qui évoque le chapelet du rosaire : l'organisation est Sacrée, Corona, parce qu'elle forme un cercle comme la Couronne et Unità, car on doit être unis comme les grains du chapelet par les multiples maillons de la chaîne.

La guerre des Balkans et l'éclatement de la Fédération Yougoslave ont apporté à la Sacra Corona Unità la notoriété et la prospérité qui lui manquaient. Elle s'est impliquée dans tous les trafics provenant du Kosovo, réceptacle de toutes les filières criminelles. Ce fut d'abord la prostitution puis le trafic de clandestins albanais, kurdes, pakistanais, srilankais.

Son credo : "Tant qu'il y a de la guerre, ily a des affaires"... Amen...


STIDDA

La Stidda est implantée au nord de la Sicile dans les villes d'Agrigente, de Catane, de Gela, de Vittoria et de Syracuse. C'est la plus récente, la moins connue et la moins importante des mafias italiennes. Les membres de cette mafia ont une particularité : un tatouage, 5 points, situés entre le pouce et l'index.

 

LA LUTTE ANTIMAFIA

Depuis l'arrivée de Silvio Berlusconi, « il Cavaliere », à la Présidence du Conseil une certaine inertie politique s'est installée sur ce sujet sensible. Il dénonce beaucoup plus les juges que les auteurs d'exactions, il s'attaque plus aux épiphénomènes qu'aux structures, la complaisance coupable de ses lois le prouve :

- Une 3ème amnistie fiscale qui permet de faire rentrer en Italie anonymement plusieurs milliards d'euro. « Rien ne prouve que c'est de l'argent sale » se justifie Silvio Berlusconi...

- La réforme visant à restreindre les écoutes téléphoniques actuellement débattue, elle empêche de surveiller les membres d'organisations mafieuses. Les déclarations de la Secrétaire d'Etat Daniela Santanchè : «Les mafieux aussi ont droit à une vie privée» ou bien « La Mafia a toujours existé et existera toujours » sont autant de signes de collusion entre ces deux mondes.

La lutte antimafia est menée non pas par le gouvernement mais principalement par des magistrats et des organismes de lutte contre la fraude financière, des « gauchistes » selon le« cavaliere ». Depuis quelques mois, ils multiplient les opérations. L'une a eu lieu cet été en Calabre, elle a impliqué 3 000 policiers, conduit à plus de 350 arrestations et à la saisie des biens des membres arrêtés, la dernière en octobre 2010 vient de voir l'arrestation de 100 mafieux à Naples et en Sicile ainsi que la saisie de 500 millions d'euro d'actifs.

Cette lutte s'affiche clairement et lors de notre séjour dans le Sud, nous avons constaté une très forte présence des services de l'Etat. La Polizia, la Guardia di Finanza et les carabinieri, sont sur le pied de guerre tant sur la côte qu'aux abords de la Nationale 106, cette unique route qui fait le tour de la botte et dessert la Calabre. Cette pression policière soutenue par la presse qui, il faut le dire, a payé le prix fort en dénonçant les actions de la mafia, commence à lézarder le mur de silence, les langues se délient et la population se révolte. En mars dernier, 150 000 personnes sont descendues dans les rues de Naples... Le 2 Octobre, week-end de notre départ, 40 000 personnes ont manifesté à Reggio ...

 

Manifestation anti-mafia à Naples 

Autres constats, il n'y a plus un jour où la presse régionale « Il Quotidiano de la Calabria », « Il Giornale » « Gazetta del Sud »« il Corriere di Calabria » ne mentionne l'arrestation ou le démantèlement de réseaux mafieux. Autant de signes qui permettent d'espérer que cette région lève la chape de plomb qui l'asphyxie.

      

CONCLUSION

Les phénomènes mafieux ne sont pas l'apanage de l'Italie du Sud, loin s'en faut. Tous les continents, tous les pays sont concernés, même les plus riches. Les pays exsangues comme ceux de l'ancien bloc soviétique constituent leur nouvel eldorado. Au cours de ce périple « transeuropéen », nous avons constaté comment ces phénomènes s'amplifiaient en Europe, revêtant différentes apparences. Sous sa forme traditionnelle, la mafia opère dans les pays sinistrés aux économies dérégulées, en corrompant les pouvoirs, en appauvrissant et asservissant les populations, en imprégnant les marchés de matières illicites, en transformant l'argent sale en argent propre. Partout elle sème peur sociale, désordre économique, paysage de désolation, substrat de l'intolérance, terreau des intégrismes, mycélium des conflits et des guerres à venir.

