Une Transeuropéenne

De Corfou et d'Othoni (Grèce) Article en chantier

 

 

Benitses  (Mpenitses)

Nous ne sommes pas en Italie comme initialement prévue, cela sera pour plus tard. Entre retour express en France, soucis mécaniques liés à des bulles d'air dans le circuit gasoil entre pompe et réservoir, caprices météorologiques liés à des masses d'air en conflit entre Nord et Sud, un concours d'évènements qui font que nous voici à Benitses, un charmant petit port au Sud de la cité korfiotte.

Implanté à 15 Kms de Corfou-ville, avec dans le rôle de capitaine, le prénommé Costas, Sexagénaire, frère du maire, il va et vient incessamment avec sa pétrolette et son chapeau de paille vissé sur la tête, il arpente le quai, veille, informe, discute et place les bateaux, gare à celui qui ne voudrait suivre ses conseils, non ses ordres.

 

Benitses est une agréable petite cité établie sur un ancien hameau de pêcheurs et de cultivateurs. En quelques décennies, le lieu s'est métamorphosé en une petite station balnéaire pas huppée pour deux sous, les anciennes maisons et les anciens habitants sont toujours là mais leur statut a évolué, ils sont devenus commerçants.

Benitses s'agrippe à deux collines abruptes couvertes de cyprès et est exposées au soleil levant, ce qui au petit matin est un ravissement. Le seul petit inconvénient mais on s'y plie de bonne grâce, c'est que la commune se trouve en limite du cône d'atterrissage de l'aéroport de Corfou. Comme cela, du Vendredi au Lundi, vous assistez journellement à l'aterrissage de 10 à 30 charters anglais qui plongent devant vous vers la lagune de Chalikiopoulou surlaquelle flotte l'aéroport. En bout de piste, la chapelle de Pontikonissi souhaite la bienvenue ou bon voyage selon direction, vous n'y échapperez pas elle est de toutes les cartes postales de Corfou.

Benitses est desservie par une route côtière particulièrement tortueuse et très fréquentée. Cette route draine le sud de l'île et d'innombrables hôtels, qui, admirablement placés, rivalisent de laideur, l'Hôtel Resort, Kaiser Hôtel, ElGrèco, Oasis Hôtel, etc... . Visiblement les anglais semblent avoir une prédisposition pour assurer la clientèle de cette hôtellerie Low-cost, ils sont omniprésents, ils ont même importé leurs commerces « British », l'exotisme a ses limites.

Pour les guides touristiques Benitses n'a pas bonne réputation « elle n'a rien à proposer »... voilà un jugement définitif surprenant mais qui n'est pas pour nous déplaire car là comme ailleurs nous ne cherchons pas les vitrines mercantiles, les cafés branchés où les sites touristiques sanctuarisés. Nous cherchons l'imprévu, l'inattendu, l'anticonformisme... Pour Benitses, ses richesses sont intimistes, la ville les protége en son coeur, les garde comme un secret des dieux, les masque des convoitises touristiques, cette richesse est enfouie dans son décor naturel, fondue dans une envoûtante végétation, il faut fouiner, chercher, marcher, grimper, pour découvrir ces joyaux. Comme indice il y a bien ces vestiges, pans de mûrs, amorces de voûtes, sole de bains romains et quelques mosaïques, ce qui prouvent que sous la période romaine la ville a connu une période faste, mais cet indice en appelle un autre, qui dit bains,dit eaux et c'est justement là que la ville dispose d'un vrai capital : la Vallée des cascades.

Ces bains étaient alimentés par un aqueduc en pierre qui descendait de la montagne, un ouvrage démentiel pour un tel lieu et de tels bains mais il en était ainsi des volontés romaines, la main d'œuvre ne coûtait pas cher. Remontez au-dessus des bains, au-dessus de la ville, et là, vous arrivez dans un lieu comme nul autre en Grèce, une vallée encaissée qui s'enfonce, s'encastre, s'engorge dans la montagne, une vallée perdue qu'un filet d'eau a patiemment creusée, taillée, un étroit chemin tente de suivre le ru caché qui ne sait dissiper son éternel murmure cristallin, suivez le, là vous traversez un hameau perdu dans une luxuriante végétation, progressivement vous vous élevez dans le massif arboré, l'atmosphère se fait serein, on entre dans la félicité, l'amalgame des feuillages est de plus en plus impressionnant, il vous envahit et s'accapare maintenant la totalité du ciel, la chaleur écrasante du bas a fait place à une exquise fraîcheur qui devient bain de jouvence, on respire à plein poumons les senteurs des fougères, des vignes, des bougainvilliers, des figuiers, des orangers et des citronniers, vous traversez ici des ruines d'anciens moulins, là de petits ponts voûtés, vous empruntez des voies anciennes empierrées parfois dallées, des escaliers escarpés, de vénérables sentiers muletiers et là-haut, tout là-haut, vous parvenez au berceau de cette vallée.

