Une Transeuropéenne

LE DANUBE - ( KELHEIM - VIENNE - BRATISLAVA )

LE DANUBE

Jeudi 31 Juillet
Kelheim – Ecluse de Straubing
Nous sortons à 9h30 du port «d’affaire» de Donau-Marine et voguons à 13 Km/h vers Regensburg, nous espérons y trouver un port ou un quai pour les 3 bateaux :, CO2, Tomavi et Romar 1. La navigation est excellente et en 1h30 nous arrivons à Regensburg (Ratisbonne en Français)(PK2398), nous laissons le bras qui mène à la vieille ville, son écluse est trop petite. Nous sommes contraints de contourner l’île, malheureusement la halte indiquée sur les cartes tient plus du chantier de démolition que du port de plaisance : il faut se rendre à l’évidence, il n’y a aucune possibilité d’accoster dans ce capharnaüm. La flottille s’éclate, Tomavi va essayer le petit port du centre-ville, nous le suivons à distance, son passage sous le pont de pierre s’avère périlleux. Nous longeons les immenses quais réservés aux croisiéristes et à 100 mètres de l’historique pont de pierre, l’échelle du fleuve nous indique le niveau d’eau, il manque 10 cm : franchir le plus ancien pont du Danube (1146) ne nous est pas possible. Nous sommes donc contraints de faire demi-tour, et ce, face à un violent courant, avec des bateaux passagers amarrés à bâbord, bancs de gravier à tribord, la passe est étroite, la manœuvre va être périlleuse. Alors que je débute mon demi tour, un bateau à passagers vient me contrarier, il quitte son ponton et joue de la corne à tout va. Avant toute, arrière toute, barre à gauche toute, barre à droite toute, le propulseur d’étrave est appelé en renfort, Romar1 pivote mais le courant l’emporte. Avant toute, arrière toute, ça y est, Romar1 bat du gravier, marche avant toute, barre à gauche toute. Ouf, nous retrouvons une position plus conventionnelle, mais l’ambiance à bord est électrique. Il faut quitter ce bras du centre-ville au plus vite, il n’offre aucune halte… Les cartes consultées ne nous laissent aucune opportunité, nous devrons nous passer de Regensburg, c’est vrai que l’on a déjà vu la ville mais la redécouvrir aurait été un nouveau plaisir. Nous battons en retraite pour reprendre le fil du fleuve. A une ou deux lieues de la ville se profile une antique silhouette d’un Parthénon immaculé, nous voici au pied du Walhala,: un escalier monumental qui part de nulle part monte vers l’imposant temple néo-grec voulu par Ludwig Ier de Bavière. Ce sanctuaire, construit en 1830, est le paradis sacralisé des héros germaniques statufiés. Le ponton est ici aussi réservé aux « Groff ». Nous envisageons un mouillage derrière une île mais faute d’un tirant d’eau suffisant, nous renonçons. Tout autour de nous le ciel s’assombrit, l’orage monte. Nous approchons de l’écluse de Straubing, au-delà nous savons qu’il y a un port où nous pourrons nous abriter mais… là, devant nous, près de l’écluse, CO2 a trouvé un quai, Romar1 se glisse derrière lui, l’orage s’est évanoui au sud. En soirée, nous partons à travers champs vers Sossau, une minuscule bourgade bavaroise connue pour abriter en son cœur « Landgasthof Reisinger » un restaurant typiquement bavarois. Le nombre de véhicules confirme la réputation du lieu, de nombreuses salles sont réservées, le personnel fort aimable s’active, une table nous est attribuée, les menus sont présentés et les commandes passées, il se fait tard et nous avons faim et soif, commençons par une santé autour d’une bouteille de Franconie. Les murs sont couverts des figures « politiques » allemandes habituées du lieu ; au nombre de photos, Helmut Kolh est au top 10 des fidèles.
 
