Une Transeuropéenne

DE LA LOIRE AU RHIN

 

 L'ADIEU A LA LOIRE

Vendredi 18 Avril
Marseilles les Aubigny à Beaulon
Joël et Hélios m’accompagnent pour appareiller et rejoindre Digoin. L’eau possède une magie, un pouvoir, celui d’effacer en quelques instants fatigue, soucis et inquiétude, dans la première écluse je laisse mon amertume, maintenant je peux voguer sereinement. A Marseille les Aubigny, la Loire vient voir son petit canal en faisant le dos rond, quelques mètres les séparent, elle est libre et joue avec le sable, lui est retenu prisonnier dans sa camisole métallique faite de palplanches...
Même si la pluie s’est invitée, nous prenons un immense plaisir à franchir un très joli tronçon, celui de la double-écluse du Quêtin et du pont canal du Bec d’Allier. Décidément naviguer au-dessus d’une rivière, d’une route ou d’une voie ferrée est toujours un émerveillement. Voici maintenant la base nautique de Plagny et nous laissons à bâbord le canal qui dessert le port de Nevers. 3 heures de navigation nous séparent de Decize, là où nous aimerions descendre les deux écluses pour faire goûter la Loire à Romar1 mais cela exige 4 bassinées et le temps nous manque. Comme pour consoler Romar1, le fleuve, qui n’est jamais loin, vient à nouveau lécher les berges du canal, l’eau libre est là à quelques mètres, Romar1 la sent et s’approche précautionneusement de la rive… Ne pouvant atteindre Digoin, nous nous posons à la petite halte de Beaulon, elle est située près d’un silo à 2 km du village. Vu l’heure tardive de notre arrivée nous n’avons pas d’autres ressources alimentaires que d’aller boire un petit rosé au bar des sports pour glaner 6 œufs en guise de dîner.

Samedi 19 Avril
Beaulon à Pierrefite
Nous larguons les amarres dès l’ouverture de l’écluse et alignons ensuite deux longues lignes droites fades et monotones avant d’attendre la deuxième bassinée. Au loin des cloches appellent les ouailles à leur office, nous arrivons à l’abbaye trappiste de Sept-Fons. Surprise, car si les abbayes sont traditionnellement implantées dans des lieux bénis des dieux, dans des cadres qui inspirent sérénité, silence et recueillement, l’abbaye de Sept-Fons fait exception et affronte l’adversité, à quelques mètres la sombre fonderie de Dompierre bruisse de toutes parts et s’approvisionne par des trains de charbon, cela ne manque pas de panache, rarement nous a été donné à voir pareil voisinage. Mais qu’importe, les voix du seigneur sont impénétrables, les pèlerins en loden et pèlerines en jupes plissées affluent pour les vêpres. A Diou, le canal devient reptilien et ondule dans la vallée. Nous franchissons les 5 autres écluses de la journée avant d’atteindre Pierrefite sur Loire, là encore la petite halte est située à une encablure du village où nous avons juste le temps de faire les indispensables emplettes alimentaires.

Lundi 21 Avril
Pierrefite sur Loire – Paray le Monial
Aujourd’hui le soleil est voilé, est-ce parce que nous projetons de rallier Paray-le-Monial la cité mariale. Nous passons l’embranchement du canal de Roanne, il annonce le dernier pont-canal et une triste séparation, c’est à Digoin qu’il nous faut dire adieu à la Loire, cette Loire chérie. Nous savons que nous ne la verrons pas de sitôt. Nous voici sur le canal du Centre, ce canal long de 112 km et pourvu de 62 écluses pour franchir par une lente ascension vers le Nord, les sommets bourguignons. La ligne de partage des eaux se trouve à 301 m, là-haut nous quitterons le bassin de la Loire pour nous couler dans celui du Rhône.
Mais nous sommes encore à Digoin, 10 000 habitants, la ville a été un important point de convergence des réseaux routiers et fluviaux, les bassins du port en témoignent, l’atout maître était le grès et la faïencerie dont la ville a gardé quelques activités. Après un rapide tour de la cité, nous partons sur le canal du Centre, il traverse le Charolais et nous mène pour aujourd’hui à Paray-le-Monial, une halte qui s’avèrera aussi chère que bruyante. Une visite de la cité mariale s’impose et nous commençons par le centre-ville et sa mairie de style Renaissance, ensuite, par un jeu de petites rues désertes, nous revenons à la basilique romane dédiée au Sacré-Cœur, la récente restauration avec les joints peints incrustés dans l’enduit intérieur nous laisse perplexes. Mais nous ne nous attardons pas trop à ce haut lieu de pèlerinage car il nous faut revenir à des problèmes plus terrestres, préparer le repas et réparer puis tester le moteur de l’annexe «Petit Brin de Romar1».
 
