Une Transeuropéenne

DU RHIN, DU NECKAR ET DU MAIN

 
 
LE RHIN
 
 
LA PREMIERE ECLUSE RHENANE 
 
 

Mercredi 25 Juin
Mulhouse - Volgelgrun
Les travaux sont terminés et il est temps de mettre le cap sur le Rhin, Romar1 se sent fin prêt et quitte le chantier « Probateau » pour traverser Mulhouse,en face du vieux romar1 arrive un Adagio flambant neuf de chez Koejac, lourdement lesté pour passer sous les ponts, il est convoyé vers la Méditerranée avec d’infinies précautions. Après le grand port marchand de l’Ile Napoléon, Romar1 entre dans le long bief de Niffer et damned, le moteur cale. Grâce à son erre (son élan) il parvient au quai désaffecté de l’usine Peugeot ; après plusieurs relances de démarreur, le moteur repart, direction Niffer, l’unique écluse conçue par Le Corbusier. Changement de registre, le sas fait 230 m x 12 m, l’écluse ouvre sur le Rhin au PK185. Le fleuve est dans cette partie, canalisé, son chenal est extrêmement large et le courant n’y est donc pas très fort, cela dit l’atmosphère est soucieuse, il faut être attentif, le moindre hoquet du moteur fait monter la tension d’un point. Se présente le complexe portuaire de la CCI de Mulhouse Ottmarsheim, le port est polyvalent, le premier quai héberge une batterie de silos céréaliers équipés de deux longs bras convoyeurs. Suit une vaste plate-forme de containers multicolores aux noms exotiques, un monumental portique décharge une barge comme on prend des pierres de sucre, les boîtes paraissent légères, aériennes, un jeu de lego pour Robocop ; plus loin les cuves sphériques des industries chimiques Rhône-Poulenc, Batachimie, Tecta, derrière les hautes cheminées, ne peuvent dissimuler les raffineries et à l’extrémité une deuxième batterie de silos ferme le port. La descente se poursuit, le fleuve doucement apprivoise Romar1 qui se laisse aller jusqu’à l’écluse de Fessenheim (PK210) placée à l’ombre de la Centrale nucléaire. L’écluse est ouverte et la descente rapide. A droite voilà déjà l’île du Rhin, qui fait une très large boucle jusqu’au barrage de Volgelgrun (PK224) qui alimente une usine électrique et abrite une écluse. A quelques centaines de mètres, Romar1 s’engage derrière l’île pour trouver le port (PK 225) en face de Breisach, l’entrée est difficile à trouver parce qu’étonnamment étroite. Délaissant le ponton d’accueil, Romar1 va directement à la pompe ; le plein fait, Romar1 va accoster par un enchâssement arrière entre deux bateaux. Encore peu habitué à ce type de manœuvres, le capitaine prendra son temps pour la parfaire, c’est bon, le capitaine est satisfait. En fin de journée, traversée du Rhin par le pont international et escapade jusqu’à la vieille ville de Breisach qui domine le fleuve. Le piton rocheux, par sa situation stratégique, serait habité depuis 4000 ans, à l’âge de la pierre polie c’est à dire bien avant que la Cathédrale St Stephan s’assoie dessus. Breisach regarde au delà du Rhin sa sœur jumelle française, Neuf-Brisach, du celte «Brise-eau». Au cours des siècles la prospérité de la ville et à sa situation, ont fait qu’elle représentait un enjeu important. A la dernière guerre, le régime nazi a anéanti la forte communauté juive et à la fin de la guerre la ville fut quasiment rasée par les bombardements. Depuis, la Breisach a reçu le titre honorifique de « ville européenne », ses habitants ayant voté en 1950 à 96% pour un Europe unie.
 
 
BREISACH (ALLEMAGNE) RIVE DROITE  EN FACE DE NEUF-BRISACH (FRANCE) RIVE GAUCHE
 
    

Samedi 28 Juin
Vogelgrun - Rheinau
Ne voulant pas prendre de risques, nous décidons d’attendre deux jours le mécanicien Jean-Luc et sa femme Irène qui descendent à Strasbourg en bateau. Le temps imparti permet d’aller visiter à vélo Neuf-Brisach. La ville emmurée dans sa forteresse Vauban se retrouve ainsi classée au Patrimoine mondial sans le chercher. Mais, il est vrai qu’elle présente une morphologie, pardon une géométrie que bien peu de villes possèdent. Discerner à une telle échelle la parfaite géométrie de Neuf-Brisach n’est possible qu’en prenant de l’altitude, chose malaisée dans cette partie de la plaine d’Alsace. Aussi l’unique solution est-elle l’abstraction, pour cela il faut cerner le tracé de la place forte et ensuite la conquérir, un autre dessein. Si le corridor Est de la première enceinte a gardé des murs et bastions intacts, les fossés ont quant à eux été pris d’assaut par une végétation désoeuvrée, la friche n’est pas parvenue à franchir la deuxième enceinte, reste le dernier rempart doté de sa banquette, qui intègre les fortins des 4 portes cardinales ; de là partent les rues pavées qui découvrent la place d’armes. L’enceinte fortifiée en forme de diamant taillé est constituée d’une double étoile de défenses qui protègent l’ultime muraille octogonale de la ville. Sur le plan urbanistique, des principes simples régissent l’organisation interne : offrir des circulations pratiques pour que les lieux de commandement, de combat et de l’activité civile s’intègrent harmonieusement sans se gêner. Neuf-Brisach est une ville créée ex nihilo en 1697 après la perte de Vieux-Brisach (Breisach). C’est Louis XIV lui-même qui a choisi le plan octogonal. Un canal est spécialement creusé jusqu’aux Vosges pour acheminer le grès rose nécessaire à la construction. En cette fin juin, la population semble avoir déserté la ville avant que les touristes ne l’assaillent, somnolente elle attend…
A midi, le Lad’Irène s’annonce à l’écluse nous le retrouvons à la sortie du port. Après quelques heures de navigation, le soir arrive, il tombe vite, l’arrêt est prévu derrière une île dans un bras dit du vieux Rhin, près de Rheinau (PK260), un lieu étonnement sauvage sur ce fleuve plutôt industriel, le ponton est rustique et étroit mais quand il y en a pour un, il y en a pour deux… c’est très, très juste.
 