 LE WALHALLA
 


Vendredi 1er Août
Straubing - Deggendorf
De bonne heure, un bateau commercial s’annonce par VHF à l’écluse, c’est « Kasbah », la belle hollandaise de 2000 T qui descend, nous la côtoyons depuis quelques jours. Nous prenons son sillage et l’accompagnons pour la journée. Par radio, son patron nous signale les points sensibles, en nombre, en cette période de basses eaux. Le niveau d’étiage (basses eaux) l’a d’ailleurs, contraint à se délester d’une partie de sa cargaison d’aluminium à Regensburg, c’était l’unique solution pour rejoindre Bratislava sans encombre. A Deggendorf, Kasbah poursuit sa descente, mais pour nous, c’est la halte, la marina, est dans la courbe à la sortie de la ville, le ponton est très bien et l’accueil chaleureux. Implanté sur le contrefort de la forêt de Bohême, Deggendorf est le seul port franc fluvial. Un port franc est une plate-forme où l’on peut stocker les marchandises en franchise fiscale jusqu’à ce qu’elles soient vendues, ce qui est très avantageux pour les entreprises qui travaillent de grands volumes, et fort intéressant pour la commune qui trouve là une ressource financière et un regain d’activité portuaire. Depuis peu, Deggendorf possède une « Fachhochscule » et ses 1500 étudiants ont bouleversé la petite cité de 30 000 habitants, on sent que la ville a pris un coup de jeune. A noter qu’elle a pour emblème une porte ouverte et des vagues, tout un symbole.
 
 
UN POUSSEUR MONTANT
 
 

Samedi 2 Août
Deggendorf – Passau (PK2224)
Le temps a changé, c’est sous un temps couvert et avec une bruine intermittente que nous quittons les accueillants membres du Yacht-club de Deggendorf. Ce matin, la VHF donne de la voix, c’est qu’il y a du trafic. Il va falloir être attentif tant notre parcours du jour est sinueux, il sera difficile de croiser ou de trémater. Au moment où nous nous engageons dans les méandres serrés et étroits, nous croisons deux importants convois. Le premier est un pousseur roumain avec deux barges en ligne de près de  300 mètres de long et le second est un pousseur ukrainien avec deux barges à couple, on doit tous s’enfiler au même moment entre deux balises. Pour pimenter le tout, s’invite la navette rapide Deggendorf / Passau qui, corne à l’appui, passe en force au milieu des flots, les remous sont sévères et nous n’avons absolument aucune envie de répondre aux « saluts » des voyageurs. Nous apprendrons plus tard, que par VHF, le capitaine nous avait ordonné de quitter le chenal pour lui laisser la voie libre, rien de moins. La VHF avait bien craché un allemand bavarois taillé au couteau mais nous n’y avions rien compris. La pluie a cessé, nous approchons de Passau, ville frontière avec l’Autriche. Passau est aussi la principale base d’embarquement des paquebots fluviaux qui relient Vienne à Bratislava et Budapest. Nos bateaux ne peuvent entrer dans le port de plaisance conçu pour de frêles embarcations, par chance, le ponton du fleuve est libre et nous nous y amarrons, l’intensité du trafic nous ballote, mais nous devons nous habituer au roulis. Après déjeuner, les deux équipages prennent le bus pour aller au cœur de la ville imprégnée de catholicisme. En son point haut, culmine la Cathédrale St Stefan. Elle nous invite, non pas pour y brûler un cierge, nous les laissons aux âmes en peine, mais pour y admirer le plus grand orgue du monde : 17 000 tuyaux et plus de 230 registres, malheureusement ils restent sourds à nos incantations. Que dire, si ce n’est que la cathédrale est de style baroque, de pierre blanche délavée et coiffée de 3 dômes vert de gris. Ce haut lieu exalte le pouvoir spirituel du Prince-Evêque du St Empire Romain Germanique, un pouvoir bien gardé car sur la colline d’en face est construite la citadelle dudit prince, là où il exerçait le pouvoir temporel. Eh oui, les portes du Danube sont bien protégées… Il faut dire que la ville est stratégique, elle est plantée sur 4 éperons rocheux, à la confluence de 3 cours d’eau. Et ces trois rivières ont des origines fort différentes, le Danube, d’un profond vert plombé, arrive de l’Ouest, l’Inn, d’un lait opalescent, descend des glaciers suisses et la petite Ilz, d’un anthracite tristement concolore, émigre des tourbières de Bohême au Nord. Chacune arrive à Passau avec les reflets de son bassin, est-ce par individualisme ou par orgueil, est-ce par respect, mais les eaux des affluents escortent le Danube et refusent de s’y mélanger, elles ne se fondent qu’au loin, à l’abri des regards. Un phénomène « Unique », dixit Koss. Passau vit grâce au Danube au rythme des 13 paquebots quotidiens qui déversent leurs flots de touristes. Mais en parlant de flots, il arrive aussi parfois que le Danube s’invite dans la ville, cela marque les esprits et donne une échelle de crue spectaculaire sur la façade du Rathaus où l’eau est montée à 3 m en 2002. Les crues, oui je préfère ce terme au mot « inondation », sont inhérentes aux fleuves indociles, elles viennent nourrir les terres de la vallée, y déposer leurs limons, les fertiliser. La présence d’un fleuve apporte bien plus de vie que de dés-agréments, pour peu qu’ils en soient.
 


