Une Transeuropéenne

Dimanche 20 Juillet

Lohr – Würzburg

A 7:00, le port est groggy. 9:00, point d’âme qui vive. Romar1 est prisonnier. Deux bateaux bouchent l’entrée. 10:00, des membres émergent. 11:00, le « Tomavi» un voilier danois de 9 m s’extirpe du port après de nombreuses manœuvres, tout au centimètre près, nous décidons de le suivre. Les 12 m de Romar1 se bouge, avant, arrière, avant , arrière, doucement la poupe se décolle du quai, après une délicate marche arrière Romar1 s’extrait du port sans toucher aux autres bateaux ni aux cailloux qui abondent dans la passe. Le temps est clair, la journée s’annonce belle. Le paysage se métamorphose, la forêt cède sa place à la vigne qui occupe des versants très abrupts sur lesquels toute mécanisation est interdite ; elle est cultivée en espaliers de 4 ou 5 rangs, et l’accès se fait exclusivement par d’étroits escaliers. Aujourd’hui nous passons les 4 écluses derrière une belle mais discrète hollandaise de 1800T, la VHF est tout simplement muette, elle ne souffle mot.

 

Nous approchons de Würzburg, la ville est située à la sortie d’une arabesque fluviale insérée entre deux prétentieuses collines de vignes formatées. Nous rattrapons notre hollandaise et un long convoi pour passer la dernière écluse. L’insertion dans le sas est long, un cygne s’y est également invité, il n’a que faire des remous, des vagues, du bruit et des risques de se faire broyer menu rien ne l’effraie et il fait nonchalamment d’incessants allers-retours pendant la bassinée, il est chez lui. Les portes s’ouvrent, surprise : le port mentionné sur les cartes n’est plus là, que diable… Comme un bateau de la Polizei surveille, nous stoppons à sa hauteur pour leur signifier, d’abord par gestes, puis par VHF, notre désir d’accoster. La réponse tombe, claire : « Verbotten ». Pas question de nous amarrer aux nombreux bollards qu’offrent les immenses quais du centre ville, ils sont là encore réservés aux «passagers». Progressivement nous comprenons que le port est transféré à 7 km en amont… Toujours peu discipliné face à la rigidité teutonne, nous cherchons un petit bout de quai pour la nuit mais le bateau de la Polizei veille, nousfinissons par renoncer et remontons la rivière, la police nous suit à distance puis vient à notre hauteur nous signifier qu’ un petit yacht-club  existe à 500 m ; de fait, à un mât, qui émerge des arbres, flottent, un drapeau de pirate vieux de mille assaut et un fier drapeau allemand. Quel hâvre!!!  Situé près d’une cimenterie, le port est un ramassis d’anciennes barges grossièrement assemblées et de reliefs de bateaux en état de décomposition avancée, cimetière fluvial ou entreprise de démolition, difficile à dire. Sur un ponton chancelant, plusieurs personnes sont attablées et boivent, l’une vient vers nous et nous désigne un emplacement; la manœuvre est délicate, avec un vent soufflant par rafales, Romar1 fait 3 approches pour trouver sa juste place… C’est bon, nous sommes amarrés à l’hétéroclite ponton… Construit de matériaux de récupération, son état est pourle moins vétuste. Encombrer de mille objets à l’inutilité durement prouvée, la traversée relève du parcours d’un vieux combattant prudent. Qu’importe, la nuit tombe, il fait gris, nous ne sortons pas ce soir.

  LA RÉSIDENCE

 

EN TOUTE SIMPLICITE

 

 