Son autre méthode consiste à se dépouiller de ses oripeaux criminels, à s'immuniser par des relations benoîtement bénies au plus haut niveau, et sous des costumes légaux à pénétrer dans d'honorables sociétés, s'ouvrir au monde politique et aux places boursières, centres du pouvoir suprême.

Enfin la dernière méthode, la plus pernicieuse consiste, pour nous tous, à l'admettre et à en faire dans notre quotidien une référence «culturelle». Par mimétisme, par ignorance ou par facilité, sciemment ou pas, nous refusons de voir, de dénoncer, d'empêcher de telles attitudes, de tels agissements, de telles déviances, une fatalité qui couvre notre incurie.Ces méthodes sont dorénavant adoptées par nombre de personnes et de structures, que ce soit dans les milieux d'affaires, dans le monde politique ou celui de la délinquance, du banditisme. N'oublions pas que les corporatistes, les communautaristes, les lobbyistes, les affairistes portent en eux les gènes proches du comportement mafieux, des gènes qui, sans la barrière des valeurs humanistes, ne demandent qu'à se disséminer. Si cette barrière venait à tomber, notre avenir s'assombrirait et notre vie deviendrait rapidement un enfer...

 

Louis-Marie BOSSEAU - Angers le 4 Octobre 2010.

 

Cette approche a été menée lors d'un tour d'Europe, elle se fonde sur des observations et des constats effectués dans les régionsdes Pouilles (Puglia), de Calabre, Basilicate et Campanie, une approche renforcée par quelques rencontres et par des investigations bibliographiques dont voici les Sources :

 

  • Atlas des mafias - Autrement - Fabrizio Maccaglia
  • Histoire des mafias - Frank Furet - Revue BancPublic
  • Cosa Nostra par John Dickie - éd Perrin 2007
  • La Mafia à l'assaut de l'Europe - Fabrice Calvi -éd Grasset
  • Mafia en France - Rapport parlementaire de Françoisd'Aubert - Janvier 2010
  • Rapport de l'Eurispes - Institut d'études économiques etsociales - Italie
  • La pieuvre mondialisée - article du Monde -24.09.2010
  • http://www.giornaledicalabria.it/  - Quotidien calabrais
  • Enquête sur la mafia - Stéphane Quérré
  • Site de l'Observatoire géopolitique des criminalités (OGC) - Fabrice Rizzoli, secrétaire général http://geopolcrim.info/accueil.php
  • Camorra et politique : démystification du rôle de la drogue  par  Maria-Luisa Cesoni - avocat au barreau de Genève.     
  • Site de Philippe Conrad - Historien. Directeur de séminaire au Collège Interarmées de Défense
  • http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/la_mafia_sicilienne__de__l_honorable_societe__a_l_internationale_du_crime.asp

 


Publié à 17:04, le 17/09/2011, dans Articles thematiques,
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Crotone