 
 L'ALSACE ET SA CULTURE
  
        
 

Dimanche 29 Juin
Rheinau – Strasbourg
Le voyage s’annonce assez facile pour Offendorf mais c’est sans compter sur le moteur qui cale deux fois, la décision est prise de s’arrêter à Strasbourg. L’écluse sud est fermée le WE, va pour celle du Nord (PK295), lentement Romar1 avance dans le canal sans faire de vagues, le paysage est torride, à main gauche les zones industrielles sont en sommeil dominical, à main droite des bateaux agonisent sous le cagnard et des péniches en retraite sont transformées en habitat. Voici Koejac ; malheureusement ses rares pontons sont surchargés, la solution : s’amarrer près du pont du Danube (symbole, quand tu nous tiens).
 
DÉRIVANT SUR LE RHIN TEL ROMAR1... 
 
 
Lundi 30 Juin
Strasbourg - Offendorf(PK313)
Dés 8 heures, Koejac est consulté pour voir si des techniciens peuvent regarder le moteur mais l’accueil est très froid, planning saturé, personnel en congé d’été ; leur conseil : aller voir sur le Main où exercent plusieurs réparateurs. Le tout est de pouvoir y aller sans encombre… impossible. Jean-Luc et Irène arrivent en fin de matinée, Jean-Luc vérifie la ligne de carburant, scrute la moindre trace de gasoil, resserre les écrous. L’après-midi, reprise de la descente rhénane, deux heures de navigation, tout semble aller, c’est réconfortant. Le port de plaisance est situé rive gauche, juste après l’écluse d’Iffezheim, dans une gravière en exploitation et il comporte plusieurs Yacht-Clubs. Lequel choisir ? Romar1 opte pour celui qui a les meilleurs pontons.
 
 
 STRASBOURG -LA PETITE FRANCE
 
     

Mardi 1er Juillet
Offendorf - Benheim (PK335)
Adieu Offendorf ; la destination du jour : Germersheim. Mais après 2 heures de navigation, le moteur en décide autrement, il cale par deux fois, une seule issue : s’arrêter en aval de l’écluse au port de Benheim car les cartes indiquent que le Rhin devient ensuite étroit et dangereux. Romar1 s’enfonce dans cette immense gravière, au loin un responsable du Yacht-club qui l’a vu arriver fait de grands signes, indiquant le ponton d’accueil. Après avoir été informé de notre préoccupation, il téléphone à un mécanicien allemand, par chance celui-ci dépanne un bateau près de l’écluse. En début d’après-midi un homme corpulent et énergique débarque, il descend dans le moteur, resserre les filtres à la poigne, vérifie les raccords, purge le réseau, le GO coule normal… De prime abord rien d’anormal mais, prudent, il recommande un chantier fluvial situé à 20 km en amont. Le coup de fil est immédiat, « c’est bon, ils vous attendent ». Il n’y a pas d’autre choix, il faut rebrousser chemin…
 
 AVERSE SUR LE PETERSEE
 

 
 
Mercredi 2 Juillet :
Benheim - Freistat
Dès que l’écluse d’Iffezheim située à 400 m donne son accord par VHF, nous quittons le yacht-club de Benheim, Romar1 est seul dans l’immense sas, comme la bassinée est longue le moteur est stoppé et remplacé par le bruit lancinant des bollards flottants. Le son qu’ils émettent est impressionnant, proche des longs chants des baleines… La porte amont s’enfonce, le feu passe au vert, en avant : il nous faut remonter le Rhin mètre par mètre, le courant est fort et Romar1 avance à 5 km/h, bien loin des 18/20 de la descente. Nous passons Offendorf et voici, enclavée dans la rive allemande, le Petersee (PK312), un bras navigable menant à un plan d’eau d’exploitation de granulats qui abrite plusieurs yacht-clubs. Le moteur s’arrête pour la dernière fois à quelques mètres du ponton du chantier, qu’importe nous sommes arrivés. Nous prenons contact avec le patron allemand par l’intermédiaire d’un employé français qui assure la traduction, ils ne peuvent pas regarder cela de suite mais demain « no problem ». La patronne nous donne dix marks à insérer dans le compteur électrique, si le ponton est neuf il est équipé d’un compteur à pièces de vieille génération : 1 mark = 1 KW.