      

Mardi 22 Avril
Paray le Monial à Montceau les Mines.
1,2,3,4,5,6,7,8, il est 9:00, la basilique nous donne le top départ et nous levons les amarres avec comme objectif : Montceau les Mines à 30 km et 12 écluses montantes. Nous déroulons paisiblement le ruban du canal au milieu des prairies et des parcelles de culture, les écluses sont automatiques et ne présentent pas de difficultés, nous passons Palinges, Guénelard, Ciry le Noble et en milieu d’après-midi, une impressionnante tour d’évaporation et des cheminées d’usine annoncent Montceau, elles marquent l’entrée Ouest de la ville. On sent d’emblée que celle-ci garde sagement son passé, préserve son histoire, pour sauvegarder sa mémoire. Besogneuse, laborieuse, minière, ouvrière, contestataire, la ville s’est ainsi forgée une conscience, une culture, des racines pour l’avenir. Contrairement à bien des villes industrieuses, Montceau ne rejette pas son histoire, n’en gomme pas les empreintes, bien au contraire elle exploite ce passé minier et industriel, elle le restaure et le met en lumière, ainsi la ville s’embellit à l’exemple de l’entrée du port tout à fait exceptionnelle où deux pont-levis bleus et mauves s’ouvrent par magie à notre passage. L’accueil au port de plaisance est aussi des plus chaleureux quant à son équipement ; simple et efficace, il est le meilleur que nous ayons fréquenté sur notre parcours en France. Allons plus avant découvrir cette ville de 20 000 habitants trop méconnue, le centre offre une large palette de maisons colorées où l’humour et la bonne humeur s’affichent sans contrainte ni ostentation. Ces couleurs, est-ce par mimétisme, semblent avoir une influence sur la population, tant les habitants sont avenants et aimables.
 
    
            Pharmacie de Monceau les Mines                                                        Façades 

Mercredi 23 Avril
Montceau – St Julien sur Dheune
Pour Hélios les vacances sont finies, il prend le train au Creusot pour rentrer à Angers, un matelot de moins. Nous quittons Montceau presque à regret mais nous voulons atteindre le Doubs en fin de semaine. Nous reprenons notre navigation ponctuée d’écluses automatiques, elles sont certes rapides mais la présence humaine s’avère parfois utile. C’est le cas aujourd’hui, une écluse se montre récalcitrante, elle refuse de s’ouvrir, un appel et voici la voiture de l’éclusier de service qui arrive, tous girophares tournoyants tel « Alerte à Malibu », en fait un tour de clé relance la procédure et nous permet d’écluser, nous apprenons à cette occasion que la Saône est en crue et que les « Loc » entendez les péniches de location, vont se rabattre sur le canal du Centre. Etait-ce prémonitoire mais ce soir-là nous faisons étape à St Julien sur Dheune, la halte située dans l’ancien bassin de retournement est complète car un bateau de location occupe beaucoup d’espace, nous nous approchons pour nous mettre à couple mais les occupants parisiens refusent notre co-voisinage, la tension monte d’un cran en face d’un comportement aussi peu marin ; après explication, nous amarrons Romar1 a deux pieux plantés en rive.
 

