Une Transeuropéenne

LE DANUBE - ( NOVI SAD - BELGRADE )

Jeudi 21 Août :
Apatin - Baka-Palanka (1299)
Le rythme local est pris et c’est à 6:00 que nous émergeons. Le prix du litre (1.10 €) étant tout à fait correct, il est décidé de faire le plein à la station de carburant. Mickael, le capitaine du port, ne veut pas entendre le moteur de Romar1 et nous hâlons les 15 T jusqu’à la pompe pour faire le plein, cela amuse les marins du ponton qui viennent prêter main forte. Après avoir chaleureusement remercié le maître des lieux pour la gratuité du port (le complexe n’est pas terminé), nous quittons Apatin et son église géodésique. Le Danube, encore le Danube, les bateaux de commerce se raréfient mais les pêcheurs se font de plus en plus nombreux, nous distinguons dans l’abondante végétation leurs campements rudimentaires, des habitats vernaculaires auprès desquels des filets sèchent. Le Danube reprend ses longs méandres et nous voici devant Vukovar (PK1333). Le port est neuf, mais la ville croate a gardé les stigmates de la guerre fratricide comme pour mieux perpétuer la mémoire de cette histoire encore récente. Des maisons éventrées, des toits arrachés, des murs criblés, des ruines calcinées , autant de plaies qui rappellent que la guerre civile a ici durement frappé. Nous ne nous arrêtons pas, trop de formalités.
 
CHATEAU D'EAU DE VUKOVAR
 
 
 
Nous longeons le dernier appendice croate avant d’entrer pleinement en Serbie, le Danube courbe maintenant vers l’Est. Nous avançons vers Backa-Palanka qui dispose de l’unique pont sur le Danube entre la Serbie et la Croatie. Malheureusement le port indiqué n’existe pas seule une entrée fait 3 m de large permet d’accéder à un vaste plan d’eau où se baignent des centaines de personnes, indéniablement Romar1 ferait tache dans cet espace. Nous poussons plus loin pour nous engager dans une poche d’eau qui héberge un petit port industriel et se termine par des rangées de barques et une plage sauvage (PK1295). Là nous trouverons une vieille barge de logements désaffectés pour nous poser.
 
BACKA PALANKA
 
 

Vendredi 22 Août
Backa-Palanka – Novi-Sad (1255)
Nous abandonnons à son sort le triste appendice de Backa-Palanka pour reprendre le Danube, la journée s’annonce chaude, mais comme nous avançons bien nous créons notre propre vent et il est bienvenu à bord. Les villages se succèdent et, surprise, ils sont tous tournés vers le fleuve. Il n’est plus craint, bien au contraire, la population l’a comme nulle part ailleurs adopté, une multitude de menues embarcations sillonnent le fleuve, un nombre inimaginable de barques se promènent, pêchent, les restaurants flottants se succèdent rive gauche. Nous approchons de notre ville-étape, nous savons la « marina » située à l’ouest de la ville, juste avant le nouveau pont (PK1258). L’entrée n’est pas évidente car il faut longer une plage très fréquentée dont les baigneurs connaissent surtout l’au-delà de la limite, c’est-à-dire le chenal navigable. Le port est un méli mélo de pontons, de maisons sur l’eau, habitées, de cabanes subaquatiques et d’engins flottants en tous genres. Dans ce souk, où trouver un lieu qui sied à nos deux bateaux ? En géostationnaire au milieu de nulle part, je téléphone à Nénan, un ami de Beograd. Il trouve rapidement la solution, 3 coups de fil et 5 minutes plus tard, un solide gaillard nous fait signe puis nous amarre en bout du ponton du Sailer-Club de Novi-Sad, c’est serré, mais cela tient. Comme le bout du ponton dispose d’un tuyau de douche, nous aurons la visite de nombreux curieux. Les deux capitaines de bateau déplient leur mini bicyclette pour aller déclarer leur présence au bateau-bureau de police amarré dans le centre-ville ; les formalités sont rapides, par contre, nos papiers ne nous seront rendus que le jour de notre départ. Le soir : dîner local au restaurant du club.
 
LE PORT DE NOVI SAD
 
 
 
 
Samedi 23 Août
Dans le matin torride, nous espérons percer les secrets de la capitale de région de la Voïvodine, Novi-Sad, nous gravissons jusqu’à l’inévitable, l’inexpugnable forteresse de Petrovaradin qui est située sur la rive droite du Danube en face de la ville qu’elle domine, observe et veille. Avec ses 12 000 meurtrières et 16 km de galeries souterraines, l’ensemble est aussi appelé le « Gibraltar du Danube ». Pour contrer les nouvelles invasions turques, le fort originel a été remplacé par une forteresse issue des plans d’un Français, eh oui, ceux de Sébastien Vauban. Elle abrite aujourd’hui un hôtel 4 étoiles et des ateliers d’artistes (lissiers, peintres, sculpteurs, etc). De là-haut, nous décryptons Novi Sad et sa région, à l’ombre de la tour de l’horloge folle, une grande pendule qui a la particularité d’avoir les aiguilles inversées pour que les mariniers puissent voir l’heure : la grande donne l’heure et la petite les minutes.
 