Lundi 21 Juillet

Wûzburg- Eibelstat

Un peu avant 6 heures, un commerce est passé, Romar 1 a bien bougé dans ses amarres, la barge a longuement gémi, je ne sais dire plus qui, de Romar1 ou de la barge, tient l’autre. Le lieu, sans être hostile, n’est pas franchement accueillant d’autant plus qu’à 6 heures pétante, la centrale à béton broie du lancinant bruit minéral. A 8.00 nous décalons pour chercher un port plus confortable, par chance, nous trouvons à 30’ un joli port privé. Un défaut, les pontons ne sont pas conçus pour les grandes tailles, heureusement Romar1 est de bonne constitution, il s’adapte… Avantages du lieu, il dispose du Wireless (wifi),d’un restaurant italien, du carburant et un supermarket à 5 minutes. De plus, nous retrouvons Hanne et Oleun, un couple danois qui vont descendre le Danube, nous échangeons quelques nouvelles et nous donnent des conseils de visite car eux, filent sur Bamberg. Le lendemain matin, nous prenons, sur la grand-place,le car pour aller découvrir Wurztburg. Notre première visite est pour le château «mégalo» appelé «La Résidence». Trouvant la forteresse de Marienberg trop terne et trop petite, sachant lebas peuple compatissant et généreux, le Prince-Evêque Johann-Philipp-von-Schönborn, se fait construire «la résidence». Sans nul doute épris de magnificences, il fit appel à l’architecte Balthasar Neumann et aux artistes les plus renommés de l'époque, ensemble ils donnent naissance au «Würzburger Rokoko», un rococo exubérant, délirant, démentiel… Ensuite, nous nous évanouissons dans la ville pour découvrir la cathédrale StKillian et le pittoresque pont en pierre orné de personnages en odeur de sainteté. La journée s’achève par une visite aux caves du Juliusspital, les Hospices de Wurztburg, comparables aux hospices de Beaune à une différence près et pas des moindres, le Julius Spital dispose d’un très important domaine viticole et il vinifie ses vins. Après une fine dégustation, nous repartons bâtés de cartons de Bocksbeutel, des flacons trapus à flancs plats (comme des bouteilles d’Armagnac) : Wûrzburger Stein Sylvaner 2005, Juliusspital Sylvaner Spätlese Troken Bio 2006 - Dettelbacher Berg-Rondell Silvaner Trokenbeerenauslese...

DÉGUSTEZ LE JULIUSSPITAL SANS MODÉRATION

Mercredi 23 Juillet

Eibelstat- Obereisenheim

Nous larguons les amarres assez tôt car nous voulons avancer sur le Main, malheureusement dès la première écluse, il nous faut attendre 30 minutes deux commerciales, deux hollandaises qui arrivent tout doucement. Notre bassinée, comme toutes celles du Main, estlente, très lente, en moyenne il faut compter 20 minutes pour 10 mètres de dénivelé, c’est à dire 4 fois plus de temps que sur le Rhin… Les portes s’ouvrent enfin et les deux bataves sortent mollement, très mollement, et il ensera ainsi toute la journée, une journée que rien ne viendra égayer, il suffit de mettre ses nerfs en veille et suivre… Le paysage change selon l’inflexion de la rivière, la vigne cède la place aux forêts de feuillus, maintenant nous remontons pour 50 km vers le nord, les villages se succèdent et nous tournent le dos, ils ne sont pas disposés à nous accueillir, aucun quai, aucun ponton, pire : là où une possibilité existe, un panneau vous l’interdit.

A Obereisenheim, un catamaran au pavillon hollandais nous rejoint, il cherche, lui aussi, l’entrée du yacht-club figurant sur les cartes, nous la trouvons, plus loin, dans une brèche de la berge, le yacht-club est, quant à lui prêt à nous accueillir. Les gestes de nos hôtes nous font comprendre que le niveau d’eau ne nous est pas favorable mais bon, nous avançons vers le plus grand ponton à pas comptés d’hélice, le sondeur indique 1 m, Romar veut 30 cm de mieux, alors, vous ne le connaissez pas Romar1, il brasse la vase, se fraie une passe et se pose sur le fond près du ponton. Le catamaran n’a pas de problème, son TA (tirant d’eau) est de 60 cm. Le lieu est loin de tout ; qu’importe, nous avons des réserves…

 

 SUR LE MAIN CO2 PART ÉGALEMENT VERS LA MER NOIRE

 

Jeudi 24 Juillet

Obereisenheim- Schweinfurth

Ce matin avec les« Grussgott » (bonjour) du hafenmeister et des voisins, nous quittons le port en marche arrière pour ne pas nous envaser davantage, nous retrouvons le Main entre deux commerciaux. Une chose est sûre, nous sommes dans un train de bateaux qui ne devrait pas attendre aux écluses. Nous voici justement à la première, nous laissons les gros entrer et leur emboîtons l’hélice avec le catamaran hollandais qui nous a rejoints, il fait le même itinéraire que nous et s’arrête à Istanbul pour l’hiver. Le voyage du jour sera ponctué d’écluses. Il est 14 H et nous avons décidé, une fois n’est pas coutume, de marquer une pause pour déjeuner. A la sortie de l’écluse de Schweinfurth, fait rarissime, un quai nous offre ses bollards en pleine ville, les deux bateaux y accostent sans hésiter. Un rapide tour du centre nous incite à approfondir notre visite. Schweinfurth, qui veut dire  "gué où les cochons s'arrêtent", est une ancienne cité franche indépendante, aujourd’hui intégrée à la Basse-Franconie  du Land de Bavière. Cette ville de  50 000 habitants est la capitale du roulement à paliers et à billes, ce qui lui valut d’être fortement bombardée lors de la dernière guerre. Notre visite débute par l’Hôtel de Ville style Renaissance, il abrite 2 expositions : l’une d’Amnestie International sur le thème des JO de Pékin et des Droits de l’Homme, et l’autre sur l’histoire sociale de la ville, les photos nous suffisent à comprendre que l’évolution sociale s’est faite graduellement par touches. Enfin d’après-midi, nous irons déguster dans une très design «vinothek» un « Grüner Vetliner » un peu trop frais, c’est une habitude du pays, les allemands et autrichiens boivent les vins très froids !. Le soir, 2 bateaux nous rejoignent: le danois «Tomavi»  et un Trawler hollandais qui remonte de la Mer Noire. L’équipage du catamaran va échanger des informations, des conseils.