 Ecluse d'entrée de Monceau les Mines
 

Jeudi 24 Avril 2008
St Julien – Fragne
8:00, nous quittons sans bruit St Julien sur Dheune pour passer l’écluse dès 8:30 car aujourd’hui nous avons beaucoup d’écluses. Nous traversons Chagny et son impressionnante tranchée, dans le 90° droit nous croisons une péniche-hôtel dont la largeur égale celle du canal, jusqu’où remontera-t-elle ? Ce jour-là nous nous relayons à la barre pour déjeuner et faire la sieste car il nous faut tous être sur le pont à 14:45 dans l’échelle d’écluses des Ecuisses.
En fin d’après-midi, nous ferons une excellente étape à Fragnes qui dispose de 50 mètres de quais bien équipés à quelques km de Chalon/Saône.

Vendredi 25 Avril
Fragnes – Seurre
Temps couvert avec éclaircies passagères – vent frais.
Aujourd’hui nous quittons les canaux pour les grands espaces fluviaux mais avant d’y parvenir il nous faut emprunter le dernier bief du canal du Centre, un bief qui pique au Sud et longe les terrils de calcin de St Gobain. Au bout du canal voici la 34B, la dernière écluse, la 62ème du canal, nous éclusons avec un bateau anglais, la bassinée de 12 m est spectaculaire. Nous sommes amarrés aux bollards flottants, la descente est confortable… Avant que nous retrouvions ce nouvel espace, l’impressionnante porte de l’écluse se lève, elle est à guillotine, comme pour nous signifier qu’il faut raison garder. Finies les voies étroites, finie l’étreinte contrainte du canal, nous sortons de notre camisole aquatique et allons pouvoir nous ébattre gaiement, la Saône est là, en crue, elle nous offre toutes ses rondeurs, toute son opulence, sa générosité, pare-battages rentrés, mât dressé, Romar1 devient seigneur du fleuve, nous remontons à 8 km/h jusqu’à Seurre, patrie de Bossuet. A 16:15 nous arrivons, notre approche est délicate car les possibilités sont multiples et Romar1 (enfin plutôt le capitaine) n’arrive pas à se décider, nous accostons en fin de compte à un ponton droit près de la capitainerie entre un Tjalk et un Craft suisse qui fait sécher ses derniers vernis dont il exhale encore l’odeur.

Samedi 26 Avril
Seurre – St Jean de Losnes
Nous quittons Seurre après avoir versé nos droits de 11 €. Avec un grain d’amertume Joël et Thérèse rentrent à Angers, nous voilà seuls…  seuls dans cette immense écluse, seuls, non, l’éclusier très sympa viendra discuter avec nous pendant la montée… Ensuite nous nous engageons sur le long et droit bief de la Saône, passons devant la technopole de Seurre qui pense devenir un grand centre logistique multimodal.
Nous arrivons à 11:30 à St Jean de Losne, capitale de la batellerie. Avant tout chose, nous allons au bateau ravitailleur pour faire le plein de GO. Faute d’anneau dans le centre ville nous filons à 1 km accrocher nos aussières au petit ponton du camping en pleine campagne. En fin d’après-midi, nous pédalons jusqu’au bourg pour acheter un complément d’accastillage chez Blanquart qui nous réserve un excellent accueil et nous fournit de précieuses infos sur le matériel électrique que nous voulons installer.


Dimanche 27 Avril
St Jean de Losne – Rochefort sur le Doubs
Nous quittons notre ponton à 10:30 pour être à la première écluse du canal Rhin-Rhône à 11:30. A 1000 m nous nous signalons par VHF, l’entrée du canal est là à 90° tribord, l’écluse de St Symphorien s’ouvre à nous, la bassinée est rapide et musclée, mais l’éclusier se doit de nous faire l’article sur les règles de navigation, de nous fournir quelques conseils sur la Gendarmerie fluviale, paraît-il zélée, sur les valeurs touristiques de la Franche-Comté avec en appui des documents promotionnels sur le Doubs, mais surtout de nous remettre la télécommande pour écluser car nous rentrons dans le monde de l’automatisme. L’éclusier tient dans une boîte en plastique format pack de lait. Le test du nouveau sésame est quasi immédiat. En effet 500 m nous séparent de la deuxième écluse, cela fonctionne. A 13 H nous nous amarrons à un superbe petit quai, celui d’Abergement la Ronce, petit village où la Franche-Comté profonde vide son grenier, désopilant… À 15 h en avant toute pour Dôle. La capitale de Franche Comté, hautement touristique, que nous avions visitée l’an dernier nous accueille par des pontons vides mais interdits : «exclusivement réservés» au loueur local et le quai d’en face est réservé aux bateaux-hôtels ! Un seul endroit semble nous accepter mais il est envasé, notre hélice fait office de mixeur et le Doubs change en cinq secondes de couleurs, il devient ocre, après quelques manœuvres. Pour nous sortir de cette vase, nous décidons de trouver au bourg suivant, Rochefort, un ponton libre de droit, hélas l’unique ponton est occupé, nous avançons de 3 km car la carte signale un autre point d’amarrage, mais ce dernier est situé dans une sinuosité en plein courant de travers, l’appontement est périlleux c’est le moins qu’on puisse dire et je dois m’y reprendre à trois fois pour y arriver, Jeannine y aura laissé la gaffe (récupérée plus tard) et Romar1 quelques traits de peinture.

