Une Transeuropéenne

CANAL MAIN-DANUBE

 LA CATHÉDRALE
 
MUSÉE D'HISTOIRE
 
 COUR INTERIEURE DU MUSÉE
 
LA ROSERAIE DE LA RÉSIDENCE 
 

LE CANAL MAIN DANUBE
 
Dimanche 27 Juillet 2008
Bamberg - Forcheim
Charly est allé nous chercher des petits pains pour assouvir notre gourmandise puis emmène Jeannine faire un tour sur la mini moto qui le suit partout, même en bateau… La journée démarre dans la franche rigolade. Mais bon, nous devons partir. Ah, les adieux, on s’embrasse, on se congratule, on se ré embrasse plutôt trois fois qu’une, il faut se quitter, c’est toujours un déchirement de laisser des personnes avec lesquelles on se sent bien. Nous allons entamer l’emblématique canal Main-Danube, le canal qui relie par les fleuves l’Est à l’Ouest. Nous sommes convenus de partir avec CO2, il est plus simple de naviguer de concert, deux bateaux ont plus de chance de faire ouvrir les écluses.
Nous passons le PK zéro qui marque le début du canal, puis vient la première écluse, elle ressemble en fait assez à celle du Rhin… Tout va bien, 3 autres s’ensuivent avant Forcheim. Charly nous a signalé un petit port situé au fond d’un bras de rivière qui alimente le canal, plusieurs membres du club nous attendent et nous amarrent. Le lieu est sauvage.
La réalisation du canal Main-Danube est un rêve très ancien attribué à Charlemagne. En 793, il donne l'ordre de commencer les travaux pour réaliser une jonction entre les deux fleuves, cette voie au milieu de l'Europe s’appelle alors la Fossa Carolina  mais le projet dépasse les possibilités techniques de l’époque et échoue. Douze siècles plus tard, ce rêve devient réalité, cette jonction appelé aussi Europa Kanal permet de relier la Mer du Nord à la Mer Noire. Cette réalisation a été inaugurée en décembre 1991.

Lundi 28 juillet 2008
Forcheim - Nuremberg
L’écluse située à 1000 m de la halte vient de nous signaler par VHF qu’elle est ouverte, nous démarrons illico. La bassinée se fait sans problème, le premier jet, assez ferme, nous monte de deux mètres. Bien tenu, Romar1 ne bouge pas trop. Il faut dire que les écluses n’ont pas les mêmes réactions : est-ce leur configuration ? est-ce la régulation de l’éclusier ? Reconnaissons que certaines sont sportives.
Comment se déroule un éclusage ? A 1 km de l’écluse, par radio VHF, nous avisons en allemand l’opérateur de notre présence, celui-ci nous donne les consignes, attente ou pas, et s’il y a plusieurs bateaux, l’ordre de passage. En cas de bassinée en cours, nous attendons au loin que les bateaux sortent de l’écluse. Le feu passé au vert autorise les bateaux à s’engager selon la priorité suivante : bateaux de croisières, commerciaux, plaisances. L’entrée dans une écluse, qu’elle soit grande ou petite, est toujours une opération délicate et émouvante ; il nous faut y pénétrer en tenant compte des multiples courants qui agitent l’entrée. Déterminer le côté de l’accostage, venir se coller au bajoyer, centrer le bateau sur un bollard, passer une aussière en aller-retour du taquet avant du bateau à ce point d’accroche terrestre et une autre du taquet arrière, le tout formant un V. Les portes pivotantes, coulissantes ou à guillotine se referment derrière nous. Nous sommes prisonniers de ce goulot en béton ruisselant. La bassinée peut débuter, l’eau monte doucement, à fur et à mesure de l’élévation, nous levons la première aussière pour la passer au bollard situé 2 m plus haut, opération identique pour la deuxième, et ainsi de suite 5 à 10 fois, ceci sans que le bateau ne dérive. L’opération est parfois physique car la pression d’eau entrante est forte. Aussi préférons-nous les écluses dotées de bollards flottants qu’il suffit de surveiller.
Enfin les 4 écluses sont franchies, nous atteignons la périphérie de Nuremberg, le port est là, des membres du club nous indiquent les places attribuées en fonction de nos mensurations, Romar1 est long, CO2 large. Le port lave les quelques séquelles de sa fête du week-end dernier, un camion charge les caisses de bière vides. Soit ils étaient fort nombreux, soit ils ont énormément bu ? Au choix !
 