Jeudi 3 Juillet :
Dès 8:30, le diéséliste est là, il est alsacien ; en peu de minutes il décèle quelques coudes et autres jeux dans les flexibles. Pour en avoir le cœur net, on accepte de tout changer, ce qu’il va faire dans la matinée. Purge du réseau, tout est prêt pour repartir, le moteur démarre au quart de tour, il semble même mieux tourner… Comme le temps n’est pas propice à quelques essais, le test est reporté au lendemain. C’est le moment de faire quelques emplettes à Freistett, à bicyclette bien sûr, ici c’est naturel et d’un commun… Le village est tout en longueur, la première partie est constituée de fermes et d’anciennes fermes reconverties en ateliers artisanaux, les maisons sont fort propres, les façades peintes ne semblent pas vulnérables aux affres de l’âge, ni rides ni fissures, elles semblent garder une éternelle fraîcheur probablement due aux innombrables pots de fleurs qui les habillent. Contrairement à bien des contrées jusqu’alors traversées, aucun aboiement, peu de chiens, les rares spécimens rencontrés sont strictement tenus en laisse. Un particularisme qui saute aux yeux : les distributeurs de cigarettes. Ils sont légions, le moindre hameau en dispose, alors que paradoxalement nous ne croisons aucun fumeur ce jour-là ; pour se rendre dans un commerce, nul besoin d’un panneau géant pour vous l’indiquer, les rues et les routes pourtant minimalistes en matière de signalétique routière indiquent avec un code couleurs les commerces, artisans, usines et organismes publics de manière claire et rationnelle, les panneaux publicitaires n’existent pas ici (pas plus qu’en Alsace).

Vendredi 4 Juillet :
Les amarres sont larguées à 9:00 avec pour mission de tester le moteur pendant 2 heures, descendre le Rhin jusqu’au bac de Drusenheim-Greffern puis revenir et si tout va bien, et partir pour Germersheim. La descente se passe normalement même si la confiance n’est pas encore de mise, la tension est perceptible. Alors que nous remontons face au très fort courant, le moteur d’un coup s’étouffe, très rapidement le bateau recule, je contrôle la dérive avec le propulseur d’étrave pour nous maintenir droit, le démarreur tourne à plein régime mais ses six cylindres refusent obstinément de se relancer, les minutes passent, nous continuons à reculer. Lâcher l’ancre, impensable, à cette vitesse aucune chance de l’accrocher, et les batteries… tiendront-elles le coup ? Aller vers la rive, impossible, le courant y est encore plus violent et l’enrochement est tranchant… que faire ? Au loin apparaît un convoi montant, les secondes passent… Allez, encore un essai, cette fois les 105 CV retrouvent un peu de force, j’insiste, c’est bon le moteur repart… Mais l’angoisse demeure, tiendra-t-il jusqu’aux chantiers ? C’est long, très long, les secondes deviennent des minutes et les minutes des heures, le stress est présent et la tension est à son paroxysme quand deux convois chargés apparaissent devant nous, ils descendent vite, la discussion tourne au conflit ouvert pour savoir à quel port s’arrêter car là, à 100 m, se trouve Offendorf. Le capitaine ne l’entend pas ainsi, il veut revenir aux chantiers Kreak du Petersee qui ne sont que deux kilomètres plus loin. A notre arrivée, Rémy, le diéséliste, vient voir : plus qu’à une prise d’air cela ressemble fort à un manque de GO, il faut démonter les 6 filtres, supprimer ceux qui sont de trop ou suspects, le filtre magnétique est enlevé, le by-pass également, le pré filtre est démonté et changé, la ligne est revue cm par cm, restent les filtres moteur, et là Euréka, le visage de Rémy s’illumine, les canalisations rigides ont été mal remontées lors de la révision à Mulhouse, les joints toriques sont fortement endommagés, ils sont en lambeaux, l’un d’eux bouche partiellement le tuyau. Je lâche un puissant et long souffle, les poumons se vident, j’ai le cœur qui se normalise, la sérénité emplit le carré… oui… Oui mais ces joints ne sont pas classiques et sont probablement difficiles à trouver. S’ensuivent quelques coups de fil, un aller-retour chez le mécano du coin, rien, il faut commander chez Ford. Nous serons donc bloqués tout le WE. Nous ne sommes plus à un jour près, l’important est de régler définitivement le problème. Et comme pendant deux jours Petersee fête les bateaux… cela aidera à oublier cette mauvaise série…
Le soir, pour évacuer les tensions, nous allons dîner en ville dans un petit restaurant à la carte surréaliste, les plats sont inscrits avec tous les additifs chimiques, cela pourrait couper la faim mais le capitaine a l’estomac vide, ce sera un rumsteck, la portion couverte de sauce sucrée dépasse l’entendement, dépasse l’assiette et dépasse la faim… Nous sortons à 21 heures et, surprise, la ville est déserte, un tour de ville et quelques notes de musique libérées nous amènent à la place principale où une fanfare aux tonalités bien germaniques accompagne des groupes de danses folkloriques … la bière coule à flots…
 
 
         DES GRAVIÈRES                     ET                      DES ZONES DE LOISIRS 
 
           
 

Samedi 5 Juillet
Ce matin, visite à vélo de l’autre côté du Rhin, c’est-à-dire à Gamsheim, en France, le but, y trouver la presse française. À notre retour, les pontons sont animés, les propriétaires astiquent les bateaux, les femmes surtout, parce que les hommes sont trop occupés à vider la bière par pinte. La plaisance occupe une place importante en Allemagne, chaque lac ou plan d’eau a ses clubs de bateaux, à l’exemple du Petersee où 5 yacht-clubs se succèdent sur 400 m, chacun a son profil d’adhérents, son type de bateaux, sa ville de résidence, son tarif et son mode de fonctionnement, les relations et les échanges entre clubs sont inexistants.