 

On croit pénétrer dans un des tableaux de Gustave Doré, où le Céleste communie avec le terrestre dans une divine tragédie, dans un espace d'éternité enfermée sur lui-même. Oui, c'est là, au bout de ce chemin initiatique, difficilement praticable, après avoir passé une porte basse, d'étroits couloirs et un relief accidenté, oui c'est là dans cette lumière diaphane somptueuse, onctueuse, savoureuse, voluptueuse, c'est là que la terre perd ses eaux. De ses entrailles, par spasmes, par suintement, parfois vive et avec générosité, l'eau sort de la roche qu'elle a patiemment gavée.  Par de multiples interstices, de nombreuses failles, là, à l'abri des regards, dans l'obscurité d'une crypte, dans le crépuscule d'une caverne, l'eau devient lumière. Chacune des sources fait l'objet d'une attention particulière car les multiples naissances sont confinées dans des grottes protégées par une porte, un portillon comme un trésor jalousement gardé. Depuis les temps immémoriaux, depuis que les hommes sont passés par là, ce site et ses sources sont devenues un don du ciel, un don des dieux et font l'objet d'un culte, aujourd'hui encore, la croyance n'a pu s'empêcher de dédier un monument à cette exceptionnalité car au dessus, entourée d'ancestraux oliviers au corps noueux se dresse une frêle bâtisse, St Nikolaos Vrissiliotos, une chapelle blanche qui office encore et entretient la croyance à un dieu, à un seul, qui a fait en 7 jours  un monde parfait à son image mais un monde qu'il n'a pas souhaité habiter. Pourtant l'endroit respire ici la plénitude.

 

En été, au-delà le filet d'eau de surface est tari, seuls quelques puits permettent de voir çà et là que l'eau coule dans une rivière souterraine. D'où vient-t-elle ? de tout là-haut, de Mandraka, d'Aggi Deka ou de Gastouri. Au retour, une halte s'impose à l'Argo chez Spiros, sa base hôtelière est fraîche, au bord de la piscine lézardent ses clients russes, roumains, tchèques, anglais et polonais qui ont remplacé sa clientèle grecque durement frappée par la crise. Spiros est entouré de sa femme et de sa fille pour gérer sa petite affaire, N'hésitez pas à vous rafraîchir dans une ambiance bon enfant. Son hâvre est situé à 50 m sous l'église ou 100 m au-dessus de la boulangerie http://www.argobenitses.gr/

 

            

 

Le port est là encore tout neuf... enfin presque... reste à y effectuer le branchement des bornes qui restent en état, à finir les sanitaires, à faire la voirie encroûtés dans un éternel chantier. Sur les ports et leur équipement, l'explication est culturelle, comme pour l'immobilier, on ne finit rien donc on ne paye rien... c'est d'une simplicité... 

Suite à de nouveaux déboires moteur, nous avons trouvé un diéséliste pro (c'est rare ici, tous s'improvisent spécialiste de ceci ou cela mais rares sont ceux qui ont les compétences) et nous avons changé une partie de  la ligne d'alimentation du carburant qui avait subi les outrages des autres apprentis réparateurs. Nous effectuerons les essais dès que le temps le permettra.

Eh bien oui parlons du temps, car de ce côté il y a à dire, c'est vrai que si on retient de la Grèce les énormes incendies estivaux, il va sans dire que ce n'est pas à Corfou qu'ils se développent tant il pleut et que le vert est la couleur locale. L'île de Corfou est située, délimite, devrions-nous dire les eaux de la mer Ionienne et Adriatique, là où se confrontent aussi les vents, le Maistro qui vient du Nord des Balkans et le Sirocco qui vient bien sûr du Sud, cette ligne de démarcation ne cesse de bouger et est le théâtre d'un véritableconflit des masses d'air. Comme souvent en intersaison et en de tel lieu, cela donne de brusques changements climatiques difficilement détectables par les prévisionnistes. Comme Romar1 aime le calme sinon il roule méchamment son mécontentement d'un bord à l'autre, nous attendons que le marécage barométrique qui sévit sur l'Europe s'assèche un peu.