 


Novi-Sad (le sillon neuf) est considéré comme la « Matrice Serbe ». Son dynamisme culturel est le reflet intellectuel d’une ville qui n’a jamais pâti de discours belliqueux et plutôt suivi la voie de la paix, contrairement à ce que laisse entendre les propos occidentaux. La ville est un véritable creuset de la pensée : universités, musée, théâtre, conservatoire de musique, beaux-arts ; il n’est pas rare d’y croiser des personnes multilinguistes, prêtes à s’ouvrir, à discuter.
L’architecture du centre surprend, les petits immeubles baroques et colorés de 3 niveaux donnent aux rues de la gaieté et de la légèreté. Les rues piétonnes sont reliées par des ruelles aux fouillis ordonnés, par des cours aux boutiques bigarrées et aux coursives fleuries, par des galeries d’échoppes exotiques et concentrées. Nous déambulons dans le cœur de la ville, les multinationales du luxe et de la bouffe en ont déjà pris possession parmi les inévitables boutiques de téléphonie. Les terrasses des bars aspirent les musiciens qui viennent y chercher quelques sous, ici une petite accordéoniste rom à qui l’on donne rapidement 5 dinars pour qu’elle arrête le massacre des harmoniques, un peu plus loin un jeune violoniste, son frère peut-être, s’avère être, lui, un virtuose de l’archer. Là, vous aimeriez qu’il joue, qu’il joue à n’en plus finir, d’ailleurs, les promeneurs s’arrêtent et en redemandent. Les 26 nationalités qui composent cette région autonome créent une curieuse atmosphère, un melting-pot où l’on retrouve une certaine sérénité centre-européenne doublée de l’exubérance balkanique. La population est nombreuse, jeune, on sent qu’elle aspire à vivre et à consommer aussi à l’occidentale…  
A notre retour, nous traversons le revers de la ville, là où le pire côtoie le meilleur : des immeubles ultramodernes, sièges sociaux des principales banques et assurances serbes, voisinent des zones d’habitations en fin de vie où des bâtiments n’en finissent pas d’agoniser sous le soleil de plomb ; les rues se font chaotiques malgré une circulation abondante ; des champs de poussière tiennent lieu d’hypothétiques pelouses où des enfants jouent.
 
 

Il est 18 heures et nous avons retrouvé nos homes, c’est aussi le retour des marins de Novi-Sad. Nous assistons, alors, à un étonnant défilé, à un joyeux et folklorique désordre, digne du dessinateur « Dubout ». Un nombre impressionnant d‘embarcations, d’engins flottants en tout genre rentre d’une journée danubiale. Le cortège est surréaliste : 3 esquifs 3 sans barreur étalent en rythme leurs rames, des canoës lourdement chargés semblent revenir d’une expédition sur les îles voisines, une tribu de pêcheurs a pris place dans un capot de camionnette renversé et visiblement la pêche a été très arrosée, des jets-skis pétaradants se faufilent, des sportboots fortement motorisés exhibent des bronzages de masse, quelques timides voiliers louvoient pour rejoindre leur emplacement à la voile, une famille passe à bord d’un radeau mu par un fumeux moteur à explosion bricolé, un vieux beau exhibe sa jeune conquête sur le pont avant de son hors-bord, des enfants batifolent dans l’eau, d’autres se fraient un chemin avec leur pneumatique à moitié dégonflé. Ce défilé est véritablement le miroir slave du Danube, convivial, exubérant, rigolard, festif…
Le soir tombe sur le ponton, les derniers bateaux rentrent, deux jeunes serbes et un canadien nous font comprendre qu’ils cherchent à gagner l’autre rive pour y faire la fête, ils nous demandent par pure forme l’annexe. Notre réponse positive les laisse pantois, ils en sont interloqués. La surprise passée, l’annexe est mise à l’eau. La traversée s’avère clownesque dans ce décor de BD, en quelques coups désordonnés de pagaies, ils sont en face prêts à festoyer. A leur retour tardif, ils sont encore plus gais. Nous invitons à bord le père de l’un d’eux venu les chercher, il est  philosophe serbe d’origine ukrainienne. Nous discutons deux bonnes heures de la Serbie, des conflits passés, des drames familiaux, de l’Europe, de l’avenir des balkans. Nous comprenons mieux la phrase de Tito : « La Yougoslavie a six Républiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et un seul parti ». Les débats s’achèvent avec le fond de la deuxième bouteille de blanc local.
 
LA FORTERESSE DE PETROVARADIN
 
 
 
