Une Transeuropéenne

Vers le Bosphore

Mai 2009

Nous retrouvons la petite cité balnéaire d'Eforié,située à quelques encablures de Constanza au Sud-Est de la Roumanie. La marina a été implantée au centre d'une longue plage de sable fin : le « AnaYacht Club » juste en dessous du « Ana Hôtel », une luxueuse résidence de balnéothérapie dont le propriétaire est passionné de voile, ceci explique cela. Le bassin du port est vide, les bateaux sont tous à sec sur l'aire d'hivernage. Face à la mer, au milieu de  cette forêt de mâts telle une compagnie de lanciers prête à se lancer dans la bataille, Romar 1 patiente sagement, posé sur ses madriers, il attend. Le moment est émouvant, indéniablement il nous a manqué et unec ertaine réciprocité semble perceptible. Nous montons à bord, il est tel que nous l'avions laissé, l'hiver ne semble pas avoir eu de prise sur lui, seuls qq bourgeons de rouille à l'extérieur ont pointés les jours de notre séparation, l'intérieur est extraordinairement sec. Nous déchargeons notre barda, remplissons la réserve d'eau, rebranchons l'électricité, il retrouve un peu d'énergie et reprend progressivement vie.

La Marina ne mettant jamais les bateaux à l'eau avant la mi-Mai, nous resterons qq jours à bord pour le nettoyer, y installer du  nouveau matériel de navigation, de nouveaux accessoires. Comme nous avons le temps nous poussons une excursion dans le Delta du Danube puis au pied des Carpates.

Au retour de notre semaine d'escapade, les danois sontlà et déjà à l'œuvre sur leurs bateaux, Willie a du pain sur la planche car une pièce lui a été subtilisée durant l'hiver et il ne peut remettre l'arbre d'hélice rectifié... pour corser le tout il ne trouve personne pour la réaliser sur place, elle sera donc faite au Danemark.

Le lendemain, à leur tour nos amis hollandais arrivent par le bus Hanovre-Constanza. Ils ont + de 100 kgs de bagages, les retrouvailles sont pour le moins festives.

Bon, fini l'hiver, il faut se mettre au travail, ponçage, antifouling, peinture, petites réparations diverses, dans la marina, les entreprises et les équipages s'activent, le grand jour approche... mais ce grand jour se fait attendre car le port est ensablé et il est impossible de mettre les bateaux à l'eau. Le constat est quelque peu tardif. S'ensuit alors une véritable débauche de moyens, un remorqueur usé amène une barge flottante tout aussi rouillée soutenant une énorme grue mille fois réformée, mille fois referraillée, mille fois ressoudée, indéniablement le matériel a de l'ancienneté. Amarrée dans l'entrée du port, son immense godet extirpe du bassin un sable liquéfié qu'elle dégueule sur le remblai, le tas prend au fil des heures des allures de dunes, l'aire de stockage s'avère vite insuffisante tant le volume est important. L'organisation est chaotique tant la chaîne de commandement est longue, que faire du sable, le lendemain arrive une grosse péniche maritime à coque ouvrante, le chantier est improvisé, au premier chargement, la péniche ne peut plus bouger, elle repose au fond, et doit remettre à l'eau la moitié de sa cargaison. S'ensuit sur plusieurs jours un lancinant et aléatoire va et vient. Comme le sable est déchargé à 200 m de l'entrée...pour sûr, l'an prochain le problème se reposera... mais nous serons loin.