Dimanche 6 Juillet
La musique et la bière ont coulé tard et ce matin les bateaux s’éveillent lentement malgré tous les pics verts crâniens, les migraines, les «maux» de cheveux et autres symptômes matinaux. Les festivités doivent reprendre avec le BigBand de Freistett. 11 heures, lentement les gens arrivent et s’installent aux tables, la pompe à bière reprend du service, c’est tout simplement bon enfant, certains commandent une truite saumonée ou quelques charcuteries, il faut récupérer ou bien prendre des forces pour l’après-midi car le concours de yoles représente l’alibi pour quelques-uns, le point d’orgue pour d’autres. A 14:00, le premier bang retentit et les premiers coups de rame sont donnés, les quatre embarcations se battent pour parvenir, si ce n’est première, tout du moins à la ligne d’arrivée, ce qui n’est pas gagné tant certains équipages sont désarticulés ou désorientés.
 
 
L'INTERMINABLE ATTENTE 
  
 
 
 
Lundi 7 Juillet
C’est l’attente, cette interminable attente. Il est midi, non les pièces ne seront pas là aujourd’hui, nous patientons sur le bateau, il ne fait pas beau, des éclaircies passent rapidement entre les nuées. L’après midi fort coup de vent sur le Petersee, en bout de ponton, le bateau offre tout son tribord aux rafales, même s’il est bien amarré le roulis est assuré. Alors lecture, lecture, à ce rythme-là il va nous falloir des valises de livres… Entre deux chapitres, nous observons les allées venues des barges car l’extraction de granulats fonctionne de 6H à 22H00 (plus de 10 000 T par jour), deux chalands à fond escamotable vont charger sous une extractrice leurs 200 T de galets et graviers puis traversent le lac pour décharger en quelques secondes dans un bassin situé sous un portique de relevage ; ensuite des lignes de convoyeurs, des tours de concassage et des silos vont traiter le produit. Mis en immenses tas, ceux-ci repartiront par camion ou par gros bateaux (1000 à 5000 T) vers l’Allemagne ou les Pays Bas. Cette extraction n’est pas unique, de telles unités, il en existe tous les kilomètres de part et d’autre du Rhin.
 
 
 ROMAR1 ET SA CASQUETTE D'ÉTÉ
 
 
 

Mardi 8 Juillet
La tempête s’est calmée mais la météo n’est pas bonne. A 5 heures du matin, nous changeons la tenue de Romar1, il met sa tenue d’hiver et passe du taud d’été au taud fermé qui le protège des intempéries et nous permet d’utiliser une partie du pont.
A 11H00, deux mécaniciens remontent la rampe d’alimentation avec des joints tout neufs, purgent une nouvelle fois la ligne, c’est bon, cela sent la fin de la galère. A 13:00, je profite d’une accalmie pour faire un essai, après la sortie du Petersee limitée à 5 km/h, je mets plein gaz, le moteur tourne à 2500 T cela s’entend… Romar1 n’a pas l’habitude d’un tel régime mais pendant 15 minutes il l’accepte sans s’échauffer, 80° au plus, ce qui est tout de même 20° au-dessus de sa température de croisière, oui Romar1 dispose d’un moteur dit froid. Après avoir descendu puis remonté le Rhin, croisé quelques beaux spécimens de pétroliers et porte-conteneurs dont un 144 (catégorie du bateau désignée par sa capacité de conteneurs), l’interrogation du départ est levée et je rentre au port pleinement rassuré. L’appontement en pleine bourrasque habituellement peu aisé se fait aujourd’hui sans problème, il y a des jours comme cela. Merci M. Kriek, merci à toute l’équipe… Il faut venir en Allemagne pour trouver des pros qui plus sont moins chers qu’en France, comprenne qui pourra ! Vu le temps, le départ ne se fera que demain matin pour Germersheim.
 
