Une Transeuropéenne

de Maratéa à Naples

MARATEA - AVRIL 2011

Bien plus tôt que les hirondelles, nous voilà de retour à Maratéa, Joël et Marie-Thérèse nous accompagnent, l'hiver ne semble pas avoir eu de prises sur Romar mais il nous faut le préparer pour l'ultime remontée, petites réparations, menues préparations, contrôle général, vidange, avitaillement...
Alors que nous dégustons notre premier apéro sur le pont arrière, un coup de feu retentit, un seul coup nous fait penser à une chasse aux sangliers dans le maquis, mais rapidement nous devons nous rendre à l'évidence, c'est la guerre, de vrais tirs d'artillerie. En fait, probablement pour fêter notre arrivée, les autorités ont décidé de tirer un feu d'artifice à midi. Durant 30' le Christ Rédempteur est au centre d'une pétaradante allégresse... les fusées lui explosaient aux oreilles et il fut rapidement constellé de petits nuages blancs... c'st du plus bel effet sur ce fond azur. Beaucoup de bruits pour rien car ce n'était qu'une répétiton diurne, une erreur de tir. En fait, à la nuit tombée nous avons droit à un superbe feu d'artifice. Le petit port, blotti au pied de la montagne concentre tous les coups, en vrai caisse de résonnance il répercute à l'infini l'écho des exposions.

L'avitaillement assuré il va nous falloir reprendre la mer et s'amariner sur quelques étapes.
Le lendemain matin, nous quittons avec un petit pincement ce si joli havre de paix et du même coup la Basilicate, une région méconnue qui sait s'offrir à qui sait prendre le temps.

Au revoir la Leucanie, bonjour la Campanie, et oui nous entrons dans une nouvelle région dont la capitale est Salerne. Nous traversons allégrement les 18 miles du Golfe de Policastro pour Camerota, un port est très aisé d'accès et très agréable, ancien port de pêche, il reste une dizaine de chalutiers, le port s'est mu en un chantier de réparation navale et un port de plaisance de 400 anneaux avec en sus un quai gratuit pour les bateaux de passage.
La ville est adossée en escalier à une colline, c'était le point de départ pour l‘amérique latine au moment des grandes émigrations du XIX les « carachesi », le Venezuela était privilégié comme en témoigne la statue de Simón Bolívar au milieu du village.
Décidemment pas un jour sans événement, aujourd'hui, un triporteur poussif surmonté d'un grand haut-parleur crachote des phrases en italien mâchouillé, s'ensuit une musique tout aussi de cirque, quelque chose est annoncé mais quoi, de l'autre côté du port nous percevons bien de l'animation, dans l'après-midi les choses s'accélèrent, un portique gonflable est installé, des tentes et des tables dressées, un tapis déroulé sur la chaussée bordée de barrières, cela sent une arrivée. En fin d'AM, un animateur au langage de bonimenteur commentateur sportif commence son direct, nous suivrons les 10 kms de Palinuro-Camerota. La tension monte, le public arrive puis s'agglutine de par et d'autre de l'arrivée, l'espace devant la grande scène prend de la consistance, des effluves émanent des camionnettes fumantes, les vendeurs à la sauvette s'activent, nous prenons de la hauteur pour avoir une vue dégagée sur l'arrivée... au bout de l'avenue, une série de motos apparaît, photographes, cameramen, officiels, sont tous retournés, c'est un black qui arrive, la foulée est géante, il court comme si le départ venait d'avoir lieu, époustouflant, bien que tout seul, il accélère pour sprinter et fini les bras écartés pour rompre le ruban d'arrivée sous les applaudissements du public, il s'arrête pour reprendre son souffle et disparaît dans la foule, s'ensuit la noria de ses coreligionnaires. A la remise des prix nous nous apercevrons que toute l'équipe de blacks au profil Kenyan qui ne comprend goutte aux discours est coachée par un italien qui semble avoir trouvé là un filon. Un minibus les emportera rapidement vers une nouvelle ligne de départ.