Dimanche 24 Août
Novi-Sad – Beograd (Belgrade) (PK 1170)
Nous larguons de bonne heure pour retrouver nos passeports au ponton de la police puis rejoindre Belgrade, la capitale serbe, mais la récupération de nos passeports s’avère plus longue qu’espéré. Un paquebot est en cours de contrôle alors que les passagers en sont au petit-déjeuner, un pousseur ukrainien prend également son mal en patience, nous tournons en rond sur le fleuve pendant 30 minutes. Le départ du croisière désengorge le service et nous obtenons aussitôt nos papiers. Nous longeons les plaines de la Syrmie et de la Pannonie, les PK s’égrènent sans heurt et laissons à tribord un port. Nous discernons, dans le voile de chaleur, la citadelle de Kalemegdan. Stratégique, majestueuse, elle supplante Beograd et fait face à la «Grande île de la guerre» (Veliko Ratno Ostrvo), ancienne frontière entre les empires Ottoman et Austro-Hongrois, aujourd’hui l’île est une réserve ornithologique et comporte au nord, en face du port de Zémoun, la célèbre plage du Lido. L’île forme un triangle posé (PK1160) au centre de la confluence du Danube et de la Sava, cette rivière, 2ème affluent du Danube draine le Nord-Est des Balkans, la Slovénie, la Croatie et la Bosnie-Herzegovine. Nous y sommes, voilà à 200 m le bateau-restaurant rouge brique « Dijalog ». Nenad, très ponctuel, nous y attend. Les deux bateaux appontés, c’est autour d’une petite eau de vie de poire apportée par Marco, le patron du restaurant, que Nenan nous parle brièvement de la ville et de son entière disponibilité pour nos deux jours de présence. Là encore, nous ne pouvons que constater que le Nord de la Serbie, le cœur économique du pays appelé la Voïvodine, est excessivement accueillant, la chaleur humaine qui se dégage est bien loin de nos clichés occidentaux. De plus, «Dijalog» est admirablement situé, face à la puissante forteresse ottomane, au pied de la vieille ville (Quartier Dortchol). Pour Koss, toujours à l’affût d’un qualificatif français, le cadre est «Unique». En effet, l’image est de celles qui restent à jamais gravées. L’après-midi avance, nous montons en reconnaissance dans le centre de Beograd («beo pour blanche» & «grad pour ville»). Bien que nous soyons dimanche, les rues sont très animées alors que seuls les bars et librairies sont ouverts, oui oui, les librairies, et elles sont nombreuses dans la « Knjaz Mihaïlova », la principale artère piétonne, des petites ultra-spécialisées dans l’art ou le voyage mais aussi de très grandes. Comme je cherche une carte détaillée de la région, j’entre, autant par besoin que par curiosité, dans celle située au rez-de-chaussée de l'immeuble de l’Académie des Sciences. L’intérieur, de style  « Art Nouveau », est très haut, boisé et coiffé d'une coupole, les trois galeries circulaires d'étagères, pleines d'oeuvres silencieuses, sont cerclées de rampes en fer forgé, des échelles permettent d’accéder aux ultimes livres, d’immenses lustres éclairent ce chœur, ce temple des livres qui dégage un silence feutré et cette ineffable fragrance propre aux lieux d’écrits. Plus loin deux bouquineries exposent des volumes, l’une se consacre aux livres français. Décidément cette rue ressemble à un vaisseau livre. A quelques mètres, des vendeurs à la sauvette de vieux livres, de vieux albums et vieilles BD sortent les bouquins de leur confinement pour les étaler à même la rue et sur le large rebord de la fontaine qui tient lieu de présentoir et de pas de porte… Hormis cette destination culturelle, la rue a bien quelques enseignes internationales de prêt à porter féminin, mais elles n’écrasent pas tout comme dans bien des métropoles, il y a de la retenue, sauf bien sûr pour les banques qui sont dominantes dans ces pays émergents.
 
L'ACADEMIE DES SCIENCES - AU RC UNE LIBRAIRIE
 
 
 
Soudain nous parviennent du parvis du Théâtre national, musique, discours, slogans : une manifestation a lieu. Alors que nous nous approchons, nous devinons que c’est un défilé nationaliste pour exiger la libération de Radovan Karadjic, les passants impassibles ne semblent guère s’en soucier, le cortège d’une centaine de manifestants s’ébranle derrière un bus arborant des calicots, des pancartes et des portraits du leader serbe de Bosnie.
 
LE BATEAU DIJALOG DE MARCO 
 
 

 Lundi 25 Août
Bâtie sur 15 collines, Belgrade, avec une histoire vieille de 7 000 ans, est la plus ancienne implantation humaine connue du Danube. Mais, de cette histoire, Belgrade ne porte plus guère de traces, ne dit-on pas que Beograd (nom serbe) a été « 50 fois détruite, 50 fois reconstruite ». Tour à tour celte, romaine, serbe, ottomane, hongroise, turque, autrichienne, l’histoire de la ville n’est faite que d’invasions, d’influences mais aussi de destructions, les événements récents le prouvent, une histoire qui fait aussi que la cité possède une architecture particulièrement éclectique. Si les principaux bâtiments datent de la fin du XIXème, l’urbanisme a connu un véritable essor au XXème siécle, l’architecture contemporaine côtoie désormais des morceaux d’architecture communiste, du néo-classique, du baroque, du romantisme, du néo-byzantin et même quelques beaux spécimens d’Art nouveau. Cette compilation architecturale donne à la ville un aspect très pittoresque d’où émerge une indescriptible ambiance centre européenne, trépidante et nonchalante.
Ce matin, Nenad nous a conduits à une grande surface dans Novi Beograd, le nouveau quartier Ouest de Belgrade qui héberge 1/5éme des 1 500 000 belgradois. On y trouve immeubles de grand standing, buildings tertiaires futuristes, grandes surfaces spécialisées, ainsi qu’une multitude de chantiers. Le tout est drainé par des avenues très largement paysagères. Après cette incursion pour ravitaillement, dans un univers totalement occidentalisé, nous prenons le taxi pour le temple de Saint Sava. La plus grande Eglise orthodoxe du monde est en chantier depuis 1939, les travaux ont connu de longues interruptions de purgatoire. Finie, elle accueillera 15 000 personnes. Nous redescendons via la Slavija pour voir le Parlement, le vieux palais, le Théâtre et le Musée National. En rejoignant les bords de la Sava, nous traversons les bas de la ville, des quartiers dépassés par le temps, des rues éperdues où quelques maisons conservent encore le charme désuet du passé, mais sont-elles pour autant confortables ? Et pour combien de temps encore ?
 