VILLAGE RHENAN
 


Mercredi 9 Juillet
Freistett – Gemmersheim (PK385)
Etrange silence ce matin, exceptionnellement les navettes et l’extracteur de granulats sont au repos pour entretien. 8:30, départ du Petersee avec le beau temps, les kilomètres défilent à 16 km/h. Rive gauche, une concentration de cygnes à quelques encablures du bac qui traverse à la demande, de l’autre côté attendent camions, autos, motos, vélos, piétons. Sur le Rhin montent et descendent des commerciaux de 1000 à 5000 T, certains sont sans doute pilotés par de jeunes couples car des cages à enfant sont installées sur le pont, des cages en fer de type cage aux fauves, dans lesquelles l’enfant trouve une panoplie complète de jeux, tapis, balançoire, toboggan, cabane… une sécurité inversée, un drôle d’univers. Voici la dernière écluse sur le Rhin : Iffesheim, une écluse gérée par VNF nous avait-on informé : « méfiez-vous de l’éclusier, il a un sacré caractère et sait vous faire attendre si vous parlez français », la matelote, avertie prend sa voix d’hôtesse pour nous annoncer en allemand, l’éclusier répond immédiatement dans la langue de Goethe : « entrez dès le sas libéré », voilà qui est clair et parfait, en quelques minutes nous prenons possession du sas, seuls à bassiner dans cette immense écluse et, à la sortie, l’éclusier facétieux de nous souhaiter « au revoir » dans un français parfait…
Encore 20 km et voilà Gemmersheim, avec un port bucolique, nous avait-on indiqué. Là il y a manifestement erreur d’appréciation car le port est situé en pleine zone industrielle dans le même bassin qu’un terminal conteneur en cours d’agrandissement, dans lequel deux énormes portiques chargent et déchargent des boîtes de 30 T d’un 144. Pourtant, au bout du chantier, un yacht-club avec de beaux pontons s’accroche désespérément au remblai, mais pour combien de temps encore ? La ville est là, à quelques tours de pédales. Gemmersheim, 20 000 habitants, est une ancienne garnison et certains bâtiments ont été intelligemment reconvertis pour accueillir des sections décentralisées de l’Université de Mainz ; la ville est ainsi devenue universitaire et a trouvé une nouvelle jeunesse. L’architecture est simple, sans prétention, le centre est contenu dans une vieille muraille en grès rouge partiellement détruite, un fortin abrite le musée de la route dont la ville s’honore tellement que ses carrefours sont ornés de vieux rouleaux compresseurs… Les fortifications ont été conçues au début du XIXéme par Sadi Carnot, polytechnicien et physicien français qui fut à l'origine du moteur à explosion.
 
 
LE PORT DE GEMMERSHEIM
 
 