 

                        

                              Draguage du port                                    Romar 1 retrouve son élément

La saison s'annonce. Sur tous les fronts s'activent des groupes de travailleurs. Tout d'abord, les plages qui au cours de l'hiveront pris des allures de décharge, plusieurs dizaines de personnes avancent en rangs serrés et enfournent les détritus dans d'immenses sacs poubelle, plusieurs jours leur seront nécessaires pour expurger des sables ses multiples déchets, la horde humaine partie sur d'autres lieux, un tracteur passe et repasse pour affiner et surfacer les futures plages sur lesquelles s'aligneront bientôt parasols en paille et chaises longues multicolores. Au delà, les chantiers sont fébriles, partout on construit, restaure, raboute, agrandit, repeint, des cabanons de planches voient le jour, de nouvelles terrasses s'installent, de futurs restaurants ou boutiques s'équipent, là aussi le mode opératoire est stupéfiant : une invraisemblable débauche de personnes, chaque chantier emploie un nombre inimaginable de travailleurs... Plus haut la ville est aussi en effervescence, en quelques jours elle retrouve de la couleur, le process est tout aussi impressionnant, les binômes de peintres munis de balais et de seaux peignent des kilomètres de bordures de trottoirs, chaque équipier à sa couleur, blanc ou jaune, quid d'un nettoyage initial du caniveau ou d'un ponçage, on ne fait pas dans la finesse, tout y passe, routes et trottoirs, mobilier urbain,tout a droit à de larges débordements, à des coulées de peinture, les poteaux d'éclairage et de signalisation subissent le même sort, jusqu'à hauteur du manche, l'au delà est inaccessible et restera dans sa gangue de rouille...

Ce matin, une grue gémissante, suintante, ruisselante et puant l'huile hydraulique est arrivée dans la marina en traversant plages et gargotes. L'écurie du big boss ne saurait attendre davantage et est mise illico à l'eau. C'est à notre tour, un à un dans un étrange ballet aérien où rien n'est millimétré mais tient plutôt de l'arraché, les bateaux prennent en l'air d'étranges et inconfortables positions que nous préférons ne pas regarder. S'il n'y a pas eu de casse, il y a eu quelques belles frayeurs et de gros frissons.

Maintenant à l'eau nous attendons une fenêtre météo pour partir, aux dires des responsables du port, nous sommes visiblement un peu trop optimistes, partir au mois de Mai leur paraît un peu prématuré. Qu'importe nous attendrons le temps qu'il faut...

Mais l'attente est compensé par différents spectacles, le premier d'entre eux est celui que nous offre le Directeur, le « Big Boss » Général du Ana Hôtel. Autour de sa flottille, devant caméras de télévisions et nuée de journalistes il se livre à un véritable numéro de séduction. Pas très grand, un visage de cire et toujours doté d'un large sourire ravageur, il a tout de « Berlusconi », même style, même discours de bonimenteur. Tout d'abord habillé d'une combinaison de chantier rouge avec logo Ana,  il présente sa marina, évoque au passage nos pavillons pour montrer la dimension internationale du port, le voilà sous la coque d'un de ses bateaux, tenant un rouleau à peinture préalablement enduit d'antifouling il donne quelques coups de rouleau, les caméras gourmandes filment... enregistrent... il demande une pose, il s'éloigne et revient vêtu d'un sweat avec écusson, d'un pantalon sport et de chaussure bateaux, le skipper peut dorénavant parader sous les objectifs à bord de son plus gros voilier et il s'y entend le bougre... et il en ajoute et en rajoute, tout le monde prend goût au bagout... même nous. Nous apprendrons plus tard quele soir après son One Man show il a proposé à l'ensemble du personnel unepartie de football sur la plage, le personnel en est encore tout retourné, jouer au foot avec le Big Boss... cela vaut tout l'or du monde...Il s'agit en fait de Georges Copos, Homme d'affaires et ancien ministre, propritétaire du Club de Football le Rapid de Bucarest. Il vient de lancer l'édification de la pus haute tour de Bucarest pour y installer ses bureaux.

A la tombée de la nuit un petit yacht bulgare fortement motorisé accoste près de Romar1. Il est là pour faire le plein de carburant, on compte en milliers de litres bien sûr, mais aussi en centaines de bières et de tous liquides consommables. Tard dans la nuit un puissant halo sous-marin éclaire sa coque accompagnée d'une « musique » que les décibels rendent inaudible, c'est d'un effet ! deux hommes membrés comme des bodyguards, nourris de bières, d'alcools et de fumée s'exhibent sans retenue, ils portent fièrement tatouages et bijoux. Pour rester dans la démesure, le  lendemain matin, un hélicoptère dépose sur la pelouse un équipage complétif. Maintenant toute la caste est à bord. Tout en eux respire le « customisé », l'ostentatoire, le « lourdingue ». Si, lors de notre descente danubienne il nous a été donné d'apercevoir çà et là quelques personnages aussi patibulaires, nous n'y avions pas prêtés attention mais là, tout prés nous, les ignorer nous esti mpossible tant ils envahissent la marina, ce sont des  « Moutri» bulgares.