 

Beograd, depuis peu appelée la «Barcelone des Balkans», se donne à voir, à humer, à écouter, à toucher, la ville bouge, vibre, pas étonnant quand on constate le « melting-pot» de la jeunesse européenne qui s’y retrouve. Eprise de liberté, indépendante d’esprit, libérée du joug passé, cette jeunesse semble puiser dans la culture une force qui la transcende. Décidément, la Serbie nous épate ; sommes-nous lassés de la superficialité des métropoles passées, Francfort, Vienne, Budapest ? Je ne puis le dire, mais Belgrade, l’effervescente, a tout pour devenir une grande capitale culturelle et festive.
 
Mardi 26 Août
Beograd - Kostolac (1095)
Bien que nous quittions à regret « Dijalog » et Marco, le patron des lieux, avec un échange de présents sous forme de bouteilles de nos crus respectifs, nous savons que ce n’est pas un « adieu », mais un « au revoir ».
La capitale de la Serbie est un important carrefour fluvial avec la Sava, et la navigation commerciale se fait plus dense. Rapidement nous atteignons Smederevo (PK1075), l’ancienne capitale lorsque Belgrade fut Hongroise. Les yeux se fixent sur sa monumentale et saisissante forteresse crénelée de 1,5 kilomètre de circonférence. Dotés de 25 tours, ces remparts du XVème furent l’objet d’assauts incessants, la ville resta ottomane jusqu’en 1867. Là encore, l’histoire défile sous nos yeux stupéfaits.
 
 
 
Nous naviguons accompagnés des airs déchaînés de Transylvania de Tony Gatlif , les notes nous portent jusqu’à Kostolac, notre halte du jour. Non point que la cité soit charmante, mais elle est le point de départ d’une expédition archéologique. Un embarcadère a été installé pour permettre aux croisiéristes de visiter Viminacium. Le conservateur, contacté sur conseil de Nenad, nous envoie une archéologue anglophone pour nous conduire sur le site distant de 10 km et nous organiser une visite privée des chantiers de fouilles. Viminacium, construit au 1er siècle, fut un camp militaire, siège de la célèbre Septième légion romaine de Claude, avant de devenir capitale de la Mésie (actuelle Serbie). Cette cité implantée sur plus de 450 hectares fut rasée en 411 lors de l’invasion des Huns, elle ne s’en relèvera pas. Depuis 5 ans ont été mis à jour, de luxueuses villas et d’importants monuments, bains publics, amphithéâtre, nécropole royale. Nous sommes invités à descendre au cœur de l’ancienne nécropole par un étroit boyau plongé dans le noir, nous pouvons ainsi admirer, sous une lumière spéciale, les splendides fresques tombales qui ornent les couvercles des sarcophages, une conservation exceptionnelle. Si le tracé de la cité est connu, 40 ans de fouilles seront nécessaires pour qu’elle délivre son passé, car une partie se trouve enfouie sous les terrils fumants de l’imposante centrale à charbon voisine de Kostolac II.
 
 
 
 TOMBE PAGANISTE                                                     TOMBE CHRISTIQUE
 
                   
 
Le site de Viminacium est intégré au projet européen « Voie des empereurs romains » (n’oublions pas que la Serbie a donné naissance à 16 des 100 empereurs romains), un projet qui lie histoire, gastronomie et vins. Cette route est couplée à une autre voie touristique, la « Transromanica », un itinéraire européen de l'art roman qui relie, notamment, les plus grands monastères orthodoxes de Serbie : Studenica, Sopocani, Zica, Gradac, Mileseva…  Il va nous falloir revenir. Merci à tous pour cet après-midi d’histoire romaine.
A notre retour, nous serons approchés par un couple de photographes bulgares intrigué par notre présence, ils se rafraîchissent à grands coups de bière après leur partie de pêche, ils nous montrent leurs prises, manifestement les silures étaient au rendez-vous, ce poisson peu recherché dans nos contrées est un mets fort apprécié dans la vallée danubienne.
Le soir, pour nous rendre en ville, nous traversons l’immense centrale à charbon, fumante, monochrome et malodorante de Kostolac I. La ville est là, déshéritée, négligée, à l’ombre des cheminées. Près de 10 000 habitants habitent dans ces barres d’immeubles ternes et mités, desservis par des lambeaux de rues grises, tristes, lugubres, des rues écrasées par la poussière estivale. Le soleil sèche, dessèche tout. Sur les murs décrépis, sur les arbres rabougris, sur les portes décaties, sont affichés les avis de décès. Point n’est nécessaire de décrypter le cyrillique pour découvrir, à la vue des photos, la terrible vérité, l’âge des trépassés : la moyenne est de 40/50 ans. Que dire de cette ville, si ce n’est qu’elle ne respire que misère et désespoir et que son sort est irréversiblement lié à celui de la centrale à lignite, une centrale, qui, espérons-le, ne sera bientôt plus qu’un fantôme.
 