Jeudi 10 Juillet
Gemmersheim - Heidelberg
Aujourd’hui une nouvelle partie sinueuse du Rhin, une section sévèrement canalisée, les bords abrupts sont bornés de stricts peupliers, il y a de la discipline voire de la raideur dans le paysage, seule l’eau se rebelle et rompt l’ordonnancement en créant d’impressionnants remous qui viennent balayer le bord. Le temps n’est point d’épiloguer sur la droiture, que dis-je, sur la rigidité du paysage car il nous faut être attentifs à la carte et discerner au loin la présence ou non du carré bleu, au tribord des bateaux montants, ce signal indique que le navire désire croiser à droite c’est-à-dire à l’inverse du sens conventionnel qui veut que tous les bateaux se croisent bâbord sur bâbord (gauche sur gauche). Ces mastodontes peu manoeuvrants gardent ainsi un axe de remontée plus cohérent, la problématique est qu’à chaque inversion de courbe, il faut changer de côté et traverser le Rhin. Voici le premier paquebot du jour, le « Britannia » il remonte à vide et à plein régime, ses hélices brassent et font bouillonner un grand volume d’eau, son profil génère un profond sillage avec de fortes vagues qui bousculent Romar1. Pourtant, par prudence, il avait gardé ses distances mais le tangage dure un bon kilomètre. Au loin des nuages blancs, noirs, jaunes, semblent émaner de cheminées, elles sont de plus en plus nombreuses et dévoilent à leur pied d’immenses complexes chimiques ; cela sent Mannheim et surtout Ludwigshafen (le port de Louis), siège de BASF, leader mondial de la chimie. Nous traversons une zone mi-urbaine, mi-industrielle ; la circulation fluviale y est plus dense, nous sommes maintenant au cœur d’une flottille de beaux gabarits de bateaux, un paquebot, un pousseur avec sa barge, un ravitailleur (les commerciaux font le plein de carburant sans s’arrêter), un bateau « Polizei », Romar1 est le petit… Soudain, juste derrière une pile de pont, pour une raison inconnue, le paquebot amorce un demi-tour, la VHF s’emballe en allemand, tous les bateaux ralentissent et vont sur leur erre, le bateau de croisière bouche maintenant toute la largeur du Rhin, pivote lentement, cela ne semble déranger personne, la police passe sous une arche interdite comme si de rien n’était… On savait que les pilotes des bateaux de croisière jouaient les seigneurs de l’eau, on reste cependant stupéfaits… stopper tout le trafic fluvial pour une telle manœuvre relève d’un zèle certain mais personne ne semble s’offusquer… Un peu abasourdis et énervés par ce manque de courtoisie, pour un peu nous rations l’entrée (non-signalée) du Neckar. Maintenant Romar1 remonte plaisamment les 25 km du Neckar, alternant très joli cours naturel, écluses et sections canalisées. A la sortie du dernier bief, Heidelberg : la ville est noyée dans une abondante verdure, la rive droite (à gauche pour nous) fait place à une large prairie arborée où la jeunesse, qui n’est pas encore en vacances, studieusement se prélasse. Sur l’autre rive, entre fleuve et forêt, un quai d’arbres ombrage de superbes façades d’andrinople, au-dessus une palette allant du vermillon au rouge cardinal couvre la multitude des toits de la cité, de ce nuancier désordonné émergent quelques clochers aux coiffes bleuies, puis dominant la vallée trône un vaste château baroque en briques cramoisies, l’objet est conservé dans un écrin d’échafaudages que veillent deux vieilles tours en ruine, il faut dire qu’Heidelberg est l'ancienne résidence du comte palatin, l'un des sept Princes Électeurs du Saint Empire romain germanique.
Le bateau avance lentement pour savourer le délicieux contraste qu’offrent la vallée molletonnée de forêts et la ville sous ce soleil de midi ; nous contournons l’îlot pour accoster au port avec le concours de « l’hafenmeisterin », la capitaine du port.
Les rapides formalités d’usage effectuées, nous entamons notre promenade exploratoire. Après quelques centaines de mètres parcourues sous le cagnard d’été, un constat s’impose : la ville est jeune, cosmopolite et exceptionnellement vivante. Rapidement on devine que les étudiants la forment, l’animent et la font vivre… A entendre sur la grand place la multitude de langues, Erasmus est là, cela paraît normal car Heidelberg est la plus vieille université d’Allemagne, philosophie, physique et médecine en forment le socle. C’est bien pour cela qu’Heidelberg dispose d’une très grande notoriété médicale, un secteur d’activité qui va jusqu’à s’inscrire dans le paysage : les hôpitaux, cliniques, centres et instituts de santé sont là, implantés sur la rive droite, près d’un quartier bourgeois bien quadrillé. Celui-ci est composé de grandes demeures romantiques, baroques ou du « Bauhaus », ces riches pavillons sont protégés par d’élégantes grilles en fer forgées avec des flèches d’or, les plaques cuivrées professionnelles semblent extraites du bottin des Mandarins. Poursuivons notre visite par la principale artère de la basse ville, qui est une longue voie piétonne parallèle au Neckar, la « Hauptstrafle », cette rue relie la Bismarckplatz, centre nerveux de la ville à la promenade des Philosophes ancrée au pied du château. La rue alterne de simples mais charmantes demeures de 2 à 4 étages, blanches surlignées de pastels ou pastelles surlignées de blanc éburné, beaucoup offrent un angle pour y sceller un petit oratorio ou une statue. La « Hauptstrafle » est une rue « crescendo », dans sa première partie, la plus large, elle dessert les commerces, plus loin elle aspire l’entrée des pôles culturels comme le musée du Palatinat hébergé dans le palais Morass, encore quelques pas et on arrive dans le quartier universitaire, à droite le musée de l’université qui cache les nombreux instituts confessionnels, à gauche le « Marstall », un ensemble remarquable à plus d’un titre. Si son architecture forme un immense cloître, l’aménagement très contemporain en respecte la sobriété et exalte une ferveur frivole, les restaurants, bibliothèques, cafés, terrasses, pelouses sont autant d’espaces que les étudiants savent faire exploser, lieux de rencontres, de discussions, de musique, de création, de débats, d’exposition, de contestation ; le « « Marstall » est le point de convergence de la vie étudiante.
Avançons encore un peu et allons au-delà de l’église : la rue se fait plus étroite et les maisons moins hautes, des détails révèlent que nous sommes dans le vieux quartier artisanal où quelques échoppes ont repris le flambeau et travaillent le filon touristique.
Si Heidelberg (qui veut dire myrtille) est une ville de 140 000 habitants, la grande diversité des modes de transport fait qu’il est très aisé de s’y déplacer. Le premier d’entre eux est sans conteste le deux roues, les pistes cyclables sont partout, même dans les rues piétonnes, les réseaux de bus et tramways mêlés sont largement déployés et leurs passages extrêmement fréquents. Se repérer dans la ville n’est pas compliqué, l’urbanisme de la ville forme une croix dont la branche horizontale, la plus courte mais aussi la plus ancienne, repose sur le Neckar, l’autre se développe sur l’axe Nord-Sud et part de la Friedenskirche pour rejoindre Leimen via la « Romerstrass » parallèle à la voie de chemin de fer. Pour ceux qui ont une propension à avoir la tête en l’air, Heidelberg dispose d’un important patrimoine de points géodésiques. Son architecture est riche de son passé mais aussi de son présent ; peu touchée par les bombardements alliés, Heidelberg a préservé en son centre historique ses ruelles, ses demeures anciennes, ses palais, ses multiples édifices religieux, ses universités et ses monuments. Au retour, nous nous installons sur le pont arrière du bateau pour déguster un excellent « Müller-Thurgau » de Bensheim, faiblement acide et fruité.
 
 
                    LES PRAIRIES DU NECKAR                 HEIDELBERG                    LE CHATEAU 
 
   
 

Samedi 12 Juillet
Plus qu’en bateau nous voulons remonter le Neckar à vélo jusqu’à Neckarsteinach et ainsi voir les châteaux pour la plupart en ruine qui jalonnent la vallée encaissée du fleuve. Le paysage est verdoyant et champêtre dans sa partie basse, boisé en hauteur. Pour avoir un autre regard, la fatigue aidant, nous reviendrons à bord de la navette fluviale : l’Europa. Ah, le bateau… nous manquerait-il déjà ?
Ce soir, toute la ville est là, sur les prairies, sur les rives, sur les ponts, à bord de toutes sortes d’embarcations, ce soir c’est le feu d’artifice… limité. Tableau 1 : éclairage du château simulant l’embrasement ; tableau 2 : une succession de fusées entrecoupée de longues attentes ; tableau 3 : bouquet final fané. Sûr qu’à Angers un tel feu aurait eu droit à des sifflets, aucun rythme, aucune écriture, mais la population applaudit, elle a aimé... comme quoi… Une note spéciale à un groupe de jeunes étudiants français qui a entonné la Marseillaise (que personne n’a sifflée, poursuivant avec une ribambelle de chansons bien gauloises…
 
 
HEIDELBERG - VUE DU CHÂTEAU
 
 