Sur les hauteurs de Benitses dominant Corfou se situe «  l'Achilleon », le palais d'été que Sissi s'est fait construire à la fin du XIX. « C'est mon Achille, c'est à lui que j'ai dédié mon palais car il représente à mes yeux l'âme grecque, la beauté de la terre et des hommes de ce pays. Je l'aime aussi pour être rapide comme Hermès, fort et persistant comme une montagne grecque, et dédaignant à son passage comme un nuage tous les rois et toutes les coutumes et lois ».

          

Sissi, l'impératrice                                   Le palais d'Achilleon                                Achille veille sur la baie 

La description d'Henri Miller est des plus caustiques, mais n'est-ce pas d'ailleurs un peu sa nature, dans le « Colossede Maroussi » il balaie ce palais d'une « loufoquerie » pompéienne. Il est vrai que si l'ensemble dispose d'une admirable vue sur la baie de Corfou et l'île aux souris, l'architecture, le décorum et les sculptures en font un site un tantinet mielleux, dégoulinant... mais à décharge, le palais a subi les affres du temps et de multiples affectations, Palais de Sissi, puis de la famille royale grecque avant de devenir celui du Kaiser « GuillaumeII », il fut transformé lors de la première guerre en hôpital par les serbes et les francais avant de devenir propriété de l'Etat grec, à la seconde guerre, il est réquisitionné par les italiens puis les allemands pour en faire leur poste de commandement, après la guerre, le site devient tour à tour, centre d'apprentissage, lieu de vacance pour les enseignants, puis un casino qui le restaure minutieusement avant que l'Etat ne le reprenne pour en faire un musée et un palais accueillant par deux fois des sommets de l'Union.

Sinon, ne croyez pas qu'en cette terre lointaine, nous soyons à l'abri de la planète foot, nenni, la coupe occupe comme dans nombreux pays du Monde une place privilégée, tous les restaurants, bars, commerces sont dotés de l'inévitable grand écran allumé à toute heure...s'il n'y a pas de débordements enflammés à l'issue des matchs quelques voitures arborent les couleurs des équipes du jour et roulent tambour battant, c'est à dire ici normalement.

Éliane et François nous ont rejoint pour quelques jours, nous ferons quelques aller retour à Corfou, la vie se déroule paisiblement au pied de la forteresse corfiotte, la quiètude du soir invite quotidiennement François à prendre son piano à bretelle et à nous jouer quelques airs marins. Le public alentour apprécie ses moments enchanteurs.

 

Comme le Sud de l'île ne nous est pas aussi familier que le Nord, nous avons loué une petite Fiat Panda toute neuve pour le découvrir. Il nous faut traverser la brume qui enveloppe les sommets de l'île pour parvenir par des voies goudronnées mais étroites et pentues à Chlomos, un petit village typique accroché à flan de montagnes avec une vue imprenable sur la mer Ionnienne. Le village est constitué d'un amas d'habitats anciens en surplomb d'une vallée escarpée mais généreusement végétalisée, les maisons sont drainées par nombre de ruelles et de multiples escaliers fraîchement dallées de pierre jaunes, ce qui confère à Chlomos une indéniable couleur touristique, les quelques tavernas rivalisent pour offrir la meilleure vue possible. Quelques vieilles qui semblent sorties des cartes postales sépia vaquent à leur occupation matutinale, nous échangeons quelques « Kalispéra », le "Bonjour" grec, certains tombent dans le vide probablement par saturation d'éphémères visiteurs.

Lefkimmi

La deuxième ville de l'île, Lefkimmi, paraît sans âge tant il est difficile de caractériser cette ville vieillotte qui s'étire sur d'ancien marais jusqu'à un canal pris dans la vase et qui abrite quelques caïques de pêche. Tirailler entre les temps modernes et les temps anciens, la vie y est modeste et l'économie  encore fortement rurale.

A l'entrée de la ville notons la présence çà et là d'ânes bâtés, ils ne sont pas là pour intégrer le décor photographique fort prisé des touristes en mal d'authenticité mais pour transporter toutes sortes d'ingrédients , paniers de légumes et de fruits, fourrage... Souvent ils sont menés par de vieilles femmes coiffées de leur traditionnelle pièce de tissus pliés, l'un et l'autre semblent résignés à porter les fardeaux de cette vie simple.