 

Mercredi 27 Août
Kostolac-Golubac (1039)
Le ciel est pur ce matin et la chaleur déjà présente. Nous quittons notre royal embarcadère pour retrouver le fil du Danube. Rumbalotte ouvre la voie, suivi de CO2, Romar1 la ferme. La navigation est aisée et les paysages variés. Après plusieurs passes étroites, le fleuve prend ses aises pour devenir un paisible et impassible lac intérieur de 6 km de large. Immanquable, voici au fond, adossée à la montagne, la forteresse de Golubac, elle date du Moyen-Age et a été l’enjeu de célèbres et meurtrières batailles. Avec ses neuf tours et son enceinte crénelée, elle représente un des plus emblématiques monuments serbes du XIVème siècle. A 500 m à droite, nous distinguons un minuscule port de pêche protégé d’une petite jetée, ne s’y trouvent que de frêles embarcations. Rumbalotte préfère trouver refuge ailleurs, CO2 avance prudemment, Korri a l’œil rivé au sondeur, c’est bon. Là encore, Romar1 pense entrer dans un piège ; doucement, sous les regards curieux et enjoués d’une population peu habituée à voir ce type de bateau, nous accostons et nous nous amarrons au quai. L’eau baisse et en fin d’après-midi, Romar1 tape au fond, nous le glissons donc près d’un bateau en voie de désagrégation mais suffisamment solide pour recevoir nos aussières. Après la sieste, nous faisons notre tour de la ville, suivi de quelques emplettes alimentaires dans un des nombreux mini-markets qui, soit dit en passant, acceptent les cartes bleues. Golubac, « la colombe », est une petite cité de 2 000 habitants sans véritable caractère, située à l’orée du Parc national de Djerdap et au bord du Danube. La ville tire profit de sa géographie pour être le lieu privilégié des compétitions de voile, canoë et kayak. Golubac est l’entrée des célèbres portes de fer que nous allons aborder demain, là où ce fleuve de mémoire devient passeur d’histoires.
 
FORTERESSE DE GOLUBAC
 

 
Jeudi 28 Août
Golubac – Donji-Milanovac (990)
La chaleur moite du réveil annonce que la journée sera éprouvante. Il est hors de question de toucher le fond, la sortie du port se fait délicatement. Nous passons à sous la forteresse serbe et laissons, côté roumain, le rocher de Baba Caia, ils semblent baliser l’entrée du Parc National des Portes de Fer. Dans l’impressionnant  défilé, émergent des flots les ruines d’une des trois tours du village médiéval de Trikule, aujourd’hui englouti. Heureux prisonniers de ce grandiose paysage, nous nous laissons bercer dans les sinuosités successives. Les flancs de la rive roumaine, exposés au midi, sont partiellement décharnés et recouverts de maigres et timides bois. Sur l’abrupt de ces hautes collines, en équilibre dans le vide, des pelleteuses souffreteuses attaquent le massif ; dans un étrange ballet mécanique, elles tentent d’ouvrir des laies.
La vallée s’élargit, nous atteignons en fond de la vallée la boucle dans laquelle se love Donji-Milanovac. Nous nous amarrons près du centre ville ; seul problème, le ponton se trouve au vent dominant. L’après-midi est consacré à une visite de la cité. Donji-Milanovac, 3 ou 4000 habitants, possède un zeste de charme balnéaire. Derrière la ligne d’immeubles de 5 à 6 étages qui affronte avec recul le Danube, l’unique rue piétonne dessert des commerces et des banques. La grande partie de la ville est constituée de hautes maisons disséminées et adossées aux contreforts verdoyants de la montagne.
A 18:00, à notre retour, un coup de vent secoue rudement les bateaux. Un riverain nous avertit que le vent va encore forcir et qu’il existe un abri à trois kilomètres de là, où nous serions mieux. Nous ne sommes pas surpris car Nenad nous avait informés du risque et de l’abri. Il ne faut que quelques secondes pour que les 3 bateaux se libèrent de leurs amarres et reprennent un fleuve menaçant, les vagues sont formées et cassantes, nous bifurquons dans la Porecka, affluent du Danube. Malheureusement, le point d’accostage est occupé par des bateaux militaires. La nuit tombe, il nous faut donc mouiller ; l’ancre glisse, nous nous reprenons à trois fois avant d’accrocher, le GPS se fige, c’est bon. Le vent tourne à l’orage et l’orage tourne tout autour de nous, les bateaux tournent sur leur ancre, nos repères fixes tournent aussi, c’est très déstabilisant. L’orage est passé. Dans le lointain, nous distinguons un immense brasier, il éclaire tout le fond la vallée. Dans la nuit je discerne un épais panache de fumée qui, lentement, descend, s’approche ; de quoi est-il fait ? C’est peu rassurant. Par chance, les premières convections matinales évacuent cette inquiétude. Nous n’en saurons pas plus.
 
 
DONJI MILANOVAC
 
 
Vendredi 29 Août
Donji Milanovac – Kladovo (933)
Quoiqu’un peu fatigués par cette nuit de veille, nous devons lever l’ancre et nous engager dans le canyon, le fjord le plus beau du voyage, le « défilé de Kazan ». 30 km où le Danube se fraie un passage dans le calcaire entre le nord des Carpates et le sud des Balkans, une passe fantastique qui relie les deux vastes plaines danubiennes, la Pannonie à la Valachie. Mais ce défilé a perdu de sa puissance et de sa gloire, en effet Tito et Ceaucescu ont décidé de calmer les ardeurs meurtrières du fleuve en captant son énergie, ils ont programmé la construction d’un très grand barrage, celui de Djerdap, quitte à noyer 150 kilomètres de vallée, à déplacer 15 000 villageois, à reconstruire la ville d’Orsova, églises et monuments, à engloutir à jamais plusieurs millénaires d’histoire. A la gloire du productivisme.
Nous voici au centre du défilé, l’eau, saupoudrée de lentilles, stagne nous. A main gauche, se cachent, dans les arbustes, de multiples cavernes dont la Grotte des Vétérans. Le défilé se resserre encore pour devenir boyau, nous paraissons tout petits au milieu de ce paysage monumental, nous ne sommes rien dans cette dimension, cela force l’humilité, le lieu invite à la réflexion, à la méditation. Est-ce pour donner une respiration, mais le défilé s’ouvre subitement sur une forme de lac de montagne que le chenal traverse, la transition est saisissante. De l’autre côté, nous pénétrons dans un autre rétrécissement, un défilé historique. Cette partie, la plus spectaculaire des gorges, était, jadis, surnommée par les navigateurs, « Les Chaudières » car les eaux, serrées, compressées entre les vertigineuses parois, bouillonnaient.
 