Lundi 28 Avril
Rochefort – Rancho
Nous quittons le ponton à 11:00 sous un déluge, nous avançons doucement et dans le long bief avant Orchamps, un agent VNF nous informe que, suite à un problème électrique, il n’actionnera l’écluse qu’à 13:15. Nous nous amarrons derrière un Saga suisse d’où émanent des accords de guitare, oui un «Saga» baba-cool, très cool car personne ne sort pour prendre l’amarre, tout est question de culture, si dans le monde marin on va vers l’autre, pour l’aider notamment lors de l’accostage, dans le monde fluvial, il n’en est pas de même, c’est un milieu plus individualiste, plus fermé… surtout chez les touristes… Suisses de surcroît…
Revenons à Orchamps, il est midi, nous montons en ville mais seule la boulangerie est ouverte, faute d’énergie les autres commerces ont dû fermer, la vie s’est arrêtée… A 13:30 la fée électricité est revenue et nous avons pu écluser. Le soir nous sommes à Rancho, nous faisons sous la pluie les trois communes alentour pour trouver pitance mais faute de nourriture, nous prenons une bonne douche revitalisante et allons déguster le menu terroir à l’auberge voisine, escargots, saucisse de Morteau, le tout avec des vins d’Arbois. Repus, nous sommes prêts à affronter l’hiver…

Mardi 29 Avril
Rancho – Thoraize
Nous quittons Rancho à 10:00 pour enchaîner canal, biefs, Doubs et écluses. Romar1 est concentré, tant les pièges sont nombreux sur cette rivière, nous nous rendons à Thoraize ou plus précisément à l’entrée du tunnel car ce dernier est en travaux comme en témoignent la barge et le baraquement de chantier ; l’éclairage du tunnel est en cours, un éclairage féérique. Une halte est là , calme ; sur la rive des panneaux racontent l’histoire du canal et du tunnel (nous y apprenons que Claude Guéant, actuel Vice-Président de la République a été Préfet de la Région dans les années 2000).
     

Mercredi 30 Avril
Thoraize – Besançon
Nous quittons Thoraize dès 8:30 pour passer le tunnel avant que les électriciens et leur échafaudage flottant ne l’obstruent, même s’ils se doivent de le déplacer à chaque bateau, épargnons-leur un halage bien compliqué. Nous enchaînons encore biefs, écluses et aujourd’hui deux ponts-levis manuels, deux ponts que les agents VNF ne s’empressent pas de lever, nous devons là encore attendre leur bon vouloir. La pluie annoncée arrive avec nous à Besançon. Sagement, vu le vent qui s’est levé, nous décidons de prendre place au ponton tout neuf à l’entrée du tunnel qui passe sous la ville. Bien que Johanna, un bateau danois de 12 m, ne nous laisse que peu de place, nous accostons en douceur dans le petit espace restant. Là, royalement installés, nous restons deux jours à l’ombre du rocher et protégés par l’impressionnante citadelle de Vauban, illuminée la nuit. Besançon, c’est LIP, les «LIP». Me revient cette chanson de Jacques Bertin que je ne peux m’empêcher de fredonner.

« Est-ce qu'on fait des vers avec l'actualité immédiate ?
Poète, est-ce ton rôle de témoigner pour le feu qui naît ?
Est-ce qu'on peut écrire des chansons sur ces femmes
Qui se sont mises en dimanche pendant huit mois parce qu'il fallait
Montrer qu'on était des gens respectables
Et que la grève, ce n'est pas le laisser-aller mais la rigueur ?