A l'extérieur de la ville une nouvelle avenue financée par l'Union Européenne descend à un grand port désert et dénué d'activité. Au bord de cette avenue fantoche se sont greffées quelques entreprises, mais les greffons ont défaillis et laissent place à des friches industrielles, seules les trois moyennes surfaces de type Lidl laissent espérer une raison d'être à cette avenue perdue.

Kassiopi :

Au Nord Est de l'île, face à l'Albanie, voilà Kassiopi. Construite sur une petite presqu'île surplombée par le Château des Angevins, une forteresse écrasée enveloppée par une forêt d'oliviers, d'orangers et de citronniers, au delà la côte est ciselée menue et présente une multitude de petites criques qui forment autant de plages très prisées par les touristes avertis. Au pied du château, le port où les plus grosses unités de pêche se sont muées en bateaux d'excursion.

 

A la tombée de la nuit, les quais s'agitent et deviennent lieu d'animation, de rencontres et de discussions. Au Nord, au delà de la mer, on distingue clairement l'Albanie qui ne semble pas souffrir de problème énergétique, la ville brille de mille feux et la longue promenade de Saranda forme à elle seule une illumination tout à fait occidentale...


Île d'Othoni

 

Othonoi, un petit caillou grec posé sous le talon de la botte italienne, un îlot de 10 km2 planté entre Italie, Grèce et Albanie. Le caillou entend bien rester hellénique face à l'envahisseur italien, une maison sur deux arbore le drapeau hellénique rayé bleu avec une croix blanche pour mieux déjouer les ritals qui débarquent aux beaux jours. Le village est là niché au fond de la baie, la rue principale faite de nids de poule aligne les 5 Tavernas dont une pizzeria et l'unique épicier de l'île. Les gens d'ici : des gens d'ailleurs pour tout dire tant ils sont rares à vivre ici à l'année, les autres sont des revenants en quelques sortes.

Dans les années 1910, la misère a fait fuir une partie de la population vers la terre promise, le nouveau monde, les photos sur la Taverna « New-York 1910 » relate cette histoire. Nombreux sont les insulaires qui ont quitté l'île pour faire fortune aux Amériques, les enfants et aujourd'hui les petits enfants ont suivi cette voie mais ces derniers reviendront-ils au pays ? les vieux en doutent. Interrogez les, tous se sont un temps exilés, qui, dans la restauration ou la marine marchande puis sont revenus ouvrir un petit business sur le caillou. Dans la réalité, une fois l'été passé, la plupart des "Othoniotes" vivent à Corfou, seule une petite centaine de personnes hiverne ici.

Toute simple, tranquille à souhait, la vie de l'île est rythmée par l'arrivée de la navette qui la dessert, l'approvisionne, la ravitaille car ici il n'y a rien, hormis en fin d'après-midi le retour d'une demi-douzaine de pêcheurs côtiers. Ils naviguent avec des caïques, des barcasses de bois, de 5 ou 6 mètres, tout bonnement dirigées à la barre franche. Beaucoup d'entre eux travaillent en couple. Une fois au port, la pêche débarquée, le pont rincé et les lignes à nouveau appâtées, c'est le repas du soir à bord avec les amis, les bouteilles circulent d'un bateau à l'autre, ce n'est que tard qu'ils rentreront dormir pour une courte nuit. Demain à 5 heures ils repartiront. Cette apparente quiétude laisse filtrer malgré tout une ambiance assez énigmatique, il est vrai qu'au centre d'une triade de pays dont l'Albanie qui se réveille d'une période de plomb, cet îlot recèle de multiples potentialités et fait l'objet d'une attention toute particulière des cost-guards. Et pour cause, d'incessantes allées et venues de bateaux rapides débarquent et/ou embarquent plus ou moins discrètement quelques personnes, quelques marchandises.

 

 

L'afflux touristique de l'île repose sur deux points, être une base de vacances proches de Corfou et surtout, être une escale incontournable pour qui fait la traversée entre Grèce et Italie, ledit canal d'Otranto, ligne de démarcation des mers Ionienne et Adriatique est une zone à la réputation difficile.