LE MONASTÈRE
 

 
Aujourd’hui, en lieu et place de ce chaudron, comme pour conjurer le sort passé, d’une blancheur immaculée, une frêle chapelle orthodoxe repose sur un petit bout de caillou, sa stabilité semble très précaire, son bâti a souffert d’une déstructuration, d’un déracinement, elle a été déplacée de son lieu originel et posée, là, hors de l’espace, hors du temps. C’est, en fait, un monastère ! Est-ce pour obtenir des indulgences, mais Ceaucescu, le génie des Carpates, l’a placée sous l’oeil de Décébal, le chef des Draces surplombant l’embouchure de la vallée de Mracona (PK 967). La tête gigantesque du vaincu a été sculptée dans la montagne , il paraît lancer, pour la postérité, un défi à son vainqueur, l’empereur Trajan (98-117 ap.JC), qui, plus loin, sur l’autre rive, a scellé, moins ostensiblement, la « Tabula Taiana », la table de Trajan, une plaque en marbre qui rappelle la « route impériale » : la célèbre voie romaine taillée à flanc de montagne, à coup de vies humaines, reliait la province de Dacie à Rome. Nous abordons un troisième défilé, moins grandiose que les précédents, il ne manque cependant pas de profondeur et de grandeur.
 
 
 
DÉCÉBAL
 
 
 
 
TABLE DE TRAJAN
 
 
Il nous conduit à la baie d’Orsova, l’antichambre du barrage de Djerdap qui est encadré de deux écluses dites des Portes de Fer. Aujourd’hui, c’est le côté roumain qui est de service. Pour descendre les 34 m de dénivelé, nous empruntons une échelle constituée de deux sas successifs. L’ensemble, bien qu’impressionnant, se franchit aisément sous les regards d’une foule de visiteurs. A quelques encablures du barrage, nous arrivons en face de Turnu Severin (RO) qui garde les ruines d’un pilier de pont jeté par Apollodore de Damas en l’an Cent à Kladovo (BG), terme de notre étape. Un petit port pour barques a été aménagé près des restes d’une forteresse ottomane. Malheureusement pour Romar1 et CO2 les pontons sont inadaptés. Par chance, un autochtone en jet ski sait faire preuve d’imagination et apporter les réponses appropriées à nos questions. Une à une, il tend nos aussières raboutées entre les pontons en béton, l’installation n’a rien de conventionnel mais elle a le mérite de maintenir les bateaux, c’est l’essentiel. Nous devenons bien vite l’attraction du village, les habitants défilent voir ces gens venus d’ailleurs avec leur drôles de machines. Un des visiteurs, moins effarouché, s’approche visiblement avec l’intention d’engager la conversation. Pour cause, il parle un français impeccable, il s’appelle Stephan et a été chef éclairagiste au Louvre. A la retraite depuis deux ans, il revient l’été dans sa ville natale et alterne le reste de l’année entre Paris et Belgrade. Ainsi nous parlons d’expositions, du Louvre et de son ancien conservateur, Pierre Rosenberg, pour qui il garde une profonde admiration.
 