Dimanche 13 Juillet
Heidelberg - Worms
Notre excursion sur le Neckar s’arrêtant là, nous rebroussons chemin pour revenir sur le Rhin, nous suivrons sur une grande partie notre bateau de la veille, l’Europa, il assure la liaison Heidelberg/Mannheim/Worms. Le temps est beau sans être trop chaud et la navigation, celle d’un dimanche, c’est-à-dire celle d’un jour normal. Nous arriverons au Yacht-club de Worms 4 heures plus tard, et là encore on nous placera dans le fin fond du port, là où à première vue Romar1 ne rentre pas, mais si, mais si, le pilote réalise des prouesses… à un tel point que deux heures plus tard, Romar1 fera en marche avant puis en marche arrière quasiment le tour de ce mouchoir de port pour aller « faire le plein de GO ». Cela devient un jeu, bon, OK, le propulseur facilite les manœuvres.
Nous profitons d’aller en ville pour visiter une expo totalement virtuelle sur les « Niebelungen », ce texte de la mythologie allemande (le chant conte l’histoire de l’anneau d’or et d’un trésor plongé quelque part dans le fleuve). Le commentaire dénonce les dérives artistiques (notamment Wagner) et les récupérations politiques par les nazis de cette œuvre un peu ténébreuse… Malheureusement l’espace virtuel « français » est en panne…
 
 
                  UN DES BACS                                        INSOLITE INTRODUCTION A WORMS 
 
    

Lundi 14 Juillet
Worms - Mayence
En avant toute pour Mainz.
Mainz (Mayence), ancienne ville française.
La visite du jour sera bien sûr pour le Musée Gutenberg, l’emblême de la ville. Celle-ci s’avère un peu renversante, le début tourne autour de Gutenberg, la fin s’articule à la fois sur la presse quotidienne et sur l’écriture sumérienne… Comme beaucoup de musées, il demanderait à être allégé.
 
MAYENCE RAVALE
 
 
 
 
DES TOITS DE MAYENCE
 
           
 

Mardi 15 Juillet
Nous restons à Mayence
Que dire de la ville ? elle est à l’image du port de plaisance, désordonnée, illisible, sorte d’amalgame entre période ancienne, d’après guerre, et moderne, qui fait que le cœur de ville souffre d’incohérences et d’un vieillissement précoce. Les prairies du bord du Rhin semblent avoir la préférence des jeunes qui dès le soir venu s’y retrouvent par affinité pour y manger et y boire à volonté de la bière, ferment de la fête.
 
 
CARACTÈRE
 
 
 
LE PORT DE PLAISANCE DE MAYENCE
 
 
 
Mercredi 16 Juillet
Mayence – Offenbach (Frankfurt)
Ce matin nous n’avons qu’à traverser le Rhin pour entrer dans le Main. Nous sommes bloqués derrière une grosse barge de travaux qui remonte lentement, très lentement. Il nous faut six heures pour rejoindre Francfort, six heures à 7km/h, six heures à regarder les avions décoller et atterrir avec leur minute d’intervalle de l’aéroport international. Le Main apparaît docile, gracieux,
Nous arrivons enfin à Francfort. Si la ville est peuplée de 670 000 habitants, sa superficie est très petite, on la traverse en dix minutes. Rive gauche et cela devient une constante : la promenade « Schaumainkai » avec ses traditionnels grands espaces verts, dans lesquels se trouvent les musées ; et rive droite les quartiers neufs, résolument modernes et innovants. L’urbanisme est harmonieux et intègre tous les éléments paysagers ; le quartier des affaires, appelé aussi le Manhattan de l’Europe, ne choque pas. Francfort est une ville cosmopolite faite de contrastes, pour exemple, la plus grande avenue commerçante d’Allemagne (la Zeilstrasse) est située entre la Cathédrale et le quartier des affaires, comme quoi tout est une question de temple. Francfort, la cité des banques repose sur le fleuve de la finance, siège de la Banque centrale européenne, 2éme bourse d’Europe, représentation de + 5000 banques, la finance coule dans ses veines
Le port du centre ville ayant disparu, nous allons jusqu’à un port situé derrière l’écluse Est, là se trouve en effet le ponton d’un Yacht club de Francfort. Werner, le capitaine, qui regardait le Tour de France est venu nous désigner un espace, l’accueil sera chaleureux et notre inscription accompagnée d’une chope de 50. Le club offre toutes les commodités et même internet (exceptionnel), le ravitaillement et le tramway (ligne 11) sont situés à 500 m. Seul point sombre : le port de plaisance se trouve derrière une zone industrielle en pleine mutation, les immeubles de l’ère tertiaire avancent, la nouvelle économie chasse l’ancienne.
 