                      SCHWEINFURT                                                          NAVIGATION DOUCE

       

BAMBERG

Vendredi 25 juillet 2008

Schweinfurth - Bamberg

La journée est ensoleillée, nous reprenons notre fil d’eau avec nos amis hollandais du CO2, un bateau de plaisance allemand, les danois du Tomavi. Le Main se rétrécit progressivement et fait maintenant moins de 50 m de large, les coteaux escarpés du matin ont fait place à une plaine céréalière dissimulée par un rideau d’aulnes, de peupliers et des haies vives.

Comme nous arrivons au canal, quelques mots sur le Main, la navigation y perdure depuis fort longtemps, on sait que les Celtes et les Romains l’ont emprunté pour leurs diverses conquêtes. Dès lors, sa fonction commerciale et industrielle s’estamplifier au fil du temps, l’homme en a progressivement façonné les contours, il a extrait du granulat de part et d’autre de son lit, des petits bassins longitudinaux se sont ainsi formés, ces espaces sont devenues des réserves naturelles protégées, des frayères et autant d’éxutoires régulateurs du niveau des eaux… Sur cette rivière il n’y a pas de barques, la pêche ne semble constituer qu’un épiphénomène.

Après la dernière écluse de la journée, celle de Bamberg, nous entrons dans le port de Cobourg. Au fond, plusieurs personnes agitent les bras pour nous signifier un emplacement adapté et nous aident à accoster. Dès que tout est en place nous sommes invités à une première bière, «une locale non filtrée», très très bonne. En soirée le capitaine du port, Charly  et sa femme Erika nous proposent leur table et quelques boissons au choix, bières ou vin de Clermont l’Hérault, eh oui !!!quelque verres plus tard, nous sommes bien une douzaine autour de la table, des breuvages supplémentaires ont été parachutés. Nous ont rejoints, nos amis de CO2,le Président du Yacht Club, et une délégation du club dont Rudy, le« ministre des loisirs », appelé aussi « ministre des plaisirs », les bouchons pètentsec, les langues, anglaise, allemande, française, hollandaise, bavaroise ensus, s’entrecroisent, s’entrechoquent, les échanges portent sur la catholique Bavière et la protestante Franconie, sur les mers, canaux et rivières du monde, Charly et Erika ont bourlingué… Tard dans la soirée, Charly m’invite avec Koos, le Hollandais, dans sa rotonde, une garçonnière d’un kitch exquis qui disposed’un éclairage qui tend à une déco de Noël. Il nous sort ses albums relatant ses navigations passées, mais avant de redescendre, une bouteille de Schnaps apparaît sur la table. Allons, soyons fous  : un verre, deux verres, culsec, hélas je crois que ceux-là étaient de trop car en redescendant je constateque la hauteur des marches a été changée et à la vision du chantier de désembouteillage, une pensée me remonte du cœur, je prend la sage décision de rentrer au plus vite au bateau car je sens mes pieds se dérober, la limite est probablement dépassée. La nuit a été bonne…

 FESTIVITÉ AU PORT

 

Samedi 26 Juillet 2008

Le réveil est, pour moi, non seulement tardif, mais douloureux tant les neurones portent les stigmates de la veille, ils s’entrechoquent durement. Heureusement, c’est jour de repos. En fin de matinée, les synapses reconnectées, nous partons en bus à la ville distante de quelques kilomètres. Bâtie dans le lit du Main, la ville s’appuie sur deux îles et 7 collines, surnommée « la Venise allemande » Bamberg se doit d’être visitée. Inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, cette ville est un écrin pour les nombreux monuments. La chaleur accablante nous porte naturellement vers les vieilles pierres qui conservent la fraîcheur du temps, nous visitons la cathédrale, la résidence des Princes Evêques avec ses 40 salles d’apparat. L’après-midi s’avance, nous poursuivons par la roseraie, le château et nous rentrons en longeant les rafraîchissants canaux qui divisent le cœur de la ville. Nous ne pouvons nous attarder car ce soir il y a grillade au port. Cela est un bis repetita de la veille avec un self-contrôle en plus pour ce qui me concerne.

 

                            KOSS AND ME                                             CHARLY AND PRINCESS ERIKA 

        


Publié à 10:20, le 18/10/2008,
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