L'île vient d'agrandir à l'Est du village son port pour en faire une base tout à fait acceptable mais très controversée parce que mal protégée. Là encore tout est neuf donc rien n'est achevé et ni en service... promis, c'est la dernière fois que je mentionne ce mal endémique...

Aux WE des beaux jours la paisible cité s'anime, on nous a prévenu « Italia - Fiesta»...  le port accueille des « voileux » italiens qui viennent y faire la fête...  bientôt ils sont une dizaine, l'un « Dance » arrive en fanfare, accordéons, guitares, chants, assurément le WE s'annonce chaud. Un homme orchestre les arrivées, attribue les places, qui est-il ? le mystère est là entier, il n'est pas maire, nous saurons seulement qu'il s'appelle Tassos et qu'il tient une des 3 tavernas du village, il est partout où cela bouge, un pêcheur débarque, il arrive avec son puissant 4x4 noir, l'aide à la manoeuvre et repart avec son pochon de poissons... des plaisanciers arrivent, il est là, Tassos possède aussi un bateau de promenade et organise quelques excursions...

 

 La baie d'Ormos Ammos (Othoni) - En arrière plan dans la pointe Limini Avlaki (le port)

Nous mettons à profit la météo incertaine et ce n'est pas un euphémisme pour visiter Othoni et voir s'il se peut à partir du sommet de l'île (340m) l'Italie voisine, mais la voie goudronnéeet en lacet aboutit à un petit hameau inclus dans des oliviers, sublimes mais encore bien loin du sommet, par manque d'équipements nous n'irons pas tout en haut... mais cette montée révèle de magnifiques panoramas sur la baie et le village, tout autour ce n'est qu'un vaste massif impénétrable, une vue sublimée par les parfums qu'exalte la végétation méditerranéenne en pleine floraison à cette période de l'année, elle explose, nous nageons dans des baumes composés de sauges, de térébenthines, de genêts d'Espagne, de chênes kermes, de cistes, de lentisques, d'oliviers, de cyprès, d'amandiers, de genévriers et de myrtes... les "tsimboukaria", des cyclamens sauvages, très parfumées et très légèrement rosées. C'est l'ivresse avant l'heure.

 

Romar 1  amarré à Limin Avlaki 

Othonie :

Tranche de vie

Lundi 

5:00 :

Le jour se lève avec sa tête des mauvais jours, l'horizon lui a le front bas, il est bouché, autour de nous le petit port s'éveille, les moteurs comme les pêcheurs fument, toussent, crachotent, il faut sortir de cette torpeur matinale et partir en mer malgré le vent annoncé.

10 :00

Les dernières fratries de chats jouent dans la poussière moite du chemin. A droite, l'usine électrique et ses groupes électrogènes fournissent l'île en énergie, plus loin c'est le cimetière avec ses uniformes croix de marbre blanc, devant, l'église de son clocher séparé, elle porte en faîtage une enseigne : une croix de néon bleue allumée la nuit, probablement pour signaler que la maison de Dieu est ouverte 24/24, l'effet est baroque et mensonger car elle est souvent fermée. Plus loin, le village baigne dans une pesante chaleur printanière, les baromètres ont lourdement chuté, la vie s'est arrêtée. Ici, c'est la Mairie qui abrite également les Cost-Guards, plus loin, sous l'auvent d'un simili bar est garé un vieux pick-up japonais «de luxe» de marque Isuzu, il semble tout droit sortir de Bagdad Café, un de ces engins capables de traverser par lui-même les déserts et les mers pour rouler rouiller ici, la corrosion grignote petit à petit ses extrémités, ses multiples couches de peinture ne peuvent cacher l'origine des publicités qui servent de rustines métalliques à sa carrosserie, cet antique véhicule est la voiture de livraison de l'épicier. Devant ce vestige,  face à la mer, assis sur un banc et quelques sièges en plastique décoloré, des anciens sont alignés, ils attendent, regardent la baie ou bien la ligne d'horizon ou le néant ou bien encore l'infini. De temps en temps, un mot est lancé, mais ne rebondit pas, il s'écrase sur le sol en béton, personne n'a voulu le rattraper, il fait trop lourd, seul par intermittence, le son granuleux d'un Komboloï (chapelet grec), tournoyant autour de vieux doigts frotte le silence. Un homme passe dans la chaleur et lance un « yassas » (bonjour), parfois il est repris par l'un ou l'autre ou plus souvent laissé à l'abandon, sec sur le béton, parfois s'amorce une phrase, un échange, le dialogue s'installe, monte en puissance, puis s'essouffle au bout de quelques minutes, à bout de mots, le silence se réinstalle, se réapproprie l'espace un temps volé, ainsi va la vie ici à Othonoi, avec là comme ailleurs ses instants d'éternité...