Dimanche 3 Août
Passau – Schlogen
Ce matin ce sont les adieux à Maria, Corry et Koss vont continuer seuls, l’équipière du CO2 prend le train pour les Pays-Bas où elle est professeur de maths. Nous allons perdre son sourire et ses grands éclats de rire rauques… « Bye bye Maria »
 
 
                     Corry                                             Koss                                               Maria
 
C’est bon, le feu des Kachlet-locks est vert, aussitôt les deux bateaux appareillent pour écluser. A l’ouverture des portes aval, Passau nous offre un autre vue, celle du fleuve, une contre-plongée sur cette cité deux fois millénaire . Au dessus de nous, rive droite la Cathédrale St Stephan qui veille sur la ville, rive gauche la citadelle « Veste Oberhaus » qui surveille la confluence. Nous y sommes justement et, comme le Danube n’est pas plus large, nous prenons de la vitesse, Romar1 joue sur plusieurs kilomètres avec la ligne frontière : bâbord eaux noires, l’Allemagne, tribord eaux blanches, l’Autriche. Nous pénétrons dans la renommée vallée frontalière de Passau, le Danube y fait des plis et des replis, les paysages y sont magnifiques ; des rives escarpées et boisées, émergent, çà et là, des cottages blottis et des villages confinés dans leur écrin de verdure, semés, çà et là, des reliques de châteaux en ruine. Nous passons l’ultime écluse allemande, celle de Jochenstein, elle délimite la pointe sud-est du pays et est placée sous de bons auspices : en haut de la falaise un petit oratoire surmonté d’une croix héberge probablement un Saint patron qui, plus loin, penché, bénit le fleuve, ainsi soit-il. C’est d’un kitch…
Le courant pousse bien, car après deux heures de navigation, nous voici déjà arrivés à la marina de Schlogen. Magnifique. Connu pour son méandre à 270°, l’un des plus beaux du Danube, Schlogen repose sur le tourisme : à part les hôtels, les restaurants, les bars, le port et le camping, il n’y a rien…. Si le port est pour une fois plutôt grand et dispose de nombreux pontons, en ce premier week-end d’Août, il est saturé. Qu’importe, le capitaine fait déménager plusieurs embarcations et nous libère un ponton, nos deux bateaux sont à leur aise, encore un problème de taille de réglé.
 
 

Lundi 4 Août
Schlogen - Linz
Nous faisons le plein en carburant et enfilons le fleuve par une succession de magnifiques méandres. Nous sommes au cœur d’une palette de verts infinie, çà et là apparaissent de petits hameaux posés au bord de l’eau, là-haut, une chapelle, un château, une ruine… La vallée respire beauté, calme et sérénité.
Progressivement la vallée s’élargit, le fleuve se fait plus lent et va ainsi promenant sa nonchalance jusqu’à Linz. A la sortie de la boucle du centre-ville, nous trouvons le port de plaisance, nous y pénétrons pour chercher un emplacement qui nous sied. Sur différents pontons, des personnes nous font signe, toutes veulent nous accueillir, plus précisément, toutes veulent notre argent... Laquelle choisir ? Les pontons sont faibles, nous optons pour le dernier, il offre plus de longueur et une meilleure protection du vent et des remous, même s’il est tout aussi branlant que les autres. Quant aux sanitaires, ils sont dans une roulotte de chantier qui ne respire pas une santé éclatante, merci, la cabine de Romar1 est très bien… A regarder la carte, la ville semble inscrite dans une feuille de papier millimétré, tout est ordonné, en fait, nous ne verrons de Linz que le côté industriel et gris, rien de passionnant.
 