 

Profil Type du Moutri 

Mais qui sont-ils ? Les « Moutri » ou« gueules de bandits » sont souvent issues des services secrets ou des apparatchiks de l'ancien régime.

L'écrivain Vladimir Levtchev dresse un portrait acide de cette nouvelle couche sociale aussi ignorante que flambeuse. Voici un extrait paru dans le « Courrier des Balkans », une excellente revue, ceci dit en passant.

« Après les bouleversements de 1989, une nouvelle culture s'est imposée en Bulgarie. Elle est révélatrice des goûts d'une couche sociale, les « moutri » ou « gueules de bandits » , des nouveaux riches, ex-sportifs reconvertis dans le crime organisé, liés aux anciens services  secrets et aux milieux politiques. Ils ont une préférence prononcée pour les grosses voitures et les villas de luxe. Ils apprécient un style particulier de musique, la tchalga, chansons langoureuses et lascives, exécutées par de provocantes beautés.

Est-ce que l'on peut acquérir une culture et du goût grâce à l'imitation ?

Les théoriciens du « proletkult » et du réalisme socialiste incitaient les classes supérieures et les intellectuels à faire l'apprentissage de l'esthétique auprès des ouvriers et des paysans. Mais les choses ne se déroulent-elles pas autrement dans l'histoire ? Le réalisme socialiste n'est-il pas une mauvaise imitation du réalisme du XIXe siècle ? Ainsi par exemple, le mémorial de la reine Victoria devant le palais de Buckingham est flanqué de deux statues représentant une femme avec une serpe et un homme avec un marteau. Elles incarnent l'agriculture et l'industrie, et ressemblent à s'y méprendre à la très célèbre statue « Ouvrier et kolkhozienne» de Moukhina, créée en 1937 en URSS. 

Généralement en Europe, c'étaient les classes inférieures qui s'imprégnaient de la culture et du mode de vie des classes supérieures et les adoptaient : le bourgeois voulait vivre comme le noble ; l'ouvrier, comme le bourgeois ; le paysan, comme le citadin, ce qui a influencé le style de vie et plus généralement la culture.

Que pouvons-nous dire à propos de la situation culturelle en Bulgarie ? La société bulgare est par principe une société égalitaire et patriarcale (pré-moderne). Nous n'avons pas d'aristocratie depuis le XIVe siècle, mais nous avons conservé de fortes traditions patriarcales.

Au temps du régime communiste, notre « élite », notre « aristocratie » était animée conjointement par l'esprit du Parti et celui de la milice. À cette époque, il était à la mode d'être issu d'une famille paysanne pauvre et, encore plus prisé, d'avoir un père maquisard à moitié analphabète. Les enfants des maquisards à moitié analphabètes de la génération de Todor Jivkov sont devenus la nouvelle élite de notre société, l'objet des potins des années 1970 et 1980. Ils aimaient la Russie soviétique, mais ils roulaient en même temps en Mazda, en BMW ou en Mercedes (selon leur rang), alors que les Bulgares roulaient en Trabant ou en Moskvitch, mais le plus souvent en transport en commun. Ils aimaient le folklore bulgare et les chansons russes (du moins en public), mais ils préféraient en même temps le rock 'n' roll. Leur culture était un hybride d'Est et d'Ouest, de mentalité paysanne et d'esprit citadin, de traditions patriarcales et d'aspirations à la modernité. Beaucoup d'entre eux étaient formés dans les universités soviétiques.