Il est vrai que le mot accueil est plutôt incongru en ce lieu lugubre.
Le « capitaine » qui a en charge « d'accueillir » les bateaux pourrait aisément postuler dans un film de Sergio Leone. Tout dans son physique, sa tenue, sa démarche semble sortir d'un mauvais western spaghetti, une piteuse doublure italienne d'Eli Wallach, la malice et le sourire en moins. Dans un état de négligence avancée, coiffé d'un immuable chapeau dépaillé jadis beige qu'il lève de temps à autre pour gratter une calvitie encroutée, notre homme, d'une soixantaine d'années a la peau tannée par le soleil, rarement rasé il a tout d'un vieux baroudeur rouillé resté amarré depuis des siècles au quai. Les verres gras de ses lunettes lui donnent un regard vague, une intelligence évaporée, perdue depuis des lustres, la bouche largement ouverte laisse entrevoir quelques semaines de travail pour un prothésiste confirmé. Tout en lui suinte la nonchalance d'une bestialité primitive, même dans son incompréhensible parler, il trainent péniblement les mots dans des phrases machouillées chancelantes entrecoupées de silences ou d'onomatopés. Ses restes de sandales qui lui collent au pied comme à un vieux chewin-gum laissent saillir de gros orteils jamais équarris, son pantalon de toile retroussé et débruni est devenu un essui-tout retenu par un lambeau de cuir, sa chemise d'une vieille cuvée écossaise n'a pas suivi la protubérance abdominale et le tissus s'arc-boute pour expulser les derniers boutons. Vous trouverez l'homme sous l'auvent en bois du Yacht Kroton Club exposé plein Sud, dans sa position favorite, acagnardé, somnolant dans une chaise longue, une chaise élimée qui garde, pendant ses rares absences, la mémoire de sa forme. Oui notre agent est là, dans sa position professionnelle, de 6 heures à 22 heures, affaissé, il attend, il attend... il attend le plaisancier en perdition dans ce nulle part, machouillant sans relâche une herbe invisible. Lorsqu'un claquement de voile où le bruit d'un moteur le sort de sa léthargie, il ouvre un œil torve, de l'index il relève le bord de son chapeau pour observer, jauger l'approche et évaluer le gain potentiel. Le bateau plus prés, alors il est pris d'un convulsif ébranlement, il se lève accablé, développe sans force de grands signes et va traînassant ses sandales dans une démarche de culard se poster là où le bateau se doit d'accoster. Muni d'un long crochet en fer, sans se courber il attrape la pendille, cette longue ligne de corde attachée un bout au quai et l'autre à un corps mort et auquel vous devez vous amarrer. Il faut que tout aille bien, en cas de mauvaise approche toujours possible par grand vent, voici notre homme maugréer, vocifèrer mille mots d'argot calabrais que même les Italiens ne comprennent pas... des mots qu'il accompagne d'amples gestes, comme pour chasser les oiseaux, des signes évocateurs demandant à l'incapable de repartir d'où il vient.
Une fois la bateau amarré, notre « acarien » va chercher dans sa mimétique Fiat, une photocopie quasi illisible d'un formulaire d'inscription brulée par le soleil, à charge au skypeur de remplir sur le champ la dite feuille, cela ne saurait attendre car notre homme sait que l'instant a son importance. A sa lecture le verdict tombe, tout semble mathématique, scientifique, ordonnancé, barêmé, cela fera tant d'euros, payables immédiatement. Contester relève tout simplement du bon sens tant le tarif annoncé est prohibitif pour s'amarrer dans cette bassine minable et non entretenue. S'ensuit inévitablement une négociation qui pour ma part a failli mal tourner. Notre cyclothymique lémurien ne semble vivre que pour cela, l'argent, lorsqu'il en parle, il est pris de convulsions, gesticule, mouline et gueule pour s'imposer... mal m'en a pris en prononçant la phrase de trop, celle, automatique, incontrolée, qui gicle du for intérieur « I don't paye the mafia », il explose, dégaine en 1/1000éme de seconde et me lance la prise électrique de la borne qui lui servait de béquille. L'ayant reçu à la tête, je feins tel un footballeur latin la blessure mortelle et m'écroule sur le pont arrière, ce geste, cet électrochoc a le mérite de faire chuter la tension mais aussi le tarif de 50%... Ouf ... je peux rester à quai à un tarif presque raisonnable. Ma tête va tout de suite mieux.
Voyant combien notre agent prenait cette charge avec « détachement », je l'ai observé dans sa tournée quotidienne d'encaissements. Comme je m'en doutais, j'ai pu constater des écarts significatifs dans les droits de port, cela passait allègrement de 40 à 90 euros par jour pour un bateau de même longueur, 36 pieds... Demander un reçu relève d'un sérieux manque de confiance voire de la provocation... la réponse est immuable « ok ok domani, domani, domani » toujours demain...
Ce port financé par la CEE, faut-il le préciser, est décidément une énigme. Bien que le nombre de yachts soit limité à une trentaine tout au plus, s'y déroule à longueur de journée un étrange ballet, un incessant défilé de grosses cylindrées pilotées par de lugubres fantômes aux larges lunettes de soleil : Porsche Cayenne, dernier Land Rover, 4x4 Audit, Mercedes SL 500, Jaguar, etc, une démo digne du salon de l'auto de Francfort ou de Monte-Carlo... c'est apparemment le « là où il faut être vu » ? Un autre manège semble également immuable, tous les jours à 19h une imposante berline noire s'arrête, la vitre conducteur s'abaisse et des liasses de billets passent des profondes poches du vieux pantalon camboui à des mains plus propres. Interrogez... vous n'aurez pour réponse qu'un regard égaré tant la question semble incongrue ou de trop ???
Mais bon nous sommes à Crotone, une ville où règne la Mafia, la liste des énigmes que recèle la cité est sans fin.