 
 
 
Mardi 5 Août
Linz - Morbach
Il a plu cette nuit et le ciel est encore plein de gros et vilains nuages noirs retenus prisonniers dans la vallée. Comme la visibilité est suffisante, nous nous évadons du port en longeant les raffineries, nous laissons rapidement cette zone nauséeuse, elle crache, dans des râles répétitifs, d’infâmes fumées. Le Danube s’élargit à nouveau et baigne dans une grise monotonie. Le plafond devient de plomb, est-ce un signe, un signe pour marquer Mauthausen, frêle petite ville à flanc de forêts ? Mauthausen, ce nom d’infamie, nom indélébile marqué dans l'histoire de l'humanité. Mauthausen, le lieu a abrité l’un des pires camps de concentration et d’extermination. Une bien étrange sensation nous envahit. Nous ne pouvons pas, ne pas penser aux 100 000 hommes et femmes, arrachés, dépersonnalisés, numérotés, déportés, torturés, humiliés, déshumanisés. Non, nous ne pouvons pas, ne pas penser à ces hommes, ces femmes, achevés, tués, gazés, exterminés… Nous ne voulons pas oublier, qu’ici, à quelques mètres, tant de détresse, tant de souffrance, tant de haine, tant de folie inhumaine et meurtrière se sont déversées… Non, nous ne pouvons pas oublier.
Silencieux, soucieux, abattus, nous descendons cette section du Danube jusqu’à Sindelburg. Le Danube se fait la gorge serrée, nous passons dans un étroit couloir, ses eaux se concentrent, son courant se fait violent, mais Grein maintient fermement la boucle. Grein est une passe mythique pour les mariniers d’hier, ils ne s’y aventuraient qu’accompagnés d’un pilote expérimenté, aujourd’hui le lieu est plus praticable mais reste néanmoins délicat. Pour preuve, nous croisons « l’Esmeralda », un croisiériste montant, il tourne à plein régime ; dans le même temps, un 2000 T vide nous trémate, Romar1 se sent prisonnier et est bousculé sur un bon kilomètre avant que les vagues ne se calment. Le fleuve, pour se faire pardonner, prend maintenant l’allure d’un grand lac avec des rives où se côtoient, chalets, bateaux, restaurants, plages…. Nous déclinons de la haute à la basse-Autriche. En fin d’après-midi, à l’approche de Marbach, nous nous engageons dans un bras amputé du Danube, il abrite un port et de beaux pontons, CO2 aborde à l’un d’eux et Romar1 à un autre. Près de nous, est installé un sportboot autrichien, le propriétaire, probablement nostalgique de l’Empire austro-hongrois, a hissé les drapeaux autrichien et hongrois devant une mini stèle, il a fait de ses 10 m2 sa "Villa Médicis", pelouse artificielle sur le ponton, pendule et autres fantaisies dans les arbres, nains de jardin libérés, piaillements automatiques d’oiseaux, radio, télévision, jardinet propret, fleuri et tutti quanti. Marbach est une petite ville perdue qui expire une fin de règne, on sent que tout a été misé sur un tourisme qui fait défaut, la route N° 3 qui sépare la ville du Danube y est peut-être pour quelque chose, tant elle est bruyante et dangereuse.

Mercredi 6 Août
Marbach - Tulln
Désireux de nous arrêter à Melk pour visiter sa célèbre abbaye, nous laissons dès 8h00 Marbach à son inactivité. C’est sans compter que le temps fluvial s’arrête souvent aux portes des écluses et qu’il dépend de l’humeur de l’éclusier ou des ordres des chefs. Il nous faut donc attendre une heure, l’arrivée d’un bateau de commerce, et obtenir son autorisation pour sasser avec lui.
Passé l ‘écluse, il n’y en a que pour elle : l’abbaye de Melk, majestueuse, elle remplit le paysage. A ses pieds, un ruisseau nous paraît assez grand et suffisant pour un appontement temporaire. L’abbatiale couronne et magnifie la butte rocheuse qui surplombe le Danube. Pour échapper à la horde touristique, nous enchaînons la galerie des Empereurs, la Salle de Marbre, la Terrasse, la Bibliothèque (80 000 volumes et 2 000 manuscrits) et enfin l’Eglise.
Quoique symbole de l’art baroque en Autriche, la richesse des décors laisse perplexe quand on sait que l’abbatiale a toujours été sous la tutelle des Bénédictins. Un Ordre dont les moines ont fait vœu de pauvreté et dont la règle N°5 est de « Mener une vie humble sur terre ». Fermez le ban…
 