LES LONGUES LIGNES DU CANAL 


Mardi 29 Juillet
Nurnberg - Berching
Nous quittons Nuremberg sans être allés au cœur historique que nous avions visité lors d’un séjour précédent. Le temps est chaud et orageux, l’étape s’annonce longue et difficile. Nous attend une étape de montagne avec des écluses de 25m de haut, des écluses réputées musclées. Elles le sont d’autant plus qu’un ours bavarois, sourd, bien peu délicat et doté d’un sportboot fortement motorisé, brûle systématiquement l’ordre de passage pour s’octroyer la meilleure place, ce qui oblige les autres bateaux à jongler avec les amarres, et là, c’est tout simplement sportif car l’eau de remplissage arrive par m3 au nez de Romar1, ses 15 tonnes ne pèsent pas lourd. Une amarre lâche, voilà Romar1 qui dérive dans le sas, l’éclusage est stoppé, quelques manœuvres ramènent Romar1 à sa place pour achever l’ascension. C’était la dernière écluse montante, elle avait sale réputation, elle a tenu son rang.
Ça y est, nous sommes sur le toit de l’Europe fluviale : 406 m d’altitude, derrière nous le bassin du Rhin qui va à la Mer du Nord, devant nous celui du Danube qui nous emporte vers la Mer Noire. Est-ce pour démontrer qu’un toit est fait pour recevoir la pluie qu’à peine sommes-nous engagés entre le long bief de partage des eaux et un ciel ténébreux, des orages éclatent autour de nous. A l’Est, à l’Ouest, au Nord, au Sud, l’horizon n’est qu’éclairs et claquements sourds, la tempête se lève en quelques minutes, la pluie se fait diluvienne. Sous l’effet du vent elle devient horizontale. Très vite le contact visuel avec les feux du trimaran est perdu, pourtant ils sont là quelque part devant moi, dans ce monde opaque. Je réduis les gaz, je ne distingue même plus les rives du canal. Une seule solution : serrer doucement sur tribord pour tenter de voir la rive droite et éviter les bateaux qui feraient route inverse. J’avance doucement ainsi un bon quart d’heure, la matelote angoissée s’est plongée dans des oreillers. Les rafales de vent et de pluie donnent de violents coups, le bateau gîte, Romar1 n’aime pas, mais se retient. Le pont est littéralement balayé par des paquets d’eau qui pénètre partout. Le temps s’est arrêté, nous sommes dans l’instant immédiat, l’irréversible instant, il faut tenir coûte que coûte. Romar1 fait face au vide, fait face à l’infini, car l’espace n’existe plus, je ne sais où nous sommes, qu’importe, il faut avancer, prudemment avancer… sans toucher la rive, l’invisible rive… Les rafales se font moins violentes mais le vent projette encore une queue de pluie qui fouette le bateau. Enfin progressivement, faiblement, les feux du trimaran apparaissent, ouf… Plus tard je distingue les feux du commerce. Le vent s’est posé, seule une pluie résiduelle nous accompagne une bonne heure, et ne s’arrête qu’à la première écluse aval. Descendre devient un vrai délice, Romar1 ne bronche pas, les amarres ne sont que formalités. Nous arrivons à Berching, entrons par l’opercule qui sert d’entrée au port. La capitaine nous fait signe de nous mettre en fond de port, à couple avec CO2, mais Romar1 a toujours besoin de sentir l’eau, de sentir la liberté ; à quelques mètres du but il refuse d’aller plus loin… la vase… il est dans la vase, il la dilue, la triture, la mouline, l’eau du port devient nuit. Une seule solution, ressortir du port en marche arrière. Ce qui, il y a quelques mois, paraissait impossible est un jeu d’enfant. Par bonheur, à 300 m, tout proche du bourg, un quai à passagers fait notre affaire pour la nuit. Berching est un village bavarois fortifié ceint d’une muraille dotée de 4  portes en bois ; l’architecture du village s’est figée dans l’histoire, un filet d’eau claire large d’une enjambée traverse le bourg de part en part, dessert quelques jolies fontaines, traverse les fortifications et joint l’ancien canal au nouveau. 4 restaurants ont pignon sur la place principale. Nous ciblons pour dîner une auberge bavaroise ; dans la grande salle, d’épaisses et lourdes tables en bois assorties de leurs chaises attendent les gabarits locaux, la serveuse est du même tonneau, l’immense poêle cheminée ne dépare pas. Le menu retenu est plus léger et accompagné d’un cabernet sauvignon du Wurtemberg… En fin de soirée, le patron abandonne ses fourneaux pour accueillir une fournée de copains, les pintes (0,5 l) sont de mises mais le fût risque fort de ne pas tenir la marée…
 