 

Il nous faut quelques provisions, le« supermarket » est là adjacent au bar, pour y rentrer il faut emprunter une porte dérobée seule connue des initiés, la grand porte n'est ouverte que le soir de 18h à 22h, le lieu est haut de plafond, là accrochés aux poutres finissent de mûrir des seaux en plastique et autres ustensils, les murs sont couverts d'étagères qui, selon les rayons, montrent que certains produits sont indisponibles ou en petite quantité, on y trouve de tout de laquincaillerie à la droguerie, des produits frais à la vaisselle, vu l'état,certaines boîtes de conserve ont dû être fournies avec la voiture... L'épicier est d'une extrême gentillesse, il parle l'anglais avec cet incontournable accent américain qui lui sied si bien à l'image de sa casquette publicitaire vissée sur la tête, si faute d'or, il a abandonné ses dents aux Amériques, son visage finement ciselé par les ans et ses yeux clairs laissent percer le sourire d'une douce sérénité. Nos courses faites et payées, nous sortons mais le silence d'avant est couvert par un sourd bruit de fond sur lequel s'appuie un long coup de trompe, c'est la navette qui signale son approche ... Les vieux sortent de leur torpeur, se lèvent et s'avancent, l'épicier démarre les 6 cylindres de son carrosse corrodé et l'avance lentement vers l'embarcadère, devancé par quelques camionnettes, nous les rejoignons au point G de l'île. Les embarcadères sont toujours le point de convergence des insulaires, le quai de l'autre monde, celui des adieux et des retrouvailles, un lieu d'informations et d'échanges.

Sous l'œil vigilant du cost-guard, la navette « Pegasse » accoste, quelques touristes descendent... s'ensuit un déchargement de colis, cageots, sacs de pain, jerricans de carburants, packs de boissons, un inventaire de la vie matérielle de l'île, quelques m3 de marchandises désordonnées sont ainsi étalés à la poussière sur le quai, chacun prélève ce qui lui revient, après quoi on charge les bidons vides, de nouveaux cageots, de nouveaux colis, l'unique passager monte à bord avec ses bagages. Deux coups de corne « Pegasse » annoncent aux autochtones et aux cigales son départ imminent, il libère tous ses chevaux-vapeur pour manoeuvrer et rejoindre l'île-continent : Corfou....il est 12 heure, c'était le point culminant de la journée... maintenant, l'île peut replonger dans sa torpeur... jusqu'à demain...

14:00 Les derniers voiliers sont partis, reste un très beau motoryacht italien et Romar 1. C'est la somnolence qui s'installe doucement, il n'y a plus de mouvement, l'île est immobile, seule la mer inlassable s'active.

16:00 Curieusement, le port commence à faire l'objet de bien des attentions, des véhicules vont et viennent sur le vaste terre plein, certains s'arrêtent, observent et repartent... d'autres vérifient les amarres des quelques coques encore présentes, le baromètre joue au yoyo, depuis sa chute du matin, il se relève, péniblement...

17:00

Un voilier approche, il semble bien près des hauts-fonds qui sont là, signalés sur les cartes mais non balisés en mer. Emilio, le tout italien du « My Life » siffle, nous agitons les bras, nous ne sommes ni vus ni entendus... le voilier persiste et ignore les écueils qui sont là à quelques mètres devant lui. Soudain un grand bruit, le voilier stoppe net, il a heurté une des nombreuses roches sous un mètre d'eau. Après quelques instants d'incrédulité et de flottements qu'on perçoit à bord, le bateau bat arrière toute puis prend plein sud avec une vigie à l'avant, il arrivera au port sans plus d'encombre mais l'alerte a été chaude car laisser sa quille en ces lieux, c'est à coup sûr perdre le bateau.

Un camion de type « dernier taxi pour Tobrouk » débarque sur la cale, sac de pomme de terre, filet des produits du pays, pochons d'herbes, tout est chargé dans  un bateau rapide, 6 passagers embarquent, rapides signes d'adieu, ce sont ceux qui travaillent en Italie, le WE est fini. Chacun prend place et connaît par habitude les gestes pour larguer les amarres. Avec 600 chevaux, ils y seront à la nuit.