Tu fais donc des vers avec la dignité des autres
Poète, depuis ta chambre parmi tes bouquins
Est-ce qu'il est digne de saluer la classe ouvrière
De loin, quand peut-être, tes vers, elle n'y comprendra rien ?

Il va bien falloir s'y résoudre
L'étincelle ce n'est pas moi
Je vais de ville en ville
Je porte le feu, je suis le sang
Ô jeunes femmes, qui descendiez sur Besançon
Cette année-là vers le quinze août en portant comme un sacrifice
Vos clameurs car c'était la première fois et vous aviez un peu peur
Je reste au bord de vous, timide, n'osant rien faire
Est-ce qu'on peut faire des vers avec la gravité de vos gestes et votre honneur ?

Vous vous êtes mis debout
Soudain vous étiez devenus l'espoir du monde
L'espoir du monde, vous, petite dame coquette et sans histoires, sans passion
Le premier jour, l'un de vous a dit "La grève sera longue
C'est avec les pieds dans la neige que nous finirons"
C'est donc facile de faire des vers sur le courage et sur la peur

On fait des vers avec l'espoir, avec la vie
Avec les ongles qui s'accrochent au réel
Avec des mots qui m'ont été soufflés cet hiver
A Besançon parce que le vent souffle dans le dos du poète
Et le crible de mots qui ne lui appartiennent pas»


Le soir nous allons saluer Zacarias, ami de nos amis José et Nadia il tient un bar «musico» qui « déménage » bien, excellente soirée avec de longues discussions culturelles, sociales et politiques.
 
 
LE TEMPS PASSE - ADIEU BESANCON

Vendredi 2 Mai
Besançon – Deluz
Nous quittons Besançon à 12 heures en empruntant par le tunnel sous la citadelle, faute de pouvoir faire la boucle qui contourne la ville, écluse fermée. Aujourd’hui nous allons jusqu’à Deluz, une discrète commune qui dispose d’une charmante halte fluviale. Un plaisancier attrape nos amarres, il s’apprête à partir sur Paris avec sa petite vedette. Tout le long du Doubs, le chemin de halage a été aménagé en une piste cyclable animée, un cycliste, cadre VNF, s’est même arrêté pour engager la conversation et avoir quelques informations sur la navigation, il nous annonce que des travaux ont lieu en Alsace mais ne sait où. En soirée nous recevons la visite d’un adjoint qui vient mettre l’électricité absente, puis du Maire qui vient vérifier des détails techniques, la saison va bientôt commencer. Nous discutons des activités économiques passées et du projet de créer en aval un port pour l’hivernage des bateaux. La halte est insérée entre le petit jardin botanique qui jouxte l’école du village et un ancien lieu industriel qui était en fait une papeterie avec port… Fraîchement restauré par la commune, le bâti espère retrouver non seulement l’éclat du passé mais aussi de nouvelles activités.
 
 
EGLISE DE DELUZ (DOUBS)

Samedi 3 Mai
Deluz – Clerval
La boulangerie de Deluz ouvre de bonne heure, c’est un lieu hors du temps, la distribution se fait directement dans le fournil, plus exactement dans le garage qui sert de fournil. Après le petit déjeuner, nous commençons par une bonne mise en condition avec un Doubs en post-crue, de longs passages étroits, des portes de garde et de beaux déversoirs et barrages qui aspirent tous les corps flottants, il faut tenir Romar1 qui aime toujours autant jouer avec les vents et les courants, ce n’est pas de tout repos… un peu fougueux…
Le déjeuner se fait sans s’arrêter, Romar1 passe Beaume les Dames en catimini, camouflé dans la luxuriante végétation du Doubs et file sur Clerval. Allez savoir pourquoi mais à l’écluse 35, l’alarme de l’écluse se déclenche, la borne d’appel reste muette, après moult appels sur portable, une voix peu aimable nous informe que l’itinérante va incessamment arriver… 1 heure plus tard, l’éclusière de service arrive et se dit surprise de nous voir là car elle ne nous a pas vu passer à Beaume, la femme est charmante, remet le système en route très rapidement et nous accompagne sur les deux écluses qui relèvent de sa compétence. Clerval, le guide fluvial nous y indique une halte paisible… mais pour bateau à fond plat, car à 2 m du ponton, Romar1 polit son hélice avec le gravier… retour au large et nous trouvons à 300 m derrière l’écluse suivante un ponton qui nous offre une hauteur d’eau suffisante. Le bourg dispose de plusieurs commerces un Proxi plus très frais, une boucherie-charcuterie d’un âge avancé, un tabac presse magasin de pêche bibelots etc., une immense quincaillerie et plusieurs bars, nous honorons tous ces commerces et boirons une bière face au monument aux morts.