 

 

ACCARIOLI

Nous remontons doucement et de nombreux villages jalonnent notre navigation côtière le premier est Palinuro, qui tire son nom du fidèle maître d'équipage d'Enée, dont les errances sont retracées dans la célèbre Enéide du grand poète latin Virgile, suivent Pisciotta, Ascea, Casal Velino, Pioppi, la côte est enchanteresse avec d'inaccessibles plages et autant de grottes Grotta Azzurra, Grotta d'Argento, mais aucun port ne peut accueillir le tirant d'eau de Romar1. Voici Accarioli, qui alignent ses maisons sur le trait d'une côte rocheuse.
Les cartes et l'écran spécifient de hauts fonds, la prudence s'impose, l'entrée du port très bien signalée mérite toute notre attention car un massif rocheux subaquatique est à éviter à 600 m au SE de la jetée. Il faut par sécurité frôler le musoir du môle, lécher les pieds d'une Sainte Vierge gardienne du brise lame et virer bâbord toute. Voilà bien un port où il ne fait pas bon s'arrêter... A l'intérieur du 1er bassin, bien que protégés les pontons de tribord sont à éviter car de nombreux bouts trainent entre deux eaux, cela me vaudra de plonger pour enlever des restes d'aussières pris dans l'hélice.
Le port est quasiment vide et dispose de nombreuses places, mais le gestionnaire nous ordonne de nous mettre à quai près de la massive tour carré dite des Normands (1233), près d'un vieux gréement qui n'aspire que d'aller se reposer au fond, le quai est sale, quant aux sanitaires ce terme est incongru tant ils sont infâmes et répulsifs, la houle domine dans le port. On atteint le summum avec les droits de port : 50 euro.
Comme dans la nuit le temps s'est détérioré, c'est une mer déchainée qui vient frapper la jetée, nous allons patienter, nous rendons visite à la Madone qui, elle aussi, trouve le temps long, elle s'est éprise de rouille et de fantaisie, dans son dos sa robe de métal cache une niche, siège de toutes les offrandes, reliques diverses et avariées, bougies... Apparemment on lui demande beaucoup...

 

AGROPOLI

Nous levons les amarres de la marina d'Accarioli sous un soleil bien songeur. Alors que nous entrons dans le golfe de Salerne et que nous laissons à babord Isola Licosa, l'îlot de la sirène Leucosie, l'enchanteresse qui tenta d'arrêter Ulysse dans son Odyssée, le temps s‘assombrit brutalement pour nous rappeler la légende des lieux. Nous n'aborderons pas cette langue de terre de 200 m et ses quelques vestiges romains dont un bassin d'élevage de murènes. Nous passons San Marco et Castellabate pour aller à Agropoli, un nom qui sonne la modernité. Dévalant tout autour de son promontoire rocheux Agropoli plonge en fait ses racines dans le néolithique... dénommée "Ercula" à l'époque romaine, les Byzantins fortifièrent le promontoire et devint Akropolis - "ville d'en haut". Là aussi le pays fut tour à tour Sarasin, normand, aragonais puis turc avant de devenir enfin italien.
La ville est dominée par son centre historique qui a conservé son enceinte dotée de sa porte principale, ses ruelles vous emmènent au château fort, dont les murs et les tours visibles datent du XVe siècle. Dans la cité ancienne on trouve beaucoup de petits bars et de restaurants qui servent les traditionnels plats à base d'anchois, mais aussi à base de mozzarella, la vraie de bufflonne qui sont deux spécialités du pays.
Les cloches sonnent à toute volée, le très long escalier semble pris de frémissement et d'une animation toute particulière, curieux, nous y allons, ce sont des mariés qui ont entrepris, c'est une tradition, de gravir l'impressionnant escalier qui mène à la mini Basilique. Non seulement la constitution en galets et sa pente rendent l'exercice difficile pour qui est sapé de la tête au pied comme une mariée. Ici commence leur chemin de croix.
Cette région n'est pas seulement imprégnée de mythes et de légendes mais elle porte en elle des riches empreintes de notre histoire. Ainsi nous nous rendons à quelques kilomètres, à Paestum ou Poseidonia, un site exceptionnel classé depuis 1988 par l'UNESCO au patrimoine mondial. Ceint sur 4750 m de long, d'une muraille de 5 à 7 m d'épaisseur et de 15 m de haut, gardé par 24 tours carrés et rondes , Paestum fut fondée par des grecs vers 600 avant JC, elle s'appelait Poseidonia, nom issu de Poséidon, dieu de la mer, à laquelle la ville était dédiée. Devenue romaine en 273, la colonie pris le nom de Paestum. Dominés par les vestiges de 3 grands temples de style dorique, la Basilique, le temple de Héra (540 av JC) et celui de Neptune (500 av JC) le site archéologique est d'une rare beauté il force le respect et l'admiration, et dire que les fouilles n'ont porté que sur 1/5 des 120 ha du site.
Une journée sera consacrée à la visite d'Herculanum, le célèbre site « opposé » de Pompéi. Sur le flanc ouest du « Vésuvio » les panneaux et les parkings sont légions pour retenir les visiteurs. Hercule a marqué de son empreinte le sud de l'Italie et l'origine d'Herculanum est liée à la figure mythique de ce demi-dieu. Si l'ancienne station balnéaire très prisé à l'époque romaine a été moins touchée par l'éruption de 79 ap JC que Pompéi située sur le flanc Sud-Est du Vésuve, malgré les siècles, le site est marqué des souffrances passées, les pans de murs écroulés, les rues aux grandes dalles, les hauts trottoirs, les statues, tout retient les cendres prégnantes, oppressantes de l'histoire.