 

En début d’après-midi, nous poursuivons notre descente de la Wachau. La vallée est classée au Patrimoine mondial. Certes jolie, riche de monuments et de paysages, elle n’offre cependant pas la qualité affichée dans les divers dépliants. Quid des usines, quid des silos, quid des embarcadères situés devant les monuments, et que dire encore de ses coteaux aux bois rasés ou entaillés de nouvelles carrières. Non, la Wachau laisse un goût amer, une frustration accentuée par le manque d’appontements. Nous ne visiterons pas Aggsbach et son château, Durnstein et ses vins… et même Krems dont le port est réservé aux petits mais puissants bateaux. Il faut se le dire, la Wachau est faite pour un tourisme-business en bateaux de croisière.
A 20h00 nous appontons au yacht club de Tulln, celui-ci est loin de la ville mais nous retrouvons, là, Tomavi, le voilier danois.
 
 DURNSTEIN
 


Jeudi 7 Août
Tulln – Vienne (PK1915)
Koos et Corrie du CO2 ont eu une visite-surprise de la famille et s’octroient du repos, aujourd’hui nous voyageons avec Tomavi. Pressés d’être à Vienne, nous quittons le port au plus tôt, un peu vite car nous en oublions de remettre les clés au Hafenmeister (capitaine du port). La descente pour Vienne est réglée en 3 heures. Notre halte, notre base viennoise, est le port de Kahlenberger, en banlieue de la capitale autrichienne. Cet ancien bras du Danube accueille un port de plaisance privé équipé d’une pompe à carburant et d’un restaurant. Le ponton visiteur est un peu chancelant et les 15 T de Romar1 font peur au capitaine du lieu, il préfère transférer la bête à 200m aval dans un bassin réservé aux petits yachts. Romar1 se sent un peu l’éléphant au milieu de fines porcelaines constituées de Riva et autres très beaux bateaux. Promis, il se fera petit et ne cassera rien. Quoique charmant, l’emplacement est bordé d’un côté par le Danube et sa navigation perpétuelle, et de l’autre par une voie de chemin de fer couplée à une voie routière, une cacophonie qui fera de nos nuits un véritable délice acoustique… Le soir, nous montons à Kahlenberger, la petite cité est nichée au pied du Léopoldsberg, « la montagne de Léopold 1er », qui culmine à 425 m. Le village est un haut lieu de la viticulture viennoise, nous y trouvons ce que nous cherchions, à savoir un heuriger, ces restaurants de vignerons indiqués par la traditionnelle branche de sapin accrochée à la porte (l’Ausg’steckt ist). Nous voici attablés dans un cadre rustique où nous dégusterons la traditionnelle « Wiener Schnitzel », escalope viennoise, elle s’étale hors de l’assiette, le Riesling et le Grüner Veltliner du propriétaire nous aideront à en venir à bout.




Vendredi 8 Août
Vienne
Accéder au centre de Vienne prend 15 minutes en bus et métro… La compréhension du schéma de transport et du fonctionnement de la ville est simple.
Ah, Vienne ! Si Vienne est, avant tout, une ville d’art et d’histoire, Vienne est surtout, à l’instar des grandes métropoles, une ville à vivre, à sentir, une ville à ressentir. Vienne n’échappe pas à notre méthode exploratoire, à savoir faire le tour de la ville, pour en cerner les contours, puis revenir progressivement au centre, par cercles concentriques. Nous n’avons nullement l’intention de tout voir, cela serait illusoire. Tout en privilégiant l’essentiel, nous nous laissons guider par l’intuition, l’improvisation, ainsi pouvons-nous déambuler dans des quartiers, des rues, des ruelles « hors des chemins battus ». Cela nous conduit, parfois, à des égouts, plus souvent à des surprises, des trésors cachés. Aujourd’hui nous avons fait le Ring qui renferme la Vienne historique. Concentration des touristes conventionnels, organisés, programmés, bardés d’appareils photos et de caméscopes, truffés de guides, ils n’ont d’yeux que pour leur écran pixellisé et leurs plans, les plus branchés sont dotés d’oreillettes musicales. Et si c’était du Mozart ?
Malheureusement pour nous, nous ne pourrons voir le Rathaus, il est caché par l’énorme écran d’un festival de cinéma, nous ne pourrons voir la Cathédrale St Etienne, elle est emballée dans son champ opératoire pour un lifting, comme ses congénères. Quant à l’intérieur, il est tout simplement transformé en temple à fric, pitoyable église.
Pour nous remettre de nos émotions et nous sustenter, nous allons au Café Diglas au Wollzeile 10, l'endroit est romantique à souhait, la sérénité y est totale et gratuite.