L'ENTRÉE DE L'ANCIENNE FORTERESSE
 

 
Samedi 30 Août
Kladovo - Brza-Palamka (Sr) (884)
Avant toute chose il me faut ce matin trouver du gaz ; la bouteille est vide. La solution : une station distante de deux kilomètres. Aidé du diable, je roule la bouteille de 13 kg jusqu’à la pompe, la station remplit tout simplement les bouteilles avec un mélange butane-propane, et ce, pour une poignée de monnaie. Le plein fait, je repars avec mon précieux liquide et une fois rentré, branche l’ensemble. Damned, ça sent le gaz… Après recherche et resserrage des écrous, il faut que je rendre à l’évidence, la pression de la bouteille est trop forte, problème qui se solutionne par un lâcher de gaz à l’air libre.
Le ravitaillement terminé, nous pouvons y aller. CO2 ouvre la route, le temps est beau, notre intention est de nous rendre à Prahovo, distant de 70 km (35 à vol d’oiseau), ce qui signifie de nombreux méandres. La navigation n’est pas oppressante, peu de bateaux circulent, la descente à travers la plaine est sereine, mais le vent s’est levé. Là-bas, aux jumelles, apparaissent dans une courbe du fleuve des volutes blanches, cela n’est pas très bon, nous approchons du méandre et nous distinguons nettement la crête blanche des vagues, le vent monte, et les vagues suivent, de plus en plus fortes, de plus en plus blanches. On réduit les gaz et à l’intérieur du bateau, on accroche tout ce qui peut tomber car cela va bouger. Faire demi-tour ? Pour aller où ? Il va falloir composer avec. Dans cette partie du Danube, il n’existe aucune échappatoire, pas de port, que des rives maçonnées et agressives à bâbord et des hauts-fonds mal balisés à tribord. Cela devient sportif, deux heures durant Romar1 affronte les vagues. Elles arrivent de toutes parts, certaines sont très rapprochées et mordantes, Romar1 plonge et encaisse les embruns, le pont est copieusement arrosé. La tension monte d’un cran quand les vagues croisées le prennent à revers ; Romar1 se fait bousculer, virevolte et pivote brusquement de 45°, la barre tourne à droite, à gauche, cela tient de la lutte. A peine est-il revenu dans son axe qu’il faut à nouveau contrer la série suivante, qui arrive à bâbord, ça écume… La matelote est peu rassurée, pour ne pas dire franchement angoissée, elle préfère rester prostrée dans le carré. Pourtant, elle doit remonter d’urgence, un des treuils de l’annexe s’est débloqué, la petite embarcation a dévissé et se retrouve suspendue à un filin, elle traîne, se balance et tape dans la poupe. La remontée s’annonce délicate, le bateau tangue beaucoup. A la barre, il faut anticiper les vagues pour rester debout et en même temps mouliner au treuil. Après quelques minutes d’effort, l’annexe revient dans sa position horizontale. Le vent forcit encore, il nous faut éviter à tribord un autre haut-fond, et longer, tout près, à dix ou quinze mètres, une rive en gros blocs de béton. On dit bien que, pour le marin, le danger n’est pas la mer mais la terre, et il n’est pas question d’aller casser du caillou. Devant, CO2 est dans la même infortune, il est brassé, bousculé, chahuté, mais il tient le cap. La carte mentionne, à 5 km, un coude qui nous renvoie dans le sud-est ; là, trouverons-nous un peu de calme ? Le temps passe, long, interminablement long. Au loin, nous distinguons une très haute colline sur laquelle prend appui le Danube ; aux jumelles, point de crêtes, point de vagues, l’ensemble est abrité du vent ; nous repérons un vieux quai désaffecté, il est haut et l’amarrage nécessite un peu de gymnastique, mais qu’importe. C’est bon pour aujourd’hui.
APRES LA TEMPÊTE
 
 
Une fois posés et remis de nos émotions, nous allons explorer Brza Palanka. Derrière le quai, un enclos accueille une petite chapelle orthodoxe et son cimetière. A 200 mètres, c’est l’entrée du village, distendu, éclaté, désordonné. Depuis notre arrivée une musique tzigane attire notre attention : et s’il y avait une fête au village ? Les effluves musicales des accordéons et des violons nous conduisent à un restaurant où se déroule, en fait, un mariage serbe. Flonflons, danses, photos, repas, boissons, les musiciens jouent, débridés. Tout le lieu est réservé à l’événement. Faute de places, nous nous rabattons, de l’autre coté de la route, au bar de la plage. Là, par contre, on sent la saison finie, tout est démonté, l’unique table sera pour nous. Quatre Heineken, c’est tout ce qui reste en stock. Une chance.
 
 2 HEURES APRÈS LA TEMPÊTE
 

 
 
Dimanche 31 Août
Brza-Palamka (Sr) – Calafat (Ro) (795)
Check-out à Prahovo
Lorsque nous descendons le Danube, nous vivons pleinement le lever du jour à l’Est sur le fleuve, mais un constat, les rayons rasants du soleil provoque une irisation de l’eau très pénible pour la navigation. La surface du fleuve se transforme en un immense miroir aveuglant sur lequel il est bien difficile de discerner les balises, beaucoup d’entre elles ne figurent plus que sur les cartes, emportées par les crues. Seuls subsistent quelques troncs d’arbres morts plantés dans le lit du fleuve, reconvertis en séchoir à cormorans. La lecture du fleuve devient difficile, le niveau a encore baissé, des bancs de sable apparaissent. Pire, quelques hauts-fonds se cachent, à fleur d’eau, dans le chenal. Nous laissons à bâbord un pousseur et sa barge échoués, l’ancre jetée, ils attendent la montée des eaux, probablement dans un mois, peut-être deux, voire plus. Depuis Klodovo, le fleuve s’appuie, sur la gauche, sur le relief des Balkans, ici constitué de coteaux boisés et clairsemés de petites maisons délabrées et des miradors dépassés. La rive droite roumaine est toujours bordée d’interminables rangées de peupliers qui nous voilent toujours l’inaccessible plaine.
Nous devons chercher un appontement pour faire les formalités administratives. La seule possibilité est de nous mettre à couple à un gros pousseur ukrainien. Sans scrupule, le propriétaire du ponton d’accostage vient nous annoncer son tarif : cela sera 10 €, l’euro a la côte. Mais 2 mots plus tard, le tarif descend à 5 €, avec complément de boissons, « no problem », une bouteille change de main. C’est sans compter sur le capitaine de police voit le manège et interpelle le pontonnier-quémandeur qui tente maladroitement de cacher la bouteille. Après une vive remarque du gradé, il s’éclipse sans attendre ses 5 € ; le capitaine est un homme droit et très courtois, 3 minutes suffisent pour mettre les papiers en règle, nous pouvons quitter la Serbie et sommes aimablement invités à y revenir. Nous reprenons notre voie d’eau et arrivons au célèbre Port Culturel de Cetaté, mis en place par Mirca Dinescu, écrivain poète, pamphlétaire, qui a participé à la transition post communiste. Nous montons sur le haut du quai, avec en main le dépliant de la saison dernière, un intéressant programme d’exposition d’Art Contemporain, mais en apparence rien ne dépeint la dimension culturelle du lieu, qui semble désert. A droite, près du chemin, un bungalow, abri de fortune doté d’une ancienne bâche militaire, inonde l’endroit de musique tzigane. Nous allons pour y extraire des infos sur le lieu. Trois personnes sur une table de jardin amputée d’un pied se disputent une partie de type nain jaune, d’autres dansent : l’un est pieds nus, l’autre arbore une tenue de footballeur italien avec chaussures ad hoc. La bière a, visiblement, beaucoup coulé, ils manifestent bruyamment leur plaisir de voir des touristes. Koss, emporté par le rythme, se met à danser, ils sont comblés, ils nous offrent des bières, nous déclinons délicatement l’invitation car là n’est point le but de notre halte. A notre retour, deux personnes viennent à nous, l’une parle anglais, ils nous font comprendre que le lieu est privé et que nous devons quitter le ponton. L’autre ne respire pas de réelles dimensions culturelles mais plus de culturisme. A ma demande de visiter le musée de la Fondation Mircea Dinescu, nous obtenons une réponse ferme dans laquelle on capte les mots : propriété privée, police. Nous essayons d’avoir quelques informations sur la Fondation, nous sommes refoulés vers le ponton. Je veux en avoir le cœur net aussi avant de quitter le lieu, je m’éclipse un instant pour scruter ce qui me paraît une décharge : j’y découvre les sculptures des années antérieures, des œuvres abandonnées partiellement détruites. Si Cetaté a été consacré port culturel, il semble, dorénavant, appartenir à un certain milieu qui profite de la notoriété passée et entend avoir la paix. Peu de temps après notre départ, un bateau de la police roumaine vient faire des ronds dans l’eau autour des deux bateaux. Notre entrée en Roumanie s’effectue en fin d’après-midi à Calafat où un vieux bac fait office de ponton de douane. Il est gratuit et nous pouvons y rester la nuit, les formalités en français sont rapidement faites. Le soir, après une longue marche et une longue ascension, nous trouvons un hôtel restaurant, très haut de gamme, flambant neuf ; il est ouvert mais désert. Nous en faisons le tour sans trouver âme qui vive. Curieux. Nous nous rabattons en ville pour dîner dans un restaurant typiquement local, la télé braille, nous optons pour la salle deuxième classe, là où l’on mange sur des nappes en papier et non sur de la toile cirée.
 LE BAC
 