 

SALERNO

Notre périple nous fait traverser la baie de Salerne pour rejoindre la ville éponyme, appelée aussi, en raison de sa proximité, le petit Naple, une ville de 150 000 hbts, nichée au fond du golfe de Paestum elle est le point d'ancrage continental de la côte amalfitaine. Sur les 20 miles qui séparent Agropoli de Salerne le paysage de ce fond de baie est uniforme, sans structure, sans rupture, une longue bande de 50 m de large de sable fin protège un sempiternel ruban de pinèdes.

A Salerno, les marinas sont nombreuses, elles disposent toutes de pontons privatifs et chacun des gestionnaires tente à coups de grands gestes, de nous louer un anneau. Sur un coup de dé ou de tête nous choisirons « Elidiport » géré par Franco Mazza. Cela sera sans sanitaire ni wifi, aucun regret à avoir car aucun n'en dispose...
Notre 1er jour est consacré à la découverte de la capitale amalfitaine qui fut au XIéme siècle l'ancienne capitale de l'Italie du Sud. La ville a jalousement gardé les empreintes de son histoire, celles des invasions successives, ce qui rend son architecture centrale assez inédite, disons qu'elle est de style normand arabo-byzantin, un Bizance italien.
Décidemment l'Italie nous réserve bien des surprises, déambulant dans le vieux quartier nous ne pouvons ignorer les cloches de la basilique qui résonnent de toutes parts dans ce dédale labyrinthique, c'est San Matteo qui tonitrue, attirés par cette vibrante envolée de cloches, à peine les derniers timbres des bronzes envolées, les voix d'une chorale nous aspire et nous invite à franchir la lourde porte de l'édifice. Les grandes et magistrales orgues accompagnent, à moins que ce ne soit l'invese les choeurs qui entonnent merveilleusement « Brillo nel ciel » « the first nowel » version italienne, nous pensons à des vêpres, neni, c'est une messe très solennelle, une ordination. Alors que notre tenue, en short et sandales, semble incongrue et en ce lieu et en cette circonstance, nous nous glissons derrière un des piliers de la nef. C'est de là que nous assiterons à l'entrée solennelle des prélats. Sur 2 rangs le cortège prélatique s'ébranle. 5 prêtres en soutane noire et surplis blanc ouvrent protocolairement la procession, le premier encense l'allée de larges dalles comme pour la purifier, la libérer des esprits maléfiques, son acolyte portant la navette d'encens semble complètement perdu, emfumé, dans ses limbes intérieures, 2 céroféraires (2 porte-flamberges) portent la lumière divine en haut de leur chandelier, ils encadrent le cruciféraire et son emblématique croix en argent, suivent 12 trentenaires en soutane immaculée, ils sont un zest nerveux, leurs mains jointes s'agitent, se tordent, suit une lithanie de prêtres, soutane noire et surplis blanc, suivis de 8 ecclésiastes soutanés et dotés du traditionnel col romain ainsi qu'une étole vermillon portée sur l'épaule gauche, probable symbole du fardeau évangélique, au centre un prélat revêtue d'une dalmatique rouge porte à bras tendus, au-dessus de sa tête ce qui semble les saintes écritures ou des reliques de la vierge présents en ce saint lieu, il est protégé par une vingtaine de prélats aube et chasuble grenat estampillée du chrisme, cet entrelas des deux premières lettres du nom grec du Christ, le Khi et le Rho.
Pour clore la procession, portant mitre et crosse, habillé d'une dalmatique rouge orangée l'archevêque de Salerne avance lentement, encadré par ses secrétaires particuliers, c'est pas dieu possible, tout Rome est ici condensé. Voyant le cérémonial s'avancer, la chorale redouble de puissance dans une grandiose apothéose...
Ayant la ville à visiter nous les laissons à leur repentance et à leur embrassade terrestre.