Samedi 9 Août
Bus pour Nurdorf puis métro ligne 2 pour la « Schwedenplatz », au cœur de Vienne. Aujourd’hui, notre priorité est le Leopold Museum qui affiche une exposition Klimt. Etonnamment, et malheureusement pour nous, le musée ne présente qu’une œuvre de Klimt, « Vie et mort » ; c’est un peu juste, alors que les billets et affiches du muséum reprennent son œuvre et son nom. La frustration est grande mais vite gommée par les œuvres d’Egon Schiele. Sombres, dénudées, dépouillées, décharnées, ces œuvres sont autant de miroirs sans fond et sans tain qui renvoient l’image d’un homme révolté, blessé. Mort à 28 ans, Egon Schiele fut cependant l’un des acteurs de la Sécession Viennoise, ses œuvres sont stupéfiantes, émouvantes, difficiles, inquiétantes, douloureuses, impressionnantes. Les mots pourtant me manquent.
 
 


Dimanche 10 Août
Vienne, visite du palais de Schônbrunn. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, ce palais se veut le Versailles autrichien. Le site est grandiose et ne manque pas d’intérêt. Sissi l’Impératrice a tant marqué l’imaginaire des petites filles qu’une fois adultes, elles viennent se faire photographier, le matin quand le soleil illumine la façade. Le rituel est bien rodé, les jeunes mariés arrivent, disposent de 5 minutes pour gravir l’escalier impérial puis redescendre dans les pas de leur idole et… au suivant… c’est de l’abattage… c’est surprenant quand on sait qu’Elisabeth de Wittelsbach était et est encore une femme controversée qui ne prisait guère les cérémonies et apparats.
Filons voir les jardins, ils sont magistralement réglés, symétrie parfaite, convergence des allées qui mènent aux fontaines, aux sculptures, à l’orangerie, aux fausses ruine romaines… Pour le retour nous empruntons la voie centrale qui est tout simplement impériale : elle joint la gloriette démesurée qui supplante les jardins, au château. Cocher,  « ramenez-nous à Hofburg », oui, je ne vous avais pas dit, Schonbrunn ne devait être qu’une résidence d’été. Hofburg, passons-y, c’est le château de Vienne, celui des Habsbourg. Vu la surface de ses bâtiments il abrite désormais des musées, une église, l’Ecole d’Equitation Espagnole, la Bibliothèque Nationale Autrichienne et les bureaux de la Présidence de la République. Autour de cet ensemble exceptionnel, se trouvent de nombreux petits palais, ceux des aristocrates… Simples vassaux nous quittons ce quartier qui n’est point nôtre et allons saluer Wolfgang Amadeus Mozart, avant de nous perdre dans un de ces nombreux cafés qui ont animé le Vienne des arts et de la vie intellectuelle.
 