Dimanche 4 Mai
Derval – Dampierre
Le matin nous sortons du court bief pour retrouver le Doubs, rien de bien passionnant car nous longeons une départementale très fréquentée. Après avoir franchi l’écluse de l’Isle sur le Doubs sous le regard de nombreux touristes, nous déjeunons au port. A 14:30, nous décollons pour Dampierre mais comme tous les jours il y a un petit quelque chose qui ne colle pas, aujourd’hui, c’est une écluse qui nous informe : «Incident-Dépannage en cours», il nous faut attendre, attendre en maintenant l’indomptable au centre du canal, comme les rives sont effondrées, l’impatient Romar1 a été gratté le fond pas très profond à cet endroit. L’éclusier de permanence arrive plus tard et relance l’automatisme. En fin d’après-midi, nous nous lovons dans le bourg de Dampierre, plus précisément dans le large virage avant l’écluse, là il y a de vieux bollards qui font notre bonheur.

Lundi 5 Mai
Dampierre – Montbéliard
Plus de gaz, plus de pain, c’est disette, qu’importe, à 10:30, en avant, à nous Montbéliard, nous y sommes en un rien de temps, sauf… sauf que le temps VNF n’a pas la même échelle que le nôtre… nouvelle écluse, nouveau bug, le feu est vert mais les portes restent fermées, on réinitialise notre boîtier, nouveau test, rien n’y fait… il faut attendre, attendre, mais cette fois je mets en application une parade imaginée dans la nuit, je pose le nez de Romar1 sur la berge non agressive, je passe la marche avant, je n’ai plus qu’à gérer les coups de vent… c’est tellement simple… après une attente non calculée, sans savoir pourquoi ni comment, les portes s’ouvrent, un coup de marche arrière pour retrouver le centre du canal puis une petite marche avant et nous voilà dans la dernière écluse qui nous ouvre Montbélliard. Nous arrivons tranquilles à un de ces nombreux emplacements libres ; faute de gaz, nous irons nous sustenter en ville ; «chez Gavroche» près de la gare nous semble convenable, erreur c’est Big Brother, les caméras sont partout, même dans les toilettes… à éviter…
Ensuite nous allons relever nos emails au point WIFI Franche-Comté, un espace mis en place par la région, très bonne idée pour lever les barrières du numérique… cela fait quelques jours que je n’ai pas relevé ma boîte : 456 mails… des spams à la pelle, je ne sais ce que fait l’anti-spams ?
Bon, cela n’est pas tout, il va falloir aller au gaz. Justement un Intermarché est situé de l’autre coté du canal, tout est dans le choix de l’épreuve, ou bien faire 1 km de vélo pliant avec une bouteille de 13 kg sur le porte-bagage ou bien ramer 50 m avec l’annexe. Etant plus rameur que pédaleur j’opte pour le plan B. Alors en avant, et sans trop de ronds dans l’eau je parviens à accoster sur l’autre rive. Après les longues formalités d’achat, me voilà sur le retour, l’annexe, avec comme lest un moteur hors bord, une nourrice d’essence, une bouteille de propane et un gaillard de 90 kg, cela doit carburer, c’est sans compter sur deux énergumènes durement alcoolisés, une doublette de poivrots qui entend faire un tour de canot. Poliment mais fermement éconduite, la doublette ne trouve rien de mieux que de me tancer et de me lancer des graviers puis des pierres. Face à cette attaque j’ai du mal à contrôler mon frêle esquif, mes gestes sont un peu désordonnés mais j’arrive tant bien que mal à couple de Romar1. Alors que je hisse la bouteille, la matelote doute de son contenu, la tension monte d’un cran, je sors de ma poche arrière pour preuve la facture, plouf, en 1/100 de seconde je pige que ma carte bleue a fait le grand saut et a coulé à pic, ouf, les poissons n’ont pas le code. C’est bien du propane, je le dis et le répète… mais cela ne fait pas retomber la pression, il me faut maintenant remonter l’annexe avec les bossoirs… Mais il y a des jours comme ça où tout dérape, alors que l’annexe est presque en haut un mousqueton lâche, l’annexe bascule, le moteur et la nourrice glissent, par chance rien n’ira à l’eau, mais la posture de l’ensemble est précaire, il faut vite remettre de l’ordre dans ce désordre, baisser l’ensemble, remettre le bouchon de vidange de l’annexe qui se remplit d’eau… et pédaler à l’autre bout de la ville chercher un mousqueton neuf. Un après-midi sportif, d’autant plus que le vent forcit et que les tonnes de Romar1 font souffrir le ponton, il faut renforcer les amarres.