18:00

Tassos, l'activiste du port arrive en catastrophe, un fort coup de vent 8 BF du sud vient d'être annoncé, nous serions mal protégés ? il faut nous déplacer, la place des pêcheurs est libre car ils sont partis se protéger ailleurs, c'est rassurant. S'ensuit le déplacement de nos unités motorisées, il faut mettre le nez au vent, cela implique un ancrage plus un double amarrage, la protection des aussières. Ouf, nous sommes parés pour affronter le coup de Sirocco.

20:00

Installés au restaurant, nous avons droit aux infos grecques, à l'attaque israélienne du navire d'une ONG turque, de l'économie nationale qui suit le baromètre... ensuite l'inénarrable bulletin météo, plus de 30 minutes de prévisions météorologiques et marines, une émission à part entière, très très pointues, les cartes annoncent bien du 7/8 BF de Sud tournant demain en fin de journée au Nord/Ouest, c'est bien notre veine... mais que faire, nous ferons avec... La nuit est agitée, au milieu de la nuit les équipages se lèvent et veillent aux amarres car le vent est là et bien là mais à l'opposé de celui annoncé, plein Nord/Ouest, c'est-à-dire dans notre dos et il n'a aucune envie de virer au Sud comme annoncé. Cela dit une grosse houle rentre dans le port et berce bien notre nuit.

Ce matin, dépités, les italiens du « Troll » qui n'ont pas fermé l'œil quittent de bonne heure Othonoi pour rejoindre Corfou. « Good Trip »...un peu plus tard un anglais en navigateur solitaire viendra amarrer son voilier, puis ce sera celui de deux italiens qui rentrent en Italie, un coup de main en ces temps mouvementés n'est pas superflu, cela créé tout de suite un lien.

N'ayant pas trouver d'internet, un coup de fil en France nous indique que ce coup de vent va durer au moins 48 heures,il n'y a plus qu'à attendre. Ce matin, les cost-gards sont venus pour démarrer leur embarcation, rien, refus total d'obtempérer, le moteur refuse. Avis aux passeurs, aujourd'hui, la voie est libre aux trafics.

Tout ici est incompréhensible, dans le ciel azuré se tient un étrange rodéo de nuages blancs et gris, dessous la mer d'un bleu profondis dresse ses crêtes blanches, entre les deux, catalyseur plus que médiateur, le vent souffle, siffle, hurle parfois comme pour régler ce ballet indiscipliné mais rien n'y fait...le ciel reste indocile et les eaux impétueuses, l'île, spectatrice, reste immobile, seul Romar bouge... pourtant notre démarche sur terre prouverait que l'île bouge...

ïle de Mathraki (entre Corfou et Othoni) 

Samedi :

On pensait faire un saut sur le continent nous refaire un plein d'euro, allez savoir pourquoi, la navette annoncée n'est jamais venue. Qu'à cela ne tienne et c'est le bouquet, Spyros notre homme de la Tavernas revêtu du blouson des Cost-Guard part avec le chef des cost-guards sur le bateau de service. Mais que diable, pour quelle importante mission cet équipage est-il parti si vite ? nous auront la réponse à leur retour 3 heures plus tard, ils sont accompagnés d'un pope. Pardi, pas de navette, pas de pope, pas de messe, quand on dit que la religion et l'Etat ne font qu'un (article 3 de la constitution), l'exemple est là sur ce minuscule caillou.

La météo : le baromètre joue à on ne sait quel jeu, il baisse et monte brutalement comme si quelques traders jouaient sur l'indice du vent, en peu de temps, la mer évolue dans un sens ou un autre, Eole peut tourner en quelques minutes et les prévisions se montrent rarement bonnes.

Cela fait huit jours que nous sommes bloqués ici, on connaît tout le monde et tout le monde nous connaît, mais nos liquidités ont des limites ici sans distributeur, il nous faut prendre une décision ou bien rebroussé chemin ou faire le saut vers l'Italie. Le choix est clair, la météo est bonne pour là où nous sommes mais n'est pas bonne du tout pour notre destination, l'Italie.

 

 


Publié à 22:08, le 28/12/2010,
Mots clefs : transeuropeaLouis-Marie Bosseauothonoicorfumer ionnienneOthoniecorfouGrèceBateaunavigation

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