 
PETIT MATIN BRUMEUX SUR LE CANA
 
 

Mercredi 30 Juillet
Berching - Kelheim
La brume qui, ce matin, obstruait le canal se lève, nous larguons les amarres pour nous annoncer à la prochaine écluse, elle est ouverte. Nous enchaînons un long tronçon contenu entre deux rubans d’asphalte… Le paysage n’éveille ni poésie ni réflexion, banalité d’ennui. Dans la boucle, un peu de vie se manifeste au loin : Beilngries. La petite cité est dotée d’un charmant port ; tout près, un gros bateau embarque des passagers, c’est la navette qui dessert les villages entre la ville et Kelheim. Derrière le village s’exhibent des façades triangulées et multicolores… La chaleur écrase peu à peu le bateau qui se fait indolent, de temps à autre un zeste de fraîcheur nous parvient du rivage. La vallée est plus agreste, les vertes prairies viennent se fondre dans la rivière et les arbres s’y baigner pour tenir l’été. Déjà arrive le bateau-passagers, il nous trémate sans nous faire bouger, bravo. Plus loin sur l’embarcadère des cyclo-randonneurs fluorescents lui font manifestement signe. Le temps qu’il accoste et avale les montures nous le trématons, il en est ainsi de la descente. Tout au fond se dessine un superbe mamelon que nous contournons. Au pied, Riedenburg ; la ville paraît couler une vie heureuse ; le long de l’eau, des façades belles de simplicité affichent et proposent : restaurant, café, pensions… Nichée au fond de la vallée, au vu des chalands, la ville est assurément très touristique. Poursuivons notre ultime bief, là-haut à gauche sur son piton le château de Prunn paraît tenir en équilibre, la vue doit y être grandiose mais plus près de notre tête, nous passons une passerelle de bois, c’est la plus longue du monde, faite d’un assemblage d’éléments en lamellé-collé, sa forme en « S » lui donnent une certaine sveltesse. Nous voici maintenant dans les derniers  hectomètres du canal, il est tristement bétonné, il contourne Kelheim par le sud, puis se jette sans retenue dans le Danube. Ca y est, nous sommes à l’ultime point, nous sommes sur le Danube, au PK 2410 (et oui, contrairement aux conventions le PK O est situé au delta, nous descendrons un compte à rebours).  Mais n’avons guère le temps de le sentir, de l’appréhender, de l’apprécier car l’entrée de la marina Marine Center Donau est là, un long ponton nous attend, Tomavi est déjà ici et CO2 arrive en fin d’après-midi…


Publié à 08:10, le 18/10/2008, Bamberg
Mots clefs : kelheim allemagnenurembergwurtzburgeuropa kanalmain danubeRomar1navigation

{ Lien }

Qui suis-je ?

Accueil
Qui suis-je ?
Mon itinéraire
Livre d'or
Archives
Amis
Album photos

La carte des lieux visités





«  Septembre 2017  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930 



Menu

Rumbalotte
Liberty
Troll
Bananec Blues
En radeau
Pandora
Le Danube en 1765

Rubriques

Articles thematiques

Derniers articles

de Circéo à Nettuno
Sur le Mezzogiorno
de Maratéa à Naples
Au dessus de l'Etat : LA MAFIA
de Gioia Tauro à Maratéa

Amis