Cette couche sociale a gonflé au début des années 1990, quand les agents de la Sécurité d'État ont surgi comme des cafards de leur repère, et se sont mis à étaler leur argent au grand jour, à s'offrir des voitures occidentales et à bâtir des datchas semblables à celles des fils et des filles des membres du politburo. S'y sont ajoutés nombre d'ex-sportifs, eux aussi galonnés, et la mode s'est répandue d'équiper les voitures de plaques minéralogiques « à la milicienne », comme une sorte de signe d'appartenance à une caste, valable encore aujourd'hui.

Finie la Russie, le nouvel eldorado ce sont les États-Unis

Les nouveaux riches se sont mis à partir non plus en Russie mais aux États-Unis, pays qu'ils méprisent par ailleurs, mais qu'ils préfèrent de loin pour y dépenser une masse d'argent blanchi et placé à l'abri sur des comptes bancaires à l'étranger. Ce sont les mêmes qui reviennent en Bulgarie ces temps-ci. Bref, la culture « moutresque » de la tchalga d'aujourd'hui est la variante populaire, popularisée, de l'ex-culture «supérieure » qui traduisait l'esprit clanique du parti et de la milice dans les dernières décennies du régime communiste.

C'est là que réside la racine « de classe » des «moutri », qui se sont multipliés au début des années 1990. Liés génétiquementet littéralement à la milice du régime communiste, ils écoutaient la tchalga «du peuple », mais portaient des survêtements et se paraient de grosses chaînes en or à la manière des gangsters des quartiers noirs aux Etats-Unis, tout encollaborant en même temps avec la mafia russe.

C'est bien triste, mais il y a peut-être un peu de lumière au bout du tunnel. Les enfants des « moutri » font des études dans les universités occidentales. Certains arriveront probablement à s'imprégner d'une autre culture et reviendront en Bulgarie en tant qu'amateurs d'une autre musique que la tchalga, et pourquoi pas de Joyce et de Flaubert... ».

 

 

Vendredi15 Mai

Eforié à Mangalia (Ro)

Départ Eforié pour Mangalia, pour cette première sortie, pour cette mise en bouche,cela s'annonce plutôt agréable, la houle et la brume sont légères... Mais,c'était ignorer la Mer Noire et son caractère imprévisible, rapidement nous nous retrouvons enveloppés dans une mélasse, prisonniers des brumes, la visibilité tombe à 200 m. Nous tenons les 105 cv de Romar1 à petit régime car la navigation doit se faire aux instruments, comme j'ai un souci avec les miens, le logiciel refuse de se lancer, je suis, sans le perdre de vue le catamaran CO2. La route se fait tout de suite plus longue mais quand, enfin arrive Mangalia, la brume se dissipe. La marina est toute neuve et dotée de nombreux pontons vides de bateau. Un jeune douanier nous attend pour une inspection des papiers, tampons, signature, et posez ses traditionnelles questions : avez-vous des clandestins, des armes, des bombes ou explosifs, question à laquelle Koss répondra : Oui, ma femme ? surpris le douanier ne cherche pas à comprendre tant l'hilarité est générale sur le ponton, c'est bon, nous sommes en règle.

 

Mangalia : bien que noyée au milieu de nombreux bâtiments sans véritable caractère, la ville a sauvegardé de nombreux vestiges grecs et romains. Initialement lancée par Caucescu en quête d'une identité suprême pouvant le servir, la recherche archéologique est sans conteste un point fort de la Roumanie, en de nombreux lieux, des chantiers de fouille sont ouverts, parfois abandonnés faute de moyens, mais nous ressentons très fort ce besoin de fouiller dans l'histoire antique, peut-être pour exorciser un passé récent, se refaire une identité après ses années de plomb.

 

En fin d'après-midi nous vivrons un phénomène météorologique assez curieux, presque angoissant, en deux minutes nous gagnons près de 10 degrés, une vague de chaleur inexplicable s'est abattue sur la ville et est repartie aussi vite qu'elle est apparue.