Comme il faut relativiser, tout ceci n'est rien au regard de ce à quoi Romar 1 venait d'échapper. Annoncé à 4-5 Beaufort, le coup de vent s'est mué en une tempête de 10/11 BF. Au petit matin, on assiste au décompte de cette nuit cauchemardesque, les vedettes des Guard-Cost accompagnent au port des bateaux déroutés, un voilier anglais avec un couple de vieux bourlingueurs qui se sont faits « la peur de leur vie », ils ont lancé à 4h00 un « Mayday », un voilier français doit évacuer un équipier qui, dans le grain, s'est cassé plusieurs côtes... le catamaran Poitou-Charentes et son équipage usé sont venus se protéger et se refaire une santé pendant quelques heures.

La mauvaise météo nous laisse du temps pour découvrir la ville. Si à première vue, comme le rappellent les guides nautiques qu'il ne faut pas prendre à la lettre, Crotone paraît glauque tant l'atmosphère du port empèse sur la ville, il convient de prendre de la hauteur et d'aller au-dessus des fantômatiques bas quartiers portuaires car là-haut se découvre l'histoire d'une autre civilisation, plus propre, plus moderne, plus accueillante avec des quartiers dotés de superbes architectures, imprégnés d'histoire et riches d'une superbe citadelle qui domine le golfe.
Crotone a connu son âge d'or à l'antiquité aux VI et V siècle av JC, c'était une des plus grande ville de l'antiquité, elle était réputée pour son grand nombre de sanctuaires, la cité des dieux, si sa réputation reposait sur la beauté de ses femmes, présente en 1789 dans l'œuvre de François-André Vincent Zeuxis et les filles de Crotone, elle reposait aussi sur son école de Médecine et plus particulièrement sur l'école de Pythagore que le Maitre présocratique, ex-champion olympique de Pugilat (Boxe) ouvre ici après ses multiples voyages.

 

Comme la mer est encore mauvaise, prenons le temps et fouillons un peu l'histoire les rites de cette école Pythagoricienne. Après admission les postulants avaient 3 degrés successifs à franchir, les néophytes réduits pendant 3 ans au silence, les acousmaticiens (auditeurs) et les mathématiciens. Les enseignements varient selon les grades, ils ont trait à l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique, la poésie, les sciences naturelles, la philosophie et la politique. Pour les adeptes, les règles de vie sont strictes, continence sexuelle, règles diététiques draconiennes. Si les exercices intellectuels et spirituels sont la base, l'examen de conscience est quotidien tout comme l'entretien physique et le sport font partie intégrante de la discipline pythagoricienne. Est ce à ce titre que la fille de Pythagore Myïa épousa « Milon de Crotone », qui fut six fois champion olympique de lutte ? La légende dit bien que doté d'une force herculéenne, sa fin fut tragique, seul dans une forêt il entreprit de fendre un arbre pour mesurer sa puissance mais sa main resta prisonnière du tronc et il fut ainsi la proie des bêtes sauvages. Cette légende a été gravée dans la pierre en 1682 par l'artiste Pierre Puget sur commande de Colbert pour Louis XIV. L'artiste figea la scène dans un marbre de Carrare, le « Milon de Crotone » est exposé au Louvre et symbolise la vanité des efforts humains et le fait de s'engager dans une action téméraire.


Publié à 17:26, le 8/09/2011,
Mots clefs : louis marie bosseaucrotonetarenteromar 1italiebateaumafia

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