Mardi 6 Mai
Montbélliard – Montreux-Château
Départ de Montbélliard à 9 heures sonnantes pour être à l’heure dite à la première écluse, une écluse cachée dans une trouée de verdure à tribord ; la télécommande n’arrive pas à se faire reconnaître, notre coup de trompe alerte l’éclusière du problème, elle enclenche la procédure manuellement. Cette charmante éclusière nous suit dans les écluses de son ressort et nous raconte l’évolution du métier et la formidable invention de l’automatisme, une hérésie, nous nous quittons à la dernière écluse de Franche-Comté. Les deux kilomètres suivants sont transitoires, nous laissons à gauche le bras de Belfort, le lion nous fait peur, nous découvrons à la première écluse alsacienne le changement, un changement radical, l’accent alsacien est là, typique et au loin le paysage est ouvert sur la vaste plaine d’Alsace que nous dominons. Indéniablement, on change de baronnie, de méthode, d’administration, le brave éclusier me demande : nom du bateau, nom du propriétaire, immatriculation, je lui montre les lettres de 20 cm qui sont sous son nez, lieu de départ : Rotterdam, destination finale : Istanbul, le gars me regarde, perplexe… L’administration fluviale a ce côté admirable et désuet qui nous surprend toujours, mais les écluses ont les même caprices et cela recommence : bien qu’automatique l’écluse est bloquée et l’ouverture se fait au levier avec un pieu de bois, mais le top est à venir car en effet nous devons franchir le pont tournant tout neuf de Froidefontaine, les barrières routières s’abaissent, les véhicules nombreux, bus, camions, voitures, tracteurs, s’arrêtent, la France laborieuse attend, le pont commence à pivoter puis s’arrête, l’éclusier vient nous informer que l’automatisme est bloqué, les véhicules commencent à faire demi-tour dans une belle pagaille. Après plusieurs essais le pont revient à sa position fermée, les barrières se lèvent à nouveau et les véhicules peuvent passer et Romar1 attend… très symboliquement amarré à deux pinces monseigneurs plantées dans la rive. Après une heure d’attente, un technicien arrive et relance en deux minutes le système, le pont se tourne. Ouf, nous pouvons passer. Nous apprendrons plus tard que l’opérateur n’est pas accrédité pour tourner la clé de réinitialisation du système.
Il nous reste l’écluse de Montreux-Château, celle-ci est manuelle et actionnée par un jeu de câbles et cabestans, c’est physique mais ça marche, surtout avec un alsacien, alsa-accent et éclusant dur… puis Romar1 s’apponte près d’une borne à eau et électricité. Damned, cela fonctionne avec des jetons, des jetons qu’il nous faut prendre au distributeur automatique situé plus loin, mais les jetons n’y font rien, car tout est en panne, rien ne marche. Dommage, la halte semblait parfaite…
 
      
 