 

Samedi16 Mai (8h de navigation)

Mangalia(Ro) à Balchick (Bg)

La mer est un peu plus forte, nous affrontons une houle croisée sérieuse, malgré l'inconfort nous atteignons en milieu d'après-midi Balchick. Ma VHF crache je ne sais quoi, coup de sifflet dans le port, gestes de part et d'autre de la jetée, manifestement quelque chose ne convient pas... et pour cause... j'ai oublié d'accoster au quai des douaniers... c'est vrai nous sommes maintenant en Bulgarie...erreur vite réparée... papiers, tampons, tutti quanti. Après ces formalités, nous irons nous poser là où le vieux gardien l'exige, il grogne, 4 bateaux à placer en même temps, c'en est trop pour lui qui veut tout superviser.

Située à 48 km au nord de Varna et 36 km au sud de Dobritch, s'appuyant sur de hautes collines blanches Baltchik fut fondée il y a  26 siècles par des colons grecs. Son premier nom est Krouni, en rapport avec les nombreux sources karstiques.Plus tard, toujours sous les Grecs, la ville adopta le nom de Dionissopolis, en honneur du dieu Dionise et la ville battait sa propre monnaie, signe de son florilège commercial. Les Thraces ont également habité la ville, au 2ème siècle. Au 3ème siècle les Romains s'en emparent, c'est le point culminant de son essor économique et culturel. La ville ne retrouvera la gloire qu'au début du XXéme  lorsque la reine Marie de Roumanie y fait construire une villa surplombant la mer . Le site est magnifique,  la demeure est entourée de vastes jardins d'une étonnante diversité, jardins anglais, français, vénitiens, jardins d'eau, fruitiers : Un ensemble d'une indéniable beauté qui respire humilité, sérénité, générosité. A voir absolument.

 

 La villa de la Reine Marie 

  

                

    Les admirables jardins de la Villa de la reine Marie à Balchick

 

Lundi18 Mai (5h)

Balchickà Varna (Bg)

Avec une telle houle, l'équilibre est assurément précaire. Nous essuyons quelques bons coups de vent et quelques belles vagues croisées, heureusement l'étape est courte et arrivons vite à Varna. Nous nous amarrons dans l'étroit boyau qui sert de port de plaisance. Nous assistons en loge d'honneur à la visite en grande pompe d'un navire de guerre turque, matelots alignés sur le pont... traditionnels coups sifflets... l'apparat est de rigueur...

Derrière la marina, des stands sont en cours de montage, en fait ce sont les préparatifs du salon nautique de Varna, quelques beaux yachts attendent déjà leur futur propriétaire, fortuné cela va de soi. Longeant la promenade puis le jardin maritime, nous montons en ville, les rues sont faites de vieux bâtiments aux enduits lépreux et aux encorbellements mutilés, au rez de chaussée, des boutiques plus ou moins en déclins exhibent leurs rares produits. Un détail : à l'entrée des commerces, un autocollant stipule que les armes y sont interdites... La ville souffre d'une mainmise de l'anciens corps de la marine sur les affaires, toutes les affaires, cela ne sent pas bon. Avec ses 350 000 habitants, Varna est la deuxième ville de Bulgarie et sa "capitale d'été". 

Le cœur de la ville a des allures de métropole occidentale, les grandes places dégagent une froideur toute minérale s'opposant ainsi à la cathédrale qui affiche de voluptueuses coupoles vertes, en face, de l'autre côté de l'avenue est implanté un petit marché aux étals ordonnés et où des« babouchkas » vendent leurs dentelles faites à la main. Elles sont nombreuses mais les clients rares. La périphérie de la ville est constituée là comme ailleurs de vastes ensembles où s'entassent une grande partie de la population.

 

Mercredi20 Mai (7h)

Varna à Nessebar (Bg)

La houle est toujours aussi forte et les moutons se font plus gros, d'inconfortable la mer devient insupportable. A l'entrée de la baie plusieurs bateaux de guerre mouillent, à bord il ne semble y avoir âme qui vive, nous slalomons entre ces fantomatiques navires gris. Nessebar est en vue, nous laissons la marina sud qui est en chantier et optons pour le port de pêche placé au Nord, il est mieux protégé, offre de bonnes places et est situé sous l'enceinte de la vieille ville.