 
PALAIS DE SCHONBRUNN 
 


Lundi 11 Août
Notre séjour à Vienne touche à sa fin, aussi en profitons-nous pour nous arrêter à une construction intrigante : la chaufferie de Spittelau. C’est une architecture fantastique avec une indéniable dimension ludique, une variation symphonique et polémiste, volumes déshabillés, façades coloriées, surfaces déplanifiées, un bâtiment irritant doté d’une cheminée à bulbe ottoman, l’ensemble est une œuvre d’Hundertwasser. Nous poursuivons notre dernière divagation, elle nous porte, et ce n’est pas un hasard, à l‘Hundertwasserhaus. Situé au 34-38 de la Kegelgasse, cet immeuble construit entre 1983 et 1986 par le ci-devant nommé est de conception très inhabituelle, ses planchers sont irréguliers et le bâtiment est agrémenté d'une végétation luxuriante (250 arbres et arbustes) qui semble en suspension. Hundertwasser s'est visiblement inspiré des œuvres d'Antoni Gaudi, du Facteur Cheval, des tours Watts mais aussi de l'architecture vernaculaire des cabanes de jardin et des livres de contes. Ce lieu comprend 52 logements et 4 cafés restaurants, l’immeuble contraste avec l’architecture rectiligne pour ne pas dire rigide du quartier… Pour clore cette journée d’architecture, nous nous arrêtons dans l’un des plus vieux cafés viennois, le «Café Museum» situé au Operngasse 7, le lieu a été conçu en 1899 par Adolf Loos (1870-1933). Son œuvre, parce que ce lieu est une oeuvre, a traversé le siècle sans prendre la moindre ride, simple, fonctionnelle, sans emphase, aux formes sobres et aux matériaux nobles, aux couleurs effacées ; l’ambiance y est agréable, subtilement feutrée, les clients gourmands et cultivés. En cette fin de XIXéme où débute l’Art nouveau, fallait-il être visionnaire, ou tout simplement humaniste, pour penser que la beauté doit venir de la matière. Adolf Loos est, en cela, un précurseur du design contemporain. Sans le vouloir, j’ai la sensation d’avoir trouvé, en ce lieu minimaliste, la quintessence de l’architecture, un comble ici à Vienne, la capitale du baroque.
 
                                 CHAUFFERIE DE VIENNE                            HUNDERTWASSER HABITAT
 
                     
 
 
CAFFEMUSEUM RÉALISÉ PAR ADOLF LOSS 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mardi 12 Août
Vienne - Bratislava (1865)
Aujourd’hui nous quittons Vienne pour une autre capitale : Bratislava, capitale d’un des états les plus petits d’Europe : la Slovaquie (6 millions d’habitants). Nous sortons prudemment du port et empruntons le grand canal qui borde l’île de la Vienne du XXIeme siècle. Plus qu’une île c’est un jardin de grandes tours, y sont implantés plusieurs organismes internationaux (ONU, OSCE, OPEP, AIEA…). Leur présence ici est due à la fameuse neutralité autrichienne… Méditons, méditons, méditons…
A l’ombre de ces tours et buildings internationaux, comme en un clin d’œil, nous croisons une procession de petites toues de pêcheurs avec leurs lignes et carrelets. Un autre monde, un autre temps...
 
 
 

En ce début de matinée, la navigation n’est pas trop oppressante, nous ne voyons que deux commerciaux et un croisière. Bientôt l’écluse de Freudeneau : elle marque la sortie de Vienne, celle-ci est prête et nous passons tranquillement. Pour éviter toute susceptibilité, on ne sait jamais, nous changeons de pavillon de courtoisie pour hisser le drapeau slovaque. Après trois heures de navigation, au loin, se dessinent les premiers immeubles blancs de Bratislava, et, derrière, les contours du château. Puis vient, fièrement posé sur le Danube, le pont-neuf « Nov-Most », un pont à haubans, doté d’un restaurant panoramique accroché tout en haut de son unique pylône. Nous longeons le quai des paquebots, puis les darses du port industriel, avant d’en enfiler une qui fait office de marina ; au fond se trouve le Milan’s Treff-club. Rumbalotte, le trawler finlandais est là, nous appontons à couple à CO2. Milan nous fournit en anglo-allemand quelques explications sur le ponton, sur son menu et sur la ville. Tout est OK, le taxi est déjà là pour nous transbahuter vers la ville. Les routes ont beau être défoncées, encombrées, les bas côtés maintes fois explorés, rien ne fait ralentir notre chauffeur ; un peu noués, nous arriverons dans le centre.
 
CHATEAU DE BRATISLAVA 
 
 
 
Assise sur les pentes sud des Petites Carpates, baignée par le Danube, Bratislava, (440 000 habitants) occupe un site privilégié. Le charme de la capitale slovaque réside essentiellement dans sa vieille ville, où se mêlent quelques austères bâtiments issus du communisme passé, non dénués d’attraits, de splendides palais baroques aux couleurs pastel, d’agréables petites places de caractère médiéval vers lesquelles convergent d’intimes ruelles. Disséminées dans le centre, des sculptures contemporaines semblent répondre aux têtes sculptées qui ornent les façades, ou attendre une réponse du promeneur.
 
 
 

Publié à 08:15, le 17/10/2008, Kelheim
Mots clefs : melklinzRegensburgRomar1danubeFleuve

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