 
Lundi 1er Septembre
Calafat – Lom (BG) (743)
Une fine brume matinale enveloppe la plaine fluviale, nous observons de part et d’autre les allers et venues des camions qui saturent déjà les embarcadères. Avant que le premier ferry n’arrive de Vidim, située sur la rive bulgare, nous quittons notre ponton, longeons la cité industrielle et entamons notre trajet du jour. Il consiste en une longue boucle de 50 km, la navigation est paisible, nous croisons un important convoi de 6 barges chargées de pondéreux. De chaque côté, au-delà des rives, de longs panaches de fumée montent çà et là, plus loin un feu de broussailles volontaire vient lécher le fleuve sur une centaine de mètres, personne ne s’en soucie ; il est vrai que le brûlis fait, ici, partie des techniques agraires. A nouveau, un long rideau de peupliers constitue notre paysage, le rideau est parfois déchiré. Telle une ligne de fantassins, les peupliers se tiennent droits sur les berges face à l’ennemi : le Danube. Mais le fleuve est sournois et use de sa une botte secrète, l’infiltration, il sape cette armée à la racine, et à chaque crue, il fauche et abat les plus exposés de cette garde prétorienne. Tombés au front, sans avoir combattus, les peupliers s’en vont, silencieux, mourir dans la dérive du fleuve. Aussi trouvons nous en aval des champs de bataille, près des rives éboulées, le désolant spectacle d’un charnier végétal où s’enchevêtrent, s’amoncellent les grands corps, écartelés, désarticulés, décharnés, dénudés, desséchés, des valeureux peupliers. Il deviendra, plus tard, un ossuaire de bois mort, témoin des luttes passées.
Les balises du chenal ont dû fondre, seule, dans le silence de la canicule, une épave ensablée nous fournit un repère connu.
 
 LE CONVOI
 
 
Sur le bout d’une île, prolongée d’un banc de sable blanc, repose une colonie d’aigrettes ; un peu à l’écart, un héron pourpré attend, stoïque, on ne sait quoi ; rien ne bouge, tout semble figé dans la chaleur de l’été ; là bas, au loin, une horde de chevaux semi sauvages batifole dans l’eau.
Le soleil est encore haut lorsque nous nous présentons à Lom. Dès notre arrivée nous nous plions de bonne grâce aux formalités, l’unique objectif : obtenir l’autorisation d’apponter. Koss et moi ne nous lassons plus d’aller au-devant des autorités portuaires et douanières pour présenter nos papiers de bord et passeports. Les autorités sont souvent surprises de notre démarche et s’exécutent, avec courtoisie, mais aussi, une certaine curiosité sur notre voyage. Reconnaissons qu’elles sont souvent, sources de bonnes informations sur la ville. Nous gravissons la rue du port et nous tombons sur un hôtel flambant neuf, il jure dans le paysage. Notre excursion citadine se poursuit et nous traversons le centre ville, la rue principale est largement piétonne et magnifiquement végétalisée, de petits espaces de repos accueillent des bancs où la population discute, rit… Les places ont chacune leur héros, les patriotes ont leur grande et forte statue, bien campée sur terre.
 
LE LIBERATEUR                                                   LES PATRIOTES
 
 

Publié à 08:23, le 15/10/2008, Belgrade
Mots clefs : beogradsavadjalogNovi SadRomar1danube

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