 

Nessebar est une des plus vieilles villes d'Europe, elle fut fondée par les Thraces il y a  environ 5 000 ans ce qui en fait aussi la ville bulgare la plus riche en architecture ancienne.
Située à environ 30 km au nord de Bourgas et tout près de la Côte duSoleil, la ville forme une toute petite presqu'île de  850 m de long pour  350 m de large...

 

23 églises et monuments divers retracent le passé grec, romain et byzantin de la cité, connue à ces époques sous le nom de Messemvria. La ville est inscrite au patrimoine mondial depuis 1983. Malheureusement, Nessebar a perdu 1/3 de son territoire depuis l'antiquité. Des vestiges de ses murailles peuvent être observés par les amateurs de plongée sous-marine à 80 m de la côte.

La presqu'île de Nessebar est fermée à la circulation automobile, et pour cause, les rues sont étroites et essentiellement commerciales, remplies de terrasses de bars, de restaurants, d'étals de souvenirs, d'échoppes d'antiquaires où l'on trouve de tout, des objets et insignes nazis à une large gamme de statues du petit père du peuple mais Nessebar c'est aussi des petites places sympas quand il n'y a pas grand monde... ce qui est très très rare.

Au port, nous ferons la connaissance des pêcheurs, ils sont ravis de voir des étrangers dans leur bassin, en fin d'après-midi nous devons déplacer deux bateaux pour leur laisser une place à quai, pour cela ils nous gratifient d'un turbo (plus très frais, il faut bien le reconnaître et d'une bouteille d'alcool, un alcool à faire exploser n'importe quelle chaudière homologuée...)

     

NESSEBAR 

 

Vendredi 22 Mai ( 7h00)

Nessebar (Bg) à Ignéada (Tq) 

Les Cost-Guards n'ont nullement envie de se déranger pour des formalités que d'autres ports sont à même de remplir. Et bien soit, la flottille quitte donc le port de bonne heure pour la Turquie, les  moutons d'hier ont été rentrés et la mer calmée. Nous ferons les papiers de sortie à Tsarevo où à Ahtopol où en extrême limite à Rezovo... mais là encore nos options administratives ne coïncident pas avec celles de l'administration locale, Tsarevo pour une raison qu'on ignore ne veut pas de nous, ensuite quoiqu'en disent les cartes, Athopol  dispose d'un trop faible tirant d'eau que nous ne pouvons entrer, alors nous filons sur Rezoto et nous stoppons les bateaux perpendiculairement à la côte face à la maison des Coast Guard bulgares situés là haut sur la colline, ils nous observent et réciproquement.  Après moult échanges plus ou moins audibles par VHF, les autorités refusent de nous faire les papiers et exigent que l'on retourne à Bourgas, à près d'une journée de navigation, il n'en est pas question. Après consultation des autres bateaux, nous délibérons et à l'unanimité nous choisissons de passer outre et laissons les autorités bulgares s'égosiller sur leur VHF... la ligne frontière est à 300 m marquée par un drapeau bulgare et un drapeau turc de par et d'autre d'une rivière.

8 miles de plus, et nous voici dans une grande baie où se présente notre premier port turc : Ignéada. Un port à la fois de pêche et militaire, un port bien protégé mais lugubre, lové au pied d'une colline semi désertique où la poussière passe son temps à balayer les cailloux. La chaleur est semblable au lieu,écrasante.

Le jeune planton en uniforme nous demande de nous amarrer sur le contre quai car la vedette des coast-guard va bientôt arriver. En fait, ce n'est qu'à 2 heures du matin que nous serons réveillés par le bruit tonitruant de la vedette militaire, un bâtiment de 50 m lourdement armé. On entend bien à l'extérieur des échanges assez vifs, des ordres secs  mais rien ni personne ne se manifeste à nos bateaux. Une heure plus tard, d'étranges bruits de bulles lèchent la coque et nous réveillent, par le hublot je distingue un homme-grenouille avec une puissante torche, remonté sur le quai, il a  inspecté la coque de nos bateaux. Il est vrai qu'il y a quelques jours un attentat a tué plusieurs soldats dans le sud de la Turquie et que les forces armées sont en état d'alerte maximum.