FRANCFORT SUR LE MAIN - COTE PILE
 
   
 
 
FRANCFORT - COTE FACE 
 
  

Jeudi 17 Juillet
Offenbach – Aschaffenburg
9:00 le ponton de Werner et Marion dort encore, nous plaçons notre enveloppe dans la boîte réservée aux paiements, puis nous quittons Frankfurt. Nous enchaînons les 3 écluses du jour en suivant un commercial de 110 m pour 2000 T. Les écluses faisant 350 m, Romar1 a de la marge et garde ses distances. Le Main est une rivière docile, très sinueuse, ce qui nous permet de découvrir à la sortie d’une courbe, tantôt un complexe pétrochimique, tantôt un charmant village, voire les deux jumelés, la coexistence, le mélange des genres n’offusque personne alors que, pour nous Français, il ne saurait être question d’accepter d’aussi laides cohabitation, c’est bien tout le paradoxe allemand, un clocher peut être caché par un silo ou côtoyer une cheminée d’usine...
Au loin, une masse rouge Bismarck se détache d’un fond d’arbres, c’est l’impressionnant Palais d’Aschaffenburg. La ville, baptisée par excès « la Nice Bavaroise », est la porte du Bayern (la Bavière). Au pied du château se détache du Main, l’Aschaff, un bras navigable, nos cartes griffonnées mentionnent des hauts fonds avant le port et les nombreux yacht clubs, nous avançons prudemment, passons le quai des «groffesships», la «Polizei» consultée nous autorise à nous amarrer à un quai « interdit » situé à l’entrée du port. Nous relevons nos mails dans un cybercafé puis engageons la visite de ce hâvre touristique de 70 000 habitants située dans l’ombre du palais, l’un des plus imposants de la Renaissance cette monumentale demeure du Prince-Evêque protège une très grande bibliothèque et de précieux incunables. De sa terrasse, nous pouvons admirer la villa romaine, « Pompéjanum », construite au XIXème par Louis 1er de Bavière. En rentrant au bateau, surprise : le bateau-hôtel « Leonardo da Vinci », de Strasbourg, a réussi à se glisser derrière nous et va faire escale jusqu’à 1 H du matin, pour sûr, cela va nous remuer…
 
 LE CHATEAU                                                                LA VILLA POMPEI
 
    

Vendredi 18 Juillet
Aschaffenburg - Miltenberg
Un bruit inquiétant se rapproche progressivement du bateau, lever en catastrophe : une jeune employée de la ville passe la débroussailleuse le long des quais, sans se soucier des bateaux. Lorsque je sors, elle est près de Romar1 et ne semble pas s’apercevoir des projections que sa machine entraîne. En quelques secondes Romar1 est recouvert de débris végétaux et de graviers. A ma réprobation en français, puis en anglais, puis enfin par signes, elle ne comprend fichtre rien à rien mais, bien au contraire, semble plutôt se foutre de moi car quelques instants plus tard elle mettra en route sa souffleuse pour nettoyer la chaussée et pousser les résidus hors du quai. Trop, c’est trop. Le temps de démarrer le moteur, nous quittons notre emplacement pour aller à la place de Leonardo parti discrètement cette nuit. Cela a été chaud… Pour un peu le bateau faisait office de composteur à végétaux… Décidément la journée s’engage bien, le temps de prendre un petit déjeuner, de faire un lavage à grande eau du bateau, à 9H nous reprenons notre navigation pour Miltenberg. Entre les villages aux dômes ronds, les très vertes vignes de Franconie, les nombreux campings et les forêts du Jura Souabe, nous remontons aisément le Main, les deux premières écluses se passent très bien et les éclusiers se montrent fort courtois. Mais cela ne saurait durer, la troisième s’avère tordue, dans tous les sens du terme : son entrée est très mal équipée, son sas est curieusement courbe, les deux commerciaux prennent d’infinies précautions pour s’y glisser, ils remplissent l’écluse. Durant deux heures nous patientons en dessinons des grands ronds dans l’eau et l’éclusier de longues causettes à la radio VHF…, Un avalant (bateau descendant) de 3000T est sorti de l’écluse, cela va être bientôt notre tour, les feux passent au vert, en avant toute, suivi d’un autre plaisance fraîchement arrivé… parvenus aux portes de l’écluse, la VHF crache un allemand tonitruant et inaudible, simultanément les feux passent au rouge, stupeur, arrière toute, on ressort du bief incrédules. A nos questions on répond qu’un commercial montant vient de se signaler et qu’il est prioritaire. Enervé par ce volte face inadmissible, je décide d’aller m’amarrer à un bollard situé sur le contre quai. Mauvaise pioche : Romar1 heurte le fond, arrière toute, que fait ce bollard près d’un haut fond non indiqué ? Mystère. Je me calme et retourne tracer de nouveaux cercles dans l’eau, le logiciel de navigation ne comprend plus notre route, notre trajectoire finit par faire une tache sur l’écran… Enfin voici tel le sauveur, le bateau annoncé, il entre dans l’écluse et bat sévèrement de l’hélice, ses remous insupportent Romar1 qui ne sait plus où aller… Courage, la halte n’est plus qu’à une écluse et onze km. Mais là encore… nouveau problème, l’emplacement royal recommandé est pris par le « Debussy », un paquebot d’une centaine de mètres. Ce jour n’est pas le nôtre, pas d’autre choix que de nous rabattre sur le yacht-club d’en face réputé très cher, la gentillesse coûte 20 € la nuit. En fait, le « Debussy » cachait un long quai avec de la place pour nous… c’est la rubrique « le Blue de la Poisse » … Ceci dit, située dans un méandre du Main, Miltenberg est une charmante cité qui a su préserver et valoriser son cœur historique, l’ancienne grand-rue est très pittoresque mais essentiellement commerçante, la ville (10 000 hts) est devenue une étape obligée des tour-opérateurs…
 
 

Samedi 19 Juillet Publié à 08:00, le 19/10/2008, Francfort-sur-le-Main
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