 

 

 

Le lendemain, nous profitons d'une journée qui s'annonce gorgée de soleil pour naviguer le long de la côte almafitaine et découvrir les criques où sont blottis de sublimes petits villages accrochés au relief, Positano, Praiano, Maiori, Erchi, Cetara... s'ensuit un langoureux mouillage déjeuner devant Amalfi. La presqu'île amalfitaine chantée, peinte et décrite depuis des millénaires par tant d'artistes a préservé malgré l'afflux touristique une beauté sauvage d'où émergent de doux enchantements, des émotions purificatrices, véritable jardin d'Eden ou fragment d'infini, tout respire ici la beauté, la tranquilité, la quiétude, l'union des éléments, l'air, l'eau et la terre s'assemblent dans un égrégore, les eaux cristallines se perdent dans des anses secrètes aux reflets verts-bleus, ou sur des plages de cailloux blancs, la mer est la base du décor, tout part d'elle pour monter vers les cieux et tout revient à elle, les collines faites de végétaux dans toutes les nuances de verts, ce belvédère érodé par le vent qui retient ifs et pins parasols, cette terrasse ceint de muret qui abrite des arbres fruitiers, ces jardins suspendus qui regeorgent de fleurs, de fruits et d'agrumes. Sous ce soleil de printemps tout n'est qu'enchantements doublés de pures émotions.

Aujourd'hui, nous partons pour la baie de Naples, sans savoir où nous poser. Après ces quelques heures de navigation douce et agréable, nous avons croisé et abordons l'île mythique de Capri, de nombreux yatchs sont ancrés à l'entrée...
Au regard des tarifs pratiquées nous préférons couper la vaste baie de Naples. Un vent du Nord et une houle cadencée donne du rythme à notre traversée, tout au fond perdue dans les brumes de chaleur Naples, l'ancienne capitale italienne. Oui Naples a été capitale avant que l'unité (1860-1870) n'emporte le pouvoir à Rome pour le placer sous la coupe vaticane (décret de 1898). Naples a grandi là, enserrée dans ses montagnes, elle s'étend prisonnière de son histoire et maintenant de ses préjugés. Là encore nous ne pouvons oublier notre Anjou car bien avant déjà l'église avait pris le pouvoir sur l'Italie, au XII éme Charles d'Anjou, comte de Provence perd la sicile après les sanglantes vêpres et fait de Naples la capitale au lieu de Palerme, il obtient ce royaume grâce au pape Clément IV après acceptation du Plenum ,Vassallagium Romanae Ecclesiae (la vassalité à l'église), c'est la fin de la famille impériale allemande et des Gibelins d'Italie, « des laïcs », tenats d'un empire indépendant du Vatican. L'Europe des Anjou est là encore gravée, le château, Torre del Greco portent haut les couleurs d'une histoire commune.

Les diverses marinas de Naples étant saturées nous privilégions d'aller au port Pozzuoli, mal nous en a pris car si les yatchs sont luxueux, l'accueil y est calamiteux et les fonds vaseux, tout ici respire l'ostentation. A la prétentieuse marina et aux sulfureuses fumerolles de Pouzzoles (1) nous préférons l'odeur du port de pêche de Baïa à qq miles en face. Celui-ci a le mérite d'être géré par la coopérative de pêcheurs et non pas par la mafia comme bon nombre de marinas. Y pénétrer demande un brin de vigilance et de dextérité car la baie est une zone de culture marquée par des milliers de bidons bleus alignés qui laissent juste une chenal pour aller au port.

(1) Les Solfatare de Pouzzoles est un cratère boueux de Pozzuoli dans lequel « la Fangaia », le bourbier crache en permanence de sulfureuses fumerolles.



Publié à 17:46, le 1/05/2012,
Mots clefs : marateaaccarioliagropolisalernoromar 1louis-marie bosseaunaplesbateau

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