Au petit matin, deux militaires emmitouflés dans de vieilles capotes font les cent pas devant nos bateaux, il y a celui qui nous a aimablement accueilli hier, cela ressemble fort à une punition, notre amarrage à ce quai ne devait pas être conforme aux règlements mais on ne nous dira rien.

Il faut avouer que l'an dernier des amis ont mouillé au milieu du port sans le droit d'accoster. Que cette année on nous accorde le droit était un peu une bonne surprise... pour nous, pas pour le jeune militaire qui n'a eu droit d'aller se coucher.

 

 IGNEADA LIMAN (le port)

 

Samedi23 Mai (7H)

Ignéada - Kiyiköy 

Nos amis danois partent de bonne heure, ils sont pressés d'atteindre Istanbul, quant à nous, nous décidons d'attendre l'officier supérieur pour régler les formalités. Il s'avèrera qu'il n'en a pas la compétence et qu'Istanbul est seule habilitée à délivrer les fameux sésames, la consigne est d'y aller de suite sans mettre le pied à terre avant. Pour nous c'est inconcevable, impossible, mais bon nous lui signifions « No Problem », nous ferons comme d'habitude, ce que bon nous semble. Nous quittons notre base militaire pour officiellement Istanbul mais en fait nous optons pour K?y?köy un petit port de pêche non porté sur la carte. L'entrée est difficile à distinguer dans la côte déchirée. L'accueil y est magique, les pêcheurs surpris par notre présence en ce lieu serrent leurs bateaux pour nous laisser un  bout de quai. En quelques instants, nous tirons une rallonge électrique du box de 10 m2 qui tient lieu de « Supermarket », un super bazar qui ravitaille les pêcheurs. Le quai, quoique encombré de filets, de cagettes vides, d'ancres, de moteurs, etc... abrite de petits ateliers de pêche attitrés aux bateaux. Bien que constituée de coques de bois de 8 à 15 m la flotte va jusqu'au large de la Crimée pour pêcher.. Nathalie, journaliste française freelance résidant à Istanbul vient d'arriver, sa connaissance de la Turquie et son maniement aisé de multiples langues, français, anglais, allemand et surtout turc permet de lier connaissances et de trouver rapidement les bons interlocuteurs dont l'incontournable Président de la Coopérative, car ici chaque port est géré sous forme coopérative.

C'est un jeune patron pêcheur qui n'a pas 30 ans, il nous raconte qu'actuellement les gros bateaux restent à quai car la saison de pêche est terminée. Ceci dit la semaine dernière il est sorti en mer, les gabelous locaux s'en sont aperçus et l'ont attendu, Bilan : sa cargaison de turbot a été saisie pour être vendue aux enchères et ainsi payer l'amende de 60 000 euro,  ... comme cela ne semble pas l'affecter, on en déduit à haute voix qu'il a dû sortir un certain nombre de fois sans se faire remarquer, nous obtiendrons pour réponse un sourire.

Un autre pêcheur, son beau-frère tient à nous faire visiter ce qui semble le haut lieu touristique de la région un monastère troglodyte du VIème siècle « Aya Nikola Manasteri"  qui se situe à 2 km au bord d'une petite rivière. Bien qu'abandonné, dans son jus pourrions-nous dire, le  site est rupeste, exceptionnel.

Le soir, nous montons dans un petit restaurant qui domine la vallée d'où montent d'infinies croassements et enchaînons par une visite du vieux village dont subsistent quelques fortifications construites par Justinien, la population est dehors, assise sur les marches, sur les murets, ça discute, joue, les commerces sont ouverts et disposent tous d'une télé, les nombreux bistrots ont leur programme et leur clientèle attitrée, deux d'entre eux retransmettent le dernier match du championnat, le derby stambouliote: Fenerbahçe - Besiktas. L'ambiance est chaude... très chaude...