         MONTREUX LE JEUNE (DOUBS)                                               PRES DE DELUZ 

Mercredi 7 Mai
Montreux – Dannemarie
Aujourd’hui nous sommes entre les 3 Montreux (Montreux-Château, Montreux le Vieux et Montreux le Jeune), c’est aussi le nom du bief de partage des eaux entre Rhône et Rhin, entre Méditerranée et Mer du Nord. Il faut décaler de bonne heure pour être à 9 heures à Valdieu situé à 6 km, Valdieu où commence notre chute de 13 écluses sur 5000 mètres. A la première d’entre elles se trouve le chef de l’échelle d’écluses avec une voiture de service et deux éclusiers en mobylette de service, 300 m séparent en moyenne chaque écluse. Depuis 2 ans, depuis que l’Etat a voulu compenser l’arrêt du canal à grand gabarit, les écluses sont semi-automatiques, l’éclusier gère à partir de son pupitre les bassinées qui durent 4/5 minutes. Notre lente descente nous permet de faire plus ample connaissance avec l’éclusier et de mieux comprendre l’évolution ou plus exactement la disparition de ce métier.
Vers 13 h, nous passons la dernière, une écluse récente mais manuelle, comme pour rappeler l’histoire. Nous entrons dans le port de Dannemarie où Anne l’énergique capitaine joue les sémaphores pour nous guider à l’emplacement prévu... En fin de journée arrive Johanna.

Jeudi 8 Mai
Il fait chaud, nous faisons le tour de la ville repérer les commerces et services et aussi ramener un kugelhopf. Dans l’après-midi nous aurons la visite des techniciens de « Pro-bateau » pour évaluer les travaux à faire et en fin de journée les danois Inge et Otto viennent prendre l’apéro à bord.
 
     
 
         PORT DE DANNEMARIE (DOUBS)                                 INGE ET OTTO SUR LE JOHANNA

Vendredi 9 Mai
Direction Mulhouse pour découvrir la raison de notre arrêt, programmé pour un mois, oui, oui un mois, le canal est comblé depuis janvier à l’entrée de Mulhouse pour réaliser un souterrain mais l’ensemble fuit, donc un mois de travaux supplémentaires est programmé. Nous en profitons pour chercher un point Wifi, néant même la boutique Orange ne dispose pas de point d’accès, un comble. Au retour nous prenons l’apéro sur le Johanna où faute d’écluser nous dégustons Riesling et St Émilion, Inge et Otto font partie d’un club danois d’œnologie et gastronomie.

Samedi 10 Mai
Après avoir bricolé sur le bateau, nous allons à Alkirch en Mégane mais rentrons en train, la Mégane surchauffe et fume, nous la laissons sur place, nous verrons cela lundi. Par dépit, au retour, nous allons déguster la spécialité locale à l’auberge St Leonard, la carpe frite : des filets de carpe découpés en lamelles, roulés dans la chapelure, puis frits.
Le tout est accompagné d’un pinot noir. Bon ce n’est pas la découverte du siècle mais cela a un petit goût de friture de Loire, on ne se refait pas… Cela dit, comme tout ici, c’est copieux, pour dire vrai c’est à volonté, dans ce domaine la volonté de la matelote est plus grande que la mienne, elle en a repris une deuxième assiette…

Dimanche 11 Mai
Acadian, un super Van Craft de 18 m vient d’arriver, il va lui aussi attendre là l’ouverture du canal, son propriétaire met les housses qui protégent bastingage et hublots.
De l’autre côté du port se déroule un long ruban rectiligne d’asphalte, le chemin de halage, propriété de VNF et par convention, mis à disposition des départements pour faire la voie verte, l'Eurovéloroute : elle doit à terme relier Nantes à Budapest et plus tard l’Atlantique à la Mer Noire. La piste est très fréquentée par les cyclistes, les rollers et les marcheurs, en groupe, en famille ou en solitaire, le fluo est une référence vestimentaire et les rouleurs sont pour la plupart transformés en sandwiches publicitaires et portent les couleurs des marques fétiches, telle une caravane de la grande boucle ; des bungalows restaurants s’installent au bord pour abreuver la clientèle itinérante.

Publié à 08:00, le 21/09/2008, Nevers
Mots clefs : chalonsaonedoubsRomar1danubeloire

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