Une Transeuropéenne

Sur le Mezzogiorno

Nous nous éloignons du mezzogiorno, mes sentiments sur cette région sont partagés, mes impressions de voyage diffuses et contradictoires, probablement à la couleur de cette terre, brulée de soleil, qui s'éteint dans l'azur des mers ionnienne et adriatique. Paradoxalement malgré les grandes disparités, les insolubles contradictions, la région est indéniablement attachante et je ne peux dire pourquoi ?
Un écrivain italien ne disait-il pas : « Ici, sur le quai de la gare, les gens pleurent, ceux qui partent parce qu'ils partent, ceux qui restent parce qu'ils restent », ce que Pierre Desproges résumait ainsi : « Il y a deux sortes d'italiens, les italiens du Nord qui vivent au Nord et les Italiens du Sud qui meurent au Sud ». Voilà un résumé un peu sévère du Sud...

Comme la lie qui se dépose au fond, le Sud de l'Italie semble le réceptacle tous les déviances du continent européen, faisant du Mezzogiorno, un bouillon de culture à la fois, sulfureuse, soufreteuse et peureuse.
Cette bouillie issue d'une culture mafieuse se déverse sur une terre gorgée de soleil, un soleil qui déborde du ciel et écrase tout, déforme tout, une terre brulée au 3éme degré, une terre vrillée par la misère, rongée par la souffrance, une terre parfois prise de convulsions et de tremblements.
Faute de source, les Fiumaores, ces pierriers ou torrents de cailloux tentent de contenir les rares pluies capable de nourrir cette terre exsangue, mais comme ici, tout est excessif, sans retenue, quand elle se déversent, elles dévallent et avalent les paysage au point de les défigurer en de vastes corridors de tristesse, de ruines et de désolation.

Est-il possible de définir le Mezzogiorno tant il est multiple ? Œuvre de Dieu ou Œuvre du Diable, la région interpelle comme si nous devions choisir entre Enfer ou Paradis ?
Accepter de voir ou même entrapercevoir cette région, c'est commencer à la comprendre, c'est commencer à l'aimer tant elle nous ressemble, elle synthétise toutes nos contradictions. Le Bien et le Mal, la richesse et la pauvreté, une culture ancestrale aux règles tribales et une loi d'une extrême modernité, une économie sans foi ni loi, l'omerta et la revendication ouverte, une odeur d'égoût mêlée de parfums sauvages, des monuments resplendissants et des bâtiments faméliques, léprosés, des montagnes sublimes, des côtes bétonnées Tout ici vit en cotoyant son contraire.

Les écrits Melania Mazzucco, de Leonida Repaci, d'Elsa Morante ou de Carlo Levi, ne disent pas autre chose : « Pris dans cette impossible contradiction, comment aimer une région dont les vins ont le goût du sang des migrants, comment aimer une région dont les agrumes sentent les mains des enfants, comment accepter qu'une région vive ainsi, de bricoles, de petits trafics, de petits arrangements souvent entre ennemis, de combines foireuses et de tricheries compulsives ».
« On apprend progressivement à aimer ce Sud Italien, dépouillé de tout, brûlé de misère, jusqu'à éreinter la soif, Peuplé de lâches, de complices et de bourreaux, mais aussi de héros comme on n'en trouve dans aucune autre région du monde. Des magistrats y ont donné leur vie, ainsi que des policiers, des carabiniers, mais aussi de simples citoyens, travailleurs, intellectuels. Autant de gens qui ont choisi de rester du côté de l'honnêteté. L'espoir d'un futur meilleur, c'est eux ».

Prenons du recul, de la hauteur et quittons cette côte clairsemée d'oliviers séculaires, de charmantes criques, de superbes plages et des plus horribles complexes hôtelliers à jamais inachevés pour passer l'immuable route côtière et la voie ferrée qui ceinturent l'Italie, montons progressivement dans la montagne toute proche. Sur chaque piton se dresse un fort, une tour, un village, agonisant pendu aux montagnes avec la mer pour horizon, ils ont vu passer les Sarrazins, les Byzantins, les Normands, les Souabes, les Aragonais, les Angevins, les Français, les Bourbons d'Espagne, ils ont vu passer les pillards, la misère, la vermine, la malaria, la peste, le choléra, le paludisme, ils ont tout vu, d'où probablement ce désabusement ancré dans la mémoire collective qui a fait de cette terre le terrain de jeu de l'éternité.
Dépassons ces premiers massifs arides et empruntons les routes sinueuses de l'Aspromonte pour monter à 2000 m, le couvert végétal s'y fait dense, comme le soleil ne filtre jamais, la fraîcheur s'est installée, il n'y a plus âme qui vive pour peu qu'il y en ait dans ce pays. Là haut les villages sont inhabités, abandonnées aux vents et à l'histoire passée, les hommes épuisés ont déposés les armes, la nature et l'histoire ne les ont pas épargnés, ils ont fui, ont émigrés au Nord, à Turin ou Milan, en Allemagne ou aux Amériques via le Castella, Reggio, Crotone, Camerota, Naples et débarquant à Ellis Island



Publié à 17:50, le 4/05/2012, Agropoli
Mots clefs : romar 1louis-marie bosseaubateaumezzogiorno

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