Le lendemain, la mer n'est pas bonne, personne n'a osé sortir, pas même les pêcheurs côtiers. Le Président soucieux de la sécurité de nos bateaux décide de nous placer au coeur de la flotte de pêche, pour cette manœuvre, à sa demande je lui offre la barre, il est ravi, en deux temps trois mouvements, il insère Romar 1 au décimètre près dans la flottille, du grand art.  L'après-midi, nous revisitons la ville et ses environs, le soir nous allons dans une petite guinguette réputée, faite de bric et de broc et tenue par un pêcheur. Indéniablement il travaille en flux  tendu ou à stock zéro, notre commande prise il envoie illico son fils chercher boissons et pain au « supermarket ». Quoique le lieu soit assez sommaire, tables, chaises, couverts dépareillés, déco ultra kitch, mais le poisson est excellent.

KIYIKÖY LIMAN 

                    

 MONASTERE ST NICOLAE

 

Kiyikoy- Rumeli Feneri

La Mer Noire se montre de meilleur humeur. Objectif du jour : Rumeli Feneri, à 25 miles nautiques, le port qui marque l'entrée du Bosphore. Comme le temps est très clair très rapidement nous devinons au loin le détroit mais avant  il va nous falloir traverser une étonnante armada de plus de 100 navires de commerce. Ancrés devant le détroit, ils attendent leur tour, cela dure souvent des heures parfois des jours. Nous voici maintenant au milieu de ces monstres d'acier, cargos de toutes tailles et de toutes formes, des grumiers, vraquiers, caboteurs, chimiquiers, gaziers, minéraliers, rouliers, porte-conteneurs, tankers et supertankers, heavy-liftset Postpanamax. Nous sommes là au cœur de la toute puissance des échanges internationaux. Impressionnant. Selon un ordre de passage établi selon leur cargaison, leur taille et leur destination, un à un il intègre cette lente procession de 32 kms.

Là au pied du phare, Rumeli Feneri, nous voici dans le plus grand port de pêche de Turquie. Le port est proche de l'apoplexie, plein à craquer, entre les chantiers navals, les divers ateliers de réparation, les bateaux de pêche et d'excursion, quelques bateaux de plaisance, c'est un incroyable capharnaüm dans lequel nous devons nous faufiler. Au loin, le Président de la coopérative,  informé de notre arrivée par Nathalie connue ici comme le loup blanc, nous attend et nous fait de larges signes afin de nous mettre à couple en 10 éme position... l'accueil est bref mais fort chaleureux, le secrétaire de la coopérative en charge des finances arrive pour encaisser le dû qui est fort symbolique.

Après un peu de repos nous montons sur la place du village et buvons quelques thés (Kay). Notre guide nous a réservé une partition de son cru : le gardien du phare nous ouvre exceptionnellement son musée « un musée des sauveteurs ». Etre sauveteur au début  du XX éme était particulièrement dangereux dans cette mer si peu hospitalière, d'autant que les moyens étaient dérisoires. A l'extérieur, en surplomb des récifs mis en place prêts à l'emploi sont positionnés des canons de secours, des canons qui visaient le navire échoué et dont la charge emportait un filin qui, une fois amarré de par et d'autre permettait d'envoyer par une tyrolienne les secours.

Ravis de notre intérêt pour sa passion, il nous ouvrira exceptionnellement un lieu unique au monde, un mausolée et une salle de prière située dans l'embase du phare de Rumeli (58 m de haut) construit par les français en 1855 , l'espace est un lieu envoûtant où règnent une immense paix et une totale sérénité. Ici repose Saltuk Baba, un derviche apparenté à l'ordre des Bektachis (soufisme) et considéré comme un saint par ses fidèles. 

Merci, encore merci... pour ces instants d'émotion. 

                                         

ENTREE DU BOSPHORE                                                             LE PORT DE RUMELI 

 

 

  LES DERNIERES VAGUES EN MER NOIRE

 


Publié à 20:23, le 